CHAPITRE II
LB DilBUHBR^ LB DINBR BT LE SOWER
XGI
Quoique pendant le sommeil Téchauge se ralentisse, les huit ou dix heures qui s'écoulent d'ordinaire entre le souper et le déjeuner suffisent pour produire les sympUVmes de rappauvrissement du saa^ que l'on réunit dans cette expression habituelle : être à jeun. £t le léger repas qui rompt cet état s'appelle chez plusieurs peuples : le déjeuner. Les Anglais disent : Rompre le jeûne*
Au déjeuner succèdent la peine et le travail du jour. Aussi le pain sec ou beurré est-il une nourriture très-convenable le matin ; car^nos organes le digèrent facilement, et pourtant avec assez de lenteur pour que le sang et le cerveau ne soient point tout à coup surchargés de principes alimentaires. Le thé et le café préparent d'une manière convenable l'attention et les efforts du jugement que le travail, dans toutes les professions, exige à un degré plu.s un moins élevé. Ët, si Ton se souvient que le thé favorise
UVBB IH. — DU Bfena. S«l
plas exclusivement reochainemeut et le développe* ment de la pensée, tandis que le café excite davantage la force de Tiiua^matiOD, on comprendra saus peine pourquoi, dans quelques contrées, en Hollande par exemple, ceux dont la profession exige surtout le travail de la pensée, déjeunent avec du thé, tandis que ceux dont l'état, occupant à la fois la main et les sens, demande du jugement et de rimagination, déjeunent avec du café.
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La soupe, la viande et les légumes composent régulièrement le dîner d'un boui^eois allemand. Déji, dans le second livre, j'ai expliqué comment l'usage joùrnalier de la soupe et de la viande est exigé par la coutume allemande de préparer la soupe avec la même viande, que Ton mange ensuite comme bouilli. Dans le même livre, j'ai signalé comme trèsraisonnable Tusage de joindre à la viande les légumes et les racines. La viande donne ce qui manque aux légumes, et les légumes éleudcnt ce que la viande contient trop abondamment.
Ce n'est donc que par une malheureuse coutume ou par une nécessité plus malheureuse encore que, dans beaucoup de pauvres ménages, on mange presque exclusivement des pommes de terre à diner.
822 DE L'ALraEHTATION ET DU RiGIMB.
S'il est tout à fait impossible de manger de la viaude et des léfi^es, le dtner devrait, aussi souvent que possible, être composé de soupe de pois, de haricots et de lentilles. Il suit ûb là que Ton pourrait soulager efficacement la misère du pauvre, si 1 ou utilisait pour la culture des légumineuses beaucoup de champs, où la pomme de terre abonde et où ime maladie funeste vient souvent détruire entièrement la récolte de ce tubercule. .
Mais, dans les ménages où 1 on mange de la viande au moins quelques jours par semaine, il faudrait ajoutéi d celte viande des pommes de terre ou des légumes; et les autres jours, servir une forte soupe de pois, de haricots et de lentilles. Cette distribution judicieuse devrait servir de règle générale.
Car quelque heureux que puisse être le goût des ménfigères allemandes dans le choix des aliments, elles sont souvent très-inhabiles à composer un dîner m^me dans les ménages bourgeois les plus aisés. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'une soupe maigre n'est suivie que de poissons et de pommes de terre ! Ou bien on sert la soupe et des mets de farine sans addition de viande. Ou encore on mange une soupe faite avec des léLrnnnneuses, et ensuite les haricots et les mets de farine. '
Autant que possible la viande ne devrait manquer à aucun diner, et, si l'on mange du poisson, plus difticileà digérer et moins nourrissant, il faudrait remplacer ce qui lui inaiiq^ue en piiucipes alimentaires, par une soupe grasse, à la fois plus digestible et plus
UVRE m. — DU RiGIME. ilS
fortifiante^ ou au moins par une bonne soupe de pois
ou de lentilles. Mais, si 1( s haricots et les mets de iarine, ou bieu une soupe de légumineuses compo* sent tout le repas, leur difficulté à se digérer fatigue 1 estomac, leur richesse eu principes alimentaires surcharge le sang, échauffe la tête, et l'homme devient moins propre au travail.
