L. LUNIER
aussi sur l'idiotisme, car dans toutes les parties du Valais où les goitres abondent, l'imbécillité est commune. »
Coxe, enfin, fait observer que si, en général, les idiots naissent de parents goitreux, le contraire arrive souvent, et qu'il « n'est pas rare d'en voir qui sont nés de parents sains, dont les autres enfants sont régulièrement organisés.. . (1). n
De Lac (de Genève), dans ses Lettres sur l'histoire de la terre, attribue le goitre et le crétinisme des Valaisans aux eaux « dont le goût même est terreux ; ce qui leur vient d'une poussière presque impalpable de schiste décomposé (2). »
!!7/r/, dans un mémoire communiqué à la Société royale de Londres, émet l'avis que le crétinisme, dans le village d'Aigle (Vaud), est dû aux miasmes méphitiques apportés par les courants qui passent au-dessus des marais de la partie septentrionale de la vallée du Rhône (3).
Itazoamowsky ne croit pas qu'il faille attribuer uniquement, comme on le fait communément, le goitre et le crétinisme de la vallée du Rhône aux eaux et « à l'air comprimé »; il pense que
(1) Ouvrage cité, t. II, p. 34-3G.
(2) Lettres physiiiues cl morales sur l'histoire de la terre et de l'homme, 5 vol. in-8. La Haye, 1779. Voy. t. V, p. 430.
(3) Pensées sur le crétinisme dans le pays de Vaud, et surtout le village d'Aigle. — Ce mémoire cité par Razoumowsky n'a
inséré dans les Philosophicn' Transaitions of the Roy ai Soviet]/ of London. Je n'ai pu le trouver à Paris
l'endémie est plutôt due à la viciation de l'air par les miasmes marécageux, dont les eiïels sont d'ailleurs d'autant plus sensibles que de Bex et Aigle on se rapproche davantage de Saint- Maurice, de Marligny et surtout de Sion : ces effets vont, au contraire, en diminuant à mesure que la vallée s'élargit (1).
L'auteur explique d'ailleurs la rareté du crétinisme à une certaine hauteur, en faisant observer que la pesanteur des exhalaisons méphitiques les empêche de s'élever (2).
De Mayer, qui a également observé l'endémie dans le Valais, ne considère pas comme suffisamment établie l'influence des matières calcaires, gypseuses, séléniteUses ou tophacées contenues dans les eaux ; quant aux autres causes, il se contente de les énumérer (3).
Suivant de Saussure, on n'est en droit d'attribuer le crétinisme ni à la crudité, ni à la nature plâtreuse, séléniteuse ou calcaire des eaux, ni aux miasmes des marais, ni à la malpropreté, ni à la mauvaise nourriture, l'ivrognerie ou la débauche, toutes ces causes se rencontrant dans des pays où le crétinisme est inconnu.
Le savant observateur croit que le crétinisme est produit pat la stagnation de l'air et de la chaleur. On ne rencontre, en effet,
(1) Voy. minéralogiques, p. 132 à 136.
(2) Voy. minéralogiques, p. 138.
(3) Voyage de M. de Mayer en Suisse en 1784, 2 vol. in-8. Voy. t. II, p. 154, 155.
16ft DE L'ALIÉNATION MENTALE EN SUISSE.
dit-il, L'endémie que dans les parties basses et resserrées des vallées; elle est inconnue à une certaine hauteur aussi bien que dans les plaines, et même les vallées ouvertes et bien aérées. Quant à l'influence de la chaleur, il n'est pas possible de la méconnaître, si l'on observe que dans les vallées, celles du Rhône par exemple, où il y a des habitations de chaque côté du fleuve, les villages qui reçoivent les rayons du soleil, soit directement, soit par réflexion sur les rochers, sont plus fortement atteints que les autres.
Pour de Saussure, d'ailleurs, il faut pour produire le crétinisme dans une vallée la réunion de ces deux causes, la chaleur et l'étroitesse de la vallée (1).
Stor attribue l'insalubrité de la vallée de Zizers à ce que le côté oriental de cette vallée, où sont établies la plupart des habitations, ne reçoit point le matin les rayons du soleil qui sont interceptés par le Walscinaberg ; lorsque plus tard, en effet, le soleil vient échauffer les vapeurs délétères provenant de la partie occidentale de la vallée et celles amenées de loin par les vents du nord-ouest, la chaleur devient suffocante (2).
