‹ De l'aluminiumChapitre 40 sur 47 · CHAPITRE HUlTIEiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUlTIEiME

Ainsi on a fait déjà des rétlecteiirs en aliiminiiiin qui sont vraiment inaltérables, qui ne prennent pas facilement, il est vrai, un aussi beau poli que l’argent, mais (jui le conservent indéfiniment. Sans compter que l’aliiminium ne donne pas, comme l’argent, une teinte jaune a la lumière qu’il réfléchit; et comme cette teinte jaune existe déjà d’une manière très-manifeste dans la lumière artificielle, la teinte un peu bleuâtre de l’aluminium l’annule en partie, ce qui fait que la lumière projetée par un réflecteur en alumininm est extrêmement douce, pour me servir d’une expression usitée. De plus, ce réflecteur subit sans inconvénient le contact des gaz sulfurés qui noircissent immédiatement l’argent, comme le gaz de l’éclairage par exemple.

L’argent a sur tous les métaux un avantage incontestable, c’est de posséder un éclat extraordinaire. C’est là ce qui explique l’usage si merveilleux qu’en a fait dans ces derniers temps M. Foucault pour la construction de ses télescopes à réflexion. L’aluminium ne possède pas cet éclat, maiscependantune pièce d’aluminium peut, comme l’acier et l’argent, prendre /c poli noir, si on suit les prescriptions que j’ai déjà données au commencement de ce volume. L’aluminium pourra donc servir utilement comme matière réfléchissante toutes les fois qu’on pourra craindre sur le métal l’action de l’air chargé d’hydrogène sulfuré.

On n’a pas, que je sache, essayé dans l’ornementation de mêler de l’aluminium estampé avec le cuivre doré. Le contraste de ces deux couleurs produit, comme on le sait, un très-bon effet, et l’argent ne peut être employé en pareil cas à cause de la facilité avec laquelle il se ternit et noircit en se sulfurant. On pourrait peut-être, pour ces sortes d’objets, utiliser le plaqué d’aluminium sur cuivre que M. Savard a déjà pu fabriquer.

LMlS applications 1)E l’aluminium. 143

Une des qualités de raluminiuin qui lui ont permis de prendre place dans la bijouterie, c’est l’absence de toute odeur qui caractérise ce métal, surtout quand il est pur, supérieur en cela même à l’or et à l’argent alliés qui ont toujours un peu l’odeur du cuivre quand ils en contiennent une notable proportion, comme l’or des bijoux et l’argent a bas titre.

On voit, d’après ce que je viens de dire, que l’aluminium pur, dans certains cas, joue le rôle d’un métal précieux. Mais à vrai dire ce ne sera pas son rôle le plus ordinaire, il devra surtout servir dans toutes les occasions où l’on aura besoin d’un métal présentant une densité très-faible ou une innocuité absolue.

Usasses fondés sur la légèreté spéeilieiue de I*alu-

iniiiiuiii. — Bien des tentatives ont été faites déjà pour utiliser la légèreté de l’aluminium. On voit aujourd’hui des lunettes dont la monture est en aluminium. M. Loiseau a construit des instruments de marine qui m’ont paru trèsbien choisis pour faire ressortir cette propriété du métal. Cet habile artiste a fait pourM. l’ingénieur Gordon un sextant d’une légèreté telle, que le poids de l’instrument n’était |)as le tiers du poids d’un instrument en cuivre de même volume. Pour un sextant que l’on est obligé de tenir d’une main et pendant longtemps en faisant des observations sur le pont d’un navire qui oscille, la légèreté est un avantage considérable, à cause de la fatigue extrême que l’on éprouve bientôt lorsqu’on a manié pendant quelque temps les cercles à réflexion. Les lunettes destinées à être portées en voyage ou à la guerre et même les lorgnettes de spectacle faites en aluminium, présentent une légèreté telle, qu’on n’en comprend bien l’avantage qu’après avoir ressenti l’impression singulière qu’on éprouve lorsqu’on

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tient à la main un de ces instruments : on ne les croirait certainement pas en métal si on avait les yeux fermés en les prenant.

M. Rédier, un de nos plus habiles mécaniciens, a construit et donné au cabinet de physique de l’Ecole Normale une horloge dont le pendule est compensé par des tiges d’aluminium : il a trouvé que ce métal, par sa légèreté et le chiffre de sa dilatabilité, était éminemment propre à servir en pareille circonstance.

On voit à Paris quelques objets destinés à faire partie des nécessaires et autres objets de voyage dans lesquels on a cherché évidemment à utiliser la légèreté spécifique de l’aluminium.

La légèreté de l’aluminium fait qu’on ne peut jamais le falsifier d’une manière préjudicable sans qu’on s’en aperçoive immédiatement. Quelques centièmes d’un métal étranger quelconque suffisent pour l’empêcher d’être travaillé au marteau ou au laminoir, de sorte qu’on ne peut le falsifier en le mélangeant avec des quantités notables d’un métal commun. D’un autre côté, si oji essaye d’imiter sa couleur par un alliage composé avec des métaux sans valeur, la densité de cet alliage trahira la fraude immédiatement. C’est en réalité le métal dont la nature et la pureté seront le plus sérieusement garanties par les propriétés physiques de ses alliages, et le plus facilement constatées parla seule impression qu’il produit sur la main qui le soulève.