Par toutes ces raisons, la soupe de pois et ensuite du poisson avec des pommes de terre, ou du pois- .son avec les mets dv farine, ou la viande avec les légumes, ou bien le bouillon gras avec des légumineuses et des pommes de terre, ou le rôti avec la salade forment les combinaisons dont doit se com^ poser un bon repas. En un mot, les corps albumineu2 les plus faciles à digérer doivent toujours remporter, et, si des substances d'une digestion plus difficile forment une partie importante du dîner, si Ton mange des pois, des haricots ou des mets de iarine, il laul au moins qu'une soupe de légumes verts ou des fruits facilitent la digestion par leurs acides et leurs sels.
Mais le choix et la juste combinaison des principes alimentaires ne sont pas ies seules choses à considérer. Tout ce qui produit dans nuire corps une nouvelle activité est une cause d'excitation. Et pour cela, les épiées échaufflmtes ne doivent pas être regardées comme les seuls mc^ens d'excitation; mais, en général, le manger et les boissons. Or le propre de l'excitation est d'arrêter ses ell'ets, si on en répète l'emploi dans un trop court délai. Ët plus Texcita-
214 DE L*ALI]IE1ITATI0N ET DU RfelME.
lion est petite^ plus ses effets s'émousseutiaciiement lorsque leur retoor régulier rend moins sensibles leurs propriétés. La faculté d'excitation aiasi diminuée par la répétition des mêmes moyens produit l'habitude. Tandis que pour beaucoup d aliments et de boissonsy pour le pain, la viande, les pommes de terre, l'eau et le lait, l'excitation s'émousse et fait place à Thabitude, tandis que 1 habitude fait môme disparaître l'excitation plus forte que causent le thé, le café, la bi< rc et le vin, reffctdes autres aliments s'émousse, et cet ailaiblissement va jusqu'au dégoût. Puisque la soupe et la viande finissent par nous répugner, si nous les mangeons tous les jours et sous la môme forme, il est à peu près impossible de manger tous les jours les m<}mes léfrumes, les iiiLiiies mets de farine, les mômes légumineuses , et, si deux ou trois jours de suite la ménagère sert des carottes ou même la choucroute favorite, elle trouve souvent des visages mécontents. Ce n'est pas un caprice du goût, mais le goût luimôme est une règle très-sûre et très-fondée pour les stimulants que tirent du sang le cerveau et les nerfs. Nous savons très-bien qu'un usage trop abondant de viande produit dans le sang plus de tibriue, que l'excès des principes alimentaires adipogènes lui donne plus de sucre, et que les huiles volatiles de certains fruits et des épices, les acides organiques et les mélanges des différents sels des légumes passent dans le suc mère des tissus. Si les umiormes manifestations de force des animaux correspondent à leur nourriture uniforme ; si l'absence de sensibi-
UVRB m. *— DU afencB. ts5
lité chez les plantes correspond à la simplicité de leurs principes alimentaires peu nombreux', ne sommes-nous pas loi cés par cet enchaînement étroit des causes et des effets de voir en grande partie dans la vie agitée de l'homme, dans ses passions, dans ses actes, dans les nuances innombrables de ses sentiments et de ses pensées, la conséquence de la diversité de sa nouriilure, de ses assaisonnements et de ses boissons? Ce qui donne à lliomme son caractère individuel ne peut provenir que de Tensemble des variétés de ses aliments, jointes aux influences morales et physiques sans nombre que le monde extérieur exerce sur nous.
