‹ De l'Allemagne (volume 2)Chapitre 16 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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dUelgi, et voilà qu'elle aperçut Helgi à cheval montant la colline avec un cortège nombreux de guerriers» La ser* vante dit : a Ne sont-ce que des fantômes» qui apparaissent âmes yeux, ouest^cela fin du mondet Des hommes morts arrivent à cheval ; avec des éperons vous piqueK vos cou^ siers? Est-ce que le retour est accordé aux héros? » Helgi dit : «[ Ce ne sont pas des fantômes qui apparaissent à tes yeux> et ce n'est pas non plus la fin du monde, quoique tu nous voies, et que nous piquions ûôs Coursiers avec nos éperons; mais le retour est accordé aux héros. <t La servante revint en hâte à la maison, et dit à Sigrune : <r Va sur la colline, Sigrune dé Sevaflœll^ si tu désires trouver le prince des peuples ; le tertre est ouvert, Hèlgi est venu, ses blessures saignent i il te convie dé les étancher et de les guériré » Sigrune courut à la colline, y entra auprès d'Helgi et dit : « Que je suis joyeuse de te retrouver! aussi joyeuse que les autours voraces d'Odin, quand ils sentent l'odeur des cadavres, ou que Mouillés de rosée ils voient poindre l'aube du matin. D'abord je veux t'embrasser, toi, roi mort, avant que tu ûe déposes ta cuirassé sanglante. 0 Helgl, ta chevelure est blanchie par le frimas, tu es partout couvert de la rodée des morts (le sang), et têâ mains sont froides comme la glace. Comment pourrai-^je, ô roi , obtenir la réparation de tes maux?» Helgi dit: a Toi seule, Sigfune de Bevafiœll, es cause qu^Helgi sôit mouillé de la rosée du malheur : toujours le soir, avant de t'endormir, ô reine parée d'or et de pierreries, tu verses longtemps des larmes amères.

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Chacune de ces larmes est tombée sanglante sur ma poitrine , ma poitrine glaciale et écrasée de douleur I — Idaig npus boirons encore ensemble la liqueur des délices quoique nous ayona perdu toute joie et tout bien; oui^ que nul n'entonne up cbant de deuilj, quoiqu'il voie sur ma poitrine des blessures béantes! Dea femmes sont maintenant cachées chez nous, des femm^a de roi chez

nous^ les mprt» ! n Sigrune prépai*a m lit dsm la eolline : a Voici un lit de repos et Qxempt de soucis, que j'ai préparé pour toi» 6 Helgi^i {ils de Volsungl Je veux dormir dans tea bras, ô roi> comme je l'ai fait de ton vivant 1 1> Belgi dit : « A présent je soutiens que rien n'est iqcroyable, ni tôt ni tard dans Sevaôodl» depuis que toi| ftuperbe fille d'Sogen, dq mm royale> reposes dans me» bras inanimés» toi qui eg pourtant vivante! -^ Mais il çat tempa de reprendre mon chemin lumineux, et de faire marcher mon pÂle coursier dans son sentier aérien, que Faurore eomnienee déjà à rougir; car il faut que je sois à l'ouest du pont de Yindbialm (raro^n-ciel), fivant que Salgofuir (le coq), réveille le peuple des vainqueurs, d — Helgi et son escorte partirent sur leurs coursiers, et les femmes retournèrent à leur demeure. l^e lendemain, vers le soir, Sigrune fit faire à sa servante la garde près du tertre. Mais au coueher du soleil, quand Sigrune vint à la colline, elle dit : « A cette heure le fils de Siegmund serait venu des salles d'Odin, s'il pensait venir aujourd'hui. Mon espoir s'éteint de voir encore paraître le héros, car les aigles se perchent déjà sur les

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branches du frêne , et tout le monde se hâte d'entrer dans l'assemblée des songes. » La servante dit : a Ne sois pas sitéméraire, ô fille des Skioldund, dé te rendre seule aux habitations des esprits; dans la nuit les morts sont beaucoup plus puissants qu'à la clarté du jour. » — Sigrune ne vécut pas'longtemps dans la souffrance et le chagrin.

