Voyez les notes des p. 54 et
4. Ilest curieux de noter qu'en sa propre famille Montaigne avait un ardent “er de la Réforme, et d'observer de quel ton apaisé la Boétie parle à ce rère de son ami; on s'explique mieux ainsi le ton de Montaigne lui-même, et sa tolérance un peu sceptique à l'égard des deux partis,
5, Voyez la note de la p. 57.
{mon Dieu, quelle case !, de laquelle il n’est jamais sorty acte que d'homme de bien !), ayant respect à la volonté de vostre pere, ce bon pere à qui vous debvez tant, de vostre bon oncle, à vos freres, vous fuyiez ces extremitez : ne soyez point si apre et si violent; accommodez vous à eux; ne foites point de bande et de corps à part; joignez vous ensemble. Vous veoyez combien de ruynes ces dissentions ont apporté en ce royaume ; et vous respons qu'elles en apporteront de bien plus grandes, Et, comme vous estes sage et bon, gardez de mettre ces inconvenients parmy vostre famille, de peur de lui faire perdre la gloire et le bonheur duquel elle a joui jusques à cette heure. Prenez en bonne part, monsieur de Beauregard, ce que je vous en dis, et pour un certain tesmoignage de l'amitié que je vous porte : car pour cet effect me suis je réservé, jusques à cette heure, à vous le dire; et, à l’adventure, vous le disant en l'estat auquel vous me veoyez, vous donnerez plus de poids et d'auctorité à mes paroles. » Mon frere le remercia bien fort.
Le lundi matin, il estoit si mal, qu'il avoit quité toute esperance de vie. De sorte que deslors qu'il me veit, il m’appela tout piteusement?, et me dict : « Mon frere, n'avez vous pas de compassion de tant de torments que je souffre? Ne veoyez pas meshuy#, que tout le secours que vous me faites ne sert que d'alongement à ma peine ? » Bientost aprez, il s'esvanouit ; de sorte qu'on le cuida * abandonner pour trespassé : enfin, on le reveilla à force de vinaigre et de vin. Mais il ne veit de fort long temps aprez; et nous oyant crier autour de luy, il nous diet : « Mon Dieu! qui me tormente tant? Pourquoy m'oste lon de ce grand et plaisant repos auquel je suis? Laissez moy, je vous prie. » Et puis m'oyant, il me dict : « Et vous aussi, mon frere, vous ne voulez doncques pas que je guarisse ? Oh! quel ayse vous me faites perdre! » Enfin, s'estant encores plus remis, il demanda un peu de vin. Et puis, s'en estant bien trouvé, me dict, que c'estoit la meilleure liqueur du
4. Case n’a pris que postérieurement un sens défavorable. Ici il a le sens de casa en latin, italien et espagnol : maison, famille.
2, Tout piteusement, sur un ton, d'une manière toute pitoyable, c'est-à-dire qui inspire la pitié. Ce mot n'avait pas alors le sens ironique et dédaigneux qu'il a reçu depuis.