DES RAPPORTS DE L'AME ET DV €ORPS
feifférenoe des eorpt brats et dee eerps organisés. — De la vie Tégétatlve et de la ▼ie animale. — Distinetion de rélément animal et de l'élément spiritnd dans l'ame humaine. — Aotion du corps sur l'ame. — De l'inflnenoe des tempéraments, des âges, des sexes, des maladies, des olimats, des races. — De la phrénologie. — Aotion de l'ame sur le corps. — Caractères psychologiques qu'acquièrent les Caits organiques. — Bffets des passions sur les organes. — Du sommeil. — Corrélation de la constitution de l'ame et de la conformation du corps.
L'homme est un être à la fois un et complexe ; il réunit en lui plusieurs natures qui sont essentiellement différentes et cependant inséparables , du moins dans les conditions d'existence actuelles , les seules qui soient soumises à notre observation. Nous ne saurions nous représenter l'homme à l'état de pur esprit, non plus qu'à l'état de corps privé d'ame. Notre substance matérielle , nos organes 9 nos sens^ nos instincts» notre raison et notre moraUté se joignent en nous , se combinent et s'ajustent de telle sorte que tous les éléments de notre être doivent être regardés comme solidaires , et que si l'un d'eux faisait défaut , les autres se trouveraient annihilés. Il est donc impossible de bien connaître l'une des parties de nous-mêmes , si l'on n'a au moins un aperçu de l'ensem-
ble, et ia psychologie ne saurait se passer de l'assistance de la physiologie et de la physique.
Nous ne pouvons penser qu'à l'aide de sensations extérieures et de signes matériels , et nous ne pouvons agir qu'avec le concours de l'appareil musculaire. D'autre part nos sens et nos instruments de locomotion exigent un organisme qui entretienne leur existence. Enfila cet organisme a besoin, pour se former, de certains matériaux qu'il emprunte au dehors. En poussant ainsi la décomposition de notre être jusqu'à la dernière limite , on le voit se résoudre en de simples molécules , qui pourraient aussi bien composer un arbre ou une vapeur , qu'uu héros ou un homme de génie.
Nous participons de la nature des corps bruts par les éléments matériels qui nous constituent. Ainsi que ces corps , nous sommes caractérisés par une figure , des couleurs , des dimensions et une consistance déterminées. Nous subissons comme eux les lois de la pesanteur , de la chaleur , de l'électricité , de l'affinité chimique. Mais ces caractères se présentent en nous sous des formes qui nous sont propres , et qui font pressentir qu'il y a en nous des principes qui nous appartiennent exclusivement. Si l'on fait abstraction des grandes forces qui agissent sur tous les corps , telles que la gravitation , on voit le minéral n'entrer en mouvement que par l'effet d'une impulsion extérieure , ou de la cohésion qui condense ses parties similaires , ou de l'affinité qui combinant ses molécules avec celles d'un corps hétérogène produit en elles une métamorphose. De ces trois changements les deux premiers ne sont que des déplacements ; le troisième est substantiel, mais il n'a lieu qu'accidentellement, et les mole-
cules qui en sont affectées agissent indépendamment les unes des autres. Dans l'homme au contraire , les molécules ont un mouvement automatique qui ne s'arrête jamais; leur mode d'affinité est tout-à-fait dissemblable de celui que manifestent les minéraux ; leur action réciproque au lieu de ne s'exercer xjue par un contact immédiat , est telle qu'elle embrasse incessamment toutes les parties de l'individu. C'est cette solidarité constante et cette activité continue de toutes les molécules du corps humain , qui constituent la différence essentielle qui existe entre notre substance matérielle et celle des corps bruts. A ces deux propriétés se rattachent la forme spécifique dont nous sommes doués , le renouvellement incessant de nos éléments matériels , les phases successives de naissance , de développement et de caducité par lesquelles nous passons , enfin certains caractères physiques qui sont pro*près à notre nature.
Les différences profondes qui existent entre la manière d'être des molécules du minéral et celle des molécules de l'homme, nous obligent à reconnaître en nous des principes particuliers qui correspondent et servent de lien et d'explication aux faits spéciaux qui se manifestent. Ces principes ont été appelés organes. Par ce mot on entend ce qui groupe les molécules dans un corps , les lie toutes ensemble» les distribue symétriquement, les appelle du dehors, les fait circuler, les expulse, et soutient cet ensemble avec des éléments incessamment renouvelés, jusqu'au moment où , après une période déterminée , le système s'affaiblit, se mine, et tombe en dissolution.
De même que les molécules s'unissent pour constituer un organe , les organes s'assemblent pour composer un
corps. Celui-ci ayant une structure nettement définie forme un individu y caractère qui n'appartient pas, et n'est attribué que fictivement au minéral , dont l'étendue et la %ure sont indéterminées. La principale action de l'individu oi^anique est de se nourrir , c'est-à-dire d'introduire en lui de nouvelles molécules , de les transmuter , et de les classer dans ses divers tissus ou elles résident pendant quelque temps , et d'où elles sont ensuite excrétées. Durant une certaine période , l'appréhension d'éléments nouveaux surpassant leur expulsion , l'individu grandit et se développe. Mais il arrive une époque où cette proportion devient inverse. La force appétitive décroit ; les tissus perdent leur ressort , se contractent et s'épuisent; l'organisme s'éteint » et les molécules qui le composaient y n'étant plus retenues et maîtrisées par la puissance vitale, se séparent et se dispersent , pour aller s'engager dans d'autres combinaisons organiques ou purement minérales.