La légende finit là, mais le narrateur ajoute ces mots pour son propre compte :

C'était une croyance dans les anciens temps que les hommes renaissaient; mais de nos jours cela s'appelle un conte de vieilles femmes. On rapporte d'Helgi et de Sigrune qu'ils vécurent une seconde fois; lui s'appela alors Helgi, héros d'Haddiugia, et Sigrune s'appela Kara,

fille de Halfdan ; et c'était une walkyre.

Je donne encore le conmiencement d'une autre tradition Scandinave, appelée le chant de Vœlundur, parce qu'il semble en résulter une preuve assez distincte de l'affinité ou même de l'identité des Walkyres, des trois fiieuses et des femmes cygnes dont j'ai parlé précédemment. Il y est dit :

Nidhudur fut le nom d'un roi en Svithiod ( la Suède ) ; il était-père de deux fils et d'une fille nommée Baudvildur. — Et il y eut en Finlande trois frères, fils du roi de ce pays, dont l'aîné s'appelait Slagfidr, le second Égill et le troisième Vœlundur; ils s'en allèrent pour faire paître leurs troupeaux, et ils vinrent dans UIfdalir.(ia vallée des loups), où ils se bâtirent des maisons. Là il y

a UD lac appelé UIffiar ( le lac des loups ), et au bord de cette eau les fils du roi trouvèrent un matin, de trèsbonne heure, trois femmes assises à filer du chanvre, et ayant leurs chemises de cygne posées à terre à côté d'elles. C'étaient des walkyres, et deux d'entre elles étaient filles du roi Laudver : elles s'iippelaient Tune Hladgur Svanhvit (blanche comme le cygne), et Tautre Hervoer Âlvitr (celle qui sait tout); mais la troisième était Aulrun, fille de Kiar, de Yalland. Les trois frères les ramenèrent chez eux, et ËgUl prit pour femme Aulrun, Slagfidur Svanhvit et Yœlundur Alvitr. Us demeurèrent ensemble pendant sept hivers, mais dans la huitième année, les femmes s'envolèrent, pour se trouver aux combats, et elles ne revinrent point. Égill partit à la recherche d'Aubun, et Slagfidur chercha sa Svanhvit, mais Yoelundur resta dans Ulfdalir. Il était, au dire d'anciennes traditions, Thomme le plus habile dans son art. Il enchâssait dans de l'or rouge des perles précieuses, et il enfilait toutes ses bagues sur une corde d'écorce. C'est ainsi qu'il attendait le retour de sa femme brillante. — Lorsque Nidhudur^ le roi de Svithiod, ap« prit que Yoelundur était seul dans Ulfdalir, il partit nuitamment avec ses hommes; leurs armures étaient solidement rivées, et leurs boucliers reluisaient au clair de lune. Arrivés à la denieurd de Yoelundur, ils surprirent -le fils du roi et le garrottèrent pendant son sommeil ; et Nidhudur l'emmena avec lui. Etc., etc.

Je n'ai fait, dans ces pages, que toucher légèrement II. 6.

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un sujet qui pourrait fournir des volumes entiers de re* cherches les plus intéressantes. Je veux dire les moyens que le christianisme employa » pour anéantir ou pour absorber en lui la vieille religion germanique, et eom-< ment les traces de cette mén>e religion se sont con*servées dHine manière sensible dans les croyances populaires. On sait comment fut faite cette guerre d'extermination. Là où les prêtres ebrétiens ne purent supplanter par d'habiles miracles les prêtres du paganisme, le glaive des laïques vint eomplaisamment à leur

