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DE L’ALCOOLISME COMME MOYEN THÉRAPEUTIQUE

Nous employons ici une expression qui est sans doute exagérée; car les médecins n’ont jamais eu l’intention réelle d’alcooliser des malades dans un but thérapeutique, mais il n’en est pas moins vrai qu’ils emploient assez fréquemment l’alcool dans le but de stimuler et de relever momentanément les forces dans certaines affections déprimantes, jusqu’au moment où la nature deviendra capable de rappeler à elle seule l’état normal .

Il y a déjà longtemps que l’on a remarqué les fâcheux effets de la suppression des boissons excitantes chez les individus adonnés à leur usage et qui sont pris de quelques maladies accidentelles. Mais Chomel est le premier qui ait bien formulé l’indication thérapeutique, en conseillant l’usage du I vin à dose modérée, même pendant l’état aigu des maladies qui surviennent chez les buveurs, et sa pratique s’est généralisée. Ainsi l’on emploie les boissons vineuses dans les pneumonies à forme adynamique, dans les cas où le delirium tremens éclate, à la suite d’une fracture, d’un accident chirurgical grave ou d’une grande opération.

En général, chez les vieillards dont toutes les maladies tendent à se compliquer d’adynamie, il convient de donner du vin même pendant la période aiguë fébrile.

Chez lesenfants même trèsjeunes,âgésdetrois ou quatre mois par exemple, sous l’influence d’affections graves (catarrhe suffocant, etc.), l’affaiblissement survient parfois avec une excessive rapidité, l’alimentation est impossible, les médicaments n’ont plus d’action ; les alcooliques, vin de Malaga, vin de quinquina , sont alors une dernière et puissante ressource, dont nous avons pu dans plusieurs circonstances constater les effets presque merveilleux.

C’est en se fondant sur des considérations d’analogie, que l’on administre l’eau-de-vie ou le rhum dans le choléra, dans les vomissements nerveux de la grossesse, etc., etc.

Nous avons déjà parlé de l’emploi des alcooliques comme moyen d q prophylaxie . Si, à une certaine époque, les médecins ont pu considérer l’alcool comme antiputride et antiseptique (Pringle), cette idée n’est plus actuellement acceptée que par le vulgaire, mais elle a des effets désastreux, et il importe beaucoup de prévenir contre les dangereuses applications qu’ellè peut avoir. On sait que la plupart des ouvriers prennent le matin quelques liqueurs alcooliques, pour obtenir une prétendue immunité contre les miasmes; que ceux qui travaillent dans les égouts, dans les cimetières, dans les clos d’équarrissages en font autant ; que dans les pays chauds, les immigrants agissent de même, pour se préserver des fièvres

bilieuses, des dysenteries, des fièvres intermittentes, du typhus, des influences nosocomiales. De l’avis de la plupart des médecins cette pratique serait non-seulement sans efficacité, mais encore dangereuse ; et dans les épidémies de choléra qui ont sévi en France, on a pu remarquer que les personnes qui usaient des alcooliques comme moyen préventif, étaient plus promptement frappées que celles qui s’en abstenaient.

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