Stor attribue l'endémie du Valais aux grandes chaleurs et surtout aux changements brusques de température. Il croit qu'il faut aussi faire entrer en ligne de compte la malpropreté, les excès vénériens, l'habitude de porter de lourdes charges sur
(1) Voyages dans les- Alpes, t. II, p. hSU à 487.
(2) Ouvrage cité, p. 141, 142.
la tête, la mauvaise nourriture et notamment l'usage immodéré des laitages.
Il ne croit pas qu'il faille chercher dans l'eau la cause du crétinisme, ni même peut-être celle du goitre.
Enfin Stor n'est pas éloigné d'admettre l'hérédité du goitre, ni de croire que certains enfants naissent goitreux (1).
Lehmann pense que la mauvaise qualité de l'eau potable joue un rôle important dans la genèse du goitre et du crétinisme, et il rapporte quelques faits à l'appui de cette manière de voir ; mais il croit également que la malpropreté, la négligence de l'éducation physique, la mauvaise nourriture, l'exposition des enfants au soleil tête nue, peuvent déterminer le crétinisme, aussi bien que l'insalubrité de l'air et de l'eau (2).
Ackermann a observé que dans la Domlechg, le crétinisme, qui s'était pour ainsi dire concentré d'abord dans certaines familles, était devenu plus rare depuis que les habitants contractaient des alliances avec des étrangers.
Dans le Valais, le crétinisme, suivant Ackermann, ne se rencontre que dans les vallées les plus profondes, celles par exemple qui sont au niveau du lac de Genève, c'est-à-dire 380 mètres environ au-dessus de la mer, ou un peu au-dessus ; on n'en voit plus à 80 mètres plus haut.
(1) Alpenreise; Vorbereitung , p. lv-lx.
(2) Patriolisches Magazin, etc., p. 38.
166 mi: i.' aliénation mentale en SUISSE.
Ackermann croil que le crélinisme csi surtout produit par une déformation des os de la partie postérieure du crâne provenant d'un ramollissement de cause rachitique , qu'il attribue à la nature calcaire des eaux et à l'humidité de l'air.
La grande chaleur contribuerait au développement du crétinisme en favorisant la production des vapeurs aqueuses. Ackerraann a vu des crétins dans des vallées où il n'y avait pas d'émanations marécageuses (1).
Des parents sains, des étrangers même qui se fixent dans la contrée, peuvent produire des crétins; il a même vu des femmes enceintes arrivant de pays où le goitre était inconnu, mettre au monde, à Kasis, des enfants qui étaient devenus crétins (welche cretinen wurden).
Ackermann n'admet pas que le crétinisme se transmette fatalement de père en fils, et que les crétins forment pour ainsi dire des tribus à part, comme le prétend Ramond de Carbonnières (2).
H. Normann a observe que dans la vallée d'Aigle il n'y avait de crétins que dans la basse classe : il attribue le mal aux chaleurs excessives qui rendent insalubres les parties marécageuses de la vallée (."»).
(1) Ackermann, ouvi-age cite, p. 23-25.
(2) Ramond de Carbonnières, Observations dans les Pyrénées. Paris,
(3) GeographiscU-statistischc Darstcllung des Schweiserlandes, par P. H. Normann. Hambourg, I7!»5, t. I. p. 827. — Cit. de Meyer- Ahrens.
DE l'aliénation mf.ntale kn SUISSE. 167
De Salis attribue l'insaiubrité de la vallée des cinq villages à ses nombreux marais, et plus encore aux émanations provenant de ceux situés plus au nord, vers Sargans et le lac Wallenstatt.
Il croit d'ailleurs que, dans cette vallée, l'eau potable joue un rôle important dans la genèse du goitre, notamment à Zizers, Igis et Trimmis, dont les eaux sont chargées de matières calcaires et argileuses, et sont, de plus, très-chaudes en été et très-froides en hiver; mais il pense qu'il faut aussi faire entrer en ligne de compte la consommation immodérée des fruits.
