MARCHE. - DURÉE. - TERMINAISON
Pronostic. — Traitement.
Dans l'amblyopie binoculaire, le début est à peine appréciable, il est si peu marqué qu'il s'écoule souvent plusieurs mois, pendant lesquels
l'afifection fait des progrès tous les jours, avant que le malade s'inquiète de son état, et se trouve assez sérieusement affecté pour demander les secours de l'art. La maladie fait des progrès incessants, mais insensibles et non interrompus, et peut aboutir, dans certains cas, à une cécité presque complète. Ce résultat n'arrive en général qu'après une année au moins, chez les personnes qui ne veulent pas renoncer à l'usage du tabac. Dans la majorité des cas, l'affection ayant atteint, au bout de six mois, un degré assez considérable pour rendre impossibles la lecture ou tout travail appliquant pour les yeux et exigeant une certaine finesse de la vue, les malades viennent consulter, et alors, quand ils veulent renoncer à l'usage du tabac et suivre un traitement régulier, les troubles diminuent peu à peu, et disparaissent complètement dans l'espace dç deux à cinq tnois. Si au contraire ils ne peuvent se soustraire à leur funeste habitude, la maladie ne s'arrête pas, ne cesse de progresser, bien qu'il soit rare de la voir aboutir à une cécité absolue.
Dans la forme monoculaire avec scotome central, la maladie se révèle brusquement et par hasard; le début en est donc nettement apprécié. Cette fois la marche est bien plus rapide que dans le cas précédent, mais n'est pas la même dans tous les cas. Ou bien le scotome reste limité, ou bien, d'abord central, il s'étend peu à peu, rapidement, se transforme bientôt en un brouillard épais, si bien qu'en deux ou trois semaines au plus l'affection a atteint son summum, et est devenue une amaurose presque complète. Cette fois encore la
maladie disparaît en 2 ou 3 mois, si l'usage du tabac est supprimé complètement, et le traitement suivi ; sinon elle persiste et ne fait que s'aggraver. En somme la durée totale est beaucoup moins longue que dans l'amblyopie binoculaire.
Dans l'amblyopie mixte enfin, la durée et la marche des phénomènes sont à peu près les mêmes que dans la forme binoculaire; seulement, au début, la diminution de l'acuité visuelle et l'affaiblissement de la vue à distance font des progrès bien plus lapides, et au lieu de plusieurs mois ne mettënt que 3 ou 4 semaines au plus pour atteindre leur maximum.
Le pronostic est peu grave; la guérison est la règle; elle est facile et rapide, si le malade se soumet à un régime sévère et à l'abstention la plus absolue du tabac sous toutes ses formes, condition de la plus haute importance, condition sans laquelle le succès n'est plus assuré.
Quelquefois cependant, l'issue n'a pas été aussi favorable, et Hutchinson cite des cas dans lesquels la cécité a été le résultat final, l'abus du tabac n'ayant pas été interrompu. Nous trouvons aussi, dans le travail de notre collègue et ami le docteur Vack sur l'étiologie et la pathogénie de l'atrophie papillaire, deux observations d'atrophie de la papille paraissant d'origine nicotinique. Cet auteur admet seulement la possibilité de cette affection, et signale comme simplement probable l'influence du tabac dans les deux cas qu'il signale. Pour notre compte, nous n'avons jamais observé cette terminaison fâcheuse, et n'en avons relevé aucun
cas dans les mémoires des auteurs français ni dans les observations du Galezowski.
Quant au traitement, il est très simple, mais il doit être très énergique. Les malades devront s'abstenir complètement de l'usage du tabac, si pénible que puisse en être pour eux la privation. Le meilleur moyen de détruire les effets est de
détruire la cause.
Contre le myosis, on a conseillé le sulfate neutre d'atropine. Ce médicament ne semble pas avoir donné de résultats bien favorables, probablement parce qu'il contribue à augmenter l'anémie de la rétine. C'est au café et à la caféine qu'il faut avoir recours ; cet agent, outre qu'il active la circulation, a en outre la propriété de combattre l'action stupéfiante du tabac, en excitant les centres nerveux.
Enfin, s'il y avait de la céphalalgie, on pourrait conseiller un vésicatoire volant à la nuque.