‹ De l'aliénation mentale et du crétinisme en SuisseChapitre 53 sur 62 · L. LUNIER · texte numérisé non relu

L. LUNIER

eurent la proximité du médecin et la faculté de participer à la vie de famille, si son état le permet.

Les frais de construction de ce pavillon sont évalués à 90 000 francs, et avec les appareils de chauffage, à 105 000 fr.

L'asile de Préfargier a déjà coûté près de 1 200 000 fr.

Il m'a semblé qu'on abusait un peu des moyens de contrainte à Préfargier : j'ai trouvé une douzaine de malades avec la camisole et quelques autres en cellules; c'est beaucoup sur une population de cent trente malades. On a d'ailleurs imaginé, pour fixer la camisole la nuit et empêcher qu'un aliéné n'en détache un autre, un système de boucles fort ingénieux; les ardillons en sont maintenus en place par une tige de fer à pas de vis, qu'on ne peut mouvoir qu'avec une petite clef spéciale.

C'est à Préfargier qu'on a fait usage pour la première fois des manchons imperméables pour les lits des malpropres. Ils ont été imaginés en 185.") par les médecins de rétablissement , MM. Borrel et Cornetz, qui firent confectionner sous leurs yeux les premiers manchons en toile huilée (1). On s'en sert à Préfargier avec les sommiers Tucker. Ces manchons sont aujourd'hui fabriqués sur une assez grande échelle par M. Jean Schenk, infirmier de l'hôpital de l'île à Berne, qui les vend 18 francs la douzaine. La toile huilée devient rapidement dure et cassante: les manchons ainsi préparés ont rarement plus de cinq ï

(1) La toili trempée dans l'huile de lia était depuis longtemps déjà employée à Berne comme tissu imperméable.

mois de durée. Le Dr Dagonet, qui les a introduits en France, a remplacé la toile huilée par le caoutchouc.

Ces manchons peuvent être très-utiles dans certaines circonstances; mais il serait fâcheux que leur emploi devînt un motif de ne plus prendre à l'égard des malpropres les précautions sur lesquelles Parchappe insistait avec tant de raison. C'est surtout avec les malpropres que la patience et le dévouement font plus que les meilleurs appareils (1).

Le médecin-directeur de Préfargier est actuellement M. le I)r Borrely qui a succédé en 1852 à M. le Dr Bovet. Il est trèsintelligemment secondé par M. le Dr Châtelain, médecin adjoint, nommé en 1862.

(1) Voici ce que M. le docteur Dagonei m'écrit à ce sujet à la date du 2 avril :

m J'ignorais entièrement l'existence de ces manchons imperméables mis en usage à Préfargier; ils ne sont, en effet, indiqués nulle part, je n'avais donc pas à les introduire en France. J'ai été, comme beaucoup de mes confrères, frappé de la difficulté que l'on éprouve à tenir propres les lits de gâteux et des inconvénients qui se rattachent à ce service. J'ai fait, avec le zélé pharmacien de Stéphansfeld, vers 1860, une foule d'essais pour rendre les toiles imperméables et confectionner des appareils convenables. J'ai naturellement employé tout d'abord les toiles imbibées d'huile de lin, séchées à l'air, comme cela doit se faire ; je n'avais jusque-là abouti qu'à des résultats incomplets. C'est alors que nous avons fait revenir directement d'Angleterre une toile recouverte de caoutchouc à ses deux faces ; là seulement on peut l'obtenir à des prix favorables et dans des conditions satisfaisantes de fabrication. Cette toile est transformée en alèze, munie d'une manche, à Stéphansfeld; cette transformation et l'application de la manche se font au moyen d'une dissolution de caoutchouc dans une préparation particulière. Ce n'est, du reste, qu'après

228 de l'aliénation mentale en suisse.

G. La Waldau, à Berne.

La construction de l'asile de la Waldau, commencée en 1850, fut terminée en 185^; l'établissement ne fut ouvert qu'au mois de novembre 1855.

La dépense prévue pour les constructions seulement était de 900 000 francs; elle s'est élevée en réalité à 953 000 francs pour deux cent trente aliénés; soit environ khOOù: par lit.

La Waldau est surtout, mais non exclusivement, une maison de traitement. Une cinquantaine d'incurables sont placés dans l'ancien établissement.

L'asile est situé au nord-est et à quarante minutes environ de Berne, sur une colline légèrement inclinée vers le sud-ouest à l'extrémité méridionale de la forêt de Scbermen. Sa façade

lui avoir fait subir diverses modifications que nous avons définitivement adopté la forme qu'elle présente actuellement.

