II
s'assit au banquet de noces , il regarda par hasard en Tair , et vit un petit pied blanc qui sortait par le plafond de la salle. Il reconnut le pied de cette ondine , avec laquelle il avait eu précédemment la liaison la plus tendre, et il comprit bien à ce signe qu'après son manque de foi, c'en était Tait de sa vie. Il se fait^ en conséquence, apporter le viatique , et se prépare à la mort. On parie encore beaucoup de cette histoire , et on la chante dans les pays allemands. On ajoute que la nixe , comme nous appelons les ondines , a invisiblement embrassé le chevalier infidèle , et Ta étranglé dans cet embrasdement. Les femmes sont profondément émues par cette tragique histoire. J*ai vu plus d'un œil bleu pleurer à cette occasion , mais aussi plus d'une lèvre sourire ironiquement} et cette lèvre était celle de quelque jeune esprit fort cpô ne pouvait se résoudre à croire que les nixes sont â cruelles. Il se repentira plus tard de son incrédulité.
Les nixes ont la plus grande ressemblance avec les elfes. Elles ont les mêmes charmes, le même pouvoir de séduction , et aiment aussi la danse. Les elfes dansent la nuit sur les prairies, sur les marécages, sous des chênes antiques , dans les clairières , et laissent sur le sol des traces qu'on nomme cercles des elfes. Les nixes dansent près des étangs et des rivières. On les a vues aussi danser sur Teau la veille du jour où quelqu'un devait se noyer. Souvent aussi elles viennent aux réunions des hommes et dansent tout à fait comme nous autres. On reconnaît la jeune nixe à Tourlet de sa robe qui est
tcHijoars mouillé. Le oix màle est reconnaissable à ses dents qui sont vertes. D'ailleurs y il porte ordinairement un chapeau vert. Malheur à la jeune fille qui danse trop longtemps avec lui. On raconte l'histoire suivante :
A Laybach, habitait dans la rivière qui porte le mémo nom 9 un esprit ondin qu'on appelait Nix ouThomme des eaux. D s^était montré pendant la nuit aux pécheurs et aux bateliers y et^ pendant le jour, à d'autres personnes ; si bien , que chacun pouvait raconter comment il était sorti des eaux > et s'était fait voir sous forme humaine. Dans l'année 1547 , le premier dimanche de juillet^ tout le voisinage se rassembla , selon Tancienne coutume , à Laybach , sur le vieux marché , près de la fontaine qui était bien gaiement ombragée par un beau tilleul. Ils mangèrent 9 avec Famitié de bons voisins ^ leur dîner au son de la musique^ puis se mirent à danser. Au bout de quelque temps arriva un jeune homme bien taillé et bien vêtu , qui paraissait vouloir prendre part à la danse. Il salua poliment toute la réunion et présenta amicalement à chacun sa main qui était toute molle et froide comme la glace , et produisait au toucher un singulier sentiment de frisson ; puis il invita à danser une jeane fille y belle et bien parée , qui était fraîche^ hardie et d'un commerce facile et s'appelait Ursula Schœferin; elle sut parfaitement s'accommoder à sa manière^ et se mettre de moitié dans ses farces amusantes. Quand elle eut ainsi dansé quelque temps avec ardeur y ils tourbillonnèrent hors de la place qu'enfermait ordinairement
G4 ŒUVRES DB HBNRI HBINS.
le cercle delà danse, et toujours plus loin, d'abord depuis le tilleul jusqu'à Sitticherhof, puis, plus loin encore jusqu'à la Laybach où il plongea avec elle, en présaice de beaucoup de bateliers , et tous deux dispanureot
Le tilleul resta debout jusqu'en Tannée 4638 où on l'abattit à cause de sa vieillesse.
Cette même tradition existe avec toutes sortes de variations. La plus belle est celle du Danemarit, dans le cycle de chansons qui célèbre la ruine du régicide Marsk-Stig et de toute sa maison. Le nix parle ainsi à sa mère:
« Ma chérie, donnez-moi un conseil tout de scdte^ « Pour que je puisse mettre en mon pouvoir la flile Je Muù- Stig. »
II me semble mauvais de soitîi à cheval.
Elle lui fit un cheval d*eau bien pure ;
La bridé et la selle étaient du sable le plus fia.
Il me^ etc.
Elle le changea bien joliment en chevalier ; Alors il s'en alla vers le d6me de Sainte-Marie. U me^ etc.
II attacha son cheval au portail de Téglise, Et fit trois fois le tour de relise.
Il me, etc.
L'homme de la mer entra dans l'église.
Alors toutes les figures des saints se retournèrent un peu.
Il me, etc.
Le prêtre devant l'autel dit : •
« Quel bon chevalier peut être celui-ci ? »
Il me, etc.
DE l'allemaonb. C3
La jenne fille de Marsk-Stig dit sous son voile s « Plût an ciel que ce cheyalier fût le mien! » n me, etc.
Il passa sur un banc, pois sur deux :
c 0 fille de Marsk-Stig donn^Mnoi votre foi 1 »
I II me^ etc.
n passa sur quatre et sur dnq :
« 0 fille de MarskrStig^ suis-moi dans ma maison, s
U me, etc..
U fille de Marsk-Stig tendit sa main vers lui : I Je te donne ma foi et je te suis. » Urne, etc.
Alors un cort^ nuptial sortit de Téglise ,
Et ils dansèrent joyeusement sans aucun danger.
n me, etc.
Us s'éloignèrent en dansant jusqu'au rivage. A la fin personne n'était plus auprès d'eux. Ume^etc.
« 0 fille de Marsk-Stig 1 tiens mon cheval ,
I Pour que je te bâtisse un joli petit vaisseau. »
II me^ etc.
Et quand ils arrivèrent sur le sable blanc
Tons les petits vaisseaux se tournèrent vers la grève.
U me, etc.
Et qoand ils arrivèrent au milieu du Snnd,- La fille de Marsk-Stig tomba dans la mer. Urne, etc.
Ils entendirent sur le rivage^ pendant longtemps^ Comme la fille de Mai'sk-Stig cria dans Teau. lime, etc.
Je conseille à tontes les jennes flUes
De ne pas se livrer si ardemment à la danse.
Il me semble mauvais de sortir à cheval.
Nous aussi, nous donnons à certaines jeunes filles le sage conseil de ne pas danser avec le premier venu. Mais les jeunes personnes craignent toujours de ne pas avoir assez de danseurs, et plutôt que de s'exposer au danger de faire tapisserie, elles se jetteront Tolontios dans les bras de Thomme des eaux.
