CHAPITRE CINQUIÈME
rées, et susceptibles, clans ce dernier cas, de précipiter le nitrate d’argent. A la Glacière, nous avons grenaillé l’aluminium en le versant en pleine fusion dans de l’eau aiguisée d’acide sulfurique ; nous avons partiellement réussi de cette manière. Mais le procédé dont se sert aujourd’hui M. Paul Morin , et qui semble donner les meilleurs résultats, est encore plus simple. On fond 3 à [\ kilogrammes d’aluminium dans un creuset de plomliagine sans couvercle, et on maintient pendant trèslongtempsle contact de l’air et du métal au rouge. Presque toujours il s’exhale de sa surface des fumées acides qui indiquent la décomposition par l’air ou par l’humidité de la substance saline interposée entre ses molécules. On retire le creuset du feu et on promène dans la masse métallique un écumoir en fonte dont la surface ne doit pas être décapée et qui n’est pas mouillé du tout par l’aluminium dans cette opération. On enlève ainsi des matières blanchâtres et scoriacées, en entraînant un peu d’aluminium que l’on met a part pour le refondre. Dans cette purification, en effet, on ne perd aucune portion du métal. Après avoir ainsi écumé l’aluminium , on le coule en lingotière. On recommence cette opération jusqu’à trois ou quatre fois, enfin jusqu’à ce que le métal soit parfaitement sain, ce qui n’est pas facile à voir à son aspect, cardés la première fusion l’aluminium brut coulé en lingotière a un éclat et une couleur tels, qu’on le jugerait tout à fait irréprochable. Mais le métal n est pas sain quand il est ouvré, et surtout quand il est poli, il présente une multitude de petits points, de piqûres, comme on les appelle en termes techniques, qui donnent à la pièce un aspect désagréable , surtout après quelque temps. L’aluminium pur et dépouillé de scories gagne en couleur à l’usage. C’est le contraire pour raluminium impur ou
pour le mêlai qui n’a pas été dépouillé de scories. Quand l’aluminium est soumis à une action lente, à laquelle sa nature ne lui permet pas de résister, sa surface peut se couvrir uniformément d’une poussière blanche et ténue : c’est de l’alumine. Toutes les fois qu’il se ternit en noircissant, on peut être sûr que l’aluminium contient une matière étrangère et que son altération dépend de son impureté.
Je viens de décrire les procédés divers qui peuvent servir aujourd’hui à la fabrication de l’aluminium. Je me suis arrêté au dernier et je l’ai donné comme étant, à mon avis, le meilleur. C’est après les avoir expérimentés tous successivement et avoir essayé bien des modifications, heureuses sous certains rapports, défavorables sous d’autres, que j’ai conseillé a mes amis de poursuivre notre tâche commune en faisant faire des progrès à une méthode éminemment susceptible d’améliorations de tout genre.
Bien des choses nous restent à faire encore certainement, et c’est à peine si nous pouvons dire que nous connaissons les vrais dosages des substances que nous employons. Mais la matière est si neuve, elle est hérissée de telles difficultés, même après tout ce qui a été fait, que notre jeune industrie peut tout espérer de l’avenir quand elle aura acquis l’expérience.
Je dois dire cependant que l’industrie de l’aluminium est en ce moment à un point tel , que si les usages du métal s’établissent rapidement, elle peut elle -même changer de face avec une rapidité extrême. On peut se demander aujourd’hui ce que coûterait le kilogramme de fer, si une usine n’en fabriquait que6o à loo kilogrammes par mois. Les grands appareils seraient exclus de cette fabrication : le fer probablement s’obtiendrait par des procédés de laboratoire qui ne permettraient à ce métal
l3o CHAP. CliSQUlÈME. — MODE DE PUÉPARATION, ETC. de devenir usuel qu’à la suite de transformations complètes. Il n’en serait pas de même pour l’aluminium, du moins avec les procédés que je viens de décrire. En effet, dans tout ce que j’ai entrepris, soit seul, soit avec mes amis, j’ai toujours été gui(ié par cette pensée, que nous ne devions adopter que des appareils susceptibles d’être immédiatement agrandis, et n’nser que de matériaux presque aussi communs que l’argile elle-même dont l’aluminium provient.
DES MÉTHODES ACTUELLES d’eXTRACTION.