» J'avais vu déjà employer, à Vienne, à l'hôpital des Enfants, la toile imbibée d'huile de lin, mais sans être disposée en manchon. J'ai su depuis qu'on préparait, à Berne, une toile huilée, et j'en avais fait revenir plusieurs échantillons. Mais la toile venant de Suisse est obligée de payer à la frontière des droits énormes pour entrer en France ; j'avais d'ailleurs remarqué comme vous qu'elle perdait de suite sa souplesse et qu'elle devenait rapidement cassante ; enfin elle se nettoie moins facilement que celle qui est revêtue de caoutchouc. J'en ai donc de suite abandonné l'usage.

» Ces appareils rendent certainement, comme vous le dites, d'incontestables services, et, dans cette conviction, j'ai fait les plus grands efforts pour les faire pénétrer dans la pratique. Mais je suis tout à fait de votre avis lorsque vous ajoutez que. leur emploi ne doit pas rire un motif peur ne plus prendre à l'égard des malpropres les précautions sur lesquelles l'archappe insistait avec tant de raison ; cette réflexion me parait trèssage. »

principale regarde le sud-ouest et les Alpes Bernoises. Une forêt de sapins le protège au nord et même, en partie du moins, à l'est et à l'ouest.

Le domaine cul rural, dont le sol est fertile et facile à travailler, a une contenance de 3 hectares 60 arcs, non compris l'exploitation agricole appartenant à la direction de l'île, où les aliénés sont également occupés.

Les bâtiments, préaux et chemins de ronde occupent une superficie de 5 hectares environ.

L'asile de la Waldau se compose d'une agglomération de constructions qui ne forment, à proprement parler, qu'un seul corps de bâtiment, et représentent dans leur ensemble un parallélogramme de 182 mètres de longueur, de l'est à l'ouest, sur 81 mètres de profondeur, du sud au nord. La cour intérieure formée par les quatre côtés du parallélogramme est divisée en trois parties par des galeries couvertes et ouvertes qui relient l'aile antérieure à l'aile postérieure.

Les femmes occupent le côté droit et les hommes le côté gauche de l'établissement. La partie centrale est affectée, en avant, à l'administration et au logement des employés, et en arrière à la buanderie, au vestiaire et à la lingerie.

Des caves régnent sous le bâtiment de la façade principale : la cuisine et les services qui en dépendent y sont installés.

Le bâtiment de la façade a deux étages ; la partie centrale, plus profonde que les ailes, est surmontée d'une lourell» et d'une horloge à sonnerie.

Les bâtiments latéraux n'ont qu'un étage : l'aile postérieure

230 DE l'aliénation mentale en suisse.

a deux étages au centre et le rez-de-chaussée seulement sur les côtés.

Tous les préaux, plantés d'arbres, sont situés en dehors des bâtiments d'habitation. Chaque quartier a son préau spécial, ses escaliers et ses habitations de jour et de nuit distincts.

Les habitations de jour sont toutes au rez-de-chaussée ; celles de nuit, à l'exception des loges d'agités, au premier étage.

Les unes et les autres ont vue en dehors sur les préaux, et ouvrent en dedans sur des couloirs ou galeries qui établissent une communication facile des quartiers entre eux et avec les services spéciaux.

Toutes les habitations de jour et de nuit sont planchéiées et lambrissées à une certaine hauteur.

Les quartiers de classement, au nombre de quatre seulement, occupent : les tranquilles curables, le côté antérieur du parallélogramme; les tranquilles paisibles et les turbulents, les ailes latérales ; les furieux, l'aile postérieure. Il y a de plus un petit quartier pour les pensionnaires dans l'aile antérieure au conlact immédiat du bâtiment d'administration.

Les infirmeries — dix lits pour chaque sexe — sont établies au deuxième étage du bâtiment d'administration.

Il n'y a pas de quartier pour les épilepliques; ces malades sont placés comme incurables dans l'ancien éiablissoment situé au nord-est de l'asile actuel.

Les plus grands dortoirs n'ont pas plus de dix lita tt sont séparés par des chambres d'infirmiers. La plupart n'ont qu'on,

deux, trois et cinq lits. Il y en a cent soixante-neuf, non compris les cellules.

Les habitations du rez-de-chaussée ont une hauteur de U mètres, celles du premier étage de 3m,66, et celles du second étage de 3m,50.

On a attribué en moyenne à chaque lit une capacité de 31 à 32 mètres cubes.

Les loges, au nombre de douze pour chaque sexe, sont placées entre deux corridors sur lesquels elles ouvrent ; elles sont éclairées par des châssis vitrés placés au plafond, qui devaient servir en même temps à surveiller les malades par les couloirs d'observation établis au-dessus des galeries du rez-de-chaussée. Le docteur Scharer m'a avoué qu'on ne se servait jamais de ce mode d'observation, qui inquiétait inutilement les aliénés. Je n'approuve pas davantage l'installation des chambres d'infirmiers au-dessus des loges. Ces loges sont bituminées; mais on en a reconnu l'inconvénient, et l'on doit remplacer l'asphalte par bu plancher de bois.