Pour produire le cntinisme, il faut d'autres causes encore, notamment une atmosphère lourde et humide, et l'inertie des habitants, comme on l'observe à Igis et à Trimmis (1).
Reeve ne croit pas que le crétinisme soit produit ni par les eaux de neige, ni par les matières calcaires qu'elles contiennent, ni par les hautes montagnes. Le crétinisme, rare en Ecosse, est fréquent, au contraire, dans le comté de Norfolk. Il serait plutôt d'avis de l'attribuer à la misère, la mauvaise nourriture et l'absence de tous soins hygiéniques (2).
Le docteur Schiner, en parlant de la vallée du Rhône, dit que les exhalaisons méphitiques « rendent la population crétine languissante et la plus disgraciée de la nature. »
Il ajoute qu'à Sion, ce sont les étrangers français ou Sa-
(1) Ouvrage cité.
(2) Some Account, etc., p. 115 à 118.
voyards qui ont des enfants crétins. Les montagnards qui se marient avec des Olles de la plaine n'engendrent jamais de crétins (1).
Zschokkf! explique la fréquence du crétinisme dans la vallée de l'Aar par la disposition de cette vallée qui s'étend du sudouest au nord-est. Fermée au nord-ouest par les escarpements du Jura , elle s'élève en pente douce de l'autre côté jusqu'au plateau qui forme la partie septentrionale du canton de Lucerne. Or, le crétinisme, très-commun dans la partie basse de la vallée, diminue progressivement de fréquence et d'intensité à mesure qu'on s'en éloigne.
ZFcbokke fait d'ailleurs jouer un rôle important à la négligence avec laquelle on élève les enfants pendant les premières années, et cela surtout dans les campagnes. Les mères, lors même qu'elles les nourrissent , les bourrent d'une bouillie épaisse et filandreuse, puis, après les avoir fortement serrés dans leur maillot, les déposent dans un coin de leur habitation humide et malsaine, quand elles ne les placent pas sur des poêles fortement chauffés; aussi un grand nombre meurent-ils de convulsions ou restent-ils rachitiques ou imbéciles (stumpfen Geist) (2).
Troxler veut bien admettre que c'est le plus ordinairement
(1) Description du département du Simplon, par le docteur Schiner in-8. Sion, 1812, p. 78.
(2) Ouvrage cité, p. 256-279.
par l'eau que l'on devient goitreux ; mais il ne croit pas qu'il y ait des substances réellement goîtrifères. L'eau peut produire le crétinisme, aussi bien parce que certains éléments lui font défaut, que parce qu'elle contient des substances qui la rendent insalubre (1).
Iphofen, qui a étudié le crétinisme en Suisse avec une mission du gouvernement saxon, croit aussi que c'est surtout à l'eau qu'il faut attribuer le goitre ; il parle même d'une source goîtrifère située à M und sur le Bel-AIp, à une assez grande hauteur (6000 mètres?) au-dessus de la vallée, et qui passait pour donner le goitre aux hommes et aux animaux (2). Toutes les autres causes ne sont pour lui que secondaires.
D'après Coindet, le goitre, à Genève, serait dû à deux causes différentes : 1° à l'usage des eaux dures qui le produisent dans un un très-court espace de temps ; 2° à des causes mécaniques, telles qu'un accouchement laborieux, les vomitifs, la toux, les cris, la colère, de lourds fardeaux sur la tête, ou physiologiques ; ces dernières seraient liées à la sympathie qui existe entre le cou et le système reproducteur (3).
Gubler a étudié avec soin le goitre et le crétinisme dans la
(1) Der Crelinismus und seine Formen, etc.
(2) Der Cretinismus, philosophisch und medicinisch untersucht, par le docteur A. E. Iphofen. Dresde, 1817, p. 51.
(3) Mémoire cité, p. 192.
170 DE l'aliénation mentale en suisse.
juridiction des cinq villages; sans nier l'influence des aulres causes, il est convaincu que c'est surtout à la nature calcaire des eaux qu'il faut attribuer l'endémie.
A Coire, notamment, dont les habitants font usage d'eaux provenant soit du Meitenberg formé de schistes argilo-calcaires, soit du Bizokel où domine l'argile, on n'observe le goitre que chez ceux qui font usage des eaux du Mettenberg (1).
