‹ De l'aluminiumChapitre 35 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DES MÉTHODES ACTUEÏ.LES D’EXTRACTIOA DE L’ALUMÏMUM.

Il a été proposé bien des méthodes autres que celles qui viennent d’être exposées pour l’extraction de l’aluminium. Quelques-unes de ces méthodes ont même été brevetées et par conséquent livrées à la publicité. Je dois dire que toutes celles dont j’ai eu connaissance, même quand elles ne présentaient aucune chance de réussite, ont été essayées dans mon laboratoire, et aucune d’elles n’a donné de résultat favorable.

J’ai essayé vainement de préparer de l’aluminium par un procédé de ce genre, qui consistait en réalité à mettre du sulfate d’alumine en contact avec du prussiate jaune de potasse à haute température. Il n’y avait en théorie rien d’absurde dans cette réaction, mais je peux affirmer qu’elle ne réussit pas.

D’ailleurs les dosages conseillés par l’auteur étaient tels, que les quantités de matière indispensables a mettre en présence pour obtenir de l’aluminium avec les rendements probables étaient certainement plus coûteuses que celles dont nous nous servons habituellement.

Il ne faut pas, en effet, dans des calculs de prix de revient, ne compter que les quantités théoriques des matières absolument nécessaires à la réaction. On verra, comme je l’ai dit dans mon Mémoire sur l’aluminium, combien la méthode par le sodium pourrait donner, au premier abord, d’espoir d’arriver à une solution complèle

i32 chapitre sixième.

de la question de raluininium dont nous sommes cependant encore bien loin. Voici le calcul que j’ai établi en i856, dans un de mes Mémoires, et dont tous les chiffres sont encore aujourd’hui exacts à très-peu près.

Théoriquement, pour obtenir 2 équivalents ou 28 kilogrammes d’aluminium, il faut

fr

3 éq. de chlore, 108 kilog. à 60 fr. les 100 kilog. (i).. 64,80

1 éq. d’alumine, 52 kilog. à 3o fr. les 100 kilog. (2). . . i5,6o

3 éq. de carbon, de soude, i5q kil. à 4o fr. les 100 kil. 63, 60

2 éq. d’aluminium, 28 kil

Ce qui porte a 5*^% 02 le prix des matières rigoureusement nécessaires à la production de i kilogramme d’aluminium. Combien, après quatre ans de travail, est-on encore loin de la théorie.

La réduction de l’alumine, par un procédé direct, est encore au-dessus de nos forces.

J’ai essayé de préparer un sulfure d’aluminium pour le réduire soit par le sodium, soit par le fer, et mes premières tentatives ont échoué. Je dois pourtant en dire quelques mots.

On calcine légèrement de l’alun de potasse que l’on mélange avec du charbon et de l’huile, et que l’on soumet de nouveau à l’action d’une forte chaleur. On laisse bien refroidir le creuset dans lequel on a fait l’opération, et on transporte le résidu dans un tube de porcelaine que l’on chauffe violemment en le faisant traverser par un courant de vapeur de soufre ou mieux de sulfure de car-

(1) C’était le prix de revient du chlore à Javel.

(2) C’est le prix auquel a été cotée, à l’exposition de Portugal en i855, l’alumine extraite du kaolin par l’acide chlorhydrique, d’après les rensei gnements que je dois à l’obligeance de M. Pimenlel d<^ ülivera. '

DES MÉTHODES ACTUELLES D EXTIIACTION . l33

boue. On obtient au milieu du charbon en excès de petites niasses blanches rayonnées et possédant une texture cristalline très-prononcée. C’est un sulfure double, de potassium et d’aluminium dont la composition est, d’après quelques essais insuffisants, mais selon toutes les analogies, représentée par la formule

At^SS SK.

Cette matière au contact de l’eau se décompose avec un vif dégagement d’hydrogène sulfuré, et il reste un mélange d’alumine gélatineuse et de sulfure de potassium. En le mélangeant avec du sodium et chauffant, je n’ai pas obtenu trace d’aluminium, comme si le soufre formait avec l’aluminium un composé analogue avec l’alumine par ses propriétés chimiques. Avec le fer, j’ai eu, ee me semble, un commencement de décomposition, mais le résultat n’est probant d’aucune façon.

Je compte bien reprendre ces expériences; mais la difficulté avec laquelle se prépare le sulfure double m’en a empêché jusqu’ici et m’a ôté du moins presque tout espoir de voir un pareil procédé, même en cas de réussite, devenir industriel.

Il en est de même de la réaction du fer sur le chlorure d’aluminium à très-haute température. 11 est certain qu’il se forme pendant cette réaction des quantités considérables de protochlorure de fer. Mais l’action s’arrête si le fer n’est pas en très-grand excès, et alors la quantité d’aluminium allié au fer suffit seulement pour le rendre plus fusible. Cette réaction a été tentée pour arriver à la production du protochlorure d’aluminium.

En résumé, je ne connais aucune voie ouverte en ce moment pour arriver a changer d’une manière profonde le système de fabrication aujourd’hui adopté. Je dois dire

J 34 CHAP. SIXIÈME. — DES MÉTHODES ACTUELLES, ETC. que je le regrette sincèrement : car le procédé actuel exige de ceux qui voudront le pratiquer une expérience prolongée et une connaissance intime de la matière, que les détails contenus dans ce livre ne pourront, je le crains bien, donner d’une manière satisfaisante. La description des tours de main, même les plus importants, est le plus souvent impossible et j’ai dû y renoncer bien des fois.

DU BIldlNZE d’aLUMIiMUM

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