Des cabinets d'aisances sont établis à tous les étages, au centre de chaque aile, dans des annexes qui font saillie sur les cours intérieures. Je préfère de beaucoup, pour les habitations de jour, les cabinets d'aisances installés dans des kiosques à toit saillant construits à cet effet dans les préaux, à 10 ou 12 mètres des bâtiments, et pour les dortoirs, des sièges d'aisances portatifs.

Toutes les habitations sont chauffées au moyen de poêles en carreaux de poterie, qui sont allumés et entretenus par les galeries de service.

'232 DE l'aliénation mentale en suisse.

La ventilation se fait par les fenêtres, dont la partie supérieure se meut à bascule.

Une baignoire établie près des latrines, dans les annexes de la façade postérieure, est affectée spécialement aux furieux.

Il y a de plus, pour tous les autres malades, douze baignoires placées dans trois pièces contiguës, établies de chaque côté de la ligne d'axe, dans deux pavillons construits en arrière et à proximité de la buanderie.

L'été, les malades prennent des bains froids dans un étang voisin.

L'asile de la Waldau est construit en pierre de taille et recouvert de tuiles rouges qui lui donnent de loin un aspect tout particulier, un peu triste. On a évité dans la conslructiou tous ornements inutiles.

L'eau, prise à une excellente source située derrière le Lindenburggut, au-dessus du joli village de Bolligen, est amenée à l'établissement par des conduits en fonte de 2 kilomètres do longueur : la source est assez élevée pour que l'eau monte d'ellemême à la hauteur des combles, ce qui a permis d'établir dans les cours des fontaines et des jets d'eau.

Dans son ensemble, l'asile de la AValdau a beaucoup d'analogies avec Préfargier; il fait honneur au canton de Berne, au docteur ïribolet qui en a conçu le plan, et à l'architecte Ilebler qui en a dirigé l'exécution.

Aucun changement, du reste, n'a été apporté à la Waldau depuis sa fondation. Le directeur actuel a seulement fait supprimer le mur de séparation des deux préaux de la façade affectés aux pensionnaires cl aux tranquilles en traitement.

Il n'y a à la Waldau que des lits de bois ; le docteur Schaïcr prétend que les lits de fer seraient trop froids.

11 m'a semblé qu'à la Waldau, comme à Préfargier, on abusait des moyens de contrainte ou du moins de la camisole de force. On s'est évertué notamment à perfectionner les moyens de maintenir les agités dans leurs lits. Je dois ajouter, d'ailleurs, que lors de ma visite, il y avait à la Waldau un encombrement qui avait obligé le directeur à placer plusieurs lits dans la plupart des cellules, et, par suite, à prendre des précautions exceptionnelles.

Aucun système spécial n'est mis en œuvre à la "Waldau pour les malpropres; le manchon imperméable y est inconnu. Les lits de ces malades ne diffèrent des autres que par la disposition en entonnoir du fond qui n'est pas même doublé de zinc.

Une extrême propreté, d'ailleurs, règne dans toutes les parties de l'établissement.

Le personnel médico-administratif de la AValdau comprend :

Un médecin-directeur (Arzt-Direklor), M. le docteur Schàrer, praticien modeste, d'un grand sens pratique, qui a succédé, en 1860, au docteur Tribolet, le premier médecindirecteur de rétablissement ;

Un deuxième médecin (Secundararzt), M. le docteur Fetscherin ;

Un médecin adjoint (Assistenzarzt), le docteur Ihiedi.

H. La Roscgg, à Soleure.

L'asile cantonal de la Rosegg, construit de 1857 à 1860, a

été ouvert en juin 1860. Les quartiers des furieux ne Tout été qu'eu 1866.

Il est situé à 2 kilomètres nord-ouest de Soleure, sur une colline légèrement inclinée vers le sud, d'où la vue s'étend au loin jusqu'aux Alpes Bernoises. Les monts Weissenstein, dernières chaînes du Jura, le protègent du côté du nord. L'aspect en est riant et gai.

Le domaine de l'asile a une superficie de 36 poses (12 hectares 26 ares), y compris le potager établi devant l'établissement et les dépendances d'une petite ferme située dans le voisinage.

Les dépenses de construction, d'acquisition de terrain et de mobilier se sont élevées à 500 000 fr. pour 150 malades, soit 3335 francs par lit.

En dehors des pavillons occupés par la buanderie et les quartiers des furieux, la Rosegg a dans son ensemble la forme d'un double T couché.

