DE LA POSSESSION
Il est des heures très-importantes dans la ▼ie d'une femme. Le pouvoir qu'elle doit obtenir alors sera précaire , et néanmoins elle peut l'ambitionner autant par amour-propre qbe par attachement. Pour faire naître cette occasion de régner , ou pour la saisir, il faut des soins continuels : cette circonspection ani-
mée , cette prévoyance de la part des femmes achève de les subjuguer elles-mêmes.
Dans ces momens dont le secret ne diminue la gloire jalouse qu'autant que les femmes le jugent à propos, lorsque la dernière espérance de r homme le rend encore soumis devant elles , l'art qu'elles mettent à la réprimer ou à l'autoriser , décide souvent à leur insu, et pour toujours , de ce qu'elles doivent espérer elles-mêmes . Souvent aussi la circonstance présente est la seule dont elles s'occupent ; il leur suffit alors d'être chéries comme si leurs bontés annonçaient des sacrifices, et d'être aimées éperdument lorsque enfin elles veulent ce qu'elles daignaient tout au plus souffrir, quand elles reçoivent ces caresses qu'elles pourraient encore repousser, quand elles partagent cette impatience qu'à peine on osait leur laisser entrevoir, quand il leur arrive d'écarter ellesmêmes les voiles qu'auparavant elles ne permettaient pas de déranger.
Ètes-vous d'un caractère trop faible pour ne pas chercher une sorte de force dans quelque
penchant impérieux , préférez du moins l'affection à laquelle l ame ne sera pas étrangère. Comparez à nos divers amusemens , à la profusion même des plaisirs , les premières journées d'un attachement mutuel, et, s'il tous arrive d'hésiter, ne prononcez plus le mot d'amour. Ce n'est pas vous qui trouveriez dans les bras d une amie 1 heureux délire des émotions les plus timides peutrétre,maisles plus désirables. Renoncez surtout a une idée très douce, très-séduisante, au pressentiment d'une longue union domestique, à cette joie qui se présente , vers l'instant du réveil , auprès de la femme qui vient de se donner avec sincérité (34).
Un Es]>agnol, résidant à Cumana, écrivait ce qui suit à une créole qu'il venait d'épouser, et avec laquelle il devait passer plusieurs
semaines dans une retraite préparée à une grande distance des établissemens de la côte (35).
« Depuis qu'il m'a été permis de t'aimer , j'ai cru au bonheur, mais aujourd'hui je n'en vois plus les bornes. Toute autre situation me semblerait pénible, et le passé n'offre plus de souvenir qui me suffise. S'il existait un engagement contraire, non, je ne t aimerais pas ainsi, et je serais moins heureux si ce n'était pas un devoir pour moi. Elle est inappréciable cette sécurité qui nous environne enfin, cette liberté d'aimer. Ainsi délivrée de sollicitudes, la raison même se livre aux désirs. L'honneur, la réflexion, l'espérance sont d'accord pour donner aux droits de l'amour une étendue que je ne connaissais pas. Tous les biens quelquefois répartis dans le cours de nos ans , je les trouve rassemblés dans ces biens irréprochables. Tu es parfaitement belle au milieu de cette harmonie que l'amour rend plus sensible. En te contemplant, j'admire ce
qu'il y a de divin, au jugement des hommes, clans la beauté de la nature : ces liens voluptueux sont destinés sans doute à nous faire pressentir un autre univers, et à développer, sur ce globe même, les nobles facultés d'une aine satisfaite.