Mais quelquefois aussi, les nixes ont payé bien cher le plaisir qu'elles trouvaient à fréquenter les hommes. Je trouve là-dessus une histoire qiu m'a rempli d'une singulière pitié.*
A Epfenbach, près de Sinzheim, on voyait, depuis bien longtemps, chaque soir, trois belles jeunes filles, habillées de blanc, venir à l'assemblée des fiieuses da
village. Elles apportaient toujours de nouvelles chansons et de nouveaux airs, savaient des contes et des jeox fort jolis, et puis, leurs fuseaux et leurs quenouilles avaient quelque chose de particulier, et aucune fileuse ne pouvait filer aussi fin et aussi vite qu'elles* Mais quand onze heures sonnaient, elles se levaient, emportaient leurs quenouilles, et aucune prière ne pouvait les retenir un instant de plus. On ne savait d'où elles venaient ni où elles allaient : on ne les nommait que les blanches filles du lac, ou les soeurs du lac. Les jeunes garçons avaient grand plaisir à les voir et en devenaient amoureux; mais le plus épris, fut le fils du maître
d'école, n ne pouvait se rassasier de les entendre et de parier avec eUes^ et rien ne le chagrinait plus que de les voir partir de si bonne heure chaque soir. Il lui vint un jour dans l'idée de retarder d'une heure Thorloge du village, et pendant les entretiens et les amusements du soir, personne ne s'aperçut que l'heure arrivât plus lentement. Quand la cloche sonna onze fois, quoiqu'il fût réellement minuit, les trois jeunes filles se levèrent, empaquetèrent leurs quenouilles et s'en furent. Le lendemain matin, quelques gens passant près du lac, entendirent des gémissements et virent sur Feau trois places sanglantes. Depuis ce jour, les trois soeurs ne revinrent pins à la veillée. Le fils du maître d'école fut atteint de consomption et mourut bientôt après.
n y a un charme indéfinissable dans Pexistence des nixes. L'homme peut se figurer sous cette nappe d'eau des mystères si doux et de si horribles. Les poissons, qui seuls en peuvent savoir quelque chose, sont muets. Ou bien se tairaient -ils par prudence? Ne sont-ils pas efrayés par quelque menace cruelle, en cas qu'ils tra** hissent les secrets du silencieux royaume des ondes? Un tel empire aquatique avec ses mystères voluptueux et ses terreurs secrètes rappelle Venise^ Peut-être Venise elle-même était une de ces républiques ondines surgis» sant du fond de l'Adriatique, à la lumière du jour, avec ses palais de marbre, ses sirènes aux voiles noirs, ses inquisiteurs d'État, son pont des soupirs , ses masques riants. Quand les enchantements de Venise seront re-*
08 ŒUVRES DB BBNRl HEINE.
tombés au fond des lagunes^ son histoire pandtra un conte de fées^ et la nourrice fera aux enfants de grands récits sur l'empire des nixes dont la race, à force de persévérance et de ruse, était parvenue à régner même sur la terre ferme ; mais qui fut à la fin déchirée par od aigle à deux têtes.
Le mystère est le caractère des nixes, de môme qoe le rêve aérien est celui des elfes. Les deux races ne furent peut-être pas très-distinctes dans la tradition primiiivei et ce ne fut que plus tard qu'on les répara*' Les doids même ne sont pas des données positives à cet égard. Eo Scandinavie, tous les esprits sont des elfes, aljei^ ^tU seule différence est celle des alfes blancs et des alfes noirs. Ceux-ci sont véritablement les kobolds. En Dane* mark, comme je Fai déjà remarqué , on donne le nom de nix aux kobolds domestiques qu'on nomme même nissen.
Puis, il existe des anomalies ; des nixes qui n'ont de forme humaine que jusqu'aux hanches et qui se ter* minent en queue de poisson, ou dont la partie sopé rieure est une belle femme et l'inférieure un serpent, comme votre Mélusine labien-aimée du comte Baimond de Poitiers.
Heureux Raimond dont la maltresse n'était serpent qu*à moitié !
Il arrive encore souvent que les nixes, quand ils ont avec les hommes un commerce amoureux, ne demandent pas seulement le secret, mais qu'ils prient en oq^
DE LALLKMAGRB. 69
qa^on reuille bien ne jamais faire de question sur leur origine, leur domicile et leur parenté. Ils ne disent pas Don plus leur nom véritable; mais ils se donnent vis-àvis des hommes un nom de guerre. L'époux de la prin« cesse de €3èves se nommait Hélias. Était-il nix ou elfe? Le cygne qui l'amena sur le rivage, me fait penser à la tradition de ces êtres qu'on appelle les femmes cygnes.. Voici le récit relatif à^cet Héliàs, comme il se trouve dans nos contes populaires.
En l'année 71 i , vivait Béatrix, fille unique du duc de Gièves. Son père était mort, et elle était dame de Glèves. et de beaucoup d'autres pays. Un jour la jeune châtelaine était assise dans le château de Nimvègue; il faisait beau, le temps était claii: et elle regardait dans le Rhin. Ble y vit une singulière chose. Un cygne blanc descendait le fleuve, et il portait au cou une chaîne d'or. A la ch^ était attaché un petit vaisseau que tirait ce cygne; dans le vaisseau était assis un bel homme ; il tenait un glaive d*or dans la main, un cor de chasse pendait à son c6té, et il avait au doigt un anneau précieux. Ce jeune boQune mit pied à terre, et il eut beaucoup de paroles avec la demoiselle : il lui dit qu'il protégerait ses do- >&^es et chasserait ses ennemis. Ce jeune homme lui plut si bien, qu'elle s'en fit aimer et le prit pour époux. Mais il lui dit : a Ne me questionnez jamais sur ma race ni sur mon origine, car du jour où vous me le demanderez, je serai séparé de vous, et vous ne me reverrez jamais. » Et il lui dit encore qu'il s'appelait Hélias. U
était grand de corps^ tout comme un géant. Ds eureDt depuis ensemble plusieurs enfants. Mais au bout de quelques années^ une nuit que cet Hélias était dans k lit à côté de sa femme, la princesse lui dit, sans prendre garde : « Seigneur^ ne voudrez-vous pas dire à vos enfan Is d*où vous sortez? » A ces mots, Hélias quitta II dame, sauta dans son vaisseau de cygne et ne fut ptos revu depuis. La femme se chagrina et moarut de repentir dans la même année. Il parait pourtant qu'il laissa I ses trois enfants ses trois joyaux, le glaive, le cor et Tanneau. Ses descendants existent encore^ et dans le chftteau de Clèves s'élève une haute tour au sommet de laquelle tourne un cygne : on l'appello Tour du Cygoe» en mémoire de l'événement.
Que de fols en descendant le Rhin et passant devant la Tour-du-Cygne, à Clèves, ai-je pensé au mystéricni chevalier qui ne voulut pas dire qui il était; qu'une question à ce sujet suffit même pour Tarracher desbias de sa bien^aiméc. Il est vrai que les femmes qui in* terrogent trop sont fort ennuyeuses. Bettes, employé* vos lèvres aux baisers^ et non aux questions, je vo» en prie.
Les elfes et les nixes peuvent faire des enchantemenk et prendre la forme qui leur plaît; mais eux-mêmes sool quelquefois aussi changés, par des esprits ou par des nécromanciens puissants, et toutes sortes d'êtres monfr tnieux; mais ils sont délivrés par l'amour, comme dafis la Belle et la Bêle. Il faut ordinairement que la créature
informe soit embrassée Irois fois, ot elle se métamor* phose en jeuue prince ou en fée. Aussitôt que vous surmontez votre répugnance pour le laidi et que môme TOUS airivez à Taimer, le laid se change en beauté : aucun enchantement ne résiste à l'amour. L*amour est kd^mème le plus énergique sortilège. Tous les autres enebantements doivent lui céder : il n*6st impuissant que contre un seul pouvoir. Lequel? Ce ne sont ni le feu, ni Teau, ni Tair , ni la terre avec tous ses métaux i c'est le temps.
