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Il y aurait donc, clans les dix-neuf cantons et demi-cantons (Bâle et Unterwalden), sur lesquels il m'a été possible d'avoir des renseignements suffisamment authentiques, une proportion de 1 aliéné sur 325 habitants, non compris les idiots et crétins recensés dans les localités endémiquement atteintes.
En 1850, la population des cinq autres cantons et demicantons était de :
Appenzell 54 869 habitants.
Bâle-Campagne 47 830
Fribourg 99 805
Unterwalden-le-Haut 13 798
Valais 81527
Total 297 829 habitants.
qui, d'après la proportion ci-dessus, fourniraient 916 aliénés; soit, pour toute la Suisse, 7174 aliénés, chiffre qui est bien certainement encore au-dessous de la réalité. Il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter aux considérations exposées dans ce chapitre.
Quant au crétinisme , il ne serait endémique que dans quinze cantons, et le nombre des infirmités rattachées à 'endémie dépasserait 3500. Mais il ne faut pas oublier que le docteur Meyer-Ahrens, auquel ont été empruntés la plupart des chiffres que nous avons reproduits, a compris dans son recensement les sourds- muets qui entrent pour un dizième environ dans le chiffre total, et, pour un certain nombre de cantons, les cas sporadiques qu'il ne m'a pas toujours été possible de séparer des cas endémiques. Le chiffre de 3500 me
10/l DE L'ALIÉNATION MENTALE EN SUISSE.
paraîtrait donc représenter approximativement le nombre total des crétins, semi-crétins et crétineux de la Suisse, plutôt que celui seulement des cas endémiques que je crois moins considérable.
J'ai dit plus baut que la proportion de 1 aliéné sur 325 était au-dessous de la réalité : cette proportion, cependant, si l'on songe surtout que les crétins n'y figurent pas, dépasse notablement la plupart de celles données par les auteurs pour les divers pays où des relevés statistiques ont été faits. Prenons, par exemple , dans un travail publié récemment sur celte question (1), les chiffres les moins sujets à contestation :
Habitnnts pour 1 aliéné (2).
i Bavière 942 recensement de 1858
Hanovre. . . . 590 — L856
Silésie 1488 — 1858
Saxe 371 — 1855
Wurtemberg. 320 — 1853
Belgique 716 — 1858
France 454 — 1861
Ecosse 377 — 1855
Irlande 338 — 1860
Danemark 370 — 1847
Norvège 294 — 1855
Suède 512 (3) — 1860
État de New-York 761 — (855
— de Massachusetts. . . 302 — 1854
Canada 657 1851
Nevv-Brunswick 486 — 1861
(1) A. Legoyt, ouvrage cité, p. 87. L'auteur ne distingue pas l'idiotie sporadique du crétinisme endémique.
(2) Les chiffres de cette colonne comprennent à la fois l'idiotie sporadique et le crétinisme qui est endémique notamment dans le Wurleinbrrg, le Danemark, In Silésie, la Norvège et 1 Ecosse.
. i ommunication du docteur Salomon, directeur de l'asile de Malmti
L'ouvrage de Griesinger (1) nous fournil aussi quelques données à ce sujet. Ne prenons que les plus authentiques :
Habitants pour 1 aliéné (2).
Prusse rhénane 666 docteur Jacobi
Westphalie 846 recensement de 1836
Poméranie 931 — 1847
Bade 454 — 1850
Oldenbourg 636 — 1845
Duché de Brunswick 539 — 1845
— d'Anhalt 450 — 1849
— de Nassau 378 — 1856
Griesinger estime qu'en moyenne, en y comprenant les idiots et les crétins, la proportion pour l'Allemagne est de 1 sur 500.
Les seuls pays où la proportion des aliénés serait plus élevée qu'en Suisse seraient donc, en dehors du Massachusetts, sur lequel nous n'avons que des documents insuffisants, le Wurtemberg et la Norvège, où le crétinisme est endémique à un haut degré.
Mais si, pour la Suisse, aux 6258 aliénés, nous ajoutions, comme cela a été fait pour ces deux royaumes, les 3431 cas de crétinisme endémique recensés dans dix-neuf cantons, et les 369 cas sporadiques qui ne figurent pas dans les chiffres cidessus, nous aurions, pour une population de 2 032 119 habi-
(1) Traité des maladies mentales, trad. Doumic, avec notes de Baillarger. Paris, 1865, p. 162 et suiv.
'2) Y compris l'idiotie et le crétinisme.
106 DE l'aliénation mentale en suisse.
tants, 10 058 infirmes de l'inlelligence, ce qui nous donnerai' la proportion énorme de 1 infirme sur 202 habitants, proportion que nous croyons cependant encore au-dessous de la réalité.
Il semblerait donc y avoir en Suisse plus d'aliénés que partout ailleurs : nous ne le croyons pas, ou du moins nous ne pensons pas que la différence soit réellement aussi forte qu'elle le paraît. Les documents statistiques obtenus, comme la plupart de ceux que nous avons cités, à l'occasion de recensements généraux de la population, sont loin, en effet, de donner une idée exacte de la fréquence relative de la folie dans chaque pays ; et si en Suisse, la proportion des aliénés semble relativement si considérable, il faut, croyons-nous, l'attribuer surtout à ce que les recherches à ce sujet ont été faites par les soins de commissions spéciales. Il serait possible, cependant, même en laissant de côté le crélinisme, que, toutes choses égales d'ailleurs, il y eût plus d'aliénés dans les pays de montagnes que dans les plaines : nous reviendrons plus loin sur cette question.