» Il est yrai, ton sourire et ce regard inexprimable pourraient entraîner ma pensée dans les régions peu connues, dans l'espace qui nous est interdit ; mais ce que tu sais si bien aimer , les suaves odeurs, le calme d'une eau pure, le mouvement des brises, tout me ramène à toi. Non, il ne sera pas à craindre que des j>e usées plus sévères parviennent à m' éloigner ; mes idées sont trop jeunes encore , ou mes sensations trop fortes, et l'amour a chez moi trop d'impétuosité. La plus simple de ses faveurs est si précieuse, elle sera si bien sentie» et si promplement désirée ! Tu ne saurais parler, ou respirer, tu ne peux agir, tu ne peux vivre, sans que j'admire et celte grâce que rien n'altère, et cette mobilité qui la rend enchanteresse. Je retrouverai des merveilles
inépuisables dans ce prestige d amabilité que tu reproduis sans cesse. Durant les nuits de ces climats, au milieu des voix que la fraîcheur du soir, à l'entrée du désert, suscite dans les savanes et dans 1 épaisseur des forêts, je te verrai contente, mais secrètement agitée d'une peine qui embellit toutes choses. Bien tôt le souffle destiné à répandre au loin les parfums des vallons, déplacera les fleurs dont j'aurai couvert ton sein, et te laissera nue auprès de ton ami. Tes bras seront sans force; une mollesse involontaire en adoucira les refus,
et l'avenir nous apparaîtra comme une suite
de la volupté même. Puisamment émus par un sentiment indéfinissable de paternité, nous chérirons le trouble des sens. Tu applaudiras toi-même à l'énergie de la vie, tu voudras le plaisir que la nature a fait. Dans cet heureux égarement, seul charme qui puisse encore te manquer, tu recevras les émanations de l'activité mystérieuse qui donne un but à l'être vivant, et qui perpétue dans les siècles sa durée chancelante. »
DE QUELQUES DHTICULTES.
Dans des plaisirs on des drlassemens auxquels la pensée n'aura qu'une très-faible pari . tous pourrez vous livrer à l'impulsion préfente ; mais il n'en sera pas ainsi à l 'égard d'une volupté qui, s il était possible, ne devrait jamais être exclusivement sensuelle. L'amour a trop de pouvoir sur les imaginations
les moins fortes pour qu'il soit à propos de l'écouter sans réflexion, et sans des motifs de préférence. On comprendra tôt ou tard qu'il valait mieux y renoncer que d'y trouver de perpétuels mécomptes , et qu'il serait plus triste de n'en pas savoir jouir délicieusement quelquefois, que de prendre l'habitude de s'en abstenir dans l'attente d'une occasion meilleure.
Si de simples obstacles éloignent le but, ils peuvent le rendre plus cher,- mais le dégoût , en altérant les biens quand on paraît les obtenir , ne leur laisserait aucun prix. Dans les choses naturellement fâcheuses, de nouvelles peines ne font guère d'autre mal que de prolonger une situation d esprit à laquelle on s'est déjà résigné, ou accoutumé; si au contraire les chagrins naissaient de l'espérance même, cette amertume imprévue pourrait conduire au découragement.
Les hommes les moins bornés dans leur manière de sentir sont ceux qui éviteront le plus difficilement l'atteinte des afflictions humaines ; le moindre désordre en reproduira aussi-
tôt pour eux les sombres images. Êtes -vous doué de quelque génie, sou Yen t ce qui échappe presque à d'autres regards devient pour vous un indice de l'immensité qu'on apercevrait dans chaque combinaison de la nature, si on pouvait en suivre le développement. Des discordances que d'autres soupçonnent à peine vous frappent, ou vous importunent, et comme vous avez une idée plus juste des plaisirs, les plaisirs imparfaits ne vous satisfont pas. Néanmoins, si votre ame est forte, vos goûts ne sont point recherchés ; mais dans la simplicité peu ordinaire qui les caractérise, ils supposent des circonstances très-favorables. L'attention ingénieuse que vous y donnerez dès lors, et que les qualités mâles n'excluent pas, doit plaire souvent au sexe dont l'amabilité se soutenant jusqu'au milieu des sensations imprévues , et jusque dans les mouvemens involontaires, parait être une continuelle inspiration.
Ce serait réaliser l'impureté tant de fois attribuée aux jouissances des sens que de vouloir s'y livrer dans les occasions où l'oubli de i. 16
nos misères deviendrait un nouveau signe d'abaissement. Lorsqu'on ne peut espérer de faire naître des désirs, on ne doit pas prétendre à ce qui n'a de prix que dans une mutuelle ardeur (36). Rien n'est indifférent, ni la manière ou le lieu, ni la vérité des sensations, ou Taccord des seutimens. Il ne faut pas exiger une convenance absolue au milieu de la confusion où nous sommes; mais il convient de rejeter ce qui ne pourrait pas laisser quelque souvenir toujours agréable, et même de s interdire ce qu'on a jugé imprudent lorsqu'on était plus calme.
