CHAPITRE IV
LB BBGmB DB L^ADOUSCBUTT, DE L'HOMME ET DU VIEILLARD.
A mesure que i t'iiiaal se transioiuieeu aclolebceul, la composition de son saog et de ses tissus se rapproche de plus en plus de celle de l'homme fait. Les muscles reçoivenl plus de libnue, la peau et les os deviennent plus riches en substances coUagènes; dans les os et les dents, au lieu du sel decuisiue, dominent toujours plus de sels calcaires, enfin toute l'activité de l'échange de substances se modifie.
Comme partout, ici encore les dépenses du corps nous donnent la meilleure mesurede ce changement* La quantité d'acide carbomque et d'urée expulsée par les poumons et les reins est déjà plus grande chez l'adolescent que chez l'enfant, elle an^nienle jusque dans Tuge vinl, et atteint son maximum vers la trentième année. Mais déjà vers quarante ans Taclivité de l'échange des substances commence à di* minuer, déjà se préparent d'importants changements
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de compositioo, changements dont les os, mieux que tous les antres tissus, peuvent nous donner une idée
exacte.
Pour ce qui regarde les parties solides, <m sait
d'une manière gi'iiérale que leur t'DiilL'nu d'eau et de
graisse diminue avec l'Âge. Par là les yeux deviennent plus secs, et la lentille, appauirrie d'eau, réi'racte plus faiblement la lumière. Par là, les mains se plissent et Le front se ride. Les cheveux aussi changent de compobihun, ce qui est indiqué par leur couleur grise, qui en fait le respectable ornement de la vieillesse. Quant aux os, «on sait qu'ils devien- . neut Loi^ouri> plus fragiles, parce que lu quantité des sels y augmente d'une manière étonnante par rap«
port à leurs principes organiques, tandis que leur contenu d'eau et par conséquent leur élasticité diminue. Parmi les sels, c'est principalement le phosphate de chaux qui domine de plus en plus, et le carbonate de chaux diminue en proportion.
L'organe de la pensée lui-môme n'éehapjje i)as à ces profonds changements. Dans la vieillesse, le con» tenu de graisse du cerveau diminue, tandis qu'au reboni s d 'autres organes, son contenu d'eau augmente.
Peut-on alors s'étonner que les excrétions aussi changent essentiellement de nature? Ou bien, les tissus exposés aux mômes influences pourraient-ils continuer à fournir, malgré leur composition différente, une égale quantité de produits de décomposition? Je répète ce que j'ai avancé au commencement'^ lie ce livre conuut^ ))ase du choix des aliments. î/é-
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galité des hommes gît dans la différeace. £t c'est seulement parce que ht différence des proportions change la substance et la force de nos organes que noua pouvons être différents. Nous dépendons tous égalemént de l'air, de la terre, des hommes, des animaux, des plantes et des minéraux. Nous ne serions jamais tous égaux à l'origine, si nous pouidons conserver cette égalité au milieu des influences différentes auxquelles nous sommes exposés. C'est sur la différence des influences que notre piopre différence est fondée.
L'âge est une condition essentielle de cette différence remarquahie. Les tissus offrant une autre composition, nous expirons dans la vieillesse moins d'acide carbonique, il se forme en nous moins d'urée. Plus secs et plus riches en sels, les tissus subissent plus lentement leur décomposition régulière. La décomposition diminuée témoigne d'une moins puissante activité. Le renouvellement de la substance que l'oxygène cause si abondamment, va toujours en s'affaiblissant. U y amoins de décomposition, mais proportionnellement encore moins de composition.
Ainsi s'affaiblit peu à peu la susceptibilité pour toutes les impressions physi(j[ues et morales, et celles même qui nous excitaient autrefois le plus violemment, laissent à peine une trace dans la mémoire. Mais le vieillard est riche de la vie passée. S'il s'assimile moins dans le présent, l'expérience le pare de sa précieuse couronne. Les fruits mûrs qu'il a recueillis pour lui et pour les autres, réjouissent les
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dernières années de sa vie, et augmentent les sentiments de reconnaissance pieuse qui nous font rendre huiiiiuage à la yénérabilité de l'âge. « Au soir tardif d'une vie longtemps agitée» Alexandre deHumboidt, dont le nom seul est une caractéristique, dédie à ses contemporains son Cosmos « dont l'idée première a flotté en contours indéterminés devant son esprit, pendant près d'un demi-siècle, » et avec ce livre il enflamme le cœur de tous ceux dont le regard sait tran* chir les barrières qui séparent trop souvent le noble enthousiasme pour les vues grandes et complètes, de l'étude sèche et relativement stérile qui s'arrête et meurt sur les détails.
Mais un tel exemple, une aussi belle figure de l'homme ne se présente pas toujours et ne se consen e pas éternellement. Avec la diminution de force de l'échange des substances, le flambeau de la vie baisse peu à peu. '1 onjours plus lentement la substance des organes digestifs passe dans le sang, et du sang au cerveau et aux muscles. Peu à peu l'activité s'arrête, car tout ce qui vit porte en soi le germe de la mort. Ces mêmes lois de l'attraction qui, à chaque âge de la vie, modifient récliange des substances, nous conduisent par un enchainement nécessaire de la croissance à l'apogée, et de l'épanouissement à la ruine par la décomposition. iNon-seulement la graisse et l'eau disparaissent, mais les os euxmêmes perdent de leur volume. Tandis qu'ils deviennent toujours plus riches en chaux et plus pauvres en eau, toujours plus durs et plus fragiles.
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la peau se ride, les cartilages s'ussiiieat, et le cerveau fuiaenx perd toujoars plus de la graisse qui lui est si esseiilielle. Cette marche iut essante du développement et de la compositiou qui ne s'arrête qu'à la mort parait suivre souvent une ligne circulaire. La mémoire s'efface, même pour les impressions * de la jeunesse. Ët si aux infirmités de Tège se joint un affaiblissement des s( ns qui paralyse la pensée^ trouble le jugement, anéantit la mémoire, alors le vieillwrd qui nous apparaissait naguère si vénérable dans la force avec laquelle il utilisait sa vie antérieure, nous offre l'image émouvante d'un enfant qui ne sait pas s'aul< r lui-même. Alors la dissolution devient un bienfait, et nous tirons respectueusement le voile sur la ftiiblesse à laquelle n'échappe rien de ce qui est mortel.
Mais la* matière est étemelle. Nous ensevelissons dans la iomite la plus noble semence, mais nous avons la certitude que la forme périssable va céder à la végétation fleurie et parlumée des champs et des prairies, pour ressusciter après des métamorphoses innombrables dans toute la vigueur d'une jeunesse nouvelle, et reprendre le travail dans lequel l'esprit de l'œuvre humaine continue à vivre parmi nous, d'une manière visible et palpable. Car étemel est cet esprit qui se manifeste dans la matière éternelle. La terre et ses habitants se rajeunissent sans cesse, parce que les choses terrestres changent étemellement.