J'ai extrait de la compilation des frères Grimm quelques-unes des traditions que j'ai rapportées; mais mon meilleur guide est le bon vieux Johannes Prœtorius, dont ÎÀnthropodemui plutonicus , ou nouvelle Description UHiterseile de toutes sortes d^hommes merveilleux , parut, en 1066, à Magdebourg. Cette année est remar* quable ; c'est l'année pour laquelle on avait prédit la (In du monde. Le contenu du livre est un ramas de sottises, de superstitions empilées et de citations savantes. Le Kvre fait le même effet qu'une boutique de curiosités sur le quai Malaquais ou sur le quai Voltaire. Reliques de toutes les religjons disparues, ustensiles de pays fabu leux , entremêlés de crucifix et de madones éteintes : vrai bric-à-brac. Les sujets sont classés par ordre alphabétique, et les noms de cet alphabet sont choisis avec un curieux arbitraire. La division est aussi fort amu« wnte. Ainsi, quand l'auteur parle des revenants, il traite d'abord des revenants réels , puis des revenants sup-
72 ŒUVRES DK HKHRI HBIHB.
posés, c'est-à-dire des imposteurs qui se déguisent en spectres. Mais il est plein d'instruction , et dans ce ttvre se sont conservées des traditions fort imporUptes pour la connaissance de la religion des anciens Germains, ou tout au moins intéressantes comme curiosités. Par exemple, vous ne savez pas tous, vous, autres, qu*il existe des évéques de mer. Je crois que la Gazette de Frann elle-même ne le sait pas. Et cependant ce senût \m grand point pour beaucoup de gens de savoir que le christianisme a, dans TOcéan, des adhérents, et cert»nement en très-grand nombre. Peut-être la majorité des
créatures sous-marines sont-elles chrétiennes, au mou» aussi bonnes chrétiennes que la majorité des Français. J'avais bien quelque envie de le taire pour ne pas faire cette joie au parti ultramontain. Mais, puisque je parie ici des hommes aquatiques, la conscience aBemande exige que je parle aussi des évéques de mer* Preetorius dit textuellement ce qui suit : a On lit dans les chroniques hollandaises que Comelius d'Amsterdam avait écrit à un niédecin, nommé Gelbert, à Rome, qu'on avait pris, en 1531, danslaintf du Nord, tout près d'EIpach, un homme océanique, (p avait tout Tair d'un évêque de l'église romaine, etquoû l'avait envoyé au roi de Pologne. Mais, comme il n'avait voulu absolument rien manger de ce qu'on lui avait offert, il était mort le troisième jour. Il n'avait pas parlai mais poussé seulement de gros soupirs. » Une page plus loin, Prsetorius donne un autre exemple*
DK L ALLEMAGNE, 73
sEd Tan 1433, on trouva, dans la Baltique, vers les côtes de Pologne^ un homme océanique tout à fait semblable à un évoque. U avait sur la tète une mitre épiscqpale, une crosse à la main, et portait un vêtement sacerdotal. Il se laissa toucher particulièrement par les évêques du pays j et leur fit des honneurs, mais sans parler. Le roi voulut le faire garder dans une tour, mais il s'y opposa par gestes, et les évéques prièrent qu*on lelaissit rentrer dans son élément, ce qu'on fit. Et il fut accompagné par deux évéques, et il se montra de bonne humeur. Aussitôt qu*il entra dans l'eau, il fit le sîgDe de la croix, et plongea. Depuis ce temps, on ne Ta plus revu. On peut lire cette histoire dans les chroniques de Flandre, dans THistoire ecclésiastique de Spondanus, comme aussi dans les Memorabilia de Volfius. »
J'ai rapporté textuellement ces deux histoires en indiquant mes sources pour qu'on ne s'imaginât pas que jVais inventé les évéques de mer. Je me garderai bien d'inventer un plps grand nombre de prêtres. J'ai déjà bien assez de ceux que nous voyons. J'en connais même que je voudrais voir rendre visite à leurs collègues de I^Oeéan, et réjouir de leur présence la chrétienté sous* marine. L'incrédulité n'est pas encore tombée dans les profondeurs de l'Océan; on n'y a pas encore imprimé de Voltaire à cinq sons ; les évêques de mer y nagent encore paisiblement au milieu de leurs troupeaux de fidèles.
Quelques Anglais s'entretenaient hier avec moi sur la II. r>
réforme de Téglise anglicane épiscopale : je leur ai donné le conseil de faire de leurs évêques de terre autant d'évdques de mer.
J'ai à parler encore subsidiairement des femmescygnei dont j'ai déjà fait mention en passant. Sont-ce des esprits aquatiques? des esprits aériens? des magiciennes? La tradition ne les caractérise pas exactement Elles descendent souvent des hauteurs de l'air sur lears ailes de cygne, déposent leur enveloppe empennée comme une robe, paraissent alors comme de belles jeunes filles, et se baignent dans les parties retirées des rivières. Sont*elles surprises alors par quelque gaillard curieux, elles s'élancent promptement, reprennent leur peau emplumée, et sous la forme de cygne remontent dans les airs. Nous lisons dans les contes populaires de Musœus, la belle histoire d'un jeune chevalier qui réussit à dérober on de ces vêtements de plumes ; quand les jeunes filles sortirent du bain, rentrèrent dans leur en* veloppe et s'enfuirent dans les airs , il en resta en arrière une qui chercha en vain son plumage. Elle ne peut plus s*envoler, verse des larmes abondantes, elle est admirablement belle, et le rusé chevalier réponse. Hs vivent heureux pendant sept ans; mais un jour, en Tabsence de son mari, la, femme trouve sa robe emplumée dans une armoire cachée; elle s'y glisse et s'envole.
Il est souvent question d'un pareil vêtement de plumes dans les vieilles chansons danoises, mais d'une
PI L^ALLSICACICS, 75
manière obecure et trè8-»étraDg6, Là noos trouvons des traces de l'art magique le plus ancien, des retentisseloeoto du pagi^nitme du Nord, qui nous reviennent soudain en mémoire comme un songe à demi oublié. Je ne pois me dispenser de rapporter une vieille chanson où il est non-seulement question de la peau plumifère^ mais aussi des hommes-corbeaux qui font peut-être le pen« dant des filles-cygnes. Cette chanson est effrayante, terrible, sombre comme le Nord lui-même, et cependant, ranxmr le plus doux s'y épanouit. Le refrain est toujours : c'est ainsi quMl vole sur la mer. C'est une chanson de magie, et son charme agit toujours... Écoutez! écoutez I
Le roi et la jeune reine sont assis là-bas à nne large table. Et ils parlent beaucoup d'un voyage sur, la mer salée. Cffit ainsi qu'il vole sur la mer !
Le roi et la jeune reine s'embarquent sur la mer salée;
Tau dsnx Yinrent à regretter que la reine ne fût pas restée à la iBaison.
Cest ainsi, ete.
Lenr vaisseau commença à s'arrêter, quoiqu'il fût près de terre; Aloit Tint en volant un corbeau féroce qui voulait le précipiter tol'abtme.
Cest ainsi, etc.
« Quelqu'un est^U donc cacbé sons les vagues; qui retient le petit yaîHeuL?
« Je donne de l'argent et de Tor, si le vent peut nous pousser. » C'est ainsi, etc.
< Écoute cela, cruel corbeau^ ne nous précipite pas dans Tablme.
76 ŒDVRIB DK HENRI HEINK.
a Tq auras de Tor et de l'argeat, vingt liyres bien pesées.! C'est ainsi^ etc.
— « De l'or et de l'argent, je ne m'en sonde gnère^ je dernude un autre don; {
« Je veux avoir de toi èe que tu as sous ta ceinture. |
Cest ainsi^ etc.
« De l'or et de l'argent, j'en ai moi-môme, cela ne me sert à rien; I «Ge-qui est si beau sous ta ceinture, c'est là ce qui me fsii envie. »
C'est ainsi, etc.