L'examen , la modération , les scrupules , sont d'une grande importance dans l'intérêt même de la volupté. Sans ces entraves apparentes, elle s'affaiblirait ou se corromprait. Chez les hommes, c'est d'un désir impérieux , c'est de la surabondance des forces que résulte l'amour : les femmes doivent comprendre que celle qui se donnera trop souvent sera bientôt moins aimée.
Si, par reflet d'une réserve ordinaire chez
ceux qui sont instruits d une partie des conséquences de chaque chose , on ne suit pas également les diverses indications de la nature, ce sera pour lui obéir dans les points essentiels. On ne lait pas toujours précisément bien ; mais c'est dans le dessein d'échapper à des inconvéniens plus graves. L'irrégularité de ces soins ne s écarte pas autant des lois morales , interprétées sans prévention , que l'abstinence opiniâtre religieusement prescrite à des cénobites . dans différentes contrées. La nature elle-même a ses exceptions apparentes qui proviennent de ce que chacune de ses lois n'est pas l'unique loi. Des règles inflexibles ne seraient point selon la nature qui , au contraire , en multipliant les încidens , et en opposant les circonstances, a rendu le discernement nécessaire dans la pratique de la vertu. Souvent on parait ne pouvoir éviter quelque faute; si alors, dans la simplicité du coeur , on fait un choix entre des actions défectueuses sous de certains rapports , le mal qu'on juge le plus léger deviendra sans doute excusable (37). ,
Plusieurs moralistes soutiennent néanmoins qu'on ne doit rien tolérer d'imparfait. Quelques-uns de ces hommes austères n y ont pas songé sérieusement , et il est à craindre que les autres n'aient deux morales. Dans quel pays connu peut-on, avec certitude , se conduire bien à tous égards? Où pourra- t-on se conformer en même temps et aux fins premières , et aux principes consacrés par les lois, ou adoptés par 1 opinion , d'accord avec la susceptibilité de l'honneur? L'art de bien faire n'est pas chimérique; mais il n'est autre que l'art de faire le moins mal possible.
Il doit arriver souvent qu'une femme ait de justes motifs de ne pas se marier. Comment restera- t-elle alors exempte de tout blâme? Une continence rigoureuse a ses périls , et suppose des résolutions bien fermes. Est-il juste d'ailleurs de souffrir des privations perpétuelles et gratuites ? Se bornerait-elle secrètement à quelques faiblesses qui apaisassent le trouble des sens? Mais de telles habitudes, se dira-t-elle, s'éloignent plus des \p\s naturelles que les
situations ordinaires ne semblent l'autoriser. Peut-être croira -t-elle praticable de former des liens , eu exigeant une précaution , une réserve qui, sans être bonne, lui paraîtra moins étrangère à Tordre universel que d'auli es soulage mens , et moins opposée à la raison qu'une conduite irréfléchie par laquelle on tromperait les autres, ou on se perdrait soimême (38).
Entraînée par ses propres émotions , une femme oublie quelquefois ses intérêts les plus durables; elle est même exposée à demander , dans de tels momens, qu'on abandonne une prudence dont elle ne sent plus la nécessité. Cette déraison chez des femmes libres ne parait pas absolument condamnable; elle peut plaire à rhomme, sans en être approuvée. Mais abusera-t-il de ce plaisir qu'une fetmne consent à recevoir de lui? voudra- t-il qu'elle s'en repente le reste de sa vie, qu elle en soit consternée dès le jour même? Une femme peut céder à des mouvemens naturels qui ne lui sont interdits par aucun engagement , elle peut
être ainsi vaincue parce que les qualités aimables sont presque les seules qu'on exige toujours de son sexe; mais celles de l'homme sont plus mâles, et là où elle ne serait que faible , l'homme serait inexcusable. Quand on ne hasarde que sa propre tranquillité , ce n'est pas une faute grave ; mais c'en est une d'immoler à notre peu de retenue la sûreté d'une personne qui doit nous être chère.
