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lesquels la sensibilité est plus active, ou dont ) \ » réanimation est moinspesante, et le caractère plus6Ûr, plus franc, plus généreux.
On ne doit jamais avoir honte , dirent les cyniques, de ce que la nature prescrit quelquefois. Ils raisonnaient fort mal. La nature exige, il est vrai, qu'on cède à l'amour en de certains tustans; aussi m est-il où la pudeur ne s'oppose pas à ce qu'on fasse ce que demande l'amour, ou bien k ce qu'on en parle
librement. Dans des circonstances différentes, la manière de parler et d'agir doit aussi différer. Le plus inconstant des vrais besoins n'est pas un sujet dont, à toute heure, on puisse s'occuper impunément, et dont il soit toujours permis de s'entretenir dans les mêmes termes.
D'autres moralistes, au contraire, ont avancé qu'une femme ne conservait aucune vertu lorsqu'elle n'était pas entièrement soumise à la pudeur. Cela serait vrai, peut-être, si on parlait de cette pudeur qui fait éviter les abus inconciliables avec le plaisir ; elle a sa source dans le sentiment du beau , et lorsque ce sentiment s'éteint, l'homme moral n'est plus. Mais on entend la pudeur dans un autre sens, d'où résultentdes maximes étrangères à Tordre réel. On soutient qu'une femme qui agit avec quelque indépendance est toujours coupable, toujours dépravée. 11 peut arriver, sans doute, que le plaisir conduise au vice , et que , chez des esprits faibles , il en soit du fanatisme de la chasteté comme .du fanatisme des sectaires. Quiconque n'admet d'autre règle
que les conséquences de certaines opinions superstitieuses, est perdu sous le rapport moral, s il perd cette foi ; mais d autres seraient vertueux en renonçant à toute prévention. Tandis que ceux dont les principes étaient fondés sur des préjugés abandonnent tout en abandonnant la pudeur vulgaire , la seule* qu'on leur ait vantée, les femmes qui cherchent et qui aiment le vrai n'ont pas besoin d autre chose pour se conformer au devoir.
Non-seulement ce sont les femmes qui connaissent le mieux la vraie pudeur, mais elles sont assujetties en plus grand nombre à la pudeur prescrite; cependant, il ne faut pas attribuer uniquement à cette double impulsion la résistance , ou naturelle, ou équivoque, qui leur donne tant d ascendant sur les hoinmes. Nos institutions et nos usages font redou ter à beaucoup de femmes de remplir leur destination ainsi que la plupart le désireraient, et cette crainte les fortifie dans leurs pudiques refus.
Ils proviennent aussi de la loi qui op|>ose ,
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dans plusieurs espèces , les lenteurs des femelles à l impétuosité des mâles. De tels retards servent au plaisir, dont il faut bien alors que la pensée même s'occupe. Les femmes excitent davantage, au moyen de cette hésitation , l'ardeur qu elles aimaient à faire naître ; elles paraissent ne pas vouloir qu'on se borne à employer une force seulement suffisante , et il leur convient d'être poursuivies, même avec quelque impudence. De simples caprices ne seraient- ils pas interrompus , peut-être par un caprice nouveau, dont quelque rivale deviendrait l'objet? Elles attendent d'ailleurs qu'une volonté trop momentanée souvent chez l'homme, s'annonce comme assez expresse pour se prolonger presqu'autant qu'elles le prétendront elles-mêmes : ce sont des précautions secrètes, afin qu'on soit toujours bien préparé pour ce rôle qu'il ne faut pas remplir avec négligence.
Un avantage habituel de la pudeur est d'empêcher ce qui exciterait dans les autres des désirs qu'on ne devrait pas ou qu'on ne
\ mirait pas satisfaire. Très-souvent aussi on |>eut voir en elle un combat , variable comme notre organisation , entre une fierté d'abord exclusive et un autre intérêt personnel, qui pourtant fera subir la loi d'un maître. Quelque délicieuse que paraisse 1 impulsion de l'amour sensuel , il occasioue un jkîu de honte, en montrant que non-seulement on a besoin de ses semblables, mais particulièrement d'un d'entre eux. Il en coûte de descendre ainsi, par un eboix qui rentre toujours, sous quelque rapport, dans la loi commune, et d« ne plus pouvoir se préférer a tout autre , ce qu'avait fréquemment conseillé l'amour de soi.
Observée parmi nous, et portant l'empreinte de notre civilisation déjà ancienne, la pudeur ne peut conserver un caractère simple , que même on ne lui eût pas trouvé à tous égards dans les premiers siècles. Elle varie selon les lieux et selon les personnes. Toutefois les senti mens passionnés étendront ou fortifieront des désirs qu'une sévérité trop systématique voudrait seule proscrire. Malheureusement
lorsqu'on les verra supérieurs à tous les obstacles , on tombera dans cette autre erreur de les déclarer indépendans de notre assentiment , et on s'efforcera d'établir que des peuchans capables de faire oublier la pudeur étaient irrésistibles. Cependant l'attente de la volupté suffit généralement pour vaincre en un sens toute pudeur. Celle qui est acquise parait s'opposer tout-à-fait au plaisir; mais le prestige des jeunes amours la fait surmonter, et plus tard on s'écarte avec moins de difficultés encore de ces maximes de résistance lorsqu'on juge le moment convenable.