Et comme l'uniformité de Texcitation, même répétée à de plus longs intervalles, en dimmue Teifet stimulant, un repas composé des mêmes aliments et
qui revieuL à un juur déteriiiiué de la semaine n'est pas une coutume louable, bi un ordre rigide, ne fait que trahir souvent les habitudes mesquines d'un esprit rétréci, de même cette répétition régulière est la source d'une espèce d'infirmité morale qui com- . prime peu à peu mais d'autant plus dangereusement tout essor libre de Tesprit. Quiconque s'observe soimême avec attention a pu remarquer plus d'une fois que ïeiXei salutaire de la promenade disparait entièrement, si pendant trop longtemps on prend cet exercice tous les jours à la même heure. Il en est de même pour les aliments. Ët si déjà les anciens médecins avançaient cette proposition : qu'il
est bon de jeter quelquefois du désordre dans notre
28 It D£ L'AUMIIITATION ST DU RECrillE.
natupe^ on peut ajouter qu'une intlexible régulai ilé dans la vie nes'aecorde avec aucune espèce d'éléva-tien d'esprit.
On répète fréquemment, et le célèbre Lichtraberg, dont à la vérité les nerfs étaient malades, soutenait aussi que boire pendant le repas est une habitude nuisible. C'est une grosse erreur, car le suc gastri^ que peut êlre étendu d'une assez grande quantité d*eau sans perdre pour cela sa vertu dissolvante. 11 est vrai qu une moiidatioii d'eau pourrait diminuer ou même détruire l'action particulière des substances contenues dans les liquides digestifs. Trop d'eau berait donc très-nuisible après les alimeuts d'une digestion difficile, comme les graisses, et ce n'est p;is sans raison que l 'on redoute la trop grande al x mdance de l'eau après un repas composé de viande grasse de porc. Mais dans les pays oà la soupe ne lait pas une par lie. régulière du repas, l'usage de l'eau est même indispensable.
De môme, la bière et le vin ne sont nuisibles pendant le dîner que si Ton en fait excès. Dans ce cas, l'alcool porte à la coagulation les corps albumineux des aliments, et même ceux des liquides digestifs, et il trouble la digestion. Mais si Ton boit modérément, la bière et le vin prolongent l'eifetnouiTib:>ant du repas. Si après un repas dans lequel nous avons bu du vin, nous ne ressentons pas la faim aussi vite que SI nous avions seulement bu de l'eau, cela tient à ce que, l'alcool s'emparant d'une partie de l'oxygène respiré, lespai iit s de notre corps se consumeuLpius
Jim m. — DU lufeiiiB» sft7
leotemeut. Aussileviapeudautle repas estezcessivement utile, si un long voyage ou un travail prolongé rendent impossible de manger de nouveau à l'heure accoutumée, et comme cet empêchement lui-même accélère l'échange des substances, le vin et la bière sont d'autant plus utiles qu'ils combattent cet eilet.
Le désir habituel demangerchaudledîneresttrès* Ibudé en raison. Carie froid solidifie les colles et les graisses, qui se digèrent bien plus facilement à Tétat liquide. Mais si les aliments sont beaucoup moins chauds que les liquides de l'estomac et de Tintestin, c'est-à-dire s'ils sont très au-dessous de 38 degrés, ils retirent à ceux-ci une partie de leur chaleur, et le mélange froid se dissout moins facilement. C'est pour cela que la glace et l'eau trop froide sont nuisibles, surtout si les aliments contiennent beaucoup de graisse et de gélatine. Comme en général les grands changements de la température de notre corps se supportent mal, la transition subite des aliments chauds aux aliments froids, et vice versa, est fâcheuse. Le refroidissement soudain de la cavité buccale peut faire éclater l'émail des dents.
La diflerence des heures auxquelles on prend le' principal repas chez les différents peuples et selon les diverses professions indique assez que l'on ne peut donner à ce sujet aucune règle absolue. Cette heure est à peu près indifférente pour les professions qui exigent un travail de tôte : elle Test toul à l'ait pour ceux qui ne travaillent pas du tout, pourvu qu'ils ne troublent pas assez complètement l'ordre naturel de
«S$ BE l'ALIMBNTATIOR ST DU RfeiMB.
la vie pour faire de la nuit le jour et du jour la nuit. Mais ceux dont le travail exige une suite d*efforts
corporels perdent assez de substances dans les six premières heures dujour pour avoir raison de suivre la eoiitiinie cidoplée à peu près partout de prendre vers midi, ou peu de temps après, la plus grande partie des moy eus de réparation.
