‹ De l'aluminiumChapitre 21 sur 47 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

entretenues à une bonne température par les récipients qu’on y plonge à chaque instant. La caisse doit être munie de son couvercle, afin de la recouvrir dans le cas où l’huile de schiste prendrait feu. L’extinction est si subite, que cette circonstance ne crée aucun danger. Il arrive aussi qu’au moment où l’on va plonger les récipients dans l’huile, ils se vident d’eux-mêmes par l’une de leurs ouvertures. Le sodium alors coule à l’air sans s’enflammer, et l’on n’a plus qu’à nettoyer le récipient avant de s’en servir de nouveau (i).

Quand la fabrication marche bien, on ne recueille que du sodium pur; les matières carburées qui accompagnent d’une manière si gênante la préparation du potassium ne se retrouvent pour ainsi dire plus dans cette opération. Cependant , avant d’employer de nouveau un récipient qui vient de servir, on l’ajuste sur un cadre de fonte convenablement établi au-dessus d’une cuvette contenant de l’huile de schiste sous une épaisseur de quelques centimètres. On gratte les plaques du récipient avec un ciseau à froid muni d’un long manche en bois; on les ajuste et on les maintient au contact avec deux vis de pression, et elles sont de nouveau prêtes à servir.

De temps en temps on recueille la matière qui provient du grattage des plaques, on l’introduit dans une bouteille à mercure que l’on chauffe doucement d’abord, afin de recueillir l’huile de schiste qui distille et que l’on condense dans une autre bouteille à mercure refroidie. On pousse le feu , on ajuste les récipients et on mène l’opération comme une réduction ordinaire. Cette distillation est très-fructueuse et donne beaucoup de sodium.

(i) Cette méthode, qui occasionne une grande perte d’huile, a été complètement abandonnée dans la suite des essais faits à la Glacière et à Nanterre.

PRÉPAHATION DE L’ ALUMINIUM PUU , ETC. yS

Le sodium brut est parfaitement pur et se dissout dans l’alcool absolu sans résidu; on l’obtient souvent en masses de plus de 5oo grammes. On le fond et on le moule dans des lingotières, comme on le ferait pour du plomb ou du zinc. Il n’y a pas d’exemple que dans cette opération, que j’ai répétée souvent, et qui s’exécute journellement, il y ait eu une seule fois inflammation du sodium. Il faut seulement se mettre loin de l’eau.

La réduction du carbonate de soude et la production du sodium sont des opérations faciles, mais auxquelles on est si peu préparé par ce qu’on sait de la fabrication du potassium et ce qu’on en a dit dans les Traités de Chimie, qu’en général on ne réussit qu’aprës les avoir expérimentées pendant quelque temps. Quand on les manque, e’est toujours paree qu’on a pris un exeës de préeautions. La réduetion doit être menée rapidement, de manière qu’une bouteille ehargée de 2 kilogrammes de mélange soit eliauffée et vidée en deux heures à peu près. Il ne faut pas prolonger l’opération au delà du moment où l’on voit baisser la flamme jaune qui sort des récipients. On brûlerait la bouteille à mercure en pure perte, et cependant on retrouve un résidu qui contient à peine autre chose que de la chaux et du charbon.

La température nécessaire à la réduction du carbonate de soude par le charbon n’est pas aussi élevée qu’on se l’est imaginé jusqu’ici. Nos bouteilles, d’aprës l’opinien d’un des hommes les plus experts en pareille matière, M. Rivot, qui a bien voulu assister à mes expériences, ne sont pas chauffées plus fortement que les cornues de la Vieille-Montagne placées à la partie moyenne du four à zinc. J’ai été même conduit, à la suite de ces observations, à essayer des bouteilles de fonte qui, je dois le dire, n’ont pas résisté à la première application de la

74 CliAPlTBE THOISIÈME.

chaleur (i), sans doute parce qu’elles n’étaient pas garanties contre l’action oxydante du foyer par un lut ou une enveloppe. En tous cas, on réussirait presque a coup sûr avec des bouteilles de fonte décarburées par la inétliode que l’on emploie aujourd’hui à la fabrication de la fonte malléable. J’ajouterai encore que la température de réduction varie beaucoup avec la nature du carbonate de soude et la composition du mélange, comme le prouvent un grand nombre d’essais infructueux tentés dans cette direction. Les bouteilles à mercure chauffées directement, sans enveloppe, doivent servir a trois ou quatre opérations quand elles sont confiées a un bon ouvrier. Du reste, le succès de cette fabrication dépend uniquement de l’habileté et de l’expérience de l’ouvrier, qui peut faire varier le prix de revient du sodium du simple au double par la manière dont il conduit son feu.

2^. ï'alirÊcèttsofB emttôBBHe «iii soeliiBiai eii cylaai-

— On aurait pu croire qu’en augmentant dans une égale proportion et dans toutes leurs parties les dimensions des appareils que je viens de décrire, on serait arrivé facilement à produire à la fois une plus grande quantité de sodium. Cette opinion, qui la première devait se présenter a mon esprit, a été la cause de bien des essais infructueux, dans le détail desquels je n’entrerai pas; mais je préviens a l’avance que rien ne î^erait plus nuisible au succès d’une opération comme celle que je vais décrire, que la négligence d’un détail de construction ou d’une prescription qui pourraient pa-

(i) On peut obtenir du sodium dans un appareil en fonte non protégé; mais du moment que le dégagement devient rapide, la fonte entre en fusion parce que la température nécessaire à la production rapide du sodium en vases cVuu petit nolume est sullisaïUe pour déterminer la destruction des appareils.

