‹ De l'amitié, MontaigneChapitre 9 sur 47 · La Fontaine, Fables, VIII · texte numérisé non relu

La Fontaine, Fables, VIII

2, École des femmes, IV, 6. 3. Rotrou écrit, par exemple :

L'ami qui souffre seul fait une injure à l'autre. à Mais l'amitié n'est qu'au second plan dans les tragédies du xvu siècle, où l'héroisme et l'amour occupent la première place.

plus cher; et tout ce qui lui restera de cette longue familiarité et de cette intime correspondance, c’est que l’on gardera un certain dehors, afin de soutenir pour la forme quelque simulacre d'amitié et quelque dignité d’un nom si saint, C’est ainsi que savent aimer les hommes du monde i.

Qui parle ainsi ? Ce n’est ni Pascal ni la Rochefoucauld ; c’est le même qui a écrit: « Le nom de l'amitié est saint par lui-même, et ses droits sont inviolables dans tous les sujets où elle se trouve ?; » c'est Bossuet. A plus forte raison comprend-on que Pascal s’écrie: « La vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. L'union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n’y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion. » Et la Rochefoucauld :

Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nousmêmes; c’est néanmoins par cette préférence seule que l'amitié peut être vraie et parfaite. Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts et qu’un échange de bons offices; ce n’est enfin qu’un commerce où l’amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner... La plupart des amis dégoûtent de l'amitié... Quelque rare que soit le véritable amour, il l’est encore moins que la véritable amitié #.

Et pourtant, qui le croirait? Presque seule entre les sentiments humains, l'amitié a trouvé grâce devant le moraliste implacable. On sent qu'il a été apaisé et consolé par l'amitié, celui qui ne craint pas de s’'infliger à lui-même ces généreux démentis :

Il est plus honteux de se défer de ses amis que d’en être trompé... On ne saurait conserver longtemps les sentiments qu’on doit avoir pour ses amis si on se laisse la liberté de parler souvent de leurs défauts. L’envie est détruite par la véritable amitié. Le plus grand effort de l'amitié n’est pas de montrer nos défauts à un ami, c’est de lui faire voir les siens... Quand nos amis nous ont trompés, on ne doit que de l'indifférence aux marques de leur amitié, mais on doit toujours de la sensibilité à leurs malheurs... Un véritable ami est le plus grand de tous les biens, et celui de tous qu’on songe le moins à acquérir. Il faut être facile à excuser nos amis quand leurs défauts sont nés avec eux et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités; il faut surtout éviter de leur faire voir qu’on les ait remarqués et qu’on en soit choqué; et

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