II. — CAUSES QUI NAISSENT DE L'INTERVENTION
Nous les diviserons encore en trois classes:
A) Causes nées de la phasé préopératoire.
C’est l’anesthésie locale qui apparaît comme un des facteurs le plus souvent invoqués à l’origine des alvéolites aiguës.
D'abord, en raison de la fréquence accrue des alvéolites, depuis l’introduction en chirurgie dentaire de ce mode d’insensiblisation, et ensuite en raison de la multiplicité des causes favorisantes que l’anesthésie locale fait
naître. Elle agit en effet par un double traumatisme au niveau des tissus qu’elle imprègne : ;
1° Un traumatisme chimique.
Le liquide utilisé a deux composants bien distincts par leur nature et leurs effets:
— la Novocaïne, l’anesthésique. C’est un poison léger; mais au degré de concentration où nous l’employons, il paraît sans inconvénient pour les tissus;
— l’Adrénaline, principe vaso-constricteur, de conservation et de dosage très délicats, et qui constitue déjà par elle-même un poison des nerfs vaso-moteurs et des muscles des vaisseaux, et agit encore dans un sens défavorable pour les tissus, en produisant une ischémie durable. L’adrénaline entraîne non seulement l’intoxication des tissus, au point de provoquer des escarres et des nécroses osseuses, mais elle agit également en empêchant le saïignement de la plaie d’extraction.
Il apparaît donc que l’ischémie, engendrée par l’adrénaline de nos solutions anesthésiques habituelles, doit
jouer un rôle important dans la génèse des alvéolites aiguës. Elle produit, en effet:
— un empoisonnement faible mais prolongé des tissus,
ag no
— de la dénutrition des tissus saignés par le traumatisme de l'extraction,
— une pénurie des éléments de défense organisés,
— labandon de la plaie pendant un temps assez long aux microbes préexistants dans ces tissus ou apportés par le milieu buccal,
2° Un traumatisme mécanique.
Il est dû à l’injection elle-même. Les désordres provoqués peuvent être considérables, lorsque le liquide est poussé avec violence: l’excès de pression peut entraîner un décollement brusque de la fibro-muqueuse. Avec la technique moderne, d'injection de la solution anesthésique dans la région para-apicale où les tissus sont lâches, le traumatisme est réduit au minimum.
Cependantt l’infiltration \demeure oflensante dans la technique d'injection intra-ligamentaire: le ligament supporte une pression considérable, et aux méfaits de lischémie, viennent s’ajouter les désordreS provoqués par une compression très violente des vaisseaux et des ter-
minaisons nerveuses.
L’injection peut enfin agir défavorablement sur les tissus péridentaires en essaimant à distance des microbes pathogènes d’un foyer limité, ou en introduisant des produits septiques dans un milieu sain. Avec les anesthésies régionale et générale, l’apparition de l’alvéolite devient extrêmement rare.
Nous tirerons de cette constatation la conclusion qu’elle mérite pour la prophylaxie de l'affection.
B, Causes nées de la phase opératoire.
Le traumatisme est ici essentiellement mécanique.
L’avulsion de la dent, qui n’était naguère qu’un simple arrachement, est devenue, ces dernières années, une opération chirurgicale d’une technique rigoureuse. L’extraction est devenue une véritable désarticulation de l’organe
a DE
dentaire hors de son alvéole, et à ce titre, on peut décom-
poser l’intervention en trois temps distincts:
— désinsertion du ligamenit alvéolo-dentaire ou syndesmotomie,
— Juxation intra-alvéolaire,
— préhension.
C’est ainsi que l’usage des syndesmotomes s’est aujourd’hui universellement répandu : pour désinsérer le bourrelet gingival, le traumatisme reste minime, mais il devient considérable pour le ligament dans la technique de la syndesmotomie intra-alvéolaire, qui représente la combinaison des deux premiers temps de l’avulsion. Le traumatisme opératoire est encore accru par l’usage de. l’élévateur : lorsque l’extraction aura été longue et laborieuse, qu’il aura fallu séparer les racines et obtenir leur avulsion à la suite de pesées de direction et de force variées, on conçoit que le traumatisme ligamentaire et osseux qui en résulte soit un facteur étiologique d’importance capitale.
C) Causes nées de la phase post-opératoire immédiate.
Ici encore le traumatisme provoqué peut avoir une double origine : 4
— traumatisme mécanique : c’est le curettage brutal et intempestif de la plaie alvéolaire, nouvelle cause d’irritation des terminaisons nerveuses,
— traumatisme chimique: c’est l’antiseptique trop agressif laissé à demeure dans l’alvéole.