Ce ne sera pas avec des soins équivoques qu'on pourra rendre indifférent un acte devenu si redoutable dans nos mœurs. Il est des situations où le parti le plus louable serait de se résoudre à la continence ; mais lorsqu'on y substituera d'autres précautions, il sera très-imprudentde n'avoir qu'une prudence incertaine. Pourquoi faire dépendre du sort ce qu'on pouvait rendre infaillible? Nul doute que cette réserve ne soit très-gênante pour l'homme. Cependant il ne doit jamais perdre de vue que ce ne serait pas une simple inadvertance de manquer à ce qu'on aurait promis, et que la légèreté s'accorderait mal avecdes fonctions viriles. Dans
liutimilé, le |>artage des hommes est la vigilance et la protection ; il serait révoltant que la perte d'une femme fut l'ouvrage de celui en qui elle espère. Comment reconnaître alors le caractère de r nomme qui, sous l'épée de l'ennemi, ne demande rien, ne dit rien de contraire à r honneur, au moment même où les ombres funèbres vont le séparer de cette réputation qu'il ambitionne encore? Partout c'est une lâcheté d'accorder à l'intérêt du moment ce que la raison condamne. S'il faut, au milieu des transes de la mort, s'attacher pour soimême à ne pas avilir ce qui échappe, est il inoins juste, dans l'extrême volupté, est-il plus diflicile de penser à l'avenir pour l'amie qui nous reste? Quanta l'homme qui dirait : LUc ne me restera point, et je ne songe guère aux suites, parce que je ne la possède qu'avec le secret dessein de l'abandonner , cet homme deviendrait un véritable criminel ; la seule réponse u lui faire, s'il était |M>ssi)>lc, serait celle dont les tribunaux sont chargés dans d autres occasions.
Cette crainte que la maternité hors du mariage inspire aux femmes, et un autre motif non moins étranger au sentiment de l'amour chez les hommes, que digne des recherches d'un penchant suranné , ont fait naître la fantaisie d agir avec une femme comme si elle n'en était pas une. La première de ces raisons serait la seule qui parût mériter qu'on s y arrêtât. Quelques femmes l'auront regardée comme une excuse suffisante , parce qu'elles ne pouvaient obtenir autant de sécurité en s'écartant moins de ce qui seul est naturel; leur malheur a été de céder à des hommes qui leur inspiraient peu de con6ance.
11 est enfin des considérations étrangères à l'ancienne doctrine descasuistes, mais dont Tordre social ne permet guère l'entier oubli. Elles paraissent trop négligées, particulièrement dans les classes indigentes. Suffit-il que l'union ait été sanctionnée par les lois, pour qu'il convienne de multiplier les enfans au gré du sort ? Est-il à propos de les faire naître, sans pouvoir espérer que la vie ne sera pas un fardeau pour
eux, bien que peut-être ils ne doivent jamais en éprouver les plus profonds ennuis ? Il est vrai que cette population nombreuse a été appelée l'orgueil des états (39). Elle est enfantée, comme elle vivra , comme elle agira , sans règle, sans utilité, saus discernement. Voilà l'homme, ont dit quelques publicistes. En effet, voilà ce que deviennent les hommes. Tels devaientètre vos fruits, industrie aveugle, frivole prospérité, politique immorale!
DUS DKVOIRS.
Evitons le mal , c'est tout le secret du bonheur public et du bonheur personnel. Puisqu» notre joie et nos vœux n'ont point de stabilité, nos souvenirs seuls deviendront importons : craignons de les attrister à jamais. Quelle que toit l'impatience des désirs , les erreurs seraient contraires à ces désirs mêmes Restons
irréprochables , voilà le bien qui subsiste. L'illusion du présent ne subjugue guère que le premier âge. Nous serait-il bon de porter le trouble dans les impressions intimes , et d avoir en perspective une saison manaçante. Mortels incertains de ce que nous devons être, prolongeons les salutaires mouvemens de l'espérance jusqu'à la fin de notre automne, que pourra suivre un printemps inconnu.
Mais est-il facile de discerner ces voies naturelles , les seules où on jouisse du repos du cœur? La règle dont on avait le plus besoin est souvent obscure ; plusieurs parties de la morale sont encore dans le vague , et on s'occupe peu de terminer des incertitudes trop commodes à quelques égards. On aime d'ailleurs à supposer suffisamment éclairci ce qu on ne peut ignorer tout-à-fait. Nul ne met en doute s'il a bien pénétré ce que chacun devrait être en état de comprendre , et nul ne se hâtera d'examiner en particulier ce qui , étant d'une importance égale pour tous, sera, tôt ou tard, décidé saus lui. Les changement
qui se font dans les langues peu cultivées donnent un exemple de cette altération que subissent les idées du vulgaire, quand on cesse d'en rappeler les principes , parce qu'on les regarde comme établis assez fortement pour être abandonnés à Ja direction ordinaire des esprits.