Le docteur Lusser (d'Altorf) croit que la cause du crétinisme réside dans les conditions lelluriqucs ; on le rencontre surtout dans les vallées profondément encaissées et marécageuses, et par suite chaudes, humides et ombragées, dont les habitants sont misérables et se nourrissent mal (2).
Le docteur Claivaz (de Saxon) attribue le crétinisme à la situation des habitations dans les vallées basses, profondes et étroites, dans les gorges circonscrites par de hautes montagnes, à leur exposition au midi, à l'abri du vent du Nord, et enfin à l'impureté de l'air et au défaut de culture. Il croit d'ailleurs que le crétinisme est le résultat de plusieurs causes.
Les déformations du crâne sont, pour M. Claivaz, un elîet et non point une cause.
Il ne serait point étonné que l'analyse de l'air dans les loca-
(1) Beitrilge zu einer medicinischen Topographie Von Chur. Tubingen, 182Û, p. 8-10. — Cit. de Meyer-Ahrens.
(2) Actes de la Société helvétique des sciences naturelles. Fribourg, 1841, p. hl.
lités infectées fournît la preuve qu'il est privé d'une partie de son oxygène, et chargé, au contraire, d'acide carbonique et d'autres gaz délétères (1).
M. Claivaz assure, comme Schiner, que des mariages entre Valaisans et Savoyards il naît beaucoup de crétins (2).
M. Claivaz attribue d'ailleurs une influence prépondérante à l'eau potable, et il m'a confirmé ce que m'avait appris déjà le pasteur Dalève (de Martigny), que le crétinisme qui avait d'abord progressivement diminué dans cette ville, grâce aux améliorations incessamment apportées dans les conditions hygiéniques, présentait une certaine recrudescence depuis qu'à l'eau de la Dranse que buvaient autrefois les habitants, on avait substitué de l'eau prise à une certaine hauteur sur la montagne.
On rencontre d'ailleurs le crétinisme à Martigny, dans des familles aisées et chez des enfants dont les parents n'en ont jamais offert aucune trace.
M. Dalève l'a également observé chez des enfants nés de parents qui de la montagne étaient descendus dans la plaine. Il m'a appris enfin qu'au couvent du Saint-Bernard, où il a séjourné vingt ans, les frères sont quelquefois atteints de goitre, et que l'un d'eux notamment s'était guéri en faisant usage d'eau dans laquelle il avait préalablement plongé un fer rouge (3).
M. le professeur Girard croit que l'enfant condamné à
(1) Actes de la Société helvétique, année 1840, p. 57 et 58.
(2) Actes de la Société helvétique. Sion, 1852, p. 55.
(3) Communication orale.
172 DE l'aliénation mentale en suisse.
devenir crétin en a contracté le germe dans le sein de sa mère, soit que les parents fussent en état d'ivresse au moment de la conception, soit que la mère ait ressenti quelque impression vive pendant la grossesse et même au moment de l'accouchement, soit enfin qu'elle ait été péniblement affectée par la vue des crétins. Quant aux autres causes, telles que la mauvaise nourriture, le défaut d'éducation, l'insalubrité des lieux, elles ne feraient que développer le germe contracté avant la naissance (1).
Berchtold-Becmpré attribue la fréquence du crétinismedans la vallée profonde du Gotteron, à Fribourg, « au défaut de ventilation, à la réflexion des rayons solaires sur les parois rocailleuses, un air étouffant, embrasé, des marécages et une rivière en évaporation, une chaleur humide ». C'est en été, en effet, que, selon lui, s'exerce principalement « la vertu stupéfiante des agents crétiniques » (2).
M. Chat/n, qui a parcouru une partie de la Suisse pour y compléter ses savantes recherches sur l'iode, n'hésite point à affirmer que « le manque d'iode est la cause spéciale du goitre, celle à laquelle toutes les autres se subordonnent ■ (3).
M. Chatin apporte d'ailleurs, entre autres documents à l'appui
(1) Actes de la Société' helvétique, année 1840, p. 67.
(2) Dissertation sur le crélinisme, p. 44.