PUÉPARATION DK I.’aLUMIIN IDM PUR, ETC. 75

raître insignifiants au premier abord, mais qui toujours, on peut en être persuadé, m’ont été imposés par un accident dans la fabrication. Ainsi l’on trouvera peut-être peu rationnel que j’aie conservé, pour des appareils de réduction cinq fois plus grands, les mêmes tubes de dégagement et les récipients de même dimension que pour l’opération en bouteilles à mercure. Mais je n’ai été amené à adopter ces dimensions restreintes qu’aprës avoir essayé inutilement l’emploi de tubes et de récipients de toutes dimensions, et il est heureux pour le succès de l’opération qu’il en soit ainsi, car il était très-pénible pour les ouvriers de manier, en face de la flamme du sodium, des appareils volumineux et lourds qui, par cela même, devenaient dangereux.

Le mélange de charbon et de carbonate de soude se fait de la manière que j’ai décrite déjà ; je dirai encore une fois qu’une forte calcination de ces matières a ici un avantage assez considérable , non-seulement parce qu’elle permet d’en introduire dans les appareils un plus grand poids à la fois, mais encore parce que, étant plus compactes, les mélanges ne peuvent pas être enlevés à l’état de poussière et chassés hors des tubes violemment chauffés où on va les introduire. On pourrait même les calciner au fur et à mesure du besoin , et s’en servir, pendant qu’ils sont encore rouges, pour remplir les tubes. Quand on se sert de mélanges non calcinés ou froids, on en remplit des gargousses en gros papier ou en toile de 8 centimètres de diamètre et de 35 centimètres de longueur.

Les tubes T [fig^ 8), dont je me suis servi, sont des tubes étirés et soudés de la fabrique de M. Gandillot. Ils ont 120 centimètres de longueur et i4 centimètres de diamètre intérieur. Leur épaisseur est de lo à 12 millimètres. Quand on les livre, ils sont fermés par un bout et

76 CHAPITHE TROISIÈME.

ouverts par l’autre. La plaque de fer P, qui ferme ces tubes, a 2 centimètres environ d’épaisseur; on la perce à l’un de ses bords, et tout près de la paroi du cylindre, d’un trou (i), dans lequel on fait entrer, à vis ou frottement, un tube de fer L long de 5 a 6 centimètres, de i5 à 20 millimètres de diamètre intérieur, et terminé en forme de cône pour recevoir un récipient exactement comme je l’ai déjà décrit. L’ouverture béante du tube est fermée par un tampon de fer O, terminé par un crocbet : c’est par cette ouverture qu’on introduira le mélange.

Ces tubes de fer ne doivent pas, comme les bouteilles . à mercure, être chauffés à feu nu; il faut les enduire d’un lut résistant, qu’on enveloppe lui-même d’un manchon en terre réfractaire de i centimètre d’épaisseur, de 22 centimètres de diamètre intérieur et d’une longueur de i™,2o égale a la longueur des tubes. On commence par enduire le tube d’un mélange d’argile grise et de terre à poêle, à parties égales, que l’on combine intimement au moyen de l’eau et par le pétrissage avec du sable de Fontainebleau en quantité considérable; on introduit le sable peu a peu dans la pâte, et on ne s’arrête que lorsque la matière perd toute plasticité; on peut encore y ajouter un peu de crottin de cheval. M. Balard m’a conseillé de maintenir le tout en enroulant autour de la pâte encore molle du fil de fer mince : ce qui doit produire un très-bon effet. On fait sécher le lut lentement; on introduit ensuite le tube de fer ainsi apprêté dans le manchon de terre réfractaire, et on emplit exactement l’espace compris entre le tube et le manchon avec de la brique réfractaire pulvérisée et fortement tassée. Enfin on met du

(i) Ce trou doit être percé de telle manière, que la soudure se trouve plus tard à la partie supérieure du tube une fois posé dans le fourneau.

PREPARATION DE l/ ALUMINIUM PUR, ETC. -y-y

lut sur la plaque de fer P de manière que le 1er iu‘ soit nulle part à nu dans la flamme.

Le four dont je me suis servi , et dont je ne recommande pas l’emploi sans modifications importantes, parce qu’il ne me semble pas réaliser toutes les conditions d’un chauffage facile et économique, est un four à réverbère , dont les fig. 7 et 8 peuvent donner une idée assez exacte. La grille et le foyer sont partagés en deux parties égales par un petit mur de briques réfractaires d’une hauteur de 4o à 5o centimètres, sur lequel repose la partie moyenne des cylindres de réduction ; ce qui constitue deux foyers partiels, sur lesquels on jette le charbon par deux ouvertures latérales K. Ces ouvertures sont fermées par le combustible , qu’on entasse sur une tablette M, placée en avant. Elles sont à une hauteur telle , qu’on peut mettre sur la grille le charbon sous une épaisseur de 20 centimètres. Il y a donc entre le combustible et les cylindres une distance de 3o centimètres environ, qui est insuffisante pour que l’on puisse obtenir un bon effet avec de la bouille seule. Le chauffage s’effectuait, en effet, avec un mélange, en parties à peu près égales, de coke et de bouille. Un autel A , dont la hauteur dépasse un peu le niveau supérieur des cylindres, donnait à la flamme de la verticalité, et la voûte très-surbaissée V la faisait circuler tout autour des cylindres. On aurait pu facilement, et sans augmenter la dépense en combustible , placer au-dessus des deux premiers un troisième cylindre qui aurait reçu autant de chaleur qu’il était nécessaire.

Le réverbère F recevait sur sa sole les mélanges à cal- * ciner renfermés dans des pots de fonte ou de terre, suivant la nature de ces mélanges, les creusets contenant l’aluminium imprégné de scories, etc. Lorsque le four marchait jour et nuit pour sodium, la température s’élevait sur la

Page 1