secours. Le plus grand nombre des conversions fut

opéré par des prlneesses chrétiennes , qui (épousaient le chef païen > et il y a des siècles ob l%istoire enti^ de l'Église n'est que chronique de mariages. Quand le peuple ) accoutumé à F ancien culte de la nattve, eon* servait, même après sa conversion, sa vénération séculaire pour certaines localités, on cherdiait, soit à ut&iser au profit du christianisme cette sympathie, soit à la décrier comme inspiration des mauvais esprits. Vrès des fontaines que le paganisme révérait comme divines, te prêtre atlroit bfttissait une chapelle, el lui-mèuie bénissait Teau. Ce sont encore aujourd'hui les saintes et chères fontaines de Tantiquîté qui attirent le peuple en pèlerinage j et où il boit la santé. Les chênes sacrés qui résistèrent à la hache du christfani^me fulfent calomniés. Sous ces arbres , disait-on , le diable faisait ses af^rî^ tions nocturnes; c'est là que les sorcières exerçaieat leur métier infernal. Mais le chêne n'en demeura pas

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moins Tarbre fevori du peuple allemand ; le ehéne est encore aujourd%ui le symbole de la nationalité aile* mandé : c^est Tarbre le plus grand et le plus vigoureux de la forêt , ses racines pereent les profondeurs de la terre 9 sa eime^ eomme une flamme verdoyante, flotte fièrement dans les nuages du ciel, les elfes de la poésie habitent dans son tronc y le gui de la science mystique s^enlace à son branchage ; ses fruits seuls sont mesquins, indigestes, au moins pourPhomme.

Les anciennes lois des Germains, principalement celles des Atlemannen, sont pleines de dispositions qui défendent de pratiquer un culte près des cours d>au , des arbres et des pierres, par suite de la croyance païenne qu*un dieu y habitait, Charlemagne fut obligé de pro« hiber expressément, dans ses Capitulaires, les sacrifices aux arbres, aux torrents et aux pierres.

Ces trois choses, les pierres, les arbres et les cours d'eau, apparaissent comme les objets principaux du vieux culte germanique, auxquels se rattache naturelle* ment la croyance à des êtres qui habitent les pierres, comme les nains, les arbres, comme les elfes, et les eaux, comme les nixes.

Quand on veut systématiser, cette voie patatt plus naturelle que le système des éléments divers , tel que rétablit Paracelse , qui fut obHgé , pour compléter Cette théorie, d^admettre encore pour le feu une quatrième classe d^esprits élémentaires, celle des salamandres. Mais le peuple, qui est toujours sans système, n'a jamais

entendu parler de ces esprits du feu; et je suis convaincu que la croyance à ces êtres n^a dû sa naissance qu'à Paracelse lui-même. Il court seulement dans le peuple une tradition sur un animal qui vit dans le feu, et s*appelle salamandre. Tous les petits garçons sont nés naturalistes» et quand j'étais tout jeune, j*eus fort à cœur de reconnaître par moi-même si la salamandre pouvait vivre dans le feu. Un de mes camarades d*écote y étant . parvenu un jour à prendre un de ces animaux y je n'eus rien de plus pressé à faire que de le jeter dans le poêle, où il lança d'abord dans le feu une bave blanche , puis siffla d'une manière toujours décroissante , et finit par rendre Tesprit. Cet animal a toute l'apparence d*un lézard , mais il est d'un jaune de safran tacheté de noir^ et la bave blanche qu'il rend dians le feu et qui a peutêtre éteint quelquefois la flamme , a pu faire croire qu'il pouvait vivre dans le feu.

Comme je l'ai dit , le peuple ne connaît vraiment pas d'esprits du feu. Les hommes de feu qui errent pendant la nuit ne sont pas des esprits de la nature , mais des revenants y des spectres d'usuriers, de magistrats impitoyables , et de scélérats qui ont déplacé les pierres , bornes des champs. Le& feux errants, que vous nommez ardents ou follets, ne sont pas non plus des esprits. On ne sait pas au juste ce qu'ils sont; ils attirent les voyageurs dans les tourbières et dans les terrains marécageux. Les Anglais les appellent : Will with a Wisp^ ou bien encore Jack with a Lanthorn,

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Quant à de véritables esprits de feu, c'est-à-dire qui y puissent vivre, il n'y en a peut-être que deux , qui sont : Dieu et le Diable.

Comme dans notre pays de France, on sait peu de chose sur ces deux antagonistes, ou qu*on n'en a que des souvenirs obscurs, vous seriez peut-être curieux d'apprendre ce qu'en disent les croyances populaires de rAllemagne,

Que Dieu soit un esprit de feu, c'est ce que soutiennent déjà les anciens philosophes, par exemple Porphyre, selon qui notre âme n'est qu'une émanation de rftme ignée de Dieu. Les anciens mages ont adoré le feu comme la Divinité même. Moïse vit Jéhovah en buisson ardent S'il n'était pas esprit de feu comment eût-il pu s'y maintenir? La plus importante autorité est celle de la petite fille à qui la mère de Dieu avait permis de se promener dans le* ciel. Après que la petite fille éiit vu douze appartements dans chacun desquels était établi un apôtre, elle arriva enfin à une petite chambre où la mère de Dieu lui avait bien défendu d'entrer. Mais elle ne peut résister à sa curiosité, ouvre la porte, et que voit-elle? la très-Sainte-Trinité au milieu d*un bon feu rouge flamboyant.

Il faut que le diable soit un esprit de feu : autrement, comment pourrait-il durer dans l'enfer? Mais pendant que le bon Dieu supporte le feu , parce que lui-même est un esprit igné, le diable Fendure fort bien parce qu'il est d*une nature si froide qu'il ne se sent à son aise

que dans le feu. En effet, toutes les pauvres foinmes qui ont eu avec le diable des relations intimes i s^ sont plaintes de ce tempérament glacé du diable, H existe ^ cet égard une unanimité des plus curieuses d»QS les révélations des sorcières ^ telles que vous les pouvez trouver dans Iqs procès de sorcellerie de tous les pays et principalement dans les ouvrage^ du ejriminaliste Carpzow. Ces dames qui avaient avoué leui^ .liaisons charnelles avec le diable , parlent toujours ie la 4oideur de ses embrassementsji mais elles se pla^nent surtout de son impotence glaciale. U leur apparaissait (ordinairement sous les habita d*up Qoiirtisao ayeo une plume rouge sur la tôte,

he diable est froid, même comme amooreuif mais il n'est pas laid , car il peut prendre telle forme qu'il lui jdatt. Il n'est même pas rare qq'U ait pria une figure féminine pour détourner quelque pauvre moine de sea exercices de pénitence, ou pour le faire sueeomber à la tendresse sensuelle. A ceux qu'il ne voulait qu'efirayer, il apparaissait sous forme d*une bote, ainsi que aea eompagnons infernaux. Cest surtout dans sea moments de belle humeur, quand il a bien bu et bien crapule qu'il aime à devenir très-animal, 11 y avait, une fois en Saxe un gentilhomme qui avait invité sea amis h un festin. La table servie et l'heure du souper arrivée, manquèrent les convives, qui envoyèrent tous des excuses, Aiora le seigneur, furieux , laissa échapper ces mots : a Puisque aucun homme ne veut venir, que le diable et tout

Tenfer vienne souper avec moi. » Et il quitta la maison pour se distraire de sa mauvaise humeUr. Pendant ce temps j arrivent dans la cour des cavaliers grands et noirs qui ordonnèrent à Técuyer du gentilhomme de chercher son maître pour lui dire que les convives in-^ vités les derniers étaient arrivés. L^écuyer, après de longues recherches^ trouve enfin son maître, et revient avec lui.. Mais ni l'un ni Tautre n'ont lé courage d'entrer dans la maison y car ils entendent du dehors les cris et les chants de Torgie qui s'élèvent dé plus en plus furieux, et ils voient à la On les diables ivres, sous la figure d'ours, de chats, de boucs, de loups et de renards, paraissant aux fenêtres , tenant dans leurs pattes les coupes pleines ou les assiettes fumantes, et saluant avec leurs museaux et des dents riantes.

Le diable préside, sous la figure d'un bouc noir, rassemblée des sorcières : c'est un fait connu de tout le inonde. Quel rôle il joue ainsi travesti, c^est ce que j^aurai à dire plus tard quand je parlerai des sorcières et dé la magie. Dans le livre où le très-savant Georgius Godel* manus à fait sur ce sujet un rapport véridique et trèsconséquent, je trouve aussi que le diable apparaît en< côre fréquemment sous la figure d'un prêtre. Il en raconte l'exemple suivant :

« A répoque où j*étudiais le droit à Wittemberg, j'entendis plusieurs fois dire par mes professeurs, qu'il était venu à la porte de Luther un moine qui y avait frappé violemment, et quand le serviteur lui eut ouvert et de-

mandé ce qu'il voulait, le moine demanda si Luther y était. Quand Luther apprit la chose, il le fit entrer, parce qu*il y avait déjà bien du temps qu*il n'avait pas vu de moine. Quand celui-ci entra, il dit qu'il avait quelques erreurs papistes, c'est pourquoi il voulait s'entretenir avec lui, et il lui proposa quelques syllogismes et problèmes -, et comme Luther les eut résolus sans difficulté, il lui en présenta d'autres qui n'étaient pas si faciles à résoudre. C'est pourquoi Luther, un peu impatienté, laissa échapper ces mots : a Tu me donnes beaucoup d'occupation, et dans un moment où j'ai d'autres choses à faire. » Et il se leva, et lui montra, dans la Bible, l'explication de la question que le moine lui posait ; et ayant remarqué dans la suite de l'entretien que les mains du moine ressemblaient assez à des griffes d'oiseau, il lui dit : a N'es-tu pas celui-là ? Alors, écoute, voici le jugement qui a été porté contre toi. b Et il lui montra aussitôt la sentence de la Genèse, dans le premier livre de Moïse : a La semence de la femme écra-

sera la tête du serpent. » Le diable, étant vaincu par cette sentence, se fâcha et s'en fut en grondant; il jeta récritoire derrière le poêle, et répandit une odeur qui sentit mauvais dans la chambre pendant plusieurs jours. x>

Beaucoup prétendent que le diable a tonjours la forme d'un animal, et que c'est pure illusion quand nous le voyons sous une autre face. Le diable a toujours quelque chose de cynique , et c'est ce que personne n'a

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mieux exprimé que notre poète Wolfgang Goethe. Un autre poète allemand, qui est aussi grand par ses qualités que par ses défauts, mais qui, dans ses qualités, ne le cède pas à Goethe, M, Crabbe, a peint le diable sous ce rapport avec un égal succès. Il a aussi judicieusement compris le glacial de la nature du diable. Dans un drame de ce poète, le diable' parait sur la terre^ parce que sa mère frotte à l'eau dans Tenfer. C'est chez nous une manière ordinaire de nettoyer la chambre, ce qui se fait en versant sur le plancher de Teau bouillante, et en frottant avec un torchon grossier. Il s'ensuit un grincement et une vapeur tiède qui empêchent absolument tout homme raisonnable de rester pendant ce temps à la maison. C'est là ce qui fait déserter, par le diable, l'enfer bien chauffé pour notre monde refroidi ; et chez nous, le pauvre diable quoiqu'il arrive par une brûlante journée de juillet, éprouve cependant un si grand froid qu'il en est presque gelé, et n'est arraché à son engourdissement que par les secours de l'art médical.

Nous venons de voir que le diable a une mère : beaucoup de gens prétendent qu'il n'a réellement que sa grand'mère. Celle-ci vient quelquefois aussi dans le monde supérieur, et c'est peut-être à cause d'elle qu'a été fait ce proverbe : là où le diable lui-même ne peut rien, il envoie une vieille fenmie. Mais d'ordinaire elle reste dans l'enfer s'occupant de la cuisine , ou bien demeure assise dans son fauteuil rouge; et quand le diable, fatigué des affaires de la journée , vient le soir au logis,

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