(3) Rapport adressé à M. le ministre de l'instruction publique par M. A. Chatin, sur la mission qu'il a exécutée en 1S53, br. in-8, p. 34.
de sa doctrine, les analyses qu'il a faites ou fait faire sur un trèsgrand nombre de localités des cantons de Bâle, Schaffhouse, Thurgovie, Saint-Gall, Glaris, des Grisons et du ïessin, et desquelles il est résulté pour lui que dans toutes ces localités, le nombre relatif des goitreux était en raison inverse de la proportion d'iode contenue dans les eaux dont les habitants faisaient habituellement usage (1).
Dans un autre mémoire publié en 1853, M. Chatin parle d'un fait observé par lui dans le Valais et qui viendrait à l'appui de sa doctrine.
Ayant appris que dans le village de Saillon, près de Saxon, qui était renommé depuis longtemps pour n'avoir ni crétins ni goitreux, le goitre s'était montré depuis quelques années et augmentait de jour en jour de fréquence et d'intensité, M. Chatin a cherché la cause de celle singulière anomalie. Le président du village lui ayant dit que l'apparition du goitre avait coïncidé avec le changement de la prise d'eau destinée à l'alimentation, M. Chatin a fait l'analyse de l'eau qu'on boit actuellement à Saillon, et de celle dont on faisait usage alors que le goitre y était à peu près inconnu, et il a acquis la preuve que la première, prise dans la Salente en amont d'une source très-iodurée qui se jette dans ce torrent, était privée d'iode, et que la seconde, au contraire, détournée de la Salente en aval de cette source, en contenait par litre un centième de millimètre, c'est-à-dire plus que les eaux bues à Paris (2).
(1) Rapport cité, p. 8 à 14.
(2) Un fait dans la question de goitre et de crétinisme, par Ad. Chatin, br. in-8. Paris, 1853, p. 1 à 7.
17'l M l'aliénation mentale en susse.
S'il cxisiait dans la science un certain nombre de faits de cette nature bien nettement établis, la question de l'étiologic du goitre aurait fait un grand pas; malheureusement, ces faits sont rares et peuvent d'ailleurs être interprétés tout autrement que ne l'a fait le savant professeur. Je reviendrai plus tard sur celle doctrine de M. Chalin, l'une de celles qui me paraît se rapprocher le plus de la vérité.
Uuggenbùhl, tout en admettant que l'eau joue un rôle trèsimporlanl dans la genèse du goitre et du crétinisme, pense que ces maladies sont le résultat de plusieurs causes, de celles notamment qui contribuent à débiliter l'organisme (1).
Le docteur C/iavannes croit également que c'est à un ensemble de causes qu'il faut attribuer le goitre (2).
Le docteur Grillet fait jouer un rôle important à l'ivrognerie; il cite aussi le fait de parents qui, après avoir eu douze enfants sains, en ont eu deux crétins, après avoir été atteints de la gale. Il ajoute que l'endémie a notablement diminué à Sion depuis que les remparts de la ville ont été démolis.
Le docteur Menyis, au contraire, ne croit à l'influence ni de l'ivrognerie, ni de l'humidité, ni de la gale; mais il attache beaucoup d'importance à la malpropreté et à la mauvaise qualité de l'eau potable (3).
M. (h'icsinf/cr regarde comme des causes subordonnées et
(i) Actes de la Société helvétique, 1852, p. 52 et 56.
(2) Idem, p. 52.
(3) Idem, p. 54.
accessoires du crétinisme toutes celles qui se rattachent aux mauvaises conditions sociales, telles que la misère, la malpropreté, l'ignorance, la manière défectueuse d'élever les enfants: il attache beaucoup plus d'importance à l'humidité du sol et de l'air et à la composition magnésienne du sol. Quant à la doctrine qui tend à considérer le goitre et le crétinisme comme produits par une cause toxique de nature miasmatique, dont l'air et l'eau seraient le véhicule, elle lui paraît assez rationnelle; mais il ne trouve point qu'elle soit étayée sur des preuves suffisantes.
En dehors des causes locales qui peuvent à elles seules déterminer le développement du crétinisme, Griesinger fait jouer un rôle important à l'hérédité qui peut agir, même en dehors de rendémicité, sur un certain nombre de générations ; il croit d'ailleurs, avec Guggenbûhl et Erlenmeyer, que le crétinisme se transmet plus par le père que par la mère (1).