I. — EMPÊCHEMENT D'AFFINITÉ EN LIGNE DIRECTE
On a vu précédemment que les alliés en ligne directe sont, d'une part, le gendre, la bru (gener, nurus) et leur beau-père ou belle-mère (socer, socrus), d'autre part les enfants d'un premier lit (privignus, privigna) et leur beau-père ou belle-mère, parâtre ou marâtre (vitricus, noverca); aux degrés plus éloignés, le prosocer, la prosocrus, le progener, et la pronurus.
Au début, le mariage n’est pas prohibé à Rome entre alliés en ligne directe. Du moins ne l'est-il pas par le
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droit, car aux yeux de quelques auteurs ({), la prohibition existe dans la loi religieuse. Cette idée paraît très admissible. Elle repose d’ailleurs sur certaines expressions de Cicéron dans le plaidoyer Pro Cluentio. Cluentius Avitus, client de Cicéron, avait une sœur, nommée Cluentia, laquelle avait épousé son cousin, Aurius Melinus. La mère de Cluentia, Sassia, vint à s'éprendre de Melinus, son gendre ; à son instigation, Cluentia et son mari divorcèrent, après quoi Sassia et Melinus s'unirent en mariage (2). Ce dernier fait prouve bien la vérité de l'assertion précédemment énoncée, que le mariage n’était pas prohibé-entre alliés en ligne directe au temps de Cicéron: si une telle prohibition avait existé, Sassia n'aurait pu épouser Melinus.
Or Cicéron, voulant qualifier cette union, y voit un acte contraire au fas, un scelus: « .… Mulieris importunæ nefaria libido... Ea igitur mater Aviti, Melini illius adolescentis, generi sui, contra quam fas erat, amore capta.. — O mulieris scelus incredibile, et præter hanc unam in omni vita inauditum... Perfregit ac prostravit omnia cupiditate ac furore: vicit pudorem libido, timo- | rem audacia, rationem amentia (3). » Pas une phrase qui se réfère à une disposition de droit positif, pas un mot qui implique une prohibition juridique de mariage entre la belle-mère et son gendre : rien que des considérations de morale, et de morale religieuse (4)!
(1) Cuq, Znstitutions juridiques des Romains, Paris, 1891, p. 213.
(2) G. de Caqueray, Explication des passages de droit privé contenus dans les œuvres de Cicéron, Paris, 1857, p. 313 ets.
(3) Cicéron, Pro Cluentio, 5 et 6.
(4) 11 ne faudrait cependant pas abuser de l'argument tiré des mots: fas et scelus, car les mêmes mots se retrouvent à une époque où