IV. — Traitement et prophylaxie
Je n'ai point ici à m'occuper du traitement du goitre en tant que considéré comme maladie locale. Soit, en effet, qu'il ait été confondu avec la scrofule, soit qu'il en ait été plus ou moins nettement distingué, il n'est pas moins certain que dès les temps les plus reculés, il a été combattu par des moyens plus ou moins appropriés.
(1) Ouvrage cité, p. 449 et suivantes.
176 L>E l'aliênatio.n mentale en suisse.
Je mentionnerai cependant, parmi les médicaments depuis longtemps employés contre le goitre, l'éponge calcinée prescrite d'abord contre la scrofule par Arnaud de Villeneuve, dans la seconde moitié du xiiic siècle. C'est, en effet, en étudiant la composition de l'éponge calcinée, que Coindeta été conduit, en 1820, à conseiller contre le goitre l'hydriodate de potasse et la teinture d'iode (1).
Bien que cette découverte n'ait pas été admise sans opposition, il est juste de dire qu'elle fut en peu de temps appréciée à sa juste valeur, et que les discussions qu'elle provoqua à celte époque, portèrent presque uniquement sur le mode d'administration du nouveau médicament, et sur les accidents qu'il peut déterminer quand il n'est pas sagement employé (2).
Il se pourrait bien, d'ailleurs, que la poudre anti-goîtreuse dont Jérôme Brixius parle dans la lettre que j'ai citée plus haut, ne fût autre que de l'éponge calcinée. Il est au moins certain, d'après les termes de cette lettre, que la poudre demandée par Brixius était depuis quelque temps déjà employée habituellement contre le goitre dans certaines parties de la Suisse.
«Quare te rogo, doctissime domine, écrit-il à Gesner, ut cum commode fieri poterit, pulverem illum descriptum ad me mitti
(1) Mémoire cité, p. 193 et suiv.
(2) Consultez notamment, dans la Bibliothèque de Genève, années 1820 et 1821, les deux lettres du docteur Carro (de Vienne), et celles de MM. Mathey (de Genève), et Baup (de Nyon), t. XV, p. 330 ; t. Wll. p. 63 et 75, et t. XVIII, p. (52 et 30i.
cures, ut periculum faciamus, si fieri poterit curieuses strumas discutere... (1). »
Reeve nous apprend que lors de son voyage dans le Valais, en 1805, l'éponge calcinée était considérée comme le meilleur moyen à employer contre le goitre; mais il ajoute qu'on en faisait assez rarement usage, parce que la maladie était tellement commune et offrait si peu de gravité, qu'on ne s'en préoccupait aucunement (2).
Ce ne fut que plus tard que l'on songea à employer contre le crétinisme d'abord des mesures purement prophylactiques, puis bientôt après des moyens franchement curatifs.
Deux sortes de mesures prophylactiques ont été employées contre le crétinisme : les unes ayant pour but de soustraire les individus à l'action des causes endémiques; les autres dirigées plus ou moins directement contre ces causes elles-mêmes. Ne pouvant guère m'occuper des premières sans parler en même temps des moyens curatifs appliqués au crétinisme, je procéderai d'abord à l'examen des secondes.
La plupart des auteurs dont j'ai, dans le chapitre précédent, exposé sommairement les doctrines sur l'éliologie du goitre et du crétinisme, se sont contentés de conseiller, à titre de mesures prophylactiques, de combattre les causes auxquelles ils croyaient
1) Loc. cit.
(2) Mémoire cité, p. 118.