Dans les premières tentatives inspirées par l'amour , le doute du succès , l'incertitude quant aux soins à prendre , l'ignorance à l'égard des suites de ce qu'on éprouve , ces différentes causes , en rendant les vœux timides , donnent aux paroles, aux mouvemens, aux démarches, une grâce dont il restera toujours quelque chose , à moins que le sentiment des convenances ne s'éteigne totalement. On avait uue façon uniforme d'être habillé , d'agir , de
se présenter; il faudra un laugage différent , des manières, des attitudes nouvelles, et on craindra de surprendre ou d'être curieusement observé. Est-on certain , si on croit déplaire un seul instant, de ne pas rester confus, de ne pas paraître ridicule? Comment s'assurer <le l'approbation dans cette circonstance où les pensées peuvent être, les unes secrètes, les autres déguisées? L'amour sans expérience sera plein de circonspection. Alors la pudeur, rigoureuse et prompte à s'alarmer, ne négligera aucun expédient ; mais ensuite elle se réduira aux précautions non moins voluptueuses (pie naturelles qui la constituent essentiellement.
Celte ingénieuse délicatesse convient toujours à l'homme aimant : on la respectera dans les diiléi ens âges du monde. Souvent le peu de durée de nos attachemens provient de ce que la pudeur réelle n'est pas assez vigilante; souvent une familiarité déplacée dans le mariage même, une liberté indiscrète y introduit des dégoût* irrémédiables (39). Ainsi s 'allaiblissciit (dus douces inclinations. a\anl le total af-
ùtiblusenieat des désirs, ou avant que les besoins d\me famille naissante nous engagent à parler l'attention sur les objets plus arides Je nos longues sollicitudes.
Le trouble qui précède le plaisir n'en est pas une condamnation , c'est plutôt une suite de ta rapide diversité des impressions. 11 semble ^uVn cela on se trompe d\in commun accord. Ou écoute de certaines insinuations de l'amourpropiv ; on se laisse séduire au point de regarder tout avertissement de la pudeur comme le «ri d'une vertu surnaturelle que le ciel même prendrait soin d'opposer à l'incontinence, connue un témoignage en faveur des règles imaginaires qui , en exaltant quelques esprits , oui valu a la chasteté , ainsi qu'à la virginité , <W là pompeux éloges. >. ].>
%M eflets si multipliés de la pudeur ne patitraient pas contradictoires , si on ne perdait point de vue qu'elle est généralement suscitée jvnr plusieurs causes dont l'influence inégale dépendra de nos coutumes ou de notre organisation. Quelquefois une jeune femme n'as-
jure qu'à satisfaire ses incli nations maternelles; mais pour jouir de ces senti mens, il faudra en avoir connu d'autres, et il faudra même que des caresses affectueuses deviennent lascives. La pensée de ces assujétissemens humilie cette ame timorée : par une pudeur qui lui est propre, peut-être préférerai t-eile que les besoins du coeur n'exigeassent pas le concours dessens. Avec les mêmes opinions, elle cessera d'éprou- | er ceregret, lorsque des attachemens, qui ne 1 avaient pas subjuguée d'abord, lui auront fait négliger l'idée qu'elle se formait de sa propre dignité; le silence de cette sorte de pudeur sera donc un signe funeste. Mais si au contraire cette même femme désabusée, en aimant toujours la pudeur ne la trouvait plus incompatible avec le plaisir, peut-être dédaignerait-elle , dans une circonstance avouée par la raison , notre pudeur arbitraire , etee serait un triomphe de la |>ensée, une force particulière de la volonté. Cette sage indépendance peut élever l'ame, tandis que des faiblesses coupables, ou seulement irréfléchies , la dé-
gracieraient : il faut que la pudeur commande aux sens, mais que notre raison commande à notre pudeur même.
L'alliance des désirs et de la pudeur distingue l'amour chez la race humaine , dont quelquefois les perceptions et les idées semblent tenir de Finirai. La raison, qui est le fruit de ces facultés étendues, se refuse à tout plaisir blâmable, et, quand elle est dans sa force , elle fait recevoir avec discernement, avec les plaisirs modérés. En les admettant comme un bien, le sage préférerait néanmoins de grandes privations à l'amour dénué de pudeur. Les jouissances immorales sont odieuses à rhorame juste , et ses principes le prémunissent contre ce qui pourrait captiver d'autres caractères : la pureté de Tordre intellectuel doit être présente à l'esprit, au milieu même des nécessités de la vie animale.