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L'usage allemand de manger le soir deux ou trois heures et même plus, avant de se coucher, est trèsutile, car alors la digestion est en grande partie terminée avant que Tonne se mette au lit. Ën eifetla digestion trouble le sommeil, et le sommeil la dige^ tion. Aussi le repas du soir doit-il se composer, autant que possible, d'aliments faciles à digérer, comme la soupe, la salade, mais peu de viande, rarement du poisson, et jamais de légumineuses. Si on le prend de
très-bonne lu iire, le pain, quoique lourd, et mieux encore le pain beurré et la viande, fourniront une nourriture très-convenable : si l'on y joint du thé, ceux qui ont à se livrer ensuite à un travail d esprit, se sentiront agréablement excités.
C^est surtout le soir qu'il faut éviter les excès. Car sans parler du trouble que la digestion, aussi biea que la faim, jette dans le sommeil, Teflét d'un sang surchargé se neutraiii>e difiicilement pendant la nuit.
IlYRE m. DU BfaiME. 229
ËQ dormant nous expirons moins d'acide carbonique, et en général l'échange des substances se ra*
lentit. Aussi, la réplétion des tissus, et surtout du cerveau, se trahit-elle ft*équemment par des rôves
péniblt s, pai l'oppri'ssion, et le matin, piir les maux de lête et une indisposition générale de Tesprit.
CtiÀPHM III
ou RÉGIME DES ENFANTS.
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Dans l'ensemble de cet ouvrage, comme dans les
détails, j'ai souvent insisté sur ce principe que la quantité des moyens de réparation se règle sur celle de la dépense. Une réparation abondante jointe à une dépense considérable représente un échange de matières très-actif.
(juoique les différences résullanl de l'âge et du sexe confirment en général cette proposition que, chez l'homme sain, on peut juger de l'activité de IVcbange des matières d'après la quantité des excrétions, on croit pourtant au premier coup d'œil ren* contrer ici les exceptions les plus importantes,
CShez rbomme fait, le poids du corps reste, toujours le même, si l'on tient compte de l'augmentation ou de la diminution que causent instantanément les aliments que l'on a pris, ou les excrétions liquides et solides expulsées. Gela provient de ce que les réparations remplacent exactement en moyenne ce qu'on a perdu par les excrétions.
UYRE m. — DU RÉGIME. ni
11 n'en est pas de m^me chez l'enfant. Car toni le développement de la croissance, depuis l'allaitemeQt jusqu'à l'enâmee, et de celle-ci jusqu'à Tâge adulte, provient de ce que la recette surpasse la dépense : la somme de l'une etdeTautre ne se balance pas, et nous ne retrouvons pas ici un simple échange de matière. La croissance consiste uniquement dans la quantité dont les produitsde la nutrition des tissus surpassent les produits de la décomposition et les excrétions.
Ceite plus grande activité qui fait que la nourriture l'emporte sur les excrétions, n'est cependant que la condition de la croissance. Car si le corps ne reçoit plus qu'il ne perd, il ne saurait grandir. A la « bien considérer, cette plus grande appn>priation de principes alimentaires est la croissance elle-môme.