Les individus organiques étant condamnés à une inévitable destruction , disparaîtraient entièrement de l'univers, s'ils n'avaient le pouvoir d'engendrer d'autres êtres de la même espèce. La génération est donc pour eux le complément nécessaire de la nutrition. Aussi sont-ils tous doués d'un appareil reproducteur. Mais tandis que l'appareil de la nutrition suffit aux opérations qui lui sont assignées , la fonction générative ne s'accomplit qu'avec le concours de deux appareils dissemblables et correspondants. Ces deux appareils , l'un mâle et l'autre femelle, sont situés tantôt dans le même individu, tantôt dans deux individus séparés mais appartenant à la même espèce. Adhérens aux organes nutritifs et alimentés par eux , ils
ont une structure et un mode d'excitation qui leur sont propres , et ils éprouvent l'un pour l'autre une attraction qui se manifeste à des intervalles plus ou moins rapprochés. L'appareil mâle a pour rôle de stimuler l'appareil femelle qui contient dans ses replis des germes ou des embryons d'autres êtres , soûs la forme de corps membraneux et vésiculaires. Celui-ci, une fois fécondé , développe en lui l'embryon , qui grandit aux dépens du corps où il est inclus , jusqu'à ce qu'il puisse vivre par luimême. A ce moment il se détache du sein maternel , et commence son existence individuelle.. Pourquoi le fait de la génération se passe-t-il ainsi ? Pourquoi exige-t-il le concours de deux individus ? Qu'est-ce qui précède l'état embryonnaire de l'être? Nous ne le savons, ni ne pouvons le savoir. Nous n'avons que les faits pour nous instruire, et les faits ne nous apprennent rien sur ces divers points, pas plus que sur ce que deviennent les principes organiques, après que la mort en a dispersé les molécules composantes. L'ontologie , il est vrai, s'est exercée à ce sujet ; mais elle s'est jetée , suivant son habitude , dans des conjectures incertaines et illusoires.
L'homme est un être qui se nourrit et se reproduit , et en cela il partage le mode d'existence du végétal. Mais tandis que le végétal reste enraciné à la morne place , ne se meut que dans l'intérieur de lui-même, et ne s'incorpore que les molécules ambiantes , qui entrent en contact avec ses tissus, l'homme se déplace, se porte vers des objets éloignés , et entretient son existence au moyen d'autres êtres avec lesquels il entre en rapport. Les molécules ambiantes ne suffisent pas à son ahmentation ; il a besoin , pour se conserver et remplir ses fins , d'autres êtres in-
dividuels qu'il va chercher pour se les adjoindre ou se les approprier. Comme il ne se nourrit que de substances oi^anisées , il faut , si ce sont des plantes , qu'il les choisisse et les appréhende , et si ce sont des animaux , qu'il les poursuive, et s'en empare soit par la force, soit parla ruse. Ces aliments ne se rencontrant pas en tout temps et en tout lieu , et la nécessité de se nourrir se renouvellant pour lui quotidiennement , son existence ne peut être assurée, qu'autant qu'il fait des provisions de subsistances. Comme il est sans cesse errant , il lui faut, pour qu'il se reproduise , élire une compagne , et l'amener à partager l'entraînement qui le porte à s'unir à elle. LfOrsque la progéniture est sortie du sein de sa mère , elle est loin de pouvoir se suffire à elle-même; pour qu'elle puisse se soutenir, il faut qu'elle s'appuie aux individus qui l'ont engendrée , et que ceux-ci l'entourent de soins assidus. Puis nous voyons les hommes se sentant faibles dans leur individualité , s'associer à d'autres êtres de leur espèce pour attaquer et se défendre , pour lutter contre la nature et pourvoir à leurs besoins. Un vif plaisir les convie à cetaccord, et l'isolement est pour eux une cause de chagrin. Enfm ces divers individus ayant des facultés inégales , il s'établit entre eux un ordre de primauté qui excite des convoitises, et amène des compétitions et des conflits. Ces divers genres d'action qui caractérisent la vie humaine, et qui s'exercent sur des objets plus ou moins éloignés du sujet actif, supposent dans l'homme quelque chose qui le prévienne de l'existence et des qualités de ces objets. En effet l'homme aperçoit à de longues distances les choses qui l'intéressent ; il en discerne les traits apparents , et il en garde intérieurement l'image. Nous réflé-
chissons les formes , les couleurs , les dimensions , les sons y les mouvements et les odeurs des objets qui se trouvent placés dans notre horizon , et comme chaque être est caractérisé par ces qualités diversement modifiées, elles deviennent pour nous autant de signes qui, lorsqu'ils nous apparaissent , nous font pressentir la présence des principes et des êtres auxquels ils correspondent.
Nous venons de parcourir une série de faits inhérens à Texistence de l'homme , qui montrent évidemment qu'il y a dans l'essence de cet être autre chose que des organes, qu'il y a en lui des principes spéciaux et caractéristiques. Ces principes sont les instincts et les perceptions. C'est par ces facultés que nous entrons en rapport avec les divers êtres de la nature, que nous sommes informés de leur existence et de leurs modes d'action , que nous les appréhendons , nous les incorporons ou les conservons pour notre usage, que nous les dominons, les attaquons ou les évitons, que nous nous les associons , nous unissons à certains d'entr'eux pour nous reproduire, et veillons avec sollicitude sur tes produits de cette union. Tous ces faits qui se manifestent en nous dans le cours de notre vie , présentent une grande variété; mais si on les compare aux faits de l'organisme, on trouve en eux des caractères communs qui les différencient de ces derniers faits, et sur lesquels on s'est fondé pour les ranger dans une même classe , et les rapporter à un même ordre de principes qu'on peut appeler animalité ou animisme. C'est l'expérience qui constate dans l'homme l'existence de l'animisme , de même que celle de l'organisme , et il ne peut pas y avoir plus de doute sur l'un des points que sur l'autre. Plus d'une fois les physiologistes ont voulu faire rentrer l'animisme dans l'organisme;
mais c'était donner un démenti formel à l'expérience^ et introduire dans l'étude de l'homme une confusion déplorable. Une telle prétention , fruit d'une ambition usurpatrice , ne saurait être trop vivement repoussée.
