FAST MERE
pénibles qu’elles fussent, ne lui semblaient qu’un incident sans importance, comparées aux accidents auxquels il avait échappé...
Au risque de proférer une lapalissade, nous dirons que, pour observer une alvéolite, il fallait qu’il reste encore un alvéole après l’intervention!
Aussi paradoxal que cela paraisse, l’alvéolite aiguë douloureuse est née en quelque sorte de nos méthodes modernes d’opération : le traumatisme opératoire, étant Strictement limité à l’alvéole, les manifestations postopératoires secondaires s’y trouvent également limitées.
C’est dire que l’individualité clinique de laffection n’a pu être précisée qu’à la suite d’une double évolution :
— celle de notre art, qui a perfectionné ses techniques, et celle de la sensibilité des patients, qui est allée en s’affinant. Le malade est habitué, désormais, à exiger l’insensibilisation non seulement pour l’extraction ellemême, mais également pour ses suites: le progrès de notre Science, en lui faisant perdre l’habitude de la. souffrance, a créé pour nous une nouvelle catégorie de malades inconnus de nos prédécesseurs. Et cela est d’autant plus net, que c’est précisément. l’anesthésie Jocale, qui, destinée à supprimer la douleur, se révèle dans.cer- . tains cas un facteur déterminant des réactions douloureuses secondaires.
Les auteurs anglais John et Charles Tomes, dans lèur ouvrage déjà cité, parlent d\ « inflammation possible de . la gençive et du périoste alvéolaire d’une certaine durée après l’extraction » et ajoutent, « nous ne saurions dire quels moyens préventifs on pourrait lui opposer »; c’est la première mention des alvéolites post-opératoires. Les auteurs américains Harris et Austen, de Baltimore, dans leur traité de l'Art du dentiste, publié en 1884, mentionnent les premiers l’existence « d’accidents névralgiques consécutifs aux extractions. La durée de la douleur est variable : quelquefois elle ne disparaît qu’au bout de‘quelques jours et même de quelques semaines. »
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Nogué, dans ses « cliniques stomatologiques » de 1902, nous rapporte l’observation d’une alvéolite chronique suppurée, accompagnée de violentes névralgies faciales à type névralgie essentielle, guérie par le curettage et la cautérisation du foyer alvéolaire.
Friteau, dans son Manuel du Chirurgien-Dentiste, et Gaillard et Nogué, dans le Traité de Stomatologie (tome IV), signalent simplement l’existence d’accidents sympathiques névralgiques, secondaires aux avulsions dentaires.
C’est à Preiswerk, dans son Atlas des maladies des Dents, que revient le mérite d’avoir dissocié les simples douleurs post-opératoires banales, des névralgies qui” « s’établissent tout aussi violentes après un certain temps après l’opération »; et il ajoute plus loin : « Ces douleurs tardives sont également le fait d’une inflammation secondaire de l’alvéole, au contact duquel sont restées après l’extraction des granulations venant du ligament chroniquement infecté. »
Le terme d’alvéolite, nous le trouvons employé pour la première fois par Chompret, qui devait être aussi le premier à apporter un traitement efficace des douleurs observées, en introduisant, en 1922, l'emploi du Scuroforme en Stomatologie.
Quant à la description complète de l’alvéolite aiguë, tant dans ses manifestations que dans son évolution, elle est due à la plume remarquablement précise de M. Schneider, de Luxembourg. C’est en 1928 que l’auteur a consacré une étude très détaillée à la question, et en a définitivement établi l’individualité chinique. Nous ne saurions mieux faire, pour terminer cet historique, que de reproduire ci-dessous le itableau qu’en a brossé M. Schneider. Il décrit en ces termes le retour du malade deux jours après l’extraction.
« Or, le surlendemain, votre patient revient vous consulter pour des douleurs « atroces » à la plaie d’extraction, douleurs continues, irradiantes, avec exacerbations
d'a SANTE
insupportables. Il vous racontera, sans aménité, qu’elles se sont installées la veille déjà pour aller croissantes malgré tous les soins de bouche et tous les « cachets » absorbés. Il a quelque température, la dépression est visible. Il n’y a pas de gonflement. Les ganglions sousmaxillaires sont grossis et douloureux.
À l'inspection, l’alvéole, entouré d’une muqueuse modérément rougie, est vide de caïllot et garnie d’un magma boueux d’une odeur fétide communiquée à l’haleine. Le contact d’un instrument sur l’os à nu y provoque une souffrance vive.
C’est l’infection aiguë de l’alvéole — ou alvéolite aiguë — qui, à défaut d’un traitement approprié, persistera, tenace, avec tout son cortège de symptômes objectifs et subjectifs pénibles, pendant huit ou quinze jours. Puis, les douleurs cessent, de menus séquestres écaillés
se détachent des parois et tout rendre dans l’ordre. »