‹ De l'alimentation et du régimeChapitre 49 sur 61 · LIAUE III. ^ DU RÉGIME · texte numérisé non relu

LIAUE III. ^ DU RÉGIME

Cuiume la croissance continue pendant l'adolescence^ le jeune homme a besoin de satisfaire TappcHil plus complètement et plus fréquemment que Tadulte. La force d'attraction sur les principes alimentaires est plus grande et le sang fournit plus aux tissus, quoiqu'en somme les excrétions fassent nioiai perdre au corps que dans l'âge viril. Par conséquent, si déjà rhomme fait a besoin de pain, de viande et de légumiueuji^ pour entretenir dans l'échange des substances la force nécessaire, ce besoin chez le Jeune homme est doublement impérieux.

A l'époque du passage de l'en&nce à la jeunesse, il faut pourtant se garder d'exagérer l'emploi des mets nourrissants. Car il est dans la nature de tout développement sain et régulier que la précipitation ne conduise quà une prématurité regrettable. La formation de la semence produit le désir. Mais la semence se caractérise par le corps albumineux qu'elle contient. Il s'ensuit qu'une nourriture trop chargée de viande excite des désirs prématurés. La vie luxueuse des riches peuple les grandes villes de ces pâles et minces figures de jeunes hommes et de jeunes ûUes chez lesquels un désir précoce a cliassé' des joues i iucainat et des membres la vigueur de la jeunesse. La lecture de poésies exaltées et de livres

14 s DE L'AUmSNTATION £T DU B&rlMS.

qui excitent llmagination outre mesure, concourt aussi k éveiller avant le temps là connaissance de la différence des sexes. C'est la virilité précédant le développement de Torganisme entier qui produit ces fades amourettes de garçons, au moment où leur nature saine devrait plutôt les porter à s'éloigner fièrement des filles pour courir, loin du boudoir, s'abreuver de l'air pur des champs et des foréis, tandis qu'à Taide des livres et de Tétude, Tactivitô de la pensée prendrait une direction vraiment utile. Ou plus tard le jeune homme succombe, victime d'une passion dont Tunique satisfaction naturelle est réservée à un âge plus mûr, dans notre étal social. 11 est vrai que bien souvent la misère empêche, au temps indiqué par la nature, la cohabitation des sexes. Et quoique de nos jours le progrès des idées tende à dispenser de subir ce retard malheureux dans l'accomplissement d'une nécessité sacrée de la nature, cependant ce triste spectacle afflige trop souvent nos yeux. Mais non moins tristes et plus tristes encore sont les suites d'un développement hâtif de serre chaude ; combien ne voit-on pas d'hommes qui de l'amour ne connaissent que les maux, et qui se sont privés, par une précipitation coupable, des meilleures de leurs joies !

Par toutes ces raisons on doit accorder à Tadolescent une satisfaction suflisante de 1 appétit qui le porte vers les aliments rairaichissants, les fruits, les légumes, Teau et les boissons acidulées. Si avec cela il occupe convenablement son esprit, s'il bon*

LIYBE 111. — - DU A£tilM£* 249

dit liei et libre au sein de la nature, alors récliaa^'e des substances favorisera le développement égal et harmonique de tous les orf^nes, et le jeune homme goûtera les plaisirs de la jeunesse.

Dans l'âge viril, l'observation sévère d'un régime déterminé devient moma nécessaire. L'homme dépense en acide carbonique et en eau, en urée, en acide iiriquo et en autres excrétions autant qu'il reçoit par la nourriture et par l'oxygène inspiré. U peut mesurer ses besoins à son appétit, qui revient plus rarement et est plus tôt satisfait que chez le jeune homme. Il faut seulement éviter les excès, et on y parvient facilement si l'on cesse démanger avant que Tappétit ne manque. L'excès est d'autant plus facile que le volume déterminé de nos poumons et la force donnée de nos mouvemeuls bornent la viva* cité de l'échange des substances. Si Thomme mange plus qu'il n'excrclc, il se produit ime surcharge des tissus qui nuit k leur activité autant que pourraient le faire l'appauvrissement du sang et le manque de nourriture des tissus, qui en est la suite. La graisse s'accumule, parce que l'osygène inspiré ne sufût pas pour la brûler, et les corps albumineux ainsi que les sels prennent une consistance quiaii'aiblit la clarté de la pensée et son libre exercice, et qui fait dimi* nuer avec la foïce des muscles le désir du mouvement. Ainsi se forment peu à peu ces natures paresseuses à penser, amoureuses du repos, obèses et peu propres dans leur structure massive a représenter la noble activité de Tesprit humain.