Mais il faut en chercher la cause phis loin. Le sang et les tissus chez l'enfant possèdent une autre composition que chez l'homme fait. En décrivant les diverses sortes de viande, j'ai remarqué que les muscles des jeunes animaux contiennent plus d'albumine et moins de librine que ceux des adultes. La peau qui, chez l'homme lait, consiste en tissu collagène, est formée, chez l'enfant à la mamelle, d'une substance albumine use, qui ne manque pourtant pas entièrement chez l'adulte. Les os du nouveau-né donnent par la cuisson la ehondrine. Le principe organique de ces os ne se change que peu à peu en tissu glutogéne. Tandis que, dans la jeunesse, les organes contiennent plus d'eau et moins d'éléments solidifiés formés du suc mère des tissus,
%Zt m l'AUMBHTATION ZT du llfelMX.
ceux-ci, chezrhommc fait, se dislingueût par leur richesse en élénuints solides. Gomme ces éléments surpassent, pour la plupart, la pesanteur spécifique de l'eau, leur augmentation, pendant la croissance, explique l'augmentation du poids du corps.
Or, si la composition du corps pendant la croissance diffère de celle du corps qui a atteint son développement complet, nous ne soiiimes plus réduits à dire que la quantité dont la recette excède la dépense est la cause de la croissance. Des tissus dif-* féremment composés exercent une force d'attraction différente sur les substances que la nourriture fournit au sang.
Les muscles de l'en&nt retirent du sang la fibrine, en môme temps qu'ils décomposent leur substance albuminouse en créalineeten urée. Et la conséquence essentielle de la différence de leur composition avec celle des muscles de Tadulte, c'est qu ils attirent plus de fibrine qu'ils n'en perdent par la décomposition. Il en est de même pour la peau, dont le corps albumineux se détruit et se perd avec l'urine et l'air expiré, tandis que, par une force d'attraction plus gi cindc, elle extrait du sang et dépose la matière organique de son tissu collagène. Plus encore pour les 08. Car comme ce sont les os qui, par Taugmentation de leur poids, augmentent plus que tous les autres tissus le poids du corps entier, ils doivent, pour remplacer les matières détruites, qui fournissaient par la cuisson la cbondrine au lieu de la gélatine, extraire du sang une si grande quantité de leurs
UVB£ III. — BU REGIME. 23g
éléments paiiiculiers qu'en très-peu de temps leur composition est lotaiement changée. Tandis qué le corps-mère de la chondrine a une étroite affinité a^ec le sel de cuisine, le tissu glutogène montre la plus grande tendance à s'unir aux phosphates et aux carbonates de chaux. Aussi, à mesure que le corps chondrogène est remplacé par la substance collagène des os, voyons-nous s'accroître la quantité des sels de chaux, et cela, pendant toute la vie. Les os • accumulent réellement les sels de chaux et le fluorure calcique, qu'ils extraient du sang, et les dents seules possèdent celte sorte d'attraction à un degré aussi élevé.
Cette force d'attraction particulière à Tenfant est plus que la condition de la croissance, elle en est la véritable cause. Elle nous explique recédant de la nourriture sur les excrétions, que j'ai signalé plus haut comme la condition de la croissance et de l'augmeiitation du poids.
Mais cependant, l'échange de substances ne subit pas chez l'enfant une autre loi que chez l'adulte. Chez l'un et l'autre, la force d'attraction que les tissus exercent sur les parties substantielles du sang produit la nutrition. Si des tissus différemment composés attirent du sang et retiennent plus qu'il ne se perd par l'excrétion, il faut que le sang, pour conserver sa composition, reçoive plus de substances alimentaires que si l'activité de la nutrition faisait seulenienL équilibre avec l'excrétion.
Ainsi c'est la dépense immédiate occasionnée au
sa 4 DE L'aUMBKTATIOK £X bu BfelMS.
sang par les tissus qui règle la recette. Seuiement la différente compmtion des nouveliespartiesdes tissus leur donne une plus grande consistance, et c'est pour cela que le corps s'approprie plus qu'il n'excrète.
On comprend par là pourquoi les énfents mangent proportionnellement plus et plus souvent que les adultes, quoique ceux-ci perdent en somme plus que les premiers eu acide carbonique et en urée.
C'est ainsi que la constance des phénomènes nous fait trouver la loi, parce qu'il devient possible de prouver que l'exception n'existait qu'en apparence. La loi n'a son entière valeur que si l'exception, qui semblait résister à l'empire de la règle, y rentre dès qu'on analyse avec soin les conditions du cas spécial qui paraissait en contradiction.
De tout ceci résulte pour la science» la conséquence forcée que la réparation se règle sur la consommation, et que le double lùle du sang est aussi désigné à juste titre chez l'enfant comme échange de substances. Et pour la pratique il en résulte que cette envie Iréquente de manger n'est pas, chez l'enfant, un effet de l'ennui ou de l'impatience, mais qu'elle provient d'une opération nécessaire qui se produit dans l'intérieur du corps ; et enfin, qu'il ne sert de rien de vouloir accoutumer le nourrisson, par la force de l'habitude^ à manger moins et moins souvent, et qu'il faut au contraire satis&ire l'instinct, qui n'est que l'expression pure et régulière d'un échange particulier de substances, lequel produit chez l'enfant d'autres envies que chez l'adulte.
n est donc tout à Ml dans Tordre que, dans les premim temps^ la mère présente le &eia à son uour* risson aussi souvent qu'il s'éveille. Peu à peu reniant demande moins ii t quemmeut, et l'œil attentif d'une bonne mère peut s'en lier à sa propre observation pour régler le moment des repas de son enfant. D'ordmaure, le nourrisson» après avoir pris le sein, peut attendre trois k quatre heures. Et Ton voit même souvent des enfants sains et vigomeux dormir la nuit six et sept heures de suite, sans que le besoin de noiirriliire les réveille.
Après le sevrage, Tenfaat n'a nul besoin de nourri* ture pendant la nuit, et ceci devient même une règle pour le bas âge. Le sommeil de 1 enfant est accompagné d'un échange modéré de substances. Ce qui explique pourquoi les enfants, chez lesquels le besoin de nourriture était si grand naguère, peuvent attendre flicilement sans rien prendre, depuis le repas du soir jusqu'à celui du matin. Mais dans le jour, comme il faut répondre à leurs fréquentes demaïuieb, c ei>t une très-bonne habitude pour ia santé, de leur donner, en dehors des trois principaux repas, (lu pain beurré deux fois par jour. El assurément, il n'y a pas de meilleur moyen de les habituer de bonne heure à la tempérance. Car, pour grandir, il faut que leur sang reçoive toujours la même quantité, soit qu'ils mangent trois fois ou cinq fois par jour. Mais dans le dernier cas l'estomac est moins surchargé, la digestion et la formation du sang s'opèrent plus facilement, et on a moins àredouter qft'une
280 m L'ALnfKHTATION ET DU hÉ&lUL.
(rop grande abondance de principes alimentaires ne vienne tout à coup envahir les tissus, ce qui pourrait avoir un résultat funeste, surtout pour le cerveau, D'unautre côté, c'est une habitude trés-dangereuse que d'obéir aux caprices des enfants, et de lenr donner à chaque instant ce qu'ils demandent^ pour tlalter leur palais. Car comme la formation de toutes les séerétions exige du temps, comme il faut du temps pour que ToBuf et la semence se développe, pour que le lait s'amasse, de même la salive et le suc gastrique, la bile et le Duide pancréatique ne se trouvent formés en quantité suffisante au moment du repas, que si on laisse aux ^laudes diaestives le temps de les préparer et de les rassembler pendant rintervalie qui sépare un repas de Tautre. Autrement, la force nécessaire de l'activité digestive fait défaut précisément à Theure de prendre les aliments les plus importiints, la soupe et la viande. A table, les enfants se plaignent du manque d'appétit; s'ils ne mangent pas, le sang est privé des meilleurs principes alimentaires, et si on les force à manger, la digestion incomplète les rend paresseux, cbétifs ou malades.
Que le lait soit Taliment le plus convenable pour
les enfants, c'est une vérité si bien établie par I expérience qu'il ne reste plus à la science autre chose à faire que de l'expliquer.
LIVRB UI. — m fiiGIME. 937
Offrant à la fois le manger et le boire dans une juste proportion, non-seulement le lait contient dans la caséine un corps albumineux, qui se cbange eii albumine et en libhne et plus tard en substance collagène, en corne eten fibresélastiques, mais il possède aussi dans le sucre de lait un des corps adipogènes ks plus digestibles, et dans le beurre des
aisses déjà foi niées qui concourent à donner aux joues et aux membres des enfants leur rondeur et leur élasticité.
C'est surtout le phosphate de chaux, qui se trouve en si grande quantité dans le lait, qui en fait un aliment si convenable pour le nourrisson. Plus que tout autre aliment, le lait offre toutes les conditions nécessaires pour changer en os les cartilages de l'enfant* Le phosphate de chaux qui accompagne si constamment la caséine, se dissout facilement par Tacide lactique,' et la bile change en acide lactique le sucre de lait. Ainsi le sel calcaire dissous passe du canal digestif par le sang dans les os. Le phosphate de potasse a la même utilité pour le dé- Teloppement des muscles.
Le lait des animaux contient les mômes substances que celui de la femme. Peut*on remplacer Tun par l'autre ?
Une comparaison exacte entre le lait de la femme
et celui des mammifères répond négativement à cette question. Car, pour nous en tenir au lait de vache, qui est le plus généralement employé, le lait de la femme contient moins de caséine, de beurre
el de mais en revanche beaucoup plus de sucre et d'eau que l'autre.
Or, celui ([lu aura suivi alloiitivement la descriptiou de l'échaDge des substances, aussi loin que je rai poussée jusqu'ici, ne peut plus voir rien de for^ tuit dans la différence de ces compositions. U faut sans doute désigner fortement les lacunes de notre savoir, la loyauté l'exige, elle qui affranchit de la croyance les recherches de la vérité» mais aussi qui nous arme contre les doutes d'un esprit dédaigneux. Car ici encore, ainsi que uous Tavons vu tant de fois ailleurs, nous manquent les transitions multiples qui uous permettraient de sui\ re pas à pas les différences de la force comme différences de la matière. Tantôt on connaît la force mieux que la matière, et tantôt la matière mieux que la force. Dans mille circonstances cependant, il est démontré si clairement que la force est une propriété nécessaire de la matière, qu'une croyance superstitieuse aux caprices d'un &ntôme, ou cette incrédulité qui rejette à la fois les dogmes de l'Église et les lois de Tunivers, peuvent seules douter que la force ne soit un attribut lout à fait inséparable du corps, attribut qui dépend de la composition matérielle.
Qu'au moyen du lait, l'individualité de la mère se communique à l'enfant, ce n esl pas un vain préjugé, c'est une croyance rationnelle à la domination ab^ solue d'une vérité naturelle prouvée. Et il n'y a pas de désir plus naturel que celui de voir l'enfant sucer avec le lait de sa mère la noblesse des sentiments et
14 vas m. — DU KKGIME. 23U
l'amour qui fait de la faculté de nourrir le don ie
plus sacré, et resserre encore les liens de la relation la plus intime entre la faiblesse de Tenfant et la tendresse de la mère.
Bien que peu considérables, il y apourtant des différences entre lelatt d'une femme et celui d'une autre. £t comaie la coiiiposjitiou du lait change avec les mois qui suivent raccouchement, la différence devient d autant plus grande que 1 agc de rentanl de la mère s'éloigne davantage de celui de la nourrice.
Si déjà, en général, le lait de la nourrice diffère de celui de la mère, on doit d autant plus chercher, dans le choix d'une nourrice, le plus de rapport possible entre l'âge des enfants de la nourrice et de la mûre.