Enfin MM. Collot frères fabriquent depuis longtemps des divisions du gramme dans lesquelles, à cause de la rigidité du métal et de son extrême légèreté, le dixième de milligramme est encore très-maniable. Le poids de 5 centigrammes peut être encore tourné sous la forme d’un cylindre terminé par un bouton. îl a été exposé à

DES APPLICATIOINS DE 1.’ ALUMINIUM. i/;5

Dijon une balance fabriquée par ces messieurs et qui est un petit chef-d’œuvre de précision et de fini. Les couteaux sont en aigue-marine et toutes les pièces sont exclusivement en aluminium. Le fléau, qui est fabriqué depuis trois ans, n’a subi aucune atteinte ni des émanations atmosphériques, ni du contact des mains pendant tout ce temps, et cependant, d’après ma recommandation, aucune précaution n’a été prise pour le préserver de ces causes d’altération.

Usages foBBslës sair rêiaBSOcaBite tiii laisëlal. — Sous ce rapport l’expérience manque encore pour que mes appréciations soient bien certaines.

Pour que l’aluminium soit employé avec avantage dans l’économie domestique, il y a, je dois en faire la remarque, une condition essentielle à remplir. Il faut que l’aluminium ait été dépouillé de la manière la plus complète de toutes les scories dont il peut être souillé; sans cela, il se manifeste a sa surface, au bout d’un certain temps, de petites piqûres ou vides visibles seulement à la loupe, mais qui nuisent à l’aspect de l’objet fabriqué et employé.

M. Paul Morin possède depuis près d’un an de petites cuillers à café dont il se sert journellement : elles n’ont perdu ni leur éclat, ni aucune parcelle de leur substance, à l’exception de ce qui a pu être enlevé par l’usure. Evidemment il ne s’est manifesté aucune trace d’altération chimique sous l’influence des liquides de toute espèce avec lesquels ces cuillers ont été mises en contact prolongé.

J’ai vu également un couvert d’aluminium de grande dimension pesant 35 grammes, fabriqué avec un grand soin avec de l’aluminium fortement écroui, étayant acquis par le travail du marteau une rigidité bien supérieure à

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l4^ CIIAPITRI* HUITIKME.

la rigidité de l’argent même allié, malgré le faible poids de la matière. Ces couverts ont résisté à l’usure, mais se sont rayés peut-être un peu plus facilement que l’argent, parce que leur dureté est un peu moindre que la dureté de l’alliage qui sert habituellement à l’orfèvrerie. Mais rien n’est plus facile que d’obvier à cet inconvénient, et de conserver l’innocuité absolue du métal, en alliant l’aluminium avec 2 ou 3 pour loo d’argent. Seulementil faut encore n’avoir laissé dans le métal aucune trace de scorie saline ou fluorée, sous peine de voir les lingots noircir avec une grande rapidité, par suite de la formation d’un chlorure ou même d’un fluorure d’argent altérable sous l’influence de la lumière. Les lingots travaillés au marteau ne présentent plus cette propriété d’une manière sensible, sans doute parce que l’action mécanique qu’ils ont subie en a expulsé jusqu’à une certaine profondeur toutes les matières étrangères.

Les couverts ainsi préparés ont un son argentin excessivement développé qui les fera toujours reconnaître , quand on essayera de les imiter par des alliages de métaux communs. Il est curieux d’observer que cette propriété, en apparence insignifiante, a contribué à faire rechercher l’aluminium pour ces emplois.

Il ne faut pas se dissimuler, d’ailleurs, qu’à prix égal l’aluminium ne peut, pour ces usages, en aucune manières soutenir la concurrence avec l’argent dont la valeur fixe et susceptible d’être immédiatement convertie en numéraire, sera toujours exclusivement appréciée. Certainement aussi la beauté de l’argent le fera toujours préférer par toutes les personnes qui pourront se procurer de la vaisselle d’argent. Mais on peut supposer qu’à un certain moment et dans de certaines conditions, X argenlcne (‘ii aluminium sera préférée au cui-

DES APPLICATlO^sS DK i/aLUMINIUM.

vre QU même au maillechort argenté , dont la valeur comme métal est à peu près nulle, dont la conservation est loin d’être indéfinie, et dont enfin l’innocuité n’est pas absolue quand la couche d’argent a disparu des parties saillantes de la pièce. L’introduction de l’aluminium dans l’économie domestique dépend tout entière du prix du métal : et c’est là surtout qu’on appréciera la vérité de ce que j’ai annoncé, en admettant que l’aluminium est un métal intermédiaire qui nous manque.

Je viens, en effet, de le comparer à un métal précieux et d’en constater l’infériorité par rapport à l’argent; mais aussi sa supériorité sera bien plus incontestable si on le compare aux métaux comme l’étain, dont la mollesse ne peut être corrigée qu’au moyen du plomb, éminemment insalubre; comme le cuivre, qui présente à un point encore plus élevé ces inconvénients. De plus, l’odeur de ces métaux les fera toujours repousser. La question est aussi facile à résoudre quand on se demande comment l’aluminium pourra pénétrer dans nos ménages sous forme de vaisselle plate ou de vases culinaires.

M. P. Morin a expérimenté pendant longtemps un plat à faire cuire les œufs dont il s’est très-bien trouvé et qui n’a subi aucune altération, malgré l’alcalinité de l’albumine. D’autres essais dans ce genre sont encore à faire, surtout pour essayer de substituer l’aluminium à l’argent dans tous les cas où celui-ci peut être mis au contact du soufre ou des matières sulfurées.

Du moment où l’on pourrait remplacer le cuivre des vases culinaires par l’aluminium, on pourrait compter sur la suppression immédiate de tous les accidents qui résultent si fréquemment de la dissolution de l’étain et surtout du cuivre dans nos aliments. Mais il ne faudrait pas s’attendre à ce que ces vases eussent la beauté et même

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