Ce qui semblait embarrassant ou contradictoire se distingue mieux quelquefois lorsque enfin on l'explique de la manière la plus simple. On pourrait obtenir cette simplicité en remontant aux notions naturelles ou primitives. 11 n'est pas impossible que les hommes s'arrêtent un jour à ces premières notions, et que, las de tant d'efforts, ils prennent le parti de régler presque tout avec facilité.
La vraie science est la morale. Un homme absolument isolé se livrerait sans péril à des impressions subites ; mais nous , que tant de rapports enchaînent, nous devons réprimer beaucoup de désirs qui seraient irréguliers et indiscrets, ou qui même deviendraient criminels. L'entière connaissance des actes ou des
vœux légitimes est la seule étude dont rien ne dispense l'homme sage. %
La morale n'est que la justesse. Tout devoir est proportion et mesure. Platon appela celui qui règle toutes choses l'éternel Géomètre. Pjthagore parait avoir répété, d'après des Orientaux , que les vices et les crimes sont des erreurs de calcul. Il faut être bon , mais avant tout il faut être juste : on peut tolérer celui qui ne fait pas le bien , mais celui qui fait le mal se déclare notre ennemi en se montrant l'ennemi de Tordre. Comme nous avons, relativement à la société, des penchans utiles et des penchans vicieux , et qu'on est moins porté généralement à combattre à propos ses penchans, qu'à les suivre, quels qu'ils soient, les hommes incapables de tout mal sont beaucoup plus rares que ceux qui prennent quelque habitude de bien faire : c'est
tiennent non-seulement le sage , mais aussi le véritable homme social. Le plus impérieux des préceptes doit être celui de ne jamais nuire.
« Assez de gens, parai lavoir dit Salomon, firent remarquer leur générosité , leur humanité , leur bienfaisance , mais où trouver un homme fidèle et vrai? » Le point essentiel est de ne faire volontairement rien de condamnable; nous entreprendrons ensuite le bien que nous permettront et les circonstances , et le développement plus ou moins heureux de nos facultés.
Le bien , c'est la jouissance réelle ; le mal , c est la douleur (4o). Mais le bien et le mal ne se trouvent pas en nous seuls. Nos devoirs sont peut-être relatifs à tout ce qui est capable de souffrir , ou de jouir , et ils s'étendent expressément à ce qui compose notre espèce. Les rapports dans Tordre moral seront toujours plus étroits , plus nombreux, plus compliqués entre les êtres dont l'organisation présentera une frappante analogie. Pour chacun de nous le bonheur dépendra surtout de l'élévation de l ame , de la sincérité du cœur , de ( équilibre des forces , de la vérité des principes; mais ln perfection du corps social cou-
sîstera dans une juste prôpor lion entre les sacrifices que les particuliers auront à Élire légalement , et l'avantage qu'ils recevront en compensation , comme membres de la cité.
Les devoirs sont plus évidens et plus étendus parmi nous, en proportion de nos liens. Ces devoirs deviennent plus grands entre des amis intimes , des parens , des compatriotes ; se trouveront-ils sans force entre un bomme et une femme qu'unissent les rapports de l'amour? Si le désir du bonheur est le principe visible de toutes les obligations , comment les croire légères ou indifférentes dans une liaison formelle qui peut occasioner tant de jouissances et tant d'amertume (40-
Ce qui n'est pas injuste ou imprudent , ce qui n est pas nuisible aux autres ou à nousmêmes t ne paraît point contraire à notre nature. Ce qui n est pas étranger aux besuins naturels des hommes associés doit être avoué par la raison. Chercher au-delà une base plus secrète pour la vertu, c'est se livrer à des subtilités, ou se laisser égarer par le fanatisme.
Dans Tordre ordinaire , l'homme le plus éloigné du mal sera peut-être celui qui cherchera franchement et sans honte tout moyen de jouir sans avoir à craindre aucun remords.