Les facultés perceptives et instinctives venant s'unir dans l'homme aux organes vitaux , il a fallu que ceux-ci se modifiassent et se multipliassent en conséquence. L'homme devant percevoir et atteindre des objets lointains 9 son corps doit être pourvu d'oi^anes qui se prêtent à ces fonctions y c'est-à-dire d'oi^anes de sensation et de locomotion. Ces organes qui sont les instruments propres de la vie animale ont été appelés organes de relation; ils reçoivent et s'assimilent une part des produits de l'appareil nutritif , mais ne concourent pas immédiatement à ses opérations. Leur texture est anologue à celle de cet appareil ; ils sont également doués de la contractilité et de l'excitabilité , en vertu desquelles les molécules sont maintenues, coordonnées et mues dans les tissus vivants. Mais ils jouissent en outre d'une propriété qui leur appartient spécialement, c'est la sensibilité permanente. Elle git dans ce qu'on appelle les cinq sens , la vue , l'ouïe , l'odo^ rat , le goût et le tact qui est répandu dans toute l'étendue du tégument qui enveloppe le corps. Il est difficile de la définir, on peut cependant dire qu'elle est telle, qu'un point quelconque de sa région étant touché , l'ébranlement se communique instantanément à l'iiidividu pris dans son ensemble. Cette instantanéité était né* cessaire : l'homme étant constamment en relation forcée avec une multitude d'autres êtres , et ayant besoin de les éviter ou de les atteindre , devait être sans cesse averti de leur présence ou de leur approche. Nous devons ajouter
que si la sensibilité est un attribut propre à Tanimisme , elle ne lui est pas cependant exclusivement attadiée. Le goût et Todoraty les deux sens inférieurs, semblent appar-^ tenir autant » si ce n'est plus , au système nutritif qu'au système de relation. Puis les oi^anes de la nutrition et de la génération deviennent parfois sensibles, et même d'une manière très intense , lorsqu'ils ont à réclamer le secours des autres facultés de l'homme , et surtout lorsqu'une altération morbide se produit en eux. Mais la sensibilité qui se manifesté dans ces cas est purement accidentelle* De plus elle n'est pas informatrice, elle n'indique pas la cause qui la met en jeu. Ainsi on ne saurait confondre, et il y a lieu de dénommer différemment la sensibilité générale qui affecte toUs les tissus organiques , et la sensibilité proprement dite ou perceptive qui réside dans l'appareil de relatio^^ .\
L'homme ne se d&ttngue pas seulement du végétal par les attributs qui lui appartiennent exclusivement , mais encore par ce que ces deux êtres ont entre eux de commun. Le végétal se compose de vaisseaux, de fibres et de réseaux cellulaires réunis en un faisceau qui , pénétrant dans la terre, se divise eti une multitude de filets, et s^élevant dans l'air s'épanouit en feuillage. Ces trois genres de tissus qui se déploient verticalement, sont les parties intégrantes du végétal , et le concours de leur action est indispensable à l'existence de l'individu. Séparez mécaniquement ces tissus lei^ uns des autres , le végétal sera détruit. Maïs cçtte solidarité qui lie entre eux les divers tissus, ne s'étend pas à toutes les parties du végétal. On peut, sans que l'individu périsse, en retrancher des feuilles , des branches et des racines , et aller jusqu'à le réduire à l'état d'un
Tronc informe , pourvu toutefois qu'on laisse subsister les tîssus élémentaires. La solidarité des tliverses parties du végétal n'est donc que relative ; elle existe entre ses éléments constitutifs , elle n'existe pas «ntre tous ses firagments.
L'appareil nutritif de l'homme est muni de vaisseaux qui vont d'une extrémité à l'autre de l'individu , et qui sont les routes des molécules circulantes. Il contient en outre un certain nombre de viscères et de ganglions, qui sont des^ tinés à élaborer les molécules animales , et dont chsHeun a une forme et un office déterminés. S'il est possible de retrancher quelques embranchements écartés des canaux de la circulation sans que l'individu périsse, on n'en peut entamer les troncs principaux ; et l'on ne peut sup^ primer une partie quelconque des organes de la digestion et de la respiration , sans produire de graves désordres dans tout l'organisme , et sans que la mort ne s'en suive bientôt. Aussi toute lésion se signale-t-elle par un vif sentiment de douleur qui appelle de prompts secours. On voit par là que la solidarité des diverses parties de l'organisme est beaucoup plus étroite et plus forte dans l'homme que dans le végétal , que cette différence est tranchée , et qu'elle n'est pas seulement de degré , mais qu'elle est essentielle. A la solidarité spéciale qui règne entre toutes les parties de notre corps, correspond la spécialité qui se remarque dans la forme de tous nos oi^^nes, en opposition à l'unité de contexture à laquelle les botanistes ont ramené les divers fragments du végétal.
Quant à l'appareil de la génération, il présente des analogies frappantes lorsqu'on l'observe comparativement dans le végétal et dans l'homme. Mais comme dans ce
dernier il se lie à l'appareil de relation et aux facultés instinctives et perceptives , il doit offrir des traits spéciaux que dhacun peut reconnaître après quelque examen 9 et sur lesquels il est inutile de nous étendre.
