Aux estats, aux emplois publics. (ELor JoHANNEAU
6, On a déja vu somme pour en somme.
j'aye, je le tiens de vous, je l'advoue de vous, je vous en suis redevable, vous estes mon vray pere: ainsi, comme fils de famille, je n'ay nulle puissance de disposer de rien, s’il ne vous plaist de m'en donner congé. » Lors il se teut, et attendit que les soupirs et les sanglots eussent donné loysir à son oncle de luy respondre. Qu'il trouveroit tousjours tres-bon tout ce qu'il luy plairoit. Lors ayant à le faire son heritier, il le supplia de prendre de luy le bien qui estoit sien.
Et puis destournant sa parole à sa femme : « Ma semblance!, dict il (ainsi l’'appeloit il souvent, pour quelque ancienne alliance qui estoit entre eux), ayant esté joinct à vous du sainct neud de mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ayt ordonné cà bas ? pour l'entretien de la société humaine, je vous ay aymee, cherie et estimee autant qu'il m'a esté possible, et suis tout asseuré que vous m'avez rendu reciproque affection, que je ne sçaurois assez recognoistre. Je vous prie de prendre de la part de mes biens ce que je vous donne, et vous en contenter, encores que je scache bien que c’est bien peu au prix de vos merites. »
Et puis tournant son propos à moy : « Mon frere, dict il, que j'ayme si cherement, et que j'avois choisy parmy tant d'hommes pour renouveller avecques vous cette vertueuse et sincere amitié, de laquelle l'usage est, par les vices, dez si longtemps esloingné d'entre nous, qu'il n'en reste que quelques vieilles traces en la memoire de l'antiquité, je vous supplie, pour signal de mon affection envers vous, vouloir estre successeur de ma bibliotheque et de mes livres que je vous donne : present bien petit, mais qui part de bon cœur, et qui vous est convenable pour l'affection que vous avez aux lettres. Ce vous sera yru6ov0vov tui sodalist. »
Et puis parlant à tous trois generalement, loua Dieu de quoy, en une si extreme necessité, il se trouvoit accompaigné de toutes les plus cheres personnes qu il eust en ce monde ; et qu'il luy sembloit tres-beau à veoir une assemblee de quatre si accordants * et si unis d'amitié; faisant, disoit il, estat, que
1. Ma semblance, vous qui êtes un autre moi-même. Me de Sévigné emplovait encore ce mot,
2. Ca bas, ici-bas ; on disait aussi ca haut. Montaigne écrit pourtant ailleurs : « [l y a Zà haut des esprits envieux des grandeurs de ça bas. »
à Signal, signe, témoignage.