SÉLÉNIUM
Le sélénium, qui rappelle le soufre par un grand nombre de propriétés, offre des modifications allotropiques analogues, tant à l’état gazeux qu’à l’état solide.
Sélénium gazeux. — La densité de vapeur du sélénium présente des particularités analogues à celles du soufre (Sainte-Claire- Deville et Troost) (i). Elle est de 7,67 à 86o° et décroît peu à peu pour devenir constante et égale à 5,7 à partir de 1400°.
Sélénium solide. — Il ne présente pas un point de fusion ou de solidification bien net, mais sous l’influence de la chaleur il se ramollit progressivement, il devient visqueux. Au-dessus de 25 o° il est franchement liquide. Régnault (2), en le laissant se refroidir lentement dans une étuve à 1 oo°, a observé une anomalie. Le thermomètre baisse régulièrement jusque vers u 3 °,il demeure alors stationnaire, puis remonte jusqu’à 121°, puis reprend sa marche descendante.
Cette anomalie au voisinage de 120° montre que la solidification fait des progrès rapides à ce moment. La solidification est complète vers 5 o°.
i° Sélénium vitreux .— Lorsque le refroidissement est rapide, ce phénomène ne se produit pas et l’on obtient une masse brune à cassure vitreuse, dont la poussière laisse une trace rouge sur le papier, et qui conduit mal la chaleur et l’électricité.
(1) Ann. de chim. etphys. (3), LVIII.
(2) Ann. de chim. et phys. (2), XLVI.
La densité du sélénium vitreux est 4,26. Ilestpresqueinsoluble dans le sulfure de carbone et peu soluble dans l’acide sulfurique. Il se transforme lentement en sélénium cristallin à la température ordinaire. La chaleur favorise cette transformation ; vers 125 ° il se transforme brusquement dans la variété cristalline en dégageant une quantité de chaleur qui élève sa température jusque vers 21 5 °. La transformation du sélénium vitreux en sélénium métallique dégage 5 e ,68 (pour Se = 79), d’après les mesures de M. Fabre (1). La chaleur spécifique de cette variété, entre 20° et 9 o°, est égale à o,io 36 d’après Régnault.
Le sélénium précipité des dissolutions d’acide sélénieux par l’acide sulfureux ou par électrolyse (fleurs de sélénium, sélénium électro-positif) présente les mêmes caractères que le sélénium vitreux ; c’est une poudre rouge, insoluble dans le sulfure de carbone, A 96° il se transforme en sélénium cristallin.
Sélénium cristallin ou métallique. — Cette variété est produite par la transformation du sélénium vitreux.
Sa surface présente l’éclat métallique ; sa cassure, au lieu d’être vitreuse, est à grains métalliques fins comme celle de la fonte grise.
Le sélénium métallique est insoluble dans le sulfure de carbone ; il conduit mieux la chaleur et l’électricité que le sélénium vitreux. Sa densité est 4,8 à i 5 ° (Hittorf); sa chaleur spécifique égale à 0,0747 entre — 20° et -f- 7 0 , est dans ces limites la même que celle du sélénium vitreux; mais entre -|- 20° et 90° elle est beaucoup plus faible et égale à 0,0762. Cette différence tient, selon Régnault, à ce que le sélénium vitreux, se ramollissant facilement, renferme déjà à 90° une partie notable de sa chaleur latente de fusion.
(1) Ann. de chim. ctphys. (6), X.
Sélénium rouge soluble. — Il se dépose en flocons par l’oxydation de l’hydrogène sélénié à l’air; 1.000 parties de sulfure de carbone à l'ébullition n’en dissolvent qu’une partie. Par refroidissement, on obtient des cristaux rouges, qui sont de petits prismes clinorljombiqnes où dominent les faces p. La densité de ces cristaux est 4,5. Chauffés à i 5 o° avec de l’eau en tubes scellés, ils se transforment en cristaux noirs de densité 4,7 (Mitscherlisch).
La variété rouge paraît répondre au soufre prismatique et la variété noire au soufre octaédrique. Quant au sélénium vitreux, il rappelle le soufre mou par les phénomènes thermiques qu’il présente.
La conductibilité électrique du sélénium métallique est plus considérable à la lumière qu’à l'électricité. Elle est dix fois plus grande au soleil que dans l’obscurité.
Le photophone de M, Graham Bell (1) est fondé sur cette curieuse propriété.
(1) Ann. de chim. etphys. (5), XXI.