En définissant , ainsi que nous venons de le faire , les caractères qui distinguent l'homme des végétaux, et en montrant en lui un être doué d'un organisme spécial, d'un appareil de relation et de facultés perceptives et instinctives , nous avons fait le portrait de l'animal aussi bien que celui de l'homme. Les animaux , ( nous parlons de ceux des classes supérieures ) , ont comme l'homme, des sens et des organes de locomotion ; comme lui ils perçoivent les qualités physiques des objets extérieurs ; comme lui ils combattent , se défendent , amassent des provisions , cherchent à dominer , s'associent les uns aux autres , prennent une compagne, et élèvent avec soin leur progéniture. Ces diverses facultés que possèdent en commun les hommes et les animaux, à l'exclusion des autres êtres , constituent la vie animale proprement dite. Mais à côté de ces ressemblances éclatent des différences caractéristiques. Dans les rapports que l'animal entretient avec les autres êtres , il n'agit que sous une impression momentanée et en vue d'un objet particulier. Son action est essentiellement et étroitement bornée dans le temps et dans l'espace. Si elle offre de la liaison dans ses manifestations successives , il ne parait pas en avoir conscience. Ses déterminations semblent toujours provoquées par un objet particulier et présent , ou suscitées par une ihfipulsion interne qui part isolément de son principe , et ne se coordonne avec aucune autre impulsion soit antérieure , soit postérieure. L'homme, au contraire, rattache à un
i^nsemble tout ce qu\'l voit , tout ce qu'il pense , tout ce qu'il fait. Il ne se contente pas dp percevoir les choses extérieures telles qu'elles se présentent; l^s unes à côté des autres, et les unes après les autres ; il ne s'arrèt^s pas aux simples rapports de contiguïté et de continuité ; il conçoit des rapports de nature qui montrent les choses non-seulement telles qu'elles sont , inm telles qu'elles peuvent être ; il découvre les liens de connexité et de causalité qui, tenant à l'essence piêmçi des choses , en déterminent nécessairement les diverses manières d'être. De même ses actes ne se concentrent pas sur ^P Q^j^t iiniqqe , et nç résultent pas d'une impulsion accidentelle ; ils sont le pi^odqit d'énergies qui embrassent dans leur sphère une série de mouvements internes çt de faits externes » et relient chaque décision particulière à un système préor^ donné. S'il s'agit pour lui de combattre , il ne se bornera pas à porter quelques coups impétueux , il préparera à l'ayance, popr le but qu'il se propose, certains objets matériels , et certaine emplacements ; il s'efforcera de i(aire concourir à ses desseins l'action de . ses semblables , et de faire concorder avec son entreprise toutes les circonstances sur lesquelles il peut avoir quelque prise. S'il aperçoit un danger qui le menace, ce n'est pas par une fuite précipitée ou par un déguisement subit qu'il cherchera à le parer ; mais il s'appliquera par des soins multipliés à détourner de lui les forces qui lui sont contraires , et même , s'il est possible , k leur donuer une direction favorable. Ses actes d'appropriation et de domination ne sont pas des accès passagers , et ne spnt pas épuisés par la possession de quelques objets et la soumission de quelques individus ; il étend ses vues au loin ,
assortit à ises plaXis une multitude de choses et de personnes y et poursuit ses projets à travers une longue suite d'évAicments. Ses affections ne s'arrêtent pas à (juelques individus que lé hasard lui désigne , élTes se répandent aii milieu de la foule de ses semblables, vont partout chercher tes objétidé leur choil , et embrassent sous certains rapporta dés millier^ et deâ myriades de personnes. Elles ne cohsii^ât ^as uniquement en des téiiibighages accidentels et tinifotMément répétés ; mais leurs ibisinifestattons reposent sur des conditions; déterminées, s^engendrent lès unes les autres»* et forment une chaftié indéfinie qui se déroule dans le cours du temps.
l'els stont les traits principaux qiii caractérisent la nature spéciale dé Fhomme, et étsfblissént entre lui et ranimai dès diffiérèiices essentielles. Là réalité d^ fbits exclusivement huihàins est iilcontestable ; rexpérience l'atteste suffisslmment. On a dû en conséquence rapporter ces faits à des principes spéciaux qui sont les fkcultés spirituelles. Gelles-ci ont été liangéés en deux classes , les facultés iritëlleiôtuélles'ou'i^fleiîves qui correspondent aux facultés perceptives de ranirtialité, et lés facultés morales qui sont les analogues des fecultés instinétives: L'intelligence ren-^ ferme en elle lés^ principes dèl conception de la causalité et de lâ'cSontiexité, ét'lésdeiix espèces d'imagination poétique et comique ; et la partie morale dé notre ame embrassé lesr principes aétifs od lés vertus qtie l'on désigné sous les noms dé fermeté, de prudence, de justice, de magnanimité, d'amour et de bienveillance. Ces principes intellectuels et moraux qoi sont l'objet de la partie spirituelle de la psychologie , existent dans l'homme aussi évidemment, et agissent aussi constamment que les instincts ^
— Tôles sensations ^ les organes et les molécules matérielles; et la science qui en traite n'a pas moins de fondement dans la nature des choses que la psycholc^e et la physique. Seulement elle a, comme nous l'avons vu, de plus grands obstacles à vaincre.
L'homme , réunissant en lui les modes d'existence de tous les autres êtres, a pu avec raison être appelé uo microcosme. C'est à cette multiplicité de son essence qu'A doit la possibilité de communiquer avec les divers êtres qu'il coQUâit ; car il semble qu'il n'y a que les êtres analogues qui puissent soutenir entre eux des rapports » et il nous est interdit d'affirmer qu'il n'existe pas, même autour de nous, des êtres que nous ne connaissons pas. Nos facukés sont nos bornes ; ce que nous voyons en deçà ne peut rien nous apprendre de ce qui est au-delà. Nous ne pouvons rien nier, pas plus qu'affirmer, sur ce qui dépasse notre portée.
Si l'on considère la série des modes d'existence de l'homme , on y remarque une sorte de hiérarchie qui procède d'après le degré de généralisation des faits. L'action physique s'exerce de molécule à molécule. L'action organique fait entrer en rapport toutes les molécules d'un même individu. L'action animale lie ensemble divers individus en certains moments et sur certains points de l'espace. L'action spirituelle groupe les faits de la vie animale , en forme des systèmes , et les fait convoiter vers des fins déterminées. On voit ainsi dans cette hiérarchie les faits devenir de plus en plus généraux , leurs rapports se multiplier et s'étendre, et leur solidarité s'accroître et se fortifier.
Les divers ordres de faits physiques, organiques , ani-
maux et spirituels qui se manifestent chez lliomme , sedifférencient par des caractères bien tranchés , et ils ont dû en conséquence être rapportés à des principes spéciaux. Il y acertainement dans l'homme des principes phy^ sîques , organiques , animaux et spirituels , et ces principes sont en nous parfaitement distincts. Hs ont chacun leur existence propre , et on peut dire , leur substance séparée. Mais s'ils sont distincts , ils ne sont pas indépendants les uns des autres. Gomment concevoir un Gitane sans les molécules qui le composent? Gomment les facultés animales pourraient-elles agir sur les êtres corporels 9 si elles n'étaient assistées des appareils de relation et de nutrition? Et comment les facultés spirituelles dont le mode d'action est essentiellement général , auraientelles prise sur les objets individuels qui remplissent le monde , si elles n'étaient pas associées aux facultés animales qui s'attachent aux choses particulières? Sansdire^ comme les finalistes , que les divers éléments de notre nature ont été créés l'un pour l'autre , on doit reconnaître que nous ne pourrions exister si nos principes physiques » oi^aniques , animaux et spirituels ne se prêtaient un concours de tous les instants. Si ces principes ont entre eux une telle connexion , les sciences qui en traitent ne sauraient rester entièrement séparées. Elles sont réciproquement l'une pour l'autre des auxiliaires indispensables. Si le physicien et le physiologiste ont à instruire le psychologiste de la manière dont se comporte le corps humain par rapport à l'ame, à leur tour ils ont à apprendre de celui-ci comment s'opère la réaction de l'àme sur le corps , et en outre comment se forment dans i'esprit les connaissances spéciales qui les intéressent.
On a dû séparer la physiologie qui étudie les corps afiimésy de la psycholc^ie qiû s'occupe de Tame» no»seuleoient parce que les objets sont distincts, maïs aicore parce que nous sommes anrivés à uac époque , où les intelligences individueUes sont incapables d'eaibrasser plrâiemmt pkis d'une scîienee spéciale. La division du tnvail a dû ainsi être introduite dans la science de l'hoBone, non cependant pour qu'on s'appliquât exclusiveoient à l'une des parties , mais poup que, les artisans de la sci^oK^e s'atfcachant spécialement à chacune d'elles, le chamfi tout entier pût être fécondé. Il s'agit, dans cet ouvrage, de payofaologie 9 mais tout en assignant ce terrain à nos explorations 9 nous ne saurions nous dispenser de pavcourir rapidement les confins qui le séparent d« domaine de la physiologie. Sur ces confins, entre les régions dont le caractère est bien déterminé , s'étesid dan» un assez grand espace un territoire mixte , théâtre de ce qa'on a appelé les rapports du physique et du moral , oa pour parler avec plus de précision , de l'organisme et de l'ame. Le psychologiste est tenu de les connaître ; autrem^t les iaits spéciaux qu'il étudie, étant fréquemment inflyuencé$ et altérés par des causes qu'il ignorerait,, il perdrait à chaque instant le fil de ses recherches, et tombenaît dans d'étranges méprises.
L'organisme réclame impérieusement l'assistance de l'ame pour être protégé contre les atteintes extérienres, la rigueur des intempéries, les lésions dont le menace une multitude de corps étrangers , et les désordres intemes qui surviennent accidentellement. En outre il sollicite , à des intervalles réguliers , les aliments qui lui sont nécessaires , et qu'il ne peut s'approprier par lui-même. Ces
appek se font au moyen de sensations diverses dont le sî^e précis n'est pas connu , mais qui se répercutent assiH rément dans un centre ccmimnn qu'on a appijé sensorium commune » expression qui du reste est Ticieuse , parée qu'elle fait «apposer qu'il y a un principe d'action , où il n'y a réellement qu'une convergence d'efifets. La sensation est tantôt un plaisir et tantôt une peine* Daiâ le premîep cas elle correspond à un mouvement d'appétition ^ et dans le second à un moiiivemfflaÉ de répulsio». Ces nonvements ont plusieurs degrés depuis l'étaâ de ample inquiétinie juscpii'à ceki d'exakatioo* Il est ckir cpsTû^^ sont aussi aécessaîres Tun que l'autre à la conservation' de Findividu* Nous ne dirons rien d«8 provocaéions de l'appareil génésique » etnous passons à la question des tempéraments. Leur influence a été singatièremenÉ exagérée. Il n'est pas vrai qa'uBb individu sera kardi ^.expansif et généreux parce que son sang est riche et circi]de^ avec force; ni qu'un autre sera froid » timide et réfléchi) paircé que son système lymphatique est développé ; ni qu'un hroisiènie sera condamné aux passions sombres et violentes , parce que la sécrétion biliaire s'opère en. lui ai^ec abondance ;, ni qu'enfin la sensibilité- nerveuse* portée à un*, haut point donne de l'esprit^ du: goût et de la délicatesse^ Le sang ,. la lymphe > la bile, ni les nerfs n'ont jamais produit aucune idée ^ ni aucuft sentiment moral» et ili faut confondre les choses* les plus distinctes pour avaaeei) une evreui^ aussi: gross^re. Mais il. est vrai que l'ame esta», jusqu'à un certsén point » ^iïéc^ tée dans son allure pan là proportion plus^ou; moins forte où le sang , la lymphe , la bile ou les nerfs se trouvent dans l'individu. Ainsi* il y a dans les mouvements de l'ame de l'homme sanguin une certaine vivacité , dans ceux du
lymphatique une certaine pesanteur , dans ceux du bilieux une certaine impétuosité , et dans ceux du nerveux une certaine agilité , que Texpérience constate d'une manière positive. Ajoutons qu'une grande force musculaire est, en général, peu favorable à Tessor de l'intelligence , et qu'on a vu souvent les hercules être menés par des h(munes chétifs , mais habiles.
Assurément l'esprit n'est pas engendré par le corps, et cependant nous voyons le premier suivre les phases du second. Nous les voyons naître, grandir, se consolider» décroître et s'éteindre ensemble. Il y a là un parallélisme si frappant que , sans admettre la production de l'un par l'autre , on doit du moins reconnaître entre les deux une notable corrélation. Où est l'esprit d'un individu avant la naissance ? Que devient-il après sa mort ? L'expérience, et par conséquent la science , n'en savent rien , et ne peuvent rien en savoir. Mais durant la vie , et tant que l'esprit est uni au corps , on ne saurait nier que ces deux substances n'accomplissent les mêmes évolutions périodiques.