La partie centrale, qui forme saillie en avant, mais surtout en arrière, renferme : dans le sous-sol, la cuisine; au rez-dechaussée, les magasins, parloirs et bureaux; au premier étage, les appartements du médecin-directeur, et au deuxième étage, la chapelle.

Partout ailleurs, les bâtiments n'ont qu'un étage.

Chacun des quartiers de classement, au nombre de cinq, a ses habitations de jour et de nuit au même étage, disposition vicieuse à tous égards et dont M. Cramer a reconnu lui-même les graves inconvénients.

Les semi-agités occupent le rez-de-chaussée, et les tranquilles le premier étage des ailes qui font suite au pavillon central ; les premiers ont leur préau par derrière, les seconds sur le devant.

Le bâtiment qui coupe à angle droit celui dont je viens de parler, est occupé au rez-de-chaussée par les malpropres qui ont leur préau derrière, et Le premier étage par les infirmes et en général tous les malades auxquels des soins spéciaux sont nécessaires.

Les agités sont placés, depuis 1866, dans un pavillon construit à la suite du bâtiment principal, auquel il est relié par une galerie qui n'est que la continuation de celle qui règne dans ioute l'étendue de l'établissement.

Ce quartier comprend au rez-de-chaussée quatre loges dont trois cellules de séquestration sans lit, parquetées et revêtues d'un ciment très-dur et très-résistant. De la quatrième cellule, garnie d'un lit, on a vue sur la campagne par une fenêtre à hauteur d'appui.

Ces cellules ouvrent toutes sur un même couloir.

A l'étage, il y a trois petits dortoirs et quatre cellules d'isolement, dont une pour les malades les plus bruyants.

On a donc, pour la construction de ce quartier, adopté a peu près le système français.

Deux salles de bains contiguës, contenant chacune trois baignoires, établies dans le pavillon des agités, sont affectées Tune aux tranquilles, l'autre aux agités. L'eau arrivé dans les baignoires par des robinets découverts. Baignoire de marbre pour

236 DE l'aliénation mentale en suisse.

les malpropres; quelques appareils hydrolhérapiqucs, les seuls, je crois, que j'aie vus dans les asiles suisses.

La Rosegg offre donc dans son ensemble et dans la distribution des quartiers de classement des dispositions toutes spéciales qui ne m'ont guère paru, je l'avoue, avoir leur raison d'être. Je veux bien croire que l'architecte a été dominé par la pensée de donner à toutes les habitations l'exposition du sud; mais il n'y est même pas parvenu, et il aurait pu obtenir ce résultat en adoptant des dispositions plus rationnelles.

Je ne puis comprendre, d'ailleurs, que dans un établissement dont la construction est toute récente, à deux pas de Préfargier et de la AValdau, on ait appliqué le système de la superposition des quartiers de classement, en faveur duquel on ne peut alléguer aucun*; raison sérieuse. La première condition pour des aliénés n'est- elle pas de pouvoir à tout instant du jour aller, sans difficulté aucune, du préau dans le chauffoir et vice versa ; et ce résultat peut-il être obtenu dans un quartier qui a ses habitations de jour au premier et même au deuxième étage comme à Saint-Pirminsberg?

Les fosses d'aisances, à la Rosegg, sont établies comme à la Waldau, au contact immédiat des bâtiments d'habitation.

On y a commis aussi la faute grave de construire la buanderie beaucoup trop près du bâtiment d'administration, qu'elle masque complètement en arrière.

Les fenêtres n'ont de grillage que dans le quartier des agitée; partout ailleurs elles ne sont que fermées à clef.

Tous les lits sont de bois.

Je n'ai pas vu une seule camisole; on n'en fait que très-rarement usage à la Rosegg.

Pour assurer le service de surveillance, M. Cramer a imaginé un système fort ingénieux de montres ou mieux de cadrans à ressort qui sont placés dans les différents quartiers et dont les veilleurs de nuit sont tenus de tourner les aiguilles à des heures déterminées. Le directeur n'a qu'à jeter un coup d'œil sur les cadrans pour savoir à quelle heure le veilleur est passé sur chacun des points qu'il est chargé de surveiller.

Le médecin directeur de la Rosegg est actuellement le Dr Cramer, qui a fait en Allemagne d'excellentes études et connaît à fond les travaux publiés en France sur les maladies mentales. Il est remplacé en cas d'absence par un médecin de Soleure. Il n'a pas d'interne.

En résumé, des dix établissements dont je viens de donner la description succincte, les trois plus anciens — Champ-de-l'Air, Kônigsfelden, Zurich — ont été reconnus défectueux et insuffisants, et seront très-prochainement remplacés par de magnifiques asiles construits à grands fiais, en dehors des villes et au milieu de vastes domaines.

Un quatrième, les Vernets, quoique fondé en 1838, a été établi dans d'assez bonnes conditions pour qu'aujourd'hui encore cet établissement réponde à peu près aux besoins du service dans le canton de Genève et aux progrès de la science psychiatrique. Les agrandissements qui ont été effectués en 1857 dans h section

des femmes et qui le seront également dans celle des hommes, monlrent assez d'ailleurs que ce canton ne songe point à reconstruire son asile.

Trois autres — Munster lingen, Bâle, Saint- Pirminsùerg — laissent grandement à désirer.

Mùnsterlingen et Saint- Pirminsberg , bien qu'admirablement situés et notablement améliorés d'ailleurs depuis quelques années, présentent dans leur constitution matérielle et la disposition de leurs quartiers de classement de trop graves insuffisances et imperfections pour qu'on puisse les considérer comme de bons établissements.

Les deux quartiers d'hospice de Bâle ne sont point dignes de cette antique et riche cité, et il est probable qu'elle ne tardera point, elle aussi, à fonder en dehors de ses murs un véritable asile d'aliénés.

Les trois derniers enfin, — Préfargier, la Waldau, la Bosegg, — construits plus récemment, sont au contraire de bons établissements, mais dont on ne peut louer sans restriction toutes ies dispositions.

Préfargier, cependant, malgré les quelques remaniements qu'a subis le plan primitif, peut encore être cité comme un modèle de petit établissement affecté aux deux sexes.

La Waldau me plaît moins; l'aspect en est trop sombre cl puis l'agglomération des bâtiments, acceptable pour une population de cent à cent cinquante malades, l'est beaucoup moins déjà pour un asile de deux cent cinquante places.

Le plan de la Rosegg ne me paraît point un modèle à imi-

ter. La disposition de quelques-uns de ses quartiers de classement est contraire aux prescriptions de, la science psychiatrique.

Tous les asiles publics de la Suisse admettent les deux sexes : c'est, à mon sens, ce qu'il y a de mieux à faire quand le chiffre de la population le comporte.

Je ne puis approuver, au contraire, la séparation des curables et des incurables, soit qu'ils soient placés dans des établissements distincts, comme cela se fait dans les cantons de Zurich, de Bâlc et de Berne, soit que, dans le même établissement, on leur affecte des quartiers spéciaux, comme on se propose de le faire dans l'asile projeté de Konigsfelden. Cette séparation, fort difficile d'ailleurs à établir dans la pratique, n'a jamais été admise ni en France, ni en Angleterre, et l'on paraît y renoncer partout aujourd'hui, même en Allemagne, où elle était pour ainsi dire érigée en système.

Je n'ai rien trouvé d'organisé en Suisse en vue de la séquestration des aliénés criminels ; le nombre en est tellement restreint, qu'on se contente de leur affecter, au besoin, une ou deux cellules dans le quartier des agités.

Dans aucun des asiles de la Suisse je n'ai trouvé de quartier spécial pour les épileptiques. Ces malades ne sont admis, d'ailleurs, que dans les établissements d'incurables.

2M de l'aliénation mentale en suisse.

5° Organisation du personnel médico-administratif.

L'organisation du service médical et administratif n'est pas le même pour tous les établissements d'aliénés de la Suisse; mais dans tous ceuv qui ont été fondés depuis une vingtaine d'années, les doubles fonctions de directeur et de médecin en chef ont été confiées à une seule et même personne.

Le Champ-de-l'Air, à Lausanne, ressemble plus, sous ce rapport, à nos quartiers d'hospice qu'à nos asiles spéciaux. Un économe qui demeure dans l'éiablissement est chargé, sous la surveillance du bureau des secours publics et plus spécialement du médecin, chef de bureau de la police sanitaire et vice-président du conseil de santé, de la tenue de la comptabilité, des achats et de la gestion économique : il tient les registres et signe les rapports conformément, au règlement.

« L'économe consulte le médecin pour tout ce qui, dans l'exécution de ses fonctions, intéresse directement ou indirectement le bien-être et le traitement des malades; il pourvoit à l'exécution de celles de ses prescriptions qui lui sont transmises dans ce but » (art. 82, 83 et 8i du décret-loi du 17 janvier 1851); il accompagne le médecin en chef dans sa visite.

Le médecin en chef, nommé par le conseil d'État, après avis du bureau des secours publics et du conseil de santé, ne demeure pas dans l'établissement (art. 91).

Il parait à peu près décidé que dans l'établissement projeté,

il y aura un médecin-directeur , un médecin adjoint et un économe.

L'asile des Vernets est administré par un directeur responsable, sous la surveillance du déparlement de l'intérieur et du procureur général.

Le service médical est confié à un médecin en chef et à un médecin adjoint non résidants.

Au point de vue de l'intérêt des malades, c'est, à mon avis, le plus mauvais de tous les systèmes.