Les plaisirs que l'amour a pour but diffèrent tellement , selon les circonstances et les personnes , que nos maximes à cet égard seront bientôt altérées, si chacun les interprète selon ses inclioationsavec trop d'indépendance. Que sera-ce si les règles qu'on établit fournissent contre elles-mêmes de nombreux prétextes , ou même des motifs légitimes? Au lieu de concilier les difficultés , on a augmenté la confusion par d'inutiles rigueurs. Maladroitement sévère , cette doctrine est tombée en <1< suétude , et on ne peut s en féliciter L'usage a prévalu contre la loi , ce qui n est pas moins immoral qu'impoli tique. De peur de mal faire, vous ne suivrez pas F usage; mais vous ferez mal encore en suivant la loi.
Sans l'accord des lois et des coutumes , la dépravation, ou du moins Y inconséquence , chez la plupart des hommes, devieut inévii. il
table. De toutes les habitudes actuelles dans une grande partie de l'Europe, les moins fondées en raison peut-être sont celles qui concernent l'amour. Il serait difficile de porter plus loin, dans les relations civiles, la duplicité , l'injustice , et même l'ignorance des devoirs. Ces infractions, sur lesquelles on prend le parti de fermer les yeux , auront pourtant chaque jour des suites très-graves , ne fût-ce qu'en accoutumant au désordre l'âge où le caractère a encore besoin de se former.
Pour excuser d'après une morale admise chez quelques peuples, pour justifier dans la société les écarts les plus coupables , il suffit de faire croire qu'on éprouve une vive passion. La perversité même n'eût rien imaginé de mieux : celui qui veut être faible n a besoin que d'alléguer, eu style un peu burlesque, l'ardeur de sa flamme. Mais comment la passion ferait-elle d'un crime une action indifférente, et comment, au contraire, le silence du cœur rendrait-il inexcusables tous les caprices des sens? 11 est plus difficile en effet de
résister quand on aime, mais ce n est pas <le la facilité que dépend l'obligation. Un meurtrier osera-t-il dire qu'il haïssait trop sa victime pour qu'on doive lui reprocher de l'avoir poignardée? Surpris ou non par un sentiment passionné , nous avons les mêmes devoirs : n attaquons les droits de personne, et, quant à nous-mêmes , ne compromettons pas en une heure le repos de ces années futures qu'il faudrait préférer au présent par la raison seule que le présent sera détruit quand l'avenir s'écoulera. '
il importerait de ne jamais former une liaison sans examiner , dès les premiers instans, si on pourra, si on devra la prolonger, et sans reconnaître qu'elle conduira sans doute aux rapports intimes qu on s'en promet d'abord plus ou moins ouvertement. Pourquoi tolérer en ceci la dissimulation, et faire sortir l'amour de la règle commune? N'est-ce pas une loi invariable d'être juste, d'être sincère; n est-ce plus la première condition d'une vie honorable?
Le plaisir est certainement légitime en luimême ; cependant , considéré dans toutes ses suites, souvent il cesse d'être bon, ou même il devient funeste. Sans droiture , le plaisir n'aurait ni valeur, ni durée. La justice au milieu des émotions heureuses est plus admirable que dans la discussion des affaires d'intérêt, et la retenue dans le plaisir est le plus bel attribut de l'intelligence des mortels.
Dans les occasions mêmes où nos institutions les autorisent , les jouissances ne sont pas toujours légitimes selon la nature. Elle voulut en soustraire quelquefois les organes à notre intempérance ; ils n'obéissent bien qu'au vrai désir , et notre volonté qui doit les arrêter souvent , ne peut pas constamment les animer. Ainsi les règles expresses dictées par la raison se borneraient à empêcher , ou à permettre. Elles peuvent défendre , mais il convient qu'elles n'ordonnent point, parce que, avant tout, il convient que les désirs soient mutuels, principe trop négligé dans le Coran.
Si 1 amour cessait d'être gracieux et timoré,
il pourrait devenir cruel. Le meurtre et le plaisir effréné ont une sorte d'analogie , que de funestes exemples confirmeront toujours. On trouve une même licence dans ces situa* tions qui, toutes deux extrêmes, contrastent ensemble, et on peut y porter la même audace. Quand la pensée est infirme ou qu'elle est extrême, tout semble se réduire à la grande question de la vie ou de la mort : en donnant à la fois Tune et l'autre, on se croira plus vivement ému.