L'humanité a deux types principaux , l'homme proprement dit et la femme. Il y a dans leurs organes une dissemblance marquée. Il y a aussi entre leurs âmes une certaine différence analc^ue à celle qui se remarque entre leurs corps. Nous sommes loin de vouloir dire que ces deux êtres diâèrent autant dans leurs âmes que dans leurs oi^anes. On voit trop de femmes d'un esprit solide , énergique et vraiment viril , et trop d'hommes d'un caractère mou , passif et efféminé, pour attribuer exclusivement à chaque sexe des qualités morales qui correspondent à leurs constitutions physiques. Nous savons aussi qu'une mau-
vàise éducation et le despotisme masculin font contracter aux femmes des habitudes factices qui exagë-^ rent leurs tendances natives. Toutefois on ne saurait disconvenir que si le corps de la femme est plus arrondi , plus doux y plus souple , et formé de lignes plus fuyantes que celui de Thomme , les mêmes traits distinctifs ne se trouvent jusqu'à un certain point dans leurs âmes respectives, n faut ajouter que les soins de la gestation , de Tallaitement et de l'éducation des enfants qui incombent à la femme , et que la débilité de ses membres qui ne lui permettent pas de puissants efforts , l'invitent à la retraite et à la prudence , et l'obligent à recourir à la protection de l'homme qu'elle doit se concilier par la grâce et l'adresse.
Sauf les cas où il a à requérir l'assistance de l'ame , l'organisme accomplit ses fonctions d'une manière latente, et sans inquiéter sa compagne spirituelle. Mais pour qu'il se renferme ainsi en lui-même , il faut qu'il soit dans son état normal. Est -il troublé , il communique aussitôt ce trouble à la région morale par la sensation de peine. Or cette sensation ne se réduit pas à remplir sim-^ plement le rôle temporaire d'un moniteur. Elle ne se borne pas à transmettre un avertissement à l'ame , mais elle l'obsède constamment , et dérange toutes ses opéra-^ tiens. Le malade sent sa pensée et sa volonté fléchir ; il ne peut rassembler ses idées et poursuivre un raisonnement ; le dégoût ou l'irritation s'empare de lui ; il cesse de s'intéresser aux desseins qu'il nourrissait ; ses anciennes passions et ses anciens plaisirs s'évanouissent; l'énergie qui accompagnait ses désirs , l'abandonne ; et son mal le préoccupe presque exclusivement- Il sembla qu'il n'y ait
dans rindividuaiité humaine qu'une eerteine solttniie de vitahté. Si l'orgarnsme ëprou?e sur un point quelconque une surirritation , (ce qui est la cause générale de telles les maladies) , Tame s'en troute affiôblie d^avtant, et son excitation décroit dans la même proportionf que ceHe du corps augmente. Parfois , il est vrai » rin^itation organique se communique à Tame par nn effet i^mpaAîque. Alors l'activité de Tame a une intensité exCraordinaire; les pensées s'exaltent , et les passions se déchaînent. UGaisf cet état , qui est le délire , est momentané ,- et cette énergie apparente n'est que désordre et incohérence. A- cei^ crises succède un abattement profond et voisin de FinsensibiUté. Il semble que ces folles dépenses de force doivent étfe suivies d'une sorte de pénurie vitale , et que pendant un temps donné ,. l'homme n'ait à* sa* disposition qu'une certaine dose d'excitabilité tant physique que morale.
En dehors des faits morbides , il' y a des sureïcifotionk organiques, soit normales , soit anormales,* qui entreprennent sur la hberté de l'ame. La digestion , les efibrts musculaires, une course précipitée, entravent les* 0{^émtit)ils de l'esprit. Toute impression vive perçue pai* les sens produit le même effet. L'ivresse peut enfanter des saillies, mais elle interdit toute réflexion solide. Portée se un haut degré, elle stupéfie ou amène une insanité passâgèi^. Qile ces divers effets se renouvellent fréquemment , des habitudes se formeront , et au bout d'un certain temps , Famé aura subi de graves altérations. Les excès des sens produisent à la longue l'imbécillité. La continuité d'un travail manuel rend l'intelligence obtuse , et empreint lei» mœurs de rudesse.
La chaleur et le froid, la sécheresse et l'humidité agis-
sent fortejnyepf s|ir Les tissus vitaux » m augmentant ou en diminuant leiur tonicité. Cette action se répercuta sur l'ame. Pq se ^p| amolli et distendu sous un ciel ardent ; le corps est allangui ist l'on aspire au repos. Les sensations s'aigi)|sent , l'imagination se raffine et s'enfonce dans la rêverie ; les passions toiir-à-tour abattues et eflervesceptes Qut upe allure dramatique. ))an8 le^ riions froide3 I9 sensibilité de l'homme est moins vive et plus égale , son activité est pluQ soutenue et plus réglée , l'exercice est pour lui une nécessité , et son intelligence peut-être moins inveqtive est plus laborieuse et plus solide. L'huinidité et l^ sécheresse ont des résultats analogues , et l'on peut rapprocher de ces faits dus aux climats , ceux qui résuUeut des tempéraments. Assurément l'influence des climats est grande ; mais oq lui a attribué une portée qu'elle n'a pas,^ Quelle quevsoit la répercussion du corps sur l'ange, celle-ci est toujours mue par ses principes constitutifs 1 et c'est de la nature intime de ces principes et des causes qui agissent directement sur eux, que dépend essentieUçment sa destinée. Les climats ne jouent nullemem dans les actions humaines le rôle de cause première; ils n'Qutqu'upe ipQuence subordonnée. Quoi de plus dissemblable que l'Angleterre et la Russie ? Gepend^t ces dçux peuples s^nt sous la même latitude. Les It^^U^s u'of^l pas ch£M[igé de contrée depuis le temps des Soiip^pn^ et pourt^t ce w sont plus les mêmes hoaunes. Ou a également exs^éré l'influence de races. Toutefois on ne s^*ait méconnaître da^s les diverses nations des aptitudes p^sistantes. U y a des types qui différent tellementy que Xqu est à se demander s'ils appartiennent à la même espèce^ A^u^ diflérences morales correspondent des
