INTRODUCTION
L<i iioun ilun a fail du chat sauvage le chat domestique. L'animai Carnivore, à intestin court, est devenu, par l'habitude successive, un être tout différeiil, à intestin long, capable de digérer les végétaux dont il ne pouvait se nourrir dans Tétat de nature^
Ainsi du plus vorace, du plu^ laux dos animaux, la noui riture a lait un compagnon des hommes, qui se joue avec les enfants, et ne laisse apercevoir que rarement ou seulemeuL pour i observateur atteutil* quelques traces de son ancienne perfidie. Et nous
pourrions nous étonner devoir les peuples devenir remuants ou paisibles, vigoureux ou énervés, courageux ou lâches, intelligents ou stupides, selon les aliments dont ils se uuui i isscut?
Si la nourriture produit le sang, si le sang à son tour produit la chair, les nerfs, les os, le ceneau, la
nature des aliments ne sera-t-eile pas la condition
t IMllOpLCTlON.
nécessaire de Tardeur du cœur, de la force des muscles, delà solidité des os et de l'activité du cerveau?
Chacun sait que la faim cause des défoillances, le café trop fort une afs^i talion, le bon thé une animation salutaire. £t combien de nobles poésies n'ont-elles pas dû leur inspiration à un vin généreux?
Les temps sont passés où 1 on croyait 1 esprit indépendant de la matière. Ils passeront aussi, les temps où l'on a cru voir une humiiiaUou pour Tesprit dans sa dépendance absolue de la matière.
La chaleur fera-t-elle moins de bien parce qu*on sait qu'elle est produite par le combustible? La lumière sera-t-elle moins brillante, parce qu'on peut mesurer les degrés de loxydation qui produit la flamme ? Ou bieqi les phénomènes de i'aiiinité chimique produiront-ils une impression moins saisissante parce qu'ils dépendent des conditions inséparables de la différence des matières ? Les chefsd'œuvre de nos mains, le charme de la voix humaine, la puissance de la pensée perdront-ils leur prix, parce que la main, la langue et le cerveau en sont les organes créateurs? Or, sans le boire et le manger, ces organes n'existeraient pas.
Devrons-nous donc mépriser la nourriture malgré sa puissance créatrice pour ce que l'homme a de plus noble, et nous révolter contre la pensée que nous sommes formés de cette matière dans laquelle la mort doit un jour nous changer? Ou devons-nous, en hommes qui se connaissent, nous éclairer sur reuchaînement nécessaire qui du boire et du manger