‹ De l'alvéolite aiguë et des conceptions modernes de son traitementChapitre 22 sur 26 · OBSERVATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CLINIQUES

Nous donnerons tout d’abord une statistique du nombre d’extractions pratiquées dans le service et du nombre d’alvéolites observées à la suite de ces extractions.

Pendant la période qui s’étend du 1° janvier au 1° octobre 1943, il a été pratiqué 1.658 extractions dans le service de Stomatologie de l'Hôpital Bichat; à la suite de celles-ci, nous avons relevé 21 cas d’alvéolites aiguës. Pendant la même période, 5 malades sont venus consulter, porteurs d’alvéolites aiguës apparues à la suite d’avulsions pratiquées hors du service. De sorte que nous avons observé.au total 26 cas d’alvéolites aiguës en dix mois, sur lesquels 7 étaient consécutives à des extractions de dents supérieures, et 19 à la suite d’extractions de dents inférieures. Ce qui nous donne une fréquence de 1,3 pour cent. Ces chiffres sont sensiblement inférieurs à ceux déjà cités de l’Américain Krogh, qui, à la suite de 6.000 extractions, avait observé 138 cas d’alvéolite, soit une proportion de 2,3 pour cent.

Nous classerons nos observations d’après la forme clinique des cas qu’elles rapportent: tout d’abord, nous commencerons par deux observations de douleurs postopératoires à la suite de traumatisme direct du nerf dentaire inférieur consécutif à l’avulsion de dents de sagesse.

Madame T.., 35 ans, vient consulter le 26 août 1943 pour de violentes douleurs siégeant au maxillaire inférieur droit. La malade nous raconte alors l’effarante histoire suivante :

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Huit jours auparavant, de passage à Laval et souffrant au niveau d’une dent inférieure droite, elle va trouver un dentiste qui pratique sous anesthésie locale une première tentative d’avulsion de d5. Après fracture de la couronne, la luxation de la racine est finalement obtenue sans extraction chirurgicale et la malade soulagée rentre à Paris. Quatre jours après son retour elle éprouve à nouveau de violentes douleurs identiques aux premières quant au siège. Elle va alors consulter un second dentiste qui, pensant à une lésion possible de d8 (malgré que la couronne soit intacte ainsi que nous avons pu le constater), pratique sous anesthésie locale une tentative d’avulsion de la dent de sagesse qui se termine par une fracture en biseau de la racine. Ne pouvant atieindre le fragment radiculaire restant, le dentiste sacrifie alors d7 (parfaitement intacte) pour se donner du jour ! Après une heure de tentatives infructueuses et horriblement douloureuses, il renonce à extraire la racine de d8 et renvoie la malade qui vient nous consulter le lendemain. La malade est très fatiguée car depuis trois nuits elle ne dort pas en dépit de l’aspirine absorbée à dose massive. A l’examen exo-buccal, ni tuméfaction, ni ganglion. A l’examen endo-buccal, nous constatons la présence d’une alvéolite au niveau de d5 et des plaies opératoires béantes au niveau de d7 et d8. Nous pratiquons sur-le-champ l’anesthésie du ganglion sphéno-palatin et après 20 minutes d’imprégnation la malade complètement soulagée est envoyée au service de radiographie, La malade revient nous voir le lendemain 27 août. Les douleurs sont réapparues dans la soirée de la veille, mais la malade a bien dormi en prenant 1 g. d’aspirine. Sur le film radiographique extra-buccal, nous constatons la présence de la racine de d8 dont l’apex semble plonger dans le canal dentaire inférieur. La malade mise en confiance réclame l’avulsion immédiate et sur les conseils de M. Fleury nous pratiquons — sous anesthésie tronculaire complétée par l’injection locale de 2 ce de novocaïne adrénalinée — l’extraction chirurgicale de d8. Extraction très laborieuse d’ailleurs : la trépanation de l’os est indolore mais Pavulsion de l’apex déclenche une réaction névralgique très

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