L'administration des quartiers d'aliénés de Bàle appartient naturellement au directeur de l'hospice; il y a cependant dans la maison de traitement un surveillant chef, marié, qui remplit en réalité les fonctions de sous-directeur. Quant au service médical, il est fait par un médecin résidant, qui n'a pas même d'interne : il est vrai que la population des quartiers n'est pas considérable.

Dans tous les autres asiles de la Suisse, les doubles fonctions administratives et médicales sont confiées à un médecindirecteur, assisté d'un économe et le plus souvent d'un médecin adjoint.

Les attributions des médecins-directeurs et des économes ne sont pas, d'ailleurs, exactement les mêmes qu'en France. Partout, en Suisse, on admet sans conteste que dans une maison d'aliénés, la situation du médecin en chef ne doit jamais être subordonnée, et qu'il doit toujours pouvoir manier sans entrave l. lunier. . 16

2i2 !)! l'aliénation mentale en suisse.

ce précieux instrument de traitement qu'on appelle l'asile, c'està-dire ce milieu spécial, toul exceptionnel, créé uniquement en vue de l'aliéné, et qui ne comprend point seulement l'habitation, le vêlement, la nourriture, mais aussi et surtout le personnel de surveillance, sur lequel l'action du médecin doit être incessante, absolue, exclusive. Mais on a compris en même temps qu'il n'était pas rationnel de lui imposer des obligations qui ne pouvaient que le surcharger sans rien ajouter à son autorité morale.

C'est en conformité de ces principes qu'en Suisse on a étendu davantage les attributions des économes (Oekonom), dont les fonctions se rapprochent sous certains rapports de celles de nos directeurs; mais ils n'en portent pas le titre, et ils sont d'ailleurs en toute occurrence subordonnés aux médecins-directeurs.

Il en est ainsi notamment à Kbnigsfelden, à Mûnsterlingen, h Saint-Pirminsbcrg, à Préfargier, à laWaldau, à ia Rosegg et même à Zurich, bien que le médecin-directeur ne réside pas dans l'asile.

Ce mode d'organisation du personnel médico-administratif nous paraît constituer un progrès. Il n'est pas, d'ailleurs, absolument le même dans les sept asiles dont je viens de parler : à Kônigsfelden, par exemple, le médecin des aliénés est en même temps directeur de l'hospice dont l'asile n'est qu'un quai lier: à Zurich, le médecin en chef, quoique ayant le titre de directeur, ne s'occupe aucunement d'administration ; ïPréfargitr, lo directeur-médecin n'agit, en tant qu'administrateur, qu'au nom ei comme membre d'un comité dirigeant (art. 3 de l'acte de l'on-

dation du 1S août 18Zi8); mais, en définitive, et c'est là le point capital, le médecin, dans les asiles suisses, est toujours le chef de l'établissement.

Dans tous ceux dont la population le comporte, — Kbnigsfeldeu , Zurich , Genève , Saint-Pirminsberg , Préfargier, la Waldau, — il y a un ou plusieurs médecins assistants ou adjoints, — Secundur-Arzt , Assistenz-Arzt, Unter-Arzt, — docteurs en médecine qui logent dans les asiles et y remplissent à peu près les mêmes fondions que nos médecins adjoints et nos internes (1).

Dans tous les asiles suisses, le service de surveillance est exclusivement confié à des laïques, même dans les cantons catholiques, à Soleure, par exemple.

La proportion des gardiens et servants affectés au service de surveillance varie singulièrement, d'ailleurs, selon les établissements.

Il est au Champ-de-l'Air de 1 sur 20 à 25 malades; aux Vernets, de 1 sur \h ; à Kdnigsfelden, de 1 sur 1 2 ; à la Roscgg, de 1 sur 10-11; à Salnt-Pirminsberg et à Miinsterlingen, de 1 sur 10; à la Waldau, enfin, de 1 sur 9. Dans le nouvel asile de Lausanne, il doit être de 1 sur 15 dans les quartiers de tranquilles, et de 1 sur 8 dans les quartiers d'agités. Cette propor-

(1) L'internat, tel qu'il est organisé en France, n'existe nulle part en Allemagne.

2lxU DE l'aliénation mentale en suisse.

tion me paraît un peu forte. Dans la détermination du chiffre relatif du personnel, il faut tenir compte de plusieurs circonstances qui varient selon les établissements et notamment du nombre des quartiers de classement et de la population de chaque quartier. Voici les bases d'après lesquelles ce chiffre me paraît devoir être établi.

Dans les quartiers spéciaux -agités, épilepliques, malpropres, infirmeries — il doit y avoir au moins 1 surveillant pour 10 malades; dans les autres quartiers, il suffit de 1 surveillant pour 20 malades, et cela dans les quartiers mômes, aussi bien que lorsque les aliénés sont à la promenade ou au travail.

Je ne comprends, d'ailleurs, dans ces proportions ni les servants employés aux services généraux ou attachés à la personne des pensionnaires hors classes, ni les chefs d'ateliers cl notamment le chef de culture et le jardinier en chef.

Je dois ajouter qu'aucun dortoir ne doit rester sans gardien, et qu'il est nécessaire d'assurer à tout instant du jour la présence dans chaque quartier d'au moins un surveillant.

6° Travail et pécule.

Le travail est aujourd'hui assez convenablement organisé dans presque tous les asiles de la Suisse ; il l'est même trèslargement dans quelques-uns, notamment à Konigsfelden, à Mûnsterlingen, à la Waldau et à la Rosegg.

Dans plusieurs, à Bàle notamment, les aliénés ne sont guère occupés que dans des ateliers et à des travaux d'intérieur ;

mais presque lous, et principalement ceux qui ont été construits depuis une vingtaine d'années, ont un domaine cultural suffisamment étendu dans le voisinage immédiat des bâtiments d'habitation. Saint-Pirminsberg a de plus une ferme détachée, à une certaine dislance de l'établissement.

Dans quelques asiles de la Suisse, — kbnigsfelden, Mûnsterlingen, Saint-Pirminsberg, la Rosegg, — ce ne sont point seulement les hommes qui sont occupés habituellement aux travaux des champs, mais bien aussi les femmes, comme cela se fait d'ailleurs dans quelques-uns de nos asiles, à Toulouse, par exemple. Il serait à désirer qu'il en fût de même dans tous les établisssements.

Le directeur de la Fiosegg, M. Cramer, envoie indistinctement aux travaux des champs les pensionnaires e». les indigents : je considère cette mesure comme rationnelle à tous égards. Je n'hésitais point, quand j'étais directeur de l'asile de Blois, à faire travailler au jardin tous les pensionnaires valides. Le docteur Desmaisons agit de même à l'égard de ses malades dans le domaine cultural qu'il a annexé à sa maison de santé du Castel d'Andorte, près Bordeaux.

La proportion des travailleurs varie de 30 pour 100 — Saint- Pirminsberg,— à 75 pour 100 — la Rosegg. Elle est en moyenne à peu près la même que dans les asiles français, 50 à 60 pour 100.

Je n'ai rien trouvé, dans les asiles que j'ai visités en Suisse, qui ressemblât au pécule tel qu'il est organisé dans nos établis-

sements publics, c'est-à-dire la rémunération du travail de l'aliéné et la mise en réserve, à son profit et en vue de sa sortie, d'une partie de cette rémunération. On se contente le plus souvent d'accorder aux travailleurs des suppléments de régime, et surtout de boissons fermentées.

A Munsterlingen, cependant , quelques-uns reçoivent des vêtements de promenade; à la Waldau, le fermier du domaine de l'hôpital extérieur accorde parfois aux aliénés qui travaillent pour lui une légère rétribution en argent ou en nature.

7° Régime alimentaire.

Je n'ai pu me procurer des renseignements à peu prés suffisants, en ce qui concerne le régime alimentaire des aliénés, que pour cinq des asiles que j'ai visités, le Champ-de l'Air, Konigsfelden, Munsterlingen, Saint -Pirminsberg et la Rosegg.

Dans ces établissements, les aliénés reçoit eut par semaine, de viande avant cuisson :

Hommes. Femmes.

A Konigsfelden 1750 gr. 1750 gr.

A Munsterlingen 1750 li50

Au Champ-de-1'Air 1650 1650

A Saint-Pirminsberg 1500 1500

A la Rosegg L500 1080

C'est depuis trois ans seulement qu'a Konigsfelden, les aliénés reçoivent tous les jours "250 grammes île viande. Avant

cctle époque, la même quantité ne leur était allouée que trois fois par semaine.

A Saint-Pirminsberg, on ne donne de la viande que trois jours par semaine, 250 grammes au dîner et autant au souper.

A la Rosegg, pays catholique, les aliénés ne reçoivent pas de viande le vendredi.

Au Charap-de-1'Air et à Miinsterlingen, enfin, ils en ont tous les jours.

Les aliénés sont beaucoup moins bien partagés en Suisse sous le rapport de la boisson.

On ne donne du vin qu'aux travailleurs : ils n'ont même que du cidre à Miinsterlingen et à Saint-Pirminsberg. Les autres ne boivent habituellement que de l'eau, du moins au Champde-l'Air, à Saint-Pirminsberg et à la Rosegg (1) ; car à Kbnigsfeiden on leur donne parfois aussi de la bière, au moins pendant les chaleurs, et à Miinsterlingen, les hommes reçoivent tous du cidre comme boisson habituelle, et les femmes ont du café !e soir. Je dois ajouter qu'à Kônigsfelden, tous les aliénés reçoivent en outre deux fois par jour 60 à 80 centilitres de lait.

8° Mortalité ; guérisons.

J'ai groupé dans un tableau synoptique tous les documents authentiques que j'ai pu rassembler concernant le nombre et la

(1) Je ne parle ici, bien entendu, ni des pensionnaires, ni des aliénés atteints de maladies incidentes.

2/i8 DE l'aliénation mentale en suisst.

proportion des décès et des guérisons dans les asiles de la Suisse. Ces documents embrassent, d'ailleurs, les uns, la période trimestrielle 186/;- 1866; les autres, un plus ou moins grand nombre d'années.

J'ai comparé les décès à la population moyenne et les guérisons aux admissions : c'est la méthode la plus généralement admise aujourd'hui ; c'est aussi, je crois, la plus rationnelle.

Pour qu'on puisse, en effet, tirer quelque enseignement utile de la comparaison d'un certain nombre de faits ou de séries de faits, il faut avant tout qu'ils soient de même nature ou tout au moins aient un lieu commun.

Quand on veut, par exemple, calculer les chances de mort d'un ou plusieurs groupes de malades, il faut placer ces malades dans les mêmes conditions, les ramener au même terme.

Serait-il rationnel de comparer sous ce rapport un groupe de malades dont presque tous ont passé une année entière dans un asile à un deuxième groupe d'aliénés qui ne sont restés que six mois dans un autre établissement? Il faut évidemment, pour que la comparaison entre ces deux groupes ait quelque valeur, que les malades qui les forment soient ramenés par le calcul à la môme condition d'une année de séjour; c'est ce qu'où obtient en additionnant les journées de présence des individus appartenant à chacun des groupes ou établissements qu'il s'agit de comparer, et en divisant le produit par 365. Les quotients représentent la population moyenne de chaque établissement, c'est-à-dire le nombre de malades qui y ont été exposés pendant trois cent soixante-cinq jours aux chances de

mort inhérentes aux conditions spéciales que crée pour eux la maladie (1).

( 1) On peut légitimer autrement cette manière de procéder. Il est évident, en effet, que toutes choses égales d'ailleurs, plusieurs aliénés qui sont restés dans un établissement un certain nombre de jours, différent pour chacun d'eux, y ont offert plus ou moins de chances de mort, et cela dans la proportion du nombre de journées qu'ils ont passées dans l'établissement. Le même raisonnement élant applicable à plusieurs groupes de malades appartenant à des établissements différents, on est conduit à poser en principe que, toutes choses égales d'ailleurs, les chances de mort qu'offrent dans les asiles un certain nombre de malades ou de groupes de malades, sont en raison directe du nombre des journées de présence.

Mais personne n'ignore qu'en divisant plusieurs nombres par un même dénominateur, par le chiffre 365, par exemple, on ne change rien aux rapports de ces nombres entre eux; or, que représentent les chiffres obtenus par cette opération ? ils représentent la population moyenne de chaque groupe de malades ou de chaque établissement.

On peut donc remplacer la formule précédente par celle-ci : les chances de mort, dans un certain nombre d'établissements fonctionnant dans les mêmes conditions, sont en raison directe de leur population moyenne (PM), ou, en d'autres termes, la mortalité relative (M) dans chaque établissement n'est autre que le rapport du chiffre des décès (D)

à la population moyenne : M = .

Il est évident d'ailleurs que la mortalité relative obtenue par la méthode que je viens d'exposer, et qui offre entre autres avantages celui de rendre possible la comparaison de la mortalité des établissements avec celle de la population générale, ne représente point les chances de mort de chacun des malades entretenus dans les établissements qu'il s'agit de comparer. Ces chances (C) sont pour chaque individu en raison directe

du temps qu'il a passé dans l'établissement (J),C= — X J» et pour

l'ensemble de la population en raison de la durée moyenne du séjour,

qu'on obtient en divisant la somme des journées de présence (SJ) par celle

des malades traités (T), C = — - X — • représente la mortalité

d'un jour ou le coefficient mortuaire de chaque journée du malade.

250 de l'aliénation mentale en suisse.

On peut, d'ailleurs, quand on ne connaît pas le nombre des journées de présence, obtenir autrement la population moyenne. L'expérience a démontré, en effet, ce que le raisonnement n'avait fait qu'indiquer, à savoir : que, dans les établissements où les mouvements d'entrée et de sortie sont à peu près réguliers, la population moyenne (l'une année (PM) est très-approximalivement égale au chiffre des existants au 1er janvier (K), augmenté de la demi-somme des admissions (A), et diminué de la demi-somme des sorties par guérison, décès ou autrement (S) ; ce que représente la formule :

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