DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC
Bien qu’il ne me vienne point à l’esprit de donner à l’amblyopier diabétique légère une valeur diagnostique trop grande, je ne puis cependant passer sous silence l’importance qu’elle est parfois susceptible d’acquérir, elle peut, dans certains cas de diabète, à marche lente et insidieuse, faire reconnaître cette maladie. 11 peut arriver qu’en présence d’un épuisement profond, dont il ne saisit pas la cause, chez un malade qui n’accuse qu’un appétit médiocre et une soif peu intense, le médecin, qui n’a point eu l’idée d’examiner les urines, soit frappé par l’affaiblissement visuel dont se plaint le malade, et que, guidé par cet indice, il reconnaisse le diabète (Bouchardat, loc. ait.). Plus tard, la persistance des troubles amblyopiques légers, leur intensité plus grande, donnent la certi • lude d’une aggravation due, soit au progrès naturel de la maladie, soit à un écart de régime, et coïncidant habituellement avec une sécrétion plus abondante du sucre. Le médecin devra donc redoubler de sévérité, surveiller plus attentivement le régime du malade qu’il soumettra de nouveau à un traitement approprié, si déjà il l’avait abandonné.
Due probablement à des troubles de l’innervation, l’amblyopie légère est toute passagère, et ne saurait point par elle-même faire craindre la cécité. Lorsqu’elle existe depuis longtemps, ou s’est montrée à plusieurs reprises, elle doit faire redouter l’apparition de l’amblyopie grave ou de la cataracte.
Lorsque les troubles visuels sont très prononcés ou déjà anciens, on est en droit de diagnostiquer une amblyopie grave et de supposer dans le cerveau (de Graef) ou dans les parties profondes de l’œil la présence des lésions matérielles dont la nature et le siège ne sont point encore parfaitement définis , mais qui , pour moi, résident le plus souvent dans la rétine, et consistent dans l’atrophie de cette membrane.
L’amblyopie légère apparaît au début du diabète; elle n’est d’aucune gravité pour le pronostic de cette maladie. Elle se rencontre même dans ces diabètes passagers et intermittents de cause légère. Elle disparaît pour reparaître de nouveau; elle peut récidiver plusieurs fois et se guérir complètement.
L’amblyopie grave ne se déclare qu’à une période avancée du diabète, dix-huit mois, deux ans après l’apparition de cette maladie. Elle ne se montre que dans les diabètes graves ou confirmés ;
elle constitue un des signes précurseurs d’une terminaison funeste. Une fois déclarée, elle suit une marche progressive, et, quelle qu’en soit la cause (fonctionnelle ou matérielle), avec le temps elle détermine fatalement la cécité.
Les écarts de régime n’ont point sur l’amblyopie grave une influence aussi rapide et aussi fâcheuse que sur l’amblyopie légère, bien qu’il soit évident qu’ils en précipitent le développement.