différences dans la conformation des corps et principalement de la tête, où vient converger l'appareil nerveux, et où semble devoir s'opérer la jonction mystérieuse de l'organisme et de l'ame. On remarque, tant chez les animatix que chez les hommes, des rapports trop évidents entre la configuration du cerveau et les facultés de l'ame , pour qu'il soit permis de passer légèrement et avec dédain sur ces données de l'expérience. Serait-ce matérialiser l'ame et la réduire à l'état d'agrégat moléculaire , que de constater les rapports certains qui existent entre ses qualités intrinsèques et la forme ainsi que le volume du cerveau , qui est bien certainement le centre où viennent aboutir tous les instruments de la sensibilité et du mouvement personnels , instruments dont l'ame use nécessairement pour traduire ses volontés en actes matériels, et qu'elle doit toucher d'une manière quelconque , pour les mettre en jeu. On demandera comment ce contact s'opère. Ici l'expérience nous manque et nous devons confesser notre ignorance. L'ontologie qui ne doute de rien et qui a toujours des mots à son service pour masquer le vide de sa pensée , a imaginé, pour expliquer ce mystère, des médiateurs plastiques , des causes occasionnelles , une harmonie préétablie. Nous laissons ces versions aux amateurs de fableSé On peut, ce semble, dire sans trop s'avancer , que le * cerveau, substance organique, se proportionne à l'ame, substance spirituelle, qu'il doit desservir. On peut ajouter que si l'ame a des facultés multiples , il n'est pas impossible que le cerveau ne représente par sa conformation ces facultés dans leur diversité et leur intensité relatives- Quoi qu'il en soit, on ne saurait contester les réactions que les affections cérébrales exercent sur Tétat de
Tame , les désordres intellectuels et moraux qui sont le résultat des congestions » et la corrélation si remarquable qui existe entre certaines lésions ou injections locales du cerveau et le trouble ou l'abolition de certaines facultés spéciales. Rebuter dès Tabord la phrénologie sans prendre la peine d'observer par soi-même et de contrôler ce qu'elle vient exposer , c'est montrer plus de paresse que de jugement et plus de morgue que de sagesse.
Nous avons examiné rapidement les diverses influences du physique sur le moral; nous allons jeter un coupd'œil sur la question inverse. L'ame s'émouvant pour satisfaire tant ses propres besoins que ceux du corps y commande aux organes sensitifs et locomoteurs d'entrer en action y et ceux-oi obéissent. Gomment s'opère la transmission de mouvement d'une substance spirituelle à une substance matérielle » nous ne saurions le dire ; mais le fait existe, et il nous suffit de le décrire. L'impulsion nerveuse partant du cerveau se communique instantanément aux sens qui perçoivent , et aux membres qui se meuvent. Sans doute cette mise en œuvre du corps par la volonté a très souvent pour but de répondre aux appels de l'organisme, et malheureusement la plupart des hommes sont encore les esclaves à peu près permanens de leurs nécessités physiques. Mais lors même que l'ame obéit aux réclamations et aux ordres impérieux du corps, elle a néanmoins à user d'initiative ; car elle agit en vertu de ses propres énergies , que l'organisme ne saurait mettre directement en jeu. Nous ne nous rendons guères compte des diverses phases que parcourt notre activité volontaire, parce que les actes par lesquels elle se produit, nous semblent instantanés. Nous n'avons que des idées fort impar-
faites de la durée , et ce que nous prenons habitueHemeot pour l'unité de temps^ est en réalité indéfiniment divi^ble. L'ame agissant soit d'une manière purement spontanée, soit à la suite d'un appel organique , imprime au corps des mouvements qui varient selon les circonstanceis , ou selon les penchants qu'elle éprouve. La répétition fréquente de ces mouvements produit des habitudes qui font contracter aux organes des dispositions particulières. Le laboureur devient en général robuste et pesant , le chasseur vif et agile , le penseur grêle et nerveux. Les sauvages qui ont sans cesse à recourir à la perspicacité de leurs sens , les aiguisent par un exercice continu. Chaque profession » chaque genre de vie modifient d'une manière spéciale la complexion native.
En nous servant des organes pour l'accomplissemeDt de nos desseins, et en appropriant, avec leui: coqcours, les objets extérieurs à nos convenances , nous donnons à leur action un sens et un caractère qui en transforment la nature primitive. C'est ainsi que dans l'émission de la voix
• et dans les gestes qui sont les interprêtes de notre pensée,
l'acte organique disparaît presque derrière l'expression morale. Nous prenons l'habitude de ne voir dans le langage écrit ou parlé que la traduction de nos sentiments et ""*' des idées. Un serrement de main signifie l'amitié , une
L^. main levée la bonne foi , une main brusquement agitée
la colère. Un banquet n'est pas considéré comme un moyen de se rassasier , mais comme un signe de concorde. Dans les sociétés civilisées l'union sexuelle n'est plus sous l'empire exclusif des appétits physiques , mais elle est dominée par l'imagination, l'intérêt, les affections réfléchies et les bienséances sociales.
Nos organes peuvent s'altérer soit par leurs vices internes, soit par l'usage que nous en faisons; mais nous parvenons à remédier soit à leur dégénérescence , soit à Jeur insuffisai)ce native par d'ingénieux appareils. En outre nous augmentons singulièrement leur portée , nous les remplaçons même entièrement au moyen de certains instruments et de certains auxiliaires. Le télescope et le microscope accrobsent énormément la puissance de notre vue» Les divers outils et machines qu'invente l'industrie centuplent nos forces, et font travsûller pour nous» avec une précision merveilleuse , l'eau » les vents , le feu^ la vapeur. Nous domptons les animaux et les dres^ sons à marcher» à trainer, à chasser pour nous.