—«Je n'ai rien sous ma ceinture que ma def qui est petite: «Je pourrai m'en faire forger beaucoup d'autres, si DUa m renvoie vivante chez moi. »
C^est ainsi, etc.
Elle tira sa petite def et la jeta pai^-dessns le bord : Le farouche corbeau s'enfuit an loin en emportant joyenseoiai sa parole.
Cest ainsi, etc.
La reine se promena sur la plage blandie : son malaise i^ grand:
Elle sentit alors que Geimann, le joyeux héros, était vivant son son sein.
C'est ainsi, etc.
Il ne se passa guère plus de cinq hmes depuis ce temps;
La reine arrive avec hâte dans la salle élevée» die acooucbeM
fils très-beau.
C'est ainsi, etc.
Il naquit le soir et fut baptisé dans la même nuit Ils le nommèrent Germann le joyeux héros, parce qu'ils po^ salent le sauver ainsi* C'est ainsi, etc.
Ils l'élevèrent pendant un hiver et pendant neuf hivers.
DB L*ALLBMAGNB. 77
II dcTint le garçon le plus résola que les yeox pussent Toir. C'est ajnsiy etc.
Le garçon se fortifia, il grandit si bien qu'il poavait bien monter son coursier :
Chaque fois qoe sa mère le rojtàX, elle était pleine d'inquiétude et de soucis.
C'est ainsi, etc.
• Oh ! dites-moi, mère chérie, oht faites-le-moi savoir : «Pourquoi tous chagiinet-Tous si lamentablement *quand je passe?»
C'est ainsi^ etc.
— « Écoute , Germann , héros joyeux , je puia bien me plaindre pour toi',
c J*ai àû, quand tu étais encore bien petit, te promettre à un monstre.»
C'est ainsi, etc.
—«Écoutez, ma mère chérie, laissez votre chagrin.
« Le sort qui m*est destiné, personne ne m*en peut préserrer. »
Cest ainsi, etc.
C'était un jeudi matin^ dans Tautomne, alors que le jour commoioe, La chambre des femmes était ouverte, il arriva un bruit sauvage. C'est ainsi, etc.
L'affireuz corbeau entra, se plaça devant la reine : I Sonvenez-vous de ce que vous m'avez promis, très-gracieuse ràne. »
Cest abisi, etc.
Mais eUe jura par Dieu, elle jura par les saints,
Qa*elle ne connaissait ni fille, ni fils, qu'elle eût sur cette terre.
C'est ainsi, etc.
L'affreux oiseau s'envola; combien son cri était effroyable I
78 ŒUVRES DB llttRRl HBiNtt.
« OÙ trouvenî-je Gennaim, le joyeux héroB, qu'elle m'ad(»né, cela est vrai, j»
C'est ainsi^ etc.
Germann désirait alors épouser une jeune fiUe^ car 11 avait qninn années révolues.
C'était la fOle du roi d'Angleterre^ qui était la plus belle é»moiselle.
C'est ainsi, etc.
Et son ccBur désirait tant 4tre auprès de iafiaUcéeptotniBel « Gomment arriverai-je par-dessus la mer à Ttle entourée ds lots? »
C'est ainsi, etc.
Ce fut Germann, le joyeux héros, qui mit son habit écaflitâi Il entra dans la grande laUeel vint devant sa laén dnérii. C'est ainsi, etc.
Germann, le joyeux héros, entra avec son habit écailate. « Ma mère, prétea-moi votre peau de plumes pour passer la i&er salée*»
C'est ainsi, etc.
•> « Ma peau de plumes est dtispeudue en haut dans un côin:les plumes tombent toutes à terre.' « Si tu vaâ dans un pays étrangerjé ne te tétefrai Jamais. Cest ainsi, etc.
a Les ailes ne Sont plus assdz lâîgeS, èUes plongent si profondément sous les nuageSj « Et Si je vis jusqu'à Tété, je les ferai remettre à neuf.» C'est ainsi', etc.
11 s'enveloppa dans la ^eaû de plumeâ, et vola bien loin sur la mer.
AIoi*s il rencontra le farouche corbeau qui repose là-bas sur lUft* C'est aiu6i« etc.
DE L'iLLBIlAGNIi. 79
I! Tolaii çà et làj il volait si conteot vers llle ;
Quand il arriya an milieu du Sund, il entendit une Toix afreuse.
Cest ainsi^ etc.
« Sois le bienvenu, Gennann^ le héros joyeux : où es-tu resté si longtemps?
tTa mëie fa donné à moi^quand tu étais encore tout petit et tendre.»
Cest ainsi^ etc.
— «Laisse^moi passer, laisse-moi voler^ qnB Je parle avec ma bien-aimée;
« Nous nous retrouverons tous deux ici| qûxnà je reviendrai de diezelle.»
Cest ainsi, etc.
^€ Alors je veux te marquer» puisque tu voles outre. «Quand tu viendrai au mUieu des ohevaliers et des écuyers^ tu n'onblieras pas ta parole. »
Cest ainsi^ etc.
Il lui arracha Todl droit, but la moitié du sang de son cœur t Le chevalier s'en fut vers sa fiancée : son désir était si grandt Cest ainsi, etc.
n 8*a88it dans la chambre de la damoiselle» tout sanglant et tout
pâle;
Toutes les Jemies filles^ daod la chambre^ quittèrent aussitôt le jen et le rire.
C'est ainsi, etc.
Toutes les jeunes filles restaient assises et tranquilles; Mais la fière damoiselle Adelutz jeta loin d'elle la couture et les ciseanx.
Cat ainsi, etc.
Tontes les jeunes filles restèrent immobiles et quittèrent le jeu et le rire;
80 aCTRES DE HBKRI HEINE.
Mais la fiere damoiselle Adelatz joignit ses deux mains. C'est ainsi, etc.
« Soyez le bienvenu, Gennann, le joyeux héros; à quel jea aTe& TOUS été?
« Comment y s habits sont-ils si sanglants, et vos joues si pàksPt C*est ainsi, etc.
— « Adieu, chère damoiselle Adelutz, il faut <iue mes ailes m'emportent :
« Celui qui m*a arraché l'œil^ reut aussi avoir mon jeune corps. > C'est ainsi, etc.
Elle tire un peigne d'argent; elle-même lui peigne ses cheveai. A chaque cheveu qu'elle peigne, elle verse des larmes pesantes C'est ainsi, etc.
A chaque boucle qu'elle lui roule, elle verse des larmes pesantes. Elle maudit sa mère qui lui a fait un sort si cruel. C'est ainsi, etc.
C'était la fière Adelutz qui l'attira dans ses deux bras : « Maudite soit ta méchante mère qui nous a jetés dans de telles soulErances ! »
C'est ainsi, etc.
— c Écoutez, chère damoiselle Adelute^ ne maudissez pas ma mère:
« Elle n'a pu faire comme elle voulait, chacun est sons la volonté de son destin. »
C'est ainsi, etc.
II se mit dans la peau de plumes, et vola bien haut sous le cieL Elle se mit dans une autre peau, et vola toujours près de. lui. C'est ainsi, etc.
« Retournez, chère damoiselle Adelutz, oh! retournez chez veos. « La porte de votre salle est ouverte, vos clefs sont restées sor U pierre. »
C'est ainsi, etc.
DE LALLEIIAGNE. 81
— « La porte de ma salle peut rester ouverte , mes clefs pcuTent être sur la pierre.
« Je TOUS snivrai partout aussi loin que là où tous ayez reçu tos Uessoies.»
C'est aiusi^ etc.
Tous les (nseanx qu'elle yit ou rencontrât elle les coupa en morceaux.
Il n'y eut que l'horrible corbeau féroce qu'elle ne réussit pas à trouTer.
Cest aîDsi^ etc.
C'était la fière damoiselle Adelatz^ qui abattit son vol sur la
Elle ne trouva pas Germann, le héros joyeux, mais sa main droite mutilée.
Cest ainsi, etc.
Alors courroucée» elle éleva son Toi sous les nua^s pour rencontrer le féroce corbeau.
Elle Tola vers l'Occident, elle Tola vers l'Orient : il fallait qu'il leçàt la mort de sa main, à elle.
Cest ainsi, etc.
Tous les oiseaux qui Tinrent dcTant ses ciseaux , elle les coupa eu trois.
Pois, elle rencontra le féroce corbeau et le coupa en deux. Cest ainsi, etc.
Et elle Tola longtemps sur la bruyère sauvage, jusqu'à ce qu'elle fàt morte de douleur;
Ce fut pour Germann, le héros joyeux, qu'elle souffrit tant de chagrin et de désespoir.
Cest ainsi qu'il vole sur la nter 1
On prétend que les susdites filles -cygnes sont les walkyries des Scandinaves. Celles-ci sont en effet des II. fi-
femmes qui fendent Tair avec des ailes blanches, ordinairement la veille d'un combat dont elles fixent le sort par leurs secrètes décisions. Elles ont aussi Thabitode de s'offrir aux yeux des héros^ dans les chemins soli'taires des forêts, et de leur prédire la victoire ou la défaite. On lit dans Prsetorius :
a II est arîivé que le tôt Bother, en Daiiemaik et en Suède, emporté à la chasse par son cheval dans un brouillard, loin des siens, se soit trouvé devant des jeunes filles, qui Tont connu, l'ont salué de son nom et lui ont parlé» Et quand il demanda qui elles étaient, elles loi ont répondu qu'elles étaient celles qui tenaient dans leoH mains la victoire sur les ennemis à la guerre; qu'elles étaient toujours à la guerre et qu'elles aidaient à combat- \re, quoiqu'on ne les vit pas avec les yeux ; que celui à qui elles donnaient la victoire battait et subjuguait ses ennemis, et restait maître de la victoire et du champ de bataille , et que Tennemi ne pouvait paa lui nuire*
a Quand elles lui eurent ainsi parlé, elles disparnrant bientôt à ses yeux avec leur entourage, et le roi resta seul en pleine campagne et en plein air. »
Le moment principal de cette histoire nous rappelle Tapparition des trois sorcières aux yeux de Macbeth. La croyance aux walkyries s'était fondue ici dans te croyance aut sorcières. C'est ainsi que nous trouvons dans les traditions allemandes les trois nomes; mais sous la figure de Vieilles magiciennes ou dé flleuses grotesques, dont l'une tord le chanvre^ lâ seconde humecte
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le fliy et la troisième tourne le rouet. Ces parques septentrionales apparaissent le plus souvent dans les contes d'eufants^ dont voici le plus gracieux^ que je tire du livre de Grimm t
0 était une fille paresseuse et qui ne voulait pas filer* Sa mère avait beau dire tout ce qu'elle voulait , elle no pouvait pas l'y décider. Enfin la colère et Timpatience emportèrent un jour la mère, au point qu'elle lui donna des coupSy ce qui fit pleurer beaucoup la fille. La reine passait justement paHà^ et quand elle entendit pleurer^ elle fit arrêter et demanda à la mère pourquoi elle btttait sa filki tant^ qu'on Tentendait dehors qui pieunit. La mère eut honte de révéler la paresse de sa fille et dit : « Je ne puis la détacher du rouet ) elle veut flief toqours et éternellement ; mais je suis pauvre, et né peux me procurer le chanvre nécessaire.-^ Vraiment, dit la reine, je n'entends rien avec plus de plaisir que filer^ et he sois jamais plus ravie que lorsque les rouets tour* oenti donnei^moi votre fille. Dans le château, j'ai asseï de chanvre ; elle pourra filer là tant qu'elle aura envie«a La mère fut bien contente du fond du cœur^ et la reine prit la fille avec elle. Quand elles furent arrivées au <^teau, la reine conduisit la jeune fille dans trois cham*' ivûs qui étalent pleines, du haut jusqu'en bas, du pluë k&u chanvre. <t Filc^moi ce chanvre, dit*elle, et quand, ta auras fini, tu auras pour époux mon fils aîné. Quoique ta sois pauvre, je n'y fais pas attention ^ ton zèle infa- %ible est une dot suffisante, d La jeune fille s'eflraya
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intérieurement^ car elle ne pouvait filer le chanvrei quand même elle eût Vécu trois cents ans et qu^elle eût travaillé,
chaque jour, du matin jusqu'au soir. Quand elle fut seule elle commença à pleurer, et demeura trois jours assise, sans remuer la main. Au troisième jour, la reine vint, et quand elle vit que rien n'était encore filé, elle s'étonna^ mais la jeune fille se justifia, en disant que le chagrin causé par Téloignement de la maison maternelle l'avait empêchée de commencer. La reine le trouva bon, mais dit en se retirant : « Tu conunenceras donc demain à travailler. »
Quand la jeune fille fut de nouveau seule, elle ne sot plus que décider et que faire, et, dans son chagrin, elle vint devant la fenêtre. Elle vit alors venir trois vidlles feounes dont Tune avait un pied plat, la seconde une lèvre inférieure qui tombait sur le menton,* et la troisième un large pouce. Quand elles furent devant la fenêtre, elles s'arrêtèrent, regardèrent en haut et offrirent leur aide à la jeune fille en disant : c Si tu veux nous inviter à ta noce, ne pas avoir honte de nous et nous appeler tes cousines, nous te filerons ton chanvre et en peu de temps. — Ah ! de tout mon cœur, réponditelle , entrez et commencez tout de suite le travail, a Alors elle fit entrer ces trois femmes singulières, et fit dans la première chambre un creux où elles s'élablirent et commencèrent à filer. L*une tirait le fil el tournait la rouo, l'autre mouillait le fil, la troisième le tordait et frappait du doigt sur la table, et toutes les fois qu'elle
frappait^ QD écheveaa du fil le plus fin tombait à terre. Elle cacha à la reine les trois fileuses et lui montra, quand elle vint, l'immense quantité de fil, ce que celleci ne pouvait assez louer. Quand la première chambre fdt vide, ce futle tour de la seconde, puis de la troisième, et celle-ci fut bientôt terminée. Alors les trois femmes prirent congé de la jeune fille en lui disant : a N'oublie pas ce que tu nous a promis, ce sera ton bonheur, d
Quand la jeune fille montra k la reine les chambres vides et le tas de fil, celle-ci arrangea la noce, et le fiancé se félicita d^avoir une femme si laborieuse et la loua beaucoup. « J*ai trois cousines , dit la jeune fille; comme elles m'ont fait beaucoup de bien, je ne voudrais pas les oublier dans mon bonheur; qu'elles s'asseoient avec nous à table. » La reine et le fiancé donnèrent leur consentement. Quand la fête commença, les trois femmes entrèrent en costumes merveilleux, et la fiancée dit: € Soyez les bienvenues, chères cousines 1 — Ahl dit le fiancé, pourquoi as-tu de si vilaines amitiés? » Et; s'adressant à la première au pied plat, il lui demanda d*où lui venait un pied aussi plat, c De frapper le rouet, répondit-elle, de frapper le rouet, b II s'en alla à la seconde et dit : a D'où vous vient cette lèvre pendante ? — De lécher le chanvre, répondit-elle, de lécher le chanvre. » Puis il demanda k la troisième : a D'où avez-vous un pouce si large t — De tordre le fil, répondit-elle, de tordre 1c fil ! n Alors le fils du roi s effraya et s'écria : « S'il est ainsi, ma belle fiancée ne touchera plus jamais
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son rouet, n De cette façon elle fut délivrée de ce maudit filage du chanvre.