Mais en tout cas, le lait d'une nourrice offre toujours plus d'analogie avec celui de la mère que le lait de vache. Ainsi le lait d'une nourrice < si toujours préférable à toute noiuriture artificielle. A la vérité, dans les grandes villes, les nourrices saines sont rares, et non moins rare encore est ie dévouement qui leur fait nourrir un enfant étranger avec autant de soin que le leur môme. Car ce n'est vraiment pas un petit sacrifice que celui par lequel une femme domine sa propre volonté et son inclination à ce point que ni le malaise du corps, ni les égarements de la pas« sion ne viennent changer la nature du lait et nuire au nourrisson. L'irritabilité de la femme est souvent funeste à Teniànt, et, dans la nourriture multiple de l'homme, tel ou tel mets provoque plus fréquemment une indisposition que cela n'arrive chez les animaux^
240 m L'AUMBNTATION £T du BfelVB.
protégés par ruiiiformité 4e leur nourriture et des impressions extérieures.
Par toutes ces raisons, dans beaucoup de cas douteux, raliaitement artiiiciel est préférable au lait d'une nourrice. Si Ton étend le lait de vache avec un tiers d'eau et si sur 25 parties du poids du lait on ajoute une partie de sucre, on obtiendra une suffisante analogie avec le lait de la mère. Peu à peu on doit diminuer l'addition d'eau. Si Ton peut avoir du lait d'ânesse, ce qui aura lieu rarement à cause du prix, on opère la raréfaction du tout, et l'augmenta-
tion du poids dusucre d'une manière très-simple, en
ajoutant une partie de lait de vache k 2 parties de lait d'ànessequi contientbeaucoup plus d'eau etde sucre.
Gomme tous les liquides du corps, le lait dans le sein de la mère atteint une température de 37 degrés. A cette température les principes alimentaires sont plus facilement élaborés par les liquides digestifs. C'est pour cela qu'il faut autant que possible chaulfer à 37 degrés les liquides qui servent à l'allaitement artificiel .
Quelque temps avant le sevrage, et beaucoup plus tût si la mère n'a pas assez de lail, on donne peu à peu une nourriture plus solide. Avec des biscuits, de ' la fleur de farine de froment, de la fécule de pommes de terre ou de l'arrow-root, on prépare une bouillie d'abord avec de l'eau, du lait et du sucre, et plus tard avec du bouillon. En général les enfants la prennent très-volontiers. Tàndis que les corps albumineuz sont représentés dans le biscuit et dans la farine de fro-
UV&S m. — DU BjBGIM£. 941
ment, il ne s'en trouve dans la bouillie préparée avec la fécule ou rarrow-rooi que ce que le laitou le bouil* Ion y en apportent. Car il ne faut pas perdre de vue que rarrow*root oe se distingue de lafécule de pommes de terre qu'en ce qu'il consiste en grains beaucoup plus petits, et qu'il forme avec Teau bouillante une colle plus fluide. L'arrow-root, j'y reviens^ n'est pas autre chose que de l'amidon. Or, Tauiidon ne représente que le groupe des principes alimentaires organiques non azotés, et parmi ceux-ci, les corps adipogènes« Mais comme les corps adipogènes seuls ne peuvent pas soutenir la vie, l'arrow^root préparé avec l'eau pure ne saurait remplacer les diiférentes parties essentielles du sang. Avec une bouillie préparée d'anuw-root et d'eau pure, on peut tromper l'appétit des enfants jusqu'à les laisser périr d'inanition, mais non les nourrir, et plus d'un enfant a été victime du déplorable préjugé qui fait voir dans l'arrow-root
tant vanté un aliment complet.
Après le sevrage, les mélanges de boa pain et de
lait avec du sucre, ou du bouillon de viande, les racines et les légumes faciles à digérer, et la soupe préparée avec la viande d'animaux jeunes, sont encore la meilleure nourriture. Quand les dents ont percé, la viande et le pain viennent peu à peu. II faut éviter avec soin de donner aux entants les aliments de di*gestion difficile, la viande grasse, le pain lourd, les fritures, les légumineuses et les épices échanliantes ; pour les boissons, l'eau, le lait et la bière légère mé« ritent la préférence.