‹ De l'amitié, MontaigneChapitre 39 sur 47 · Voyez ce même mot à la p · texte numérisé non relu

Voyez ce même mot à la p

4. On Le cuida, on pensa, on fut sur le point de l’abandonner, Montaigne dit familièrement le cuider, pour Le conjecturer :

Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui, Qui souvent s'engeigne lui-même.

(La FoxTaxe, Fables, IV, 11.)

monde. « Non est dea!, feis je pour le mettre en propos; c’est l'eau. — C’est mon, repliqua il, 52wp äp1or0ov?, » Il avoit desjà toutes les extremitez, jusques au visage, glacees de froid, avecques une sueur mortelle qui luy couloit tout le long du corps : et n’y pouvoit on quasi plus trouver nulle recognoissance de pouls.

Ce matin, il se confessa à son presbtre : mais parce que le presbtre n’avoit apporté tout ce qu'il luy falloit, il ne luy peut dire la messe. Mais le mardy matin, monsieur de La Boitie le demanda, pour l’ayder, dict il, à faire son dernier office chrestien. Ainsin, il ouit la messe, et feit ses pasques. Et comme le presbtre prenoit congé de luy, il luy dict: Mon pere spirituel, je vous supplie humblement, et vous et ceux qui sont sous vostre charge, priez Dieu pour moy. Soit qu'il soit ordonné, par les tres-sacrez thresors des desseings de Dieu que je finisse à cette heure mes jours, qu'il ayt pitié de mon ame, me pardonne mes pechez, qui sont infinis, comme il n’est pas possible que si vile et si basse creature que moy aye peu executer les commandements d’un si haut et si puissant maistre : ou, s’il luy semble que je face encores besoing par deça*, et qu'il veuille me reserver à quelque autre heure, suppliez le qu'il finisse bienlost en moy les angoisses que je souffre, et qu'il me face la grace de guider doresnavant mes pas à la suyte de sa volonté, et de me rendre meilleur que je n’ay esté. » Sur ce poinct, il s’arresta un peu pour prendre haleine ; et veoyant que le presbtre s’en alloit, il le rappella, et luy dict: « Encores veux je dire cecy en vostre presence : Je proteste que comme j'ay esté baptizé, ay vescu, ainsin veux je mourir sous la foy et religion que Moïse planta premierement en Aegypte; que les peres receurent depuis en Judee ; et qui de main en main, par succession de temps, a esté apportee en France. » Il sembla, à le veoir, qu'il eust parlé encores plus long temps, s’il eust peu: mais il finit, priant son oncle et moy de prier Dieu pour luy : « Car ce sont, dict il, les meilleurs offices que les chrestiens puissent faire les uns pour les autres. » Il s’estoit, en parlant, descouvert une espaule, et pria son oncle la recouvrir, encores qu’il eust un valet plus prez de luy; et puis me regardant : Ingenui est, dict il, cui multum debeas, ei plurimum velle debere*.

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