OBSERVATION I
Amblyopie nicotique binoculaire (Recueil d'oplithalmologie,
janvier 1877).
M. C..., capitaine de navire, demeurant à Saint-Malo, âgé de 33 ans, vint me consulter le 18 janvier 1875, pour une amblyopie très forte des deux yeux. Cette affection s'est déclarée d'une manière lente depuis deux mois ; au début il s'apercevait d'un léger brouillard devant les yeux, qui ne le gênait que très peu -, mais dans les derniers temps le trouble augmenta d'une manière tellement rapide, qu'il lui était impossible de reconnaître les hommes de son équipage. Se trouvant k quelques pas seulement de l'entrée du port de Saint-Malo, il n'osait pas s'avancer, craignant à chaque instant de faire une fausse manœuvre, car pendant nue les autres voyaient les rivages, lui, il était plongé dans de grandes ténèbres et des brouiUards grisâtres. Sous 1 influence des émotions vives qu'il avait éprouvées dans les derniers jours de sa navigation, il tomba malade, perdi l'appétit et le sommeil. La maladie des yeux évidemment
dominait tout, c'est pourquoi il se décida à venir à Paris pour me consulter.
A l'extérieur, les yeux étaient fortement congestionnés, aussi bien les globes oculaires que les conjonctives palpébraies. Les pupilles étaient en outre fortement contractées. Le malade distinguait difficilement les caractères n" 6 de l'éclielle typographique ; les yeux étaient fortement injectés comme dans une conjonctivite, mais sans sécrétion exagérée .
Le fond de l'oeil ne présentait point de lésion, et les papilles étaient pâles, les artères un peu minces, le champ visuel n'était nullement diminué. C'était, comme on le voit, tous les signes d'une amblyopie toxique, et voici les renseignements que m'avait fournis le malade. Il ne buvait que très peu, un demi-litre devin par jour; mais par contre il faisait un abus extraordinaire de tabac, et pendant son dernier voyage qui a duré cinq mois, il fumait jusqu'à 200 grammes de tabac par jour. Par moments il éprouvait des vertiges, des maux de tête et des nausées, surtout le jour où il fumait plus que d'habitude.
Je lui ai prescrit un régime sévère, une abstention complète de tabac et d'alcool, de fréquents purgatifs, et le bromure de potassium à la dose de 2 grammes par jour. Sous l'inûuence de ce traitement, le malade a complètement guéri au bout de quatre mois de traitement. Le 2 mai de la même année, il m'annonça par lettre sa complète guérison.