£t la morale ? Les Français auxquels j*ai redît ce conie ni*en ont toujours demandé la morale. C'est justeoienti mes amis y la différence qui existe entre vous et noosé Mous ne demandons la morale que dans la vie réelle > mais nullement dans les fictions de la poésie. Vous pou* vezy dans tous lei cas, apprendre par ce récit ^ qu'on peut faire filer son chanvre par d^autres et pourtant devenir princesse. C'est généreux de la part de la nourrice d'avouer de bonne heure aux enfants qu'il y a encore quelque chose de plus efficace que le travail , et qotf c*est d'avoir du bonheur. On répète chez nous la tradi* tion d'enfants qui sont nés dans une peau de bonheor et auxquels tout réussit plus tard dans le monde. U croyance au bonheur, comme quelque chose d'inné ou d'accordé fortuitement^ est d'origine païenne , et eoih iraste d'une manière charmante avec les idées chrétiennes où les souffifanceA et les privations sont considérées comme les plus hautes faveurs du cieh
Le problème » le but du paganisme , étdt la conquête du bonheur. Le héros grec 16 nomme la toison d'or» et le héros germain ^ le trésor des Nibeluugen. La tAdie du christianisme fut au contraire l'abnégation ^ et ses héros soufi'rirent les torturés du martyre: ils se chargèrent eux* mêmes de la c)*ûix, et leur plus grande lutte ne leur valut jamais que la conquête d'un tombeau.
On se rappelle ^ il est vrai ^ que la toiscm d'or et M
01 l'allbicaoni« 87
trésor des Nibelangoi ont préparé de grands manx à leufs posseneurs. Mais ce fut justement l'erreur de ces héros, qu*il8 prirent l'or pour le bonheur. Au fond, ils avaient toujours raison. L^homme doit chercher i ao* quérir le l)onheur sur cette terre, le doux bonheur et non la croii.... Hélas l il peut attendre jusqu'à ce qu'il arrive ao cimetière; on la mettra alors sur sa fosse, cette croix.
L^apparition de trois femmes mystérieuses, tantôt vieilles, tantôt Jeunes, et qui arrivent ou pour secourir eu pour narguer quelque pauvre garçon dans des lieux inconnus , me rappelle la charmante tradition du Wiê» perîkal^ vallée située près de Lorch aux bords du Rhin* rai bien souvent réfléchi sur les trda drôlesaes qui sont les héroïnes de cette légende , et je ne saurais dire de qndle mythologie elles se sont échappées. Sont-elles d'origine Scandinave ou romaine î Quel est leur véritable tgeî Elles sont aussi équivoques que rieuses, et Je crois que je n'ai rien de mieux à fatoe que dlnaérer dans oea foHes tablettes la mervellletise histoire que J'ai tant de ibb entendu raconter aux vieilles femmes de mon paysê La verrion que je donne ici, différera sans doute de celle dont nous a régalé l'auteur du manuel pour les voyageurs aux bords du Rhin, Finsipide et prosaïque M. Alols Schreiber. Voici cette légende du Wisperthal f
Le Wisperthal est situé dans le voisinage de Lorch , et cette vallée (car wUpem signifie parler à voix basse) tire son nom des chuchottements et murmures qui , en la parcourant, vous frôlent Toreille à tout instant, et qui
ressemblent beaucoup à ces pst! pstl mystérieux, qu*on entend à certaines heures du soir dans lés rues écartées d'une capitale. Un jour trois jeunes compagnons cheminaient par ce Wisperthal en très-belle humeur, mab ils étaient fort intrigués de ces pst ! pst ! continuels, dont ils entendaient le murmure sans voir un seul visage. «Bah ! dit de sa voix la plus forte le plus âgé et le plus avisé de c^s compagnons, armurier de son état, bah ! œ sont des voix de femmes si laides sans doute qu'elles n'osent se montrer, x» A peine eut-il jeté ce défi rusé, qu'il vit apparaître devant lui trois aimables jeunes femmes qui l'invitèrent avec les manières les plus engageantes, lui et ses camarades, à se reposer dans leur château des fatigues de leur voyage. Ce château se trouvait tout près de là; mais les trois jeunes compagnons ne l'avaient pas remarqué auparavant, peut-être parce qu'il n'était point bâtj en rase campagne, mais taillé dans le roc, si bien qu'on n'apercevait du dehors que les petites ogives pointues des fenêtres et une grande porte. Quand ils pénétrèrent dans ce château, ils ne s'émerveillèrent pas médiocrement de la magnificence qui de toutes parts y éblouit leurs yeux. Les trois jeunes femmes qui paraissaient en être les seules habitantes, leur donnèrent un repas exquis, pendant lequel elles se chargèrent ellesmêmes de remplir leurs hanaps d'un vin délicieux. Les jeunes compagnons, dont le cœur s'épanouissait de plus en plus^ n'avaient jamais vu des créatures aussi éclatâmes de beauté que ces trois femmes merveilleuses, et
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Us se Gancèrent à elles avec des baisers nombreux et brûlants. Le troisième jour, les jeunes fenmics leur dirent : a Si votre bon plaisir est de passer avec nous le reste de vos* jours, aimables fiances, il faut avant cela qu*une fois encore vous retourniez dans la forêt , et que vous y recueilliez des enseignements sur les chants et les dires des oiseaux. Lorsque vous aurez saisi et bien compris les couplets du passereau , delà pie et du hiboUi vous n'aurez plus qu*à revenir pour toujours dans nos bras. 9
Là-dessus, les trois jeunes compagnons se rendirent dans la forét^ et après s'être fait un chemin à travers les broussailles et les ronces, se trébuchant maintes fois sur des racines, et laissant accrochés aux épines des lambeaux sanglants de leur peau, ils arivèrent à un arbre où perchait un passereau qui gazouillait les couplets suivants :
n 7 avait une fois trois imbéciles qui parcoururent le pays de Cocagne. Les oies rôties vinrent leur voler tout droit devant le bec.
Hais ils dirent : « Que tout est mal arrangé dans ce pauvre pays de Cocague ! 11 faudrait que ces oies fussent beaucoup plu& petites, pour qu'elles pussent nous entrer dans la bouche» »
a Oui, oui ! s'écria l'armurier^ l'observation est juste. Lors même que les oies arriveraient toutes rôties à la bouche d'un imbécile, il n'en serait pas plus avancé. Sa bouche étant trop petite , et les oies trop grosses, il n'y verrait pas de remède ! »
Les trois compagnons s'étaient remis en marche :
90 (BUVRB8 fTB HBNRl HBIRB.
après s'être fait ua chemin à travers les broussailles et les ronces y se trébuchant maintes fois sur des racines et laissant accrochés aux épines des lambeaux sanglants de leur peau, ils arrivèrent à un arbre^ sur les branches duquel sautillait une pie qui caquetait le couplet sui* vant :
Ma mère était une pie, mon aletde était aussi une pie^ ma bisaïeule était enoore une pie, ma trisaïeule était pie^ et si ma trisaïeule n'était pas morte, elle vivrait encore.
