FORMES CLINIQUES ET DIAGNOSTIC
Nous avons vu comment certains auteurs ont pu être amenés à décrire deux variétés d’alvéolites, suivant la prédominance des phénomènes douloureux ou nécrosants. Ceci prouve la multiplicité des formes que peut revêtir l’affection, suivant que tel ou tel processus pathologique domine le tableau clinique.
Nous décrirons donc successivement :
D’après l’évolution :
— des formes prolongées, — des formes abortives; D’après la clinique:
— des formes asthéniantes : avec mauvais état général et manifestations de depression psychique, — des formes d’après les caractères de la symptomatologie douloureuse :
— formes hyperalgiques totales : où la douleur occupe les trois phases cliniques de l’affection,
— formes indolores,
— formes hyperalgiques précoces : avec absence de phase préalgique,
— formes hyperalgiques tardives: où la douleur n’apparaît que dix jours environ après le début des manifestations anatomiques de l’affection. É :
D’après l’aspect anatomique :
— des formes nécrosantes, — des formes bourgeonnantes,
— des formes suppurées.
Ces deux dernières formes retiendront particulièrement notre attention. Tout d’abord, l’alvéolite suppurée aiguë existe-t-elle? Nous ne l’avons jamais observée et nous pouvons même dire qu’elle ne peut pas exister: La suppuration suppose en effet la mise en jeu de processus de défense qui, dans le cas de l’alvéolite aiguë, n’ont pas le temps d’être déclenchés : jamais, au début de l’alvéolite aiguë, on ne constate de gonflement des régions périmaxillaires. Pas d’œdème, par conséquent pas de réaction inflammatoire infiltrée avec diapédèse leucocytaire. Mais, par contre, on peut voir à un stade plus avancé de l’affection — au moment de la prolifération bourgeonnante — de petits foyers purulents intra-alvéolaires, qui représentent l’extériorisation d’une infection microbienne jusque-là invisible et qui se circonserit.
Après sa phase aiguë — sèche, puis prolifératrice — lalvéolite peut devenir suppurée : En particulier, dans les cas où un traitement approprié a fait défaut. Ce stade d’alvéolite subaiguë suppurée n’est jamais douloureux et représente en quelque sorte une complication de l’alvéolite aiguë.
Quant aux formes bourgeonnantes, nous allons voir quel problème diagnostic elles peuvent parfois poser.
Le diagnostic d’alvéolite aiguë est la plupart du temps évident, et la tendance du praticien est de le poser inconsidérément plutôt que de l’ignorer.
— C’est la connaissance exacte de la définition et de l’évolution clinique de l'affection, qui permettra de n’en poser le diagnostic qu’à bon escient.
— Au stade d’alvéolite sèche, c’est le diagnostic différentiel avec des douleurs de pulpite qui se pose : —— soit pulpite radiculaire, au niveau d’une racine
laissée au fond de l’alvéole, à la suite d’une tentative d’avulsion,
— soit pulpite sur une des dents voisines, ce qui implique l’examen attentif du système dentaire, avant de conclure à l’existence de douleurs d’alvéolite aiguë.
— Au stade d’alvéolite prolifératrice :
Penser à la possibilité d’un bourgeon néoplasique, envahissant l’alvéole, et témoin d’un épithélioma sousjacent.
— Dans la forme suppuree:
Vérifier l’absence de tuméfaction vestibulaire et de fluxion, qui poseraient le diagnostic de lésions osseuses profondes en évolution. {
ETIOLOGIE
Les auteurs qui ont cherché à déterminer les facteurs étiologiques, qui président à l’apparition des alvéolites aiguës, se sont, la plupart du temps, bornés à énumérer quelques causes favorisantes qui avant, pendant ou après intervention, avaient pu influer sur les suites opératoires. L'étude étiologique de chaque auteur, basée sur aucune conception pathogénique précise, invoque tour à tour telle ou telle cause citée, comme déterminante: mais l’auteur est frappé de la disproportion*énorme qui existe, entre le nombre considérable des cas où tout se passe normalement après l’extraction, et le petit nombre de cas où survient une alvéolite, la même cause présumée déterminante étant toujours observée; loyalement, il est obligé de conclure que l’affection est survenue sans cause appréciable. Et en effet, quand on constate les précautions dont certains auteurs prétendent s’être entourés, avant, pendant et après l’intervention — anesthésie correcte, aseptie rigoureuse, technique opératoire parfaite, soins d’hygiène post-opératoire scrupuleusement observés — on est obligé de conclure que l’alvéolite aiguë est une affection bien décevante !.… ù ! Nous allons donc donner une classification des causes d’alvéolite aiguë dans un ordre qui facilite notre étude. Disons tout de suite que tous les facteurs étudiés sont favorisants et ce n’est qu’à la lumière de nos conceptions pathogéniques que nous pourrons comprendre de quelle manière ils ont pu devenir déterminants.
Ceci dit, nous considérerons trois classes de facteurs étiologiques possibles:
— les causes qui existaient avant et en dehors de l'intervention,
— les causes qui naissent de l'intervention ellemême,
— les causes apparues dans les suïtes de l’intervention.