250 m L'AUMëNTATION £T du B££rlME«

SiUis parler pour le raoriieiit de ki luanière de vivre et de la température de l'air ambiant dont je décrirai plus tard les influences, la nature particulière de chaque homme mérite que l'on en lienue grand compte. A la vérité les différences et les tran* sitions sont aussi nombreuses que la population môme du globe. Les tempéraments et une certaine

iixiti- que l icole dv la vie produit dans les fonctions du cerveau déterminent les caractèi*es. Plus cette fixité est grande^ ainsi que Ténergie avec laquelle elle se déploie, plus volontiers désignons- nous rhomme sous le nom de caractère, dans le sens fàvorable du mot. En lant que chaque individu a sa raison d'être dans la nécessité de ses rapports avec le monde extérieur, nous pouvons observer dans chaque homme un caractère plus ou moms Ibrtement prononcé. Mais h cause du nombre infini des transitions, la règle ne se laisse appliquer qu'aux individualités les plus tranchées/

Plus le caractère est vif, plus rhounne est facilement excité pour un temps plus ou moins long, par les impressions fortes ou faibles, et plus grande aussi est la vivacité de l'échange des substan( os. En général, ces hommes ont un besoin fréquent d'aliments, parmi lesquels les trop nourrissants et trop échauffants doivent être évités, parce que, comme excitants plus forts, ils augmentent Tirritabililé. Les natures violentes et passionnées le deviendront plus encore par l'usage de la venaison et d'un pain lourd, trop de légumineux, beaucoup de vin, de bière ou d eau-de-

UVEB ni. ~ DU niilIllB, i51

vie, par ie Ibé, le café et les épices échauiiaoles. Cet emploi d'alimentg trè»-excitants accélère la circulation ; les tissus et suiiuul ie cerveau sont surciiargés de sang ; la peau, déjà très^remplie de sang chez ces individus, roufi:it encore plus, surtout aux joues. On peut tempérer cette «àrdeur par uae nourriture et des boissons rafraîchissantes. Les fruits, les légumes et la limonade conviennent mieux aui tempéraments irritables que les boissons spiritueuses et épicées.

Au contraire, ces dernières conviennent d'auUtni mieux aux hommes dont Tactivité cérébrale est prédominante, tandis que la faiblesse des organes digestiis, la lenteur de la formation du sang et de la nutrition les dispose à la mélancolie. A de tels hommes il faut une nourriture excitante. Ck)mme leur digestion est lente, ils doivent choisir parmi les aliments nourrissants ceux qui se digèrent le plus facilement, la viande de poulet et de pigeon, ia viande de veau et surtout les bouillons qu'elle donne, mêlés à un peu de pain léger et bien cuil« ou à un peu de légumes. Les épices, l'usage modéré d'un vin généreux, de thé et de café fort, accélèrent la digestion et par conséquent l'échange des suV stances ; ils produisent par là, indireclenieul, une plus grande uniformité dans les fonctions des divers organes, et ils exercent sur Thumeur el le caractère une saiuUiire influence.

Knlini lorsque la lenteur de Téchange des substances s'étend jusqu'aux parties principales du sj^stème nerveux, sur le cerveau et la moelle épi^

nière, lorsqu'à une irritabilité moindre se joignent des muscles flétris, une peau flasque, pâle» bourboullte, uuf digestion lente, une insuffisante formation du sang, en un mot, chez les pblegmatiques, il faut compléter par des épices, de la bière et du vin fort, une alimentation animale nourrissante. Les aliments végétaux, principalement les racines riches en amidon et en sucre, doivent être évités, ne fût-ce que parce qu'on trouve fréquemment chez ces individus une grande tendance aux dépôts graisseux; et comme ceux-ci sont eux-mêmes la suite d'une respiration moins vîfçoureuse, ils deviennent en outre la cause d'un empêchement de l'échange des substances, parce qu'une grande quantité de graisse retire aux autres éléments du sang l'oxygène nécessaire à leur combustion.

La nature du vieillard se rattache de près aux deux tempéraments que je viens de décrire. Car ici encore se présente d'abord l'activité affaiblie de la digestion. Dès que la diminution du l'échange des substances s'annonce par la diminution de l'appétit, il sera d'autant plus nécessaire pour le vieillard de choisir les aliments les plus digestibles : la viande maigre, les venaisons, les bouillons fortifiants, les légumes nouveaux, les racmes riches en sucre comme les carottes méritent la préférence, tandis que les épices excitantes, le café, le bon vin vieux, une forte bière amèrc, pris modérément, procurent une digestion convenable.

Page 1