« Oui y oui 9 dit Tarmurier, je comprends cela ! C*est bien là l'histoire universelle. Voilà le résultat final de nos recherches, et les hommes n'en sauront jamais dsvantage en ce monde, d
Et les trois compagnons s*étaient remis en marche ; et après s'être fait un chemin à travers les broussailles et les ronces, se trébuchant maintes fois sur des racines et laissant accrochés aux épines des lambeaux sanglants de leur peau, ils arrivèrent à un arbre, dans le creux duquel s'était tapi un hibou qui grommelait en luinodéntô le couplet suivant s
Celui qui s'entretient avec une femme, est troibpé par fm£ femme; qui s'entretient avec deux femmes , est trompé par deux femmes ; et qui s^entretient avec trois femmes^ est trompé par trois femmes.
a Holà I s'écria Tarmurier en colère, vilain et misé* rable oiseau, avec ta vilaine et misérable science qu'on pourrait acheter, au prix d^un liard, du premier men-
tn L^ALLEMAGffS. 91
(fiant saugrenu qu'on rencontre I C'eat là un vieux dicton passé de mode. Tu jugerais mieux les femmes^ si tu étais gentil et joyeux^ comme noua le aommea, ou seulement ai tu connaissais nos flancéea au cœur d*or et belles comme le aolell. a
Sur quoi les trois eompagnona rebroussèrent chemin, en fredonnant et en sifflant tout joyeuseqient ; et après sVoir marché pendant quelques heures, ils se retrmi* vèrent en face du château des rochers. Ils se mirent à chanter avec un Jovial abandon ce refrain gaillard t
VerrotLs ferméB^ verrons ouverts 1 Oentille bleoHiimée^ que ûds-ta ?
Dors^tu ou veilles-tuf Veux-tu pleurer ou veux-tu rire?
Et pendant que Tallégresse des jeunea compagnons fai-^ attelle explosion devant la porte du cbftteau, trois petites fenêtres s'ouvrirent au-dessus de cette porte, et de chaque fenêtre s'avança la tête grise d'une vieille au long nez et à l'œil chassieux. Ces trois vieilles agitèrent de ptabir leurs chefs grisonnants, et elles ouvrirent leurs bouches édentées, en criaillant d*une voix chevrotante : < Ah 1 voici qu'arrivent nos beaux fiancés. Attendez un peu, nos beaux fiancés ! Nous allons vous ouvrir la porte (t vous accueillir avec de tendres baisers; désormais Vous goûterez le suprême bonheur dans les bras de Tamotu*. v
Les Jeunes compagnons, consternés au dernier point, n^attendirent pas que les portes du château et les bras
03 ŒUVRB8 DB HENRI HBIRB.
de leurs gentilles fiancées s^ouvrissent pour eux, mais 8*enfuyant à toutes jambes, ils coururent si bien qu'ils arrivèrent le jour naêrne à Lorch. Assis le soir au cabaret devant un broc de vin du Rhin, il leur en fallut vider plus d'une pinte, avant d'être entièrement remis de leur efi^i. Quant à l'armurier, il protesta maintenant à voix haute et solennelle que le bibou était l'oiseau le pli» sensé du monde, et qu'on le regardait ^ à bon drmty comme un symbole de la sagesse.
J'ai rattaché cette histoire à celle des trois fileuaes. Selon Topinion de quelques énidits hellénistes, celles-ci sont les trois Parques; mais nos antiquaires patriotes, qui ne sont pas trop portés pour ce qui sent les études classiques, revendiquent ces trois femmes pour la mythologie Scandinave, en soutenant que ce sont les trois nomes. Ces deux hypothèses pourraient également s*appliquer aux trois femmes du Wisperthal. Il est difficile de bien définir ce que c'est que les nomes Scandinaves. On peut les assimiler aux walkyres dont j'ai déjà parlé. Les sagas des poètes islandais nous racontent de ces walkyres les choses les plus merveilleuses; tantôt eUes chevauchent dans les airs, au fort des batailles, dont elles décident le sort ; tantôt ce sont des amazones nom* mées filles aux boucliers et combattant pour leurs amants; tantôt elles apparaissent sous la forme de ces femmes-cygnes dont j'ai rapporté plus haut quelques traits. Il règne dans ces traditions une confusion brumeuse comme le ciel du Nord. Une walkyre de cette
PB L*ALLKMAGNB. 93
68pàce était la vaiilanle Sigrune ; dans la saga qui parle d'elle, il y a un touchant épisode qui rappelle la Lénore de Burger. Mais celle-ci parait bien faible en compa* raison de rhéroîne du poème Scandinave. Voici un extrait de cette saga :
ff Le roi Sieginund, fils de Volsung, avait pour épouse Borghild de Bralund , et ils donnèrent à leur fils le nom d*HeIgiy selon Helgi, fils de Sorward. Siegmund et ceux de sa race s^appclaient Voisungen. — Hunding était le roi d'un riche pays, nommé d'après lui Hundland; c'était un grand guerrier et le père de nombreux fils, qui étaient allés combattre. Ce roi Hunding et le roi Siegmund vivaient ensemble en inimitié et en guerre , et ils se tuaient mutuellement leurs amis. — Granmar était le nom d'un roi puissant qui résidait sur une hauteur appelée Svarinshoch; il avait beaucoup de fils, dont Tun fut nommé Hodbrod, l'autre Gudmund et le troisième Starkodder. Hodbrod se trouva dans l'assemblée des rois, et il fut fiancé à Sigrune, fille d'Hogen ; mais lorsque celle-ci en apprit la nouvelle, elle monta à cheval avec les walkyres, et traversa les airs et la mor, pour chercher Helgi. Helgi se trouvait alors à Logafiœll ; il avait combattu contre les fils d'Hunding, avait tué Atf, Eyiolf, Hiorward et Hervart, et fatigué de la bataille il 8e reposait sous laRoche-des-Aigles. C'est là que Sigrune le trouva; elle se jeta à son cou, l'embrassa (sous son casque) et lui dit : Mon père m'a fiancée au méchant fils de Granmar, mais je l'ai nomn é brave comme le fils
d'un chat. Dans peu de nuits le prince viendra, si tu ne rentratnes sur le champ de bataille, et que tu n'enlèves la fille du roi. « Alors le héros se sentit pris d'amour pour la jeune femme ; mais Sigrune avait déjà aimé ardemment le fils de Siegmund, avant de l'avoir vu. La fille d'Hogen parlait donc selon son cœur, en disant qu'il lui fallait Tamour d'Helgi. » Mais, continua Sigrune, je pressens, ô prince, la colère des amis de notre maison, parce que j'ai rompu le désir le plus cher de mon père.t Hetgi répondit : « Ne te soucie pas de la colère d'Hogen, ni de la fureur de ta race ; tu vivras chez moi, jeune fil/e; tu es d'une noble origine, comme je viens de le voir.t Helgi rassembla un grand nombre de guerriers et les
embarqua dans des vaisseaux, avec lesquels il se rendit à Frecastein ; sur mer ils furent assaillis d*une violente tempête qui menaça leur vie; les éclairs sillonnèrent tout le ciel, la foudre éclata et frappa leurs vaisseaux. Alors ils aperçurent neuf walkyres chevauchant dans les airs, et ils reconnurent Sigrune; bientôt Forage s'apaisa, et ils atteignirent sains et saufs le rivage. L^^ fils de Granmar étaient campés sur une montagne, lorsque les vaisseaux abordèrent. Gudmund se jeta sur son cheval et descendit à la mer, pour reconnaître les arrivants. Alors les Voisungen hissèrent leurs voiles, et Gudmund dit : «Quel est le roi qui règne sur cette flotte, et qui amène en notre pays cette armée terrible? » Le fils de Siegmund lui répondit fièrement en lui lançant son défi, et Gundmund s'en retourna chez lui avec des
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nouvelles de guerre. Aussitôt les (Us de Granmar ras* semblèrent une année^ où se trouvèrent bien des rois^ conjointement avec Hogen, le père de Signine^ et ses fils Bragî et Dag. Et il se fit une grande bataille, dans laquelle tombèrent tous les fils de Granmar et tous les ehefs de leur armée, excepté Dag, le fils d*Hogen qui obtint la paix et jura fidélité aux Volsungen. Sigrune aliasurlecbampdebataiUet et trouva Hodbrod qui était près de mourir. Elle dit : a Jamais, 6 roi Hodbrod, Sigrune de Sevafioell ne reposera dans tes bras ; ta vie est perdue, Bieùi&t la griffe du loup déchirera les fils de Granmar, s Puis elle alla rejoindre Helgi, et fut transportée de joie ; le jeune guerrier lui dit : s Malheureusement, 6 Alvitr, (celle qui sait tout, un des noms qu^on donnait aux walkyies), malheureusement tout ne s*est pas passé selon tes désirs, mais les nomes conduisent nos desti* nées; Bragi et Hogen sont tombés ce matin près de Precastein -— c'est moi qui fus leur meurtrier. Et Star* .kodder tomba à StyrUeif, et h HIebiorg succombèrent les fils d'Hrollang ; l'un d'eux fut le héros le plus furieux que j'aie vu : après que sa tête fut tranchée, son corps combattait encore. Presque toute ta race gtt par terre maintenant, mutilée et privée de vie ; tu n^as pas gagné en cette bataille ; tu fus prédestinée à n*atleindre que par les combats l'accomplissement de tes souhaits. Alors Sigrune versa des larmes, et Helgi dit: «Console-toi, Sigrune, tu étais notre Hildur (déesse guerrière, qui excitait à combattre) ; les rois même n'évitent pas leur
ce ŒUVRES DB HENRI HRlIfB,
destin! » Elle dit : a Oh ! si je pouvais rappeler à la \Î6 ceux qui sont morts, mais en même temps reposer dans tes bras! »
Helgi prit Signine pour femme, et elle lui donna des fils. Helgi ne vécut pas longtemps. Dag, le fils d*Hogen, immola des victimes à Odin, en lui demandant da secours pour venger son père, et Odin lui prêta sa te^ rible lance. Dag trouva son beau-frère dans la contrée appelée Fioturland^ et il le perça de la lance d^Odio. Ainsi tomba Helgi ; mais Dag se rendit aussitôt à clienl k Sevafiœll, et apporta à Sigrune la nouvelle de la mort de son héros bien-aimé. a Ma sœur, je dois f annooeer une triste nouvelle. La nécessité me force de te ftire verser des larmes : un roi est tombé ce matin à Fiotorland, un roi qui fut le meilleur de tous en ce monde, et dont la tète s'élevait haut au-dessus de celle des pitf vaillants guerriers. » Sigrune s'écria : a Puisse ton cœur être transpercé de tous les serments que tu as jurés i Helgi par le flot lumineux du Leiptur (le fleuve de reD-« fer), et par la pierre glaciale baignée de ses eaux! Qb» jamais vaisseau ne marche sous toi, quelque vent favorable qui le pousse; que jamais coursier ne veuille ^^ t'emporter, fusses-tu même poursuivi par tes plus cruels ennemis! Que Tépée que tu tires, perde son tranchant, à moins qu'elle ne sifile autour de ta propre tête ! Ah; pour voir la mort d'Helgi vengée sur toi, puisses-ta étn; changé en loup et vivre dans la forêt, privé de tout ti^^* de toute joie et de toute nourriture, à moins que tu ne
DE J.*ALLEUAGIVK. 97
bondisses autour des cadavres!» Dagdit: a Tu es enragée ma sœur! et c'est de la démence, de maudire ton frère. Odinseul fut cause de tous ces malheurs; il jela des rubnes de discordes parmi les proches parents. Ton frère te présente maintenant les anneaux rouges de la conciliation, il t'offre les contrées entières de Vlandilsve et de Vigdali : prends, ô femme ornée d'anneaux, prends pour toi et ton fils la moitié du royaume, en compensation de ta douleur ! i> Sigrune dit : « Jamais je ne résiderai heureuse à Sevafiœli, ni ne me réjouirai de la vie ni la nuit ni le jour, si l'éclat de mon héros n'apparatt à la porte de la tombe, et que le cdbrsier de mon roi, Vigbioer aux réoes d'or, ne s'élance sous lui, pour que je puisse le saisir et le serrer dans mes bras. Aussi efflrayés devant Helgi s'enfuyaient tous ses ennemis et leurs amis, que devant le loup se sauvent consternées les chèvres de la montagne. Aussi haut s'élevait Helgi parmi les héros, que le noble frêne s'élève parmi les ronces, ou que le daim hameoté de rosée surpasse tous les autres animaux, et élève vers le ciel ses cornes brillantes ! »
Un tertre fut élevé. sur Helgi; et lorsqu*il arriva k Valhall, Odin lui offrit de partager avec lui son règne sur l'univers. Et Helgi dit, en apercevant Hunding : « Toi, Hunding, tu prépareras à chaque homme son bain de pieds, tu allumeras les feux, tu attacheras les chiens, tu soigneras les chevaux et tu donneras la pâture aux Goehons, chaque jour, avant de te mettre au litl »
La servante de Sigrune alla le soir près du tertre i H. 6
d'Heigi, et voilà qu'elle aperçut Helgi à cheval montant la colline avec un cortège nombreux de guerriers. Lase^ vante dit ; a Ne sont-ce que des fantômes, qui apparaissent à mes yeux, ouest-ce la fin du monde? Des hommes morts arrivent à cheval ; avec des éperons vous piques vos cou^ siers? Est-ce que le retour est accordé aux héros? » Helgi dit : a Ce ne sont pas des fantômes qui apparaissent à tei yeux, et ce n'est pas non plus la fin du monde, quoique tu nous voies, et que nous piquions nos coursiers avec nos éperons ; mais le retour est accordé aux héros. « La ser* vante revint en b&te à la maison, et dit à Signine : «Va sur la colline, Sigrune de Sevafiœll, si tu désires trouver le prince des peuples ; le tertre est ouvert, Helgi est venu, ses blessures saignent ; il te convie de les étanèher et de les guérir. » Sigrune courut à la colline, y entra auprès d'Helgi et dit : « Que je suis joyeuse de te retrouver! aussi joyeuse que les autours voraces d'Odin, quand ib sentent l'odeur des cadavres, ou que mouillés de rosée ils voient poindre Taube du matin. D'abord je vetix t'embrasser, toi, roi mort, avant que tu ne déposes ta cuirasse sanglante, 0 Helgi, ta chevelure est blanchie par le frimas, tu es partout couvert de la rosée des morts ( le sang ) » et tes mains sont froides comme la glace. Comment pourrai*je, ô roi, obtenir la réparation de tes maux?p Helgi dit: « Toi seule, Sigrune de Sevafiœll, es cause qu'Helf^ soit mouillé de la rosée du malheur: toujours le soir, avant de t'endormir, ô reine parée d'or et de pierreries, tu verses longtemps des larmes amères.