La modération est recommandable, ou plutôt nécessaire, jusque dans le plaisir avoué par des lois formelles , et dans celui que procurent les sentimens les plus dignes d'estime. Des jouissances trop répétées altéreraient la santé intérieure, cet indispensable bien-être qui fait le contentement et la force de l ame. Elles énerveraient le génie; elles arrêteraient les mouvemens courageux qui doivent soutenir le cours des beures , et on verrait qu'on n'a substitué à des avantages réels que des a ni usemens bientôt fastidieux. La modération
n'interdit aucune jouissance qui mérite des regrets? Les plaisirs indirects de l'intimité se multiplient au-delà des bornes de toute affection extrême , et le simple bon sens préférera ce calme à la fatigue d'un amour jaloux qui prétendrait désirer sans cesse, parce qu'il douterait toujours. Dans l'intimité établie , affermie et confiante, l'amour donne plus que cette fête , un peu rapide , si heureusement nommée d'après les Orientaux lune de miel ; il prouve que l'agréable et l'honnête s'accordent quand l'agitation du cœur n'est pas déréglée.
Dans des engagemens durables, les sacrifices rigoureux imposés par la fidélité rendent le refus ou trop dur ou même injuste , et on semble y être privé d'un droit peu compatible avec les aveugles et strictes promesses de ces licnsindissolubles.D'uncôtélapertede ce droit, que F amour ne saurait méconnaître , parait si odieuse, et de l'autre, on abuserait à tel point de la faculté de refuser, qu'il faut peut-être s'abstenir de prononcer à cet égard; mais ces
difficultés Tiennent d'une des plus mauvaises institutions qu'ait pu suggérer un système de régularité dont Tordre naturel n'est point le fondement. Si le mariage n'était pas irrévocable, la difficulté s'évanouirait presque ; le droit de refuser subsisteraitavec les restrictions indiquées par l'attentivecondescendanceque nous devons avoir les uns pour les autres dans nos rapports domestiques.
C'est une imprudence trop commune , c'est presque un acte de folie de changer en source d'afllictioncequidevaitrépandresurnosannées une joie souvent très-vive, et plussouvent trèsdouce. L amour, subordonné à la raison distinguerait les véritables hommes de tant d'êtres abrutis ou insensés, qui paraissent conserver néanmoins une figure humaine. L'amour soumis à Tordre est une partie très-importante de toute sagesse particulière , ainsi qqe de toute vraie politique. Puisqu'il ne faut jamais se livrer à ses désirs quand la convenance morale ne les autorise pas, il sera juste et sage de les suivre dès qu'une raison éclairée le
permettra , et ee sera au législateur surtout à concilier les lois positives avec des besoins qu'on ne pourrait oublier généralement.
S'il est un sexe qui doive ou résister , ou cesser adroitement de résister , qui craigne en désirant, qui se défende pour ne pas paraître céder, ou pour ne céde^r qu'avec choix, et si on ajoute d'inutiles contraintes à cette réserve naturelle , ce sexe portera jusqu'à la ruse les précautions d'une conduite si cachée, si difficile. Mais quand il se servira de ces prétextes pour autoriser l'artifice et les subterfuges , quand il se permettra des mensonges , quel nom faudra-t-il donner à une adresse semblable , si ce n'est celui de trahison? Estce à l'avantage de Tordre moral dans les familles, est-ce pour leur sécurité que l'habitude de recourir à des déguisemens reste encouragée de diverses manières? Souvent les hommes y participeront , et, bien que leur rôle soit moins contraint, ils pourront aussi devenir faux , soit par réciprocité , soit pour affecter des sentiment romanesques.
Nous ne rendrons aux mœurs quelque pureté qu'en ne laissant jamais à la perfidie les excuses qu admet une société frivole. On remarque que dans un des principaux états de l'ancienne Grèce , le séducteur d'une femme mariée était puni avec plus de sévérité qu'un homme coupable de viol. Le législateur avait considéré que le premier de ces délits occasionait plus de dépravation; mais dans nos siècles , avec des intentions droites , à d'autres rgards , et ce qu'on appelle un bon cœur , on ne s'abstient pas toujours de séduire une femme mariée, ou de tromper une jeune fille. Ce travers d'esprit peut être attribué aux institutions mêmes qui t en aggravant sans mesure les conséquences de simples irrégularités, ont dérangé les proportions naturelles dans l'idée des désordres. Le moment viendrait où on obtiendrait presque tout de la plupart des hommes si on savