‹ De l'aluminiumChapitre 41 sur 47 · HUITIEME · texte numérisé non relu

HUITIEME

la durée d’un vase d’argent que l’on manie d’!iabitud(‘ avee de certaines précautions, parce qu’on sait que rusure provoquée par un nettoyage grossier est une perte considérable. 11 faudrait sans doute que l’aluminium, pour être immédiatement applicable à ces usages, fut livré au commerce à un prix bien plus bas que l’argent.

On doit supposer également que de très-petites quantités d’aluminium se convertiront en alumine insoluble et complètement inactives sous l’influence des aliments et des condiments en même temps salés et vinaigrés. Mais, d’après mes propres expériences, ces pertes seraient toujours négligeables, et à coup sûr la sécurité absolue dont on jouirait les compenserait amplement. Sous ce rapport donc l’aluminium, placé au-dessous de l’argent, doit être placé bien au-dessus et à une grande distance du cuivre et de l’étain.

Au surplus il est complètement inutile de vouloir dans les questions de ce genre devancer l’expérience, et les épreuves de laboratoire ne peuvent donner que des aperçus que la pratique confirme ou infirme et qui ne dispensent pas de son contrôle.

Ainsi aurait-on employé le plâtre pour les revêtements extérieurs, si on avait discuté l’expérience qui consiste a essayer l’action de l’eau sur le plâtre et dont il résulte qu’il suffit de 3oo grammes d’eau pour dissoudre I gramme de plâtre? Aurait-on osé couvrir nos toits avec du verre si on avait connu l’expérience de M. Pelouze, dans laquelle on voit le verre pulvérisé perdre dans l’eau bouillante presque un tiers de son poids. Et cependant dans nos laboratoires le verre dans lequel on fait bouillir des acides concentrés, quoiqu’il s’attaque sensiblement, résiste toutefois pendant un temps trèslong. Les curieuses expériences de M. Cbevreul sur l’ac-

DES APIM ICA'UONS DE I.’aI.D Al liML’M . I 4()

tioü j)i*ofoiicle (jui s’exerce sur ie verre par riiitluence (les alcalis, n’empêchent pas d’employer ces vases a la conservation des dissolutions de soude, de potasse, de baryte ou de chaux.

.Maintenant, quand on rélléchit h la résistance de l’aluminium à l’action des acides, à la quantité considérable de ceux-ci qu’il faut employer pour dissoudre une faible [iroportion de ce métal , a cause de la petitesse de son é(juivalent, on partagera mon espoir devoir l’aluminium, (juand il sera devenu sufbsamment abondant, pénétrer partout où sa légèreté et son innocuité permettront de l’employer.

L’innocuité de l’aluminium sera peut-être encore utilisée pour la construction des appareils de chirurgie dont le poids est un inconvénient ou une cause de douleur ; là-dessus je n’ai pu recueillir d’autres renseignements (jue ceux qui ont été donnés à l’article des propriétés cbimicjues de raluminium.

Dansces derniers temps, la Société des Amis des Sciences a fait frapper à Paris un grand nombre de médailles à l’eftigie de M. Thénard, son illustre fondateur. Ces médailles sont fabriquées à la Monnaie de Paris, avec une grande perfection : elles m’ont fait concevoir l’espérance de voir désormais raluminium employé sous celte forme, ({iii convient à merveille pour faire apprécier sa belle couleur et ses qualités.

Emploi «les alliages. — H est Utile de connaître les applications déjà faites de l’aluminium et de ses alliages, pour savoir (luelle est la matière (jue l’on doit préférer à i’(îinploi dans les diverses circonstances où l’on voudra l’utiliser.

lù)ui* la fabr'u'ation des (d)jels qui exigeni une grande

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légèreté, sans que la densité de la matière soit d’une bien grande nécessité, l’aluminium pur devra être préféré à ses alliages a cause de la facilité avec laquelle il se travaille et de l’originalité de sa couleur. C’est donc de l’aluminium aussi pur que possible qu’il faut employer dans la fabrication des bijoux et dans la plupart des objets de luxe.

Alliai^e de cuivre. Pour les objets d’art coulés et ciselés dont la matière doit présenter une certaine dureté, sans qu’une malléabilité bien parfaite soit indispensable, les alliages de cuivre et d’aluminium sont préférables. Aussi la ciselure de l’aluminium, allié à 2 ou 3 pour 100 de cuivre, est une opération facile qui s’effectue tous les jours dans les ateliers de M. Christofle et parles ouvriers qui sculptent le bronze et l’argent par les mêmes procédés. Cet alliage se blanchit très-bien par l’immersion dans la soude caustique et étendue, et un dérochage dans l’acide nitrique : il possède une très-belle couleur.

Alliage d*argent. — Quand on veut donner à l’aluminium de la dureté sans lui enlever son innocuité et en lui laissant de la malléabilité , on peut l’allier avec de l’argent dans la proportion de 2 a 5 pour 100. Mais, je le répète, il faut employer à cet usage de l’aluminium absolument dénué de chlorure et de fluorure alcalins, sans cela l’argent s’altère, la combinaison de chlore ou de fluor formée est influencée parla lumière et l’aluminium noircit rapidement. Cependant cet inconvénient disparaît à peu près complètement après le corroyage de l’alliage au laminoir et surtout au marteau, parce les matières étrangères disparaissent ainsi presque complètement, au moins à la surface des objets fabriqués.

Alliages — Dernièrement, M. Hugues Da-

DES APPLIGA TIOINS DE i/aLUM1JN1UM. l5l

rier, mécanicien très-distingué de Genève , a lait un grand nombre d'essais pour introduire Taluminium dans les alliages de cuivre et d’argent servant à l’horlogerie et à la bijouterie. Il est arrivé à des résultats très-remarquables en employant certaines proportions que je ne connais pas et surtout en prenant des précautions particulières pour la fabrication de l’alliage lui-même. Le principal mérite de ces matières consiste en une belle couleur et en une dureté spéciale que l’aluminium apporte dans le mélange de ces métaux et qui lui donne une grande résistance à l’usure. Je ne fais que donner ces indications sur un sujet qui est en ce moment à l’étude entre des mains très-habiles.

Soudure de raluminium. — L’aluminium peut se souder , mais d’une manière très-imparfaite , soit au moyen du zinc et du cadmium, soit au moyen des alliages de l’aluminium avec des métaux. Mais une difficulté toute particulière vient de ce qu’on ne possède encore aucun fondant qui décape l’aluminium sans altérer la soudure ou qui protégeant la soudure n’attaque pas l’aluminium. Il y a un obstacle dans la résistance particulière de l’aluminium a se laisser par les métaux

plus fusibles que lui et qui s’y allient. Aussi la soudure ne coule pas et n’est pas attirée pour ainsi dire par les surlaces juxtaposées entre lesquelles on veut l’introduire. M. Cliristolle et M. Charrière ont fabriqué en i855, pendant l’Exposition, des pièces soudées avec le zinc ou l’étain. Mais cette soudure n’est pas solide. MM'. Tissier, a la suite d’essais qui ont été faits dans mon laboratoire, ont proposé des alliages d’aluminium avec le zinc (‘t l’argent qui ne réussissent pas mieux. Enfin M. Denis, de Nancy, a remarqué que toutes les lois qu’on louchait

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raluiïiinium et la soudure fondue a sa surface avec une lame de zinc, l’adhésion se manifestait entre eux d’une manière très-rapide, comme si un état électrique particulier la déterminait au moment du contact : mais on n’obtient encore que des soudures faibles et insuffisantes dans la plupart des cas.

Depuis longtemps M. Hulot a proposé de tourner la difficulté en cuivrant préalablement la pièce, puis en soudant entre elles les surfaces recouvertes de cuivre. Pour cela on plonge l’aluminium ou du moins les parties qu’on veut souder dans un bain de sulfate de cuivre acide. On met le pôle positif de la pile en communication directe avec le bain, et on touche avec le pôle négatif les pièces à cuivrer et le dépôt de cuivre s’effectue très-régulièrement sur l’aluminium. Ce sont les surfaces ainsi préparées qu’on soude par les procédés ordinaires.

Enfin, M. Mourey a réussi a souder l’aluminium par des procédés qui me sont tout à fait inconnus et qui, d’après les échantillons que j’ai vus, me paraissent excellents. J’espère donc que ce problème a trouvé grâce à lui une solution très-importante pour la vulgarisation des emplois de raluminium.

Clioix des applications de l’alu mini uni. — Je

ne saurais trop recommander, dans l’intérêt même de l’avenir de la nouvelle industrie, de n’appliquer l’aluminium qu’à la fabrication des objets auxquels il convient spécialement, à cause de sa couleur, de sa légèreté, de son innocuité et de son inaltérabilité à l’air dans les conditions ordinaires. L’aluminium ne jouissant pas des propriétés qui rendent l’or et le platine des métaux émineni- ^inent précieux, il serait dangereux de l’employer à des usages oü il pourrait eutiau' en conlacl avec de Lacide

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muriatique ou des alcalis. Ainsi j’ai vu exposées dans les vitrines de quelques fabricants des tabatières en aluminium. Or on peut considérer l’ammoniaque comme le principal agent de l’excitation que produit sur nos organes le tabac à priser, et l’on sait que l’ammoniaque agit sur l’aluminium pour le transformer en alumine lorsque les deux matières sont en présence de l’eau dont le tabac frais est toujours imprégné, il ne faudrait donc pas s’étonner que la boîte métallique s’altérât sous cette influence. L’argent, s’altérant très-rapidement par l’action des matières sulfurées, par exemple de la moutarde, on n’a jamais songé à faire un moutardier en argent. De même l’aluminium devra être exclu de tous les usages où son contact avec les alcalis pourrait en déterminer l’altération , et l’exemple que je viens de citer suffira, j’espère, pour empêcher les fabricants de faire des essais dangereux. Il sera bon, pour prévenir les erreurs de ce genre, de lire l’article de cet ouvrage qui concerne les propriétés chimiques de l’aluminium.

CHAPlTEli NliüVlÈMK.

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