Outre les mouvements que nous imprimons volontairement à nos organes » i\im produit en eux» à l'occasion de nos émotions morales, des ébranlements et des sensations notables. La joie dilate le cœur » active la circulation du sang » épanouit le visage , adoucit la voix et fait tressaillir les entrailles. Il semble que le corps tout entier soit rempli de douceur. Les passions impétueuses précipitent le cours des humeurs » font afSuer le sang aux extrémités» et excitent fortement les viscères. La tristesse et la haine concentrée produisent un effet général de constriction ; l'estomac se resserre et souffi*e » le cœur se gonfle » . les vaisseaux se compriment » le teint pâlit » les traits se contractent» le regard s'assombrit et la sécrétion biliaire semble redoubler d'intensité» La honte amène \m afflux dé sang au visage. La peur distend spasmodiquement certains tissus. Une forte préoccupation amortit la sensibilité. Le guerrier dans le feu du combat ne sent pas la blessure dont il vient d'être att^eint. Une réflexioj^
profonde empêche de voir et d'entendre. D'autre j>art lorsqu'il s'agit de fuir un danger imminent ^ ou de contenter un désir ardent, nous trouvons en nous une vigueur» un élan et une agilité extraordinaires. Nous faisons dans l'entrainement des choses qui , de sang-froid » nouéiseraient impossibles.
Les sensations organiques produites en nous par les affections de l'ame , peuvent, au bout d'un certain temps, amener dans le corps des dérangements notables. Si le tempérament originel a de l'influence sur le moral , il en subit à son tour la réaction. Des maladies , la mort même peuvent être l'effet des passions violentes. Les médecins observateurs savent combien les dispositions de l'ame pèsent sur la santé , et combien il importe à l'art thérapeutique de veiller sur ce point. «Du reste chacun de nous perçoit immédiatement les relations qui existent entre les passions et les organes. La plupart des termes dont les langues se servent pour exprimer les passions , sont empruntés aux faits physiologiques qui correspondent aux faits moraux. Ce sont des figures par lesquelles on transporte le nom de l'effet à la cause. Autrefois même on employait ces expressions dans le sens propre ; car non-seulement le vulgaire mais les philosophes regardaient les organes qui sont ébranlés sympathiquement par les pas-" sions , comme les sièges et les sources de ces passions mêmes. Mais l'observation et la logique repoussent une pareille hypothèse.
II est encore un phénomène mixte qui doit attirer notre attention ; c'est le sommeil. Il n'affecte pas gravement l'appareil nutritif qui , sous l'influence de cet état , fonctionne à peu près comme durant la veille ; mais il pro-
duit dans Tappareil de relation et dans les facultés de l'ame un état périodique d'atonie. En considérant à un point de vue très général. Tanimation de Tbomme , on reconnaît que ce mode d'existence consiste éminemment dans la "^éensibilité et l'excitabilité soit organiques soit psychologiques. Or l'expérience montre que ces deux sor* tes de sensibilité et d'excitabilité ne peuvent être continuellement en jeu, qu'après une action plus ou moins prolongée elles se distendent et s'affaissent, qu'ainsi elles aspirent au repos , et que, si le temps de relâche qu'elles demandent ne leur est pas accordé , elles languissent , s'acquittent mal de leurs fonctions, et finissent par s'abattre complètement. Dans le commun état de sommeil , estce les organes sensitifs et locomoteurs qui communiquent leur torpeur aux facultés mentales « ou bien l'effet inverse a-t-il lieu ? C'est ce qu'on ignore. Nous inclinons vers la première hypothèse , mais sans pouvoir la démontrer. Quoi qu'il en soit , il faut se garder de croire que la virtualité de l'ame soit abolie durant le sommeiL Ses opérations ne sont que suspendues , et encore est-il vraisejoiblable que cette suspension n'est jamais complète. On est fondé à présumer que l'excitation interne n'est jamais interrompue ; seulement elle est si faible durant le sommeil , que le plus souvent nous n'en avons pas conscience ou plutôt ressouvenir. Mais il peut arriver aussi que tout en dormant nous pensions , sentions et voulions avec assez d'intensité, pour que nous en acquerrions la perception, et en gardions la réminiscence. Nous sommes alors dans l'état de rêve , lequel ne diffère de la veille , qu'en ce que l'excitation interne n'est pas secondée par les impressions externes , et qu'elle est moins vive , moins soutenue , et
moins réglée. Le rêve est voisin de la rêverie qui touche à l'état parfait de veille. Il n'est personne qui ne se rappelle d'avoir passé successivement par ces trois phases , et qui cependant puisse saisir le moment des deux transitions. Nous ne pouvons terminer cette esquisse des" rapports du moral et du physique , sans signaler la conformité si remarquable de la structure de l'organisme aypc les dispositions prédominantes de l'ame. Ce sont les réeens travaux de Tanatomie comparée qui ont mis en lumière la corrélation qui existe tant entre l'appareil nutritif et l'appareil de relation qu'entre ceux-ci et les tendances psycholc^ques. Les animaux qui se nourrissent de chair sont armés pour l'attaque; ils ont des muscles vigoureux, des dents et des griffes acérées , la marche agile , l'œil perçant , l'ouïe et l'odorat subtils ; ils sont fiers , irascibles , rusés et audacieux. Les herbivores qui n'ont pas de luttes à soutenir pour s'approprier leur nourriture , sont doux , craintifs et défians. Sans cesse attentifs aux annonces du danger, ils cherchent leur salut dans la vitesse de leur course. L'homme, animal omnivore, aune organisation mixte. Moins bien doué pour les actes immédiats soit d'aggression soit d'évasion que certaines espèces dont le mode d'alimentation est exclusif, il rachète cette infériorité par une conformation d'organes qui se prête et s'ajuste à l'accomplissement des œuvres de la pensée. Son corps est susceptible d'inflexions très variées ; sa main est merveilleusement délicate et souple. Elle a, par privilège, le don d'envelopper les objets qu'elle touche, et de diversifier à l'infini les mouvements qu'elle leur imprime. Cette aptitude est si précieuse , que certains philosophes ont prétendu en feire le caractère distinctif de Thomme , et y faire résider ses pré-
)gatives morales. Nous ne discuterons pas ce paradoxe ; lais il montre une fois de plus , combien il importe de laintenir intacts les domaines respectifs de la psychologie t de la physiologie^ nonobstant les transitions nomtireuses t en quelque sorte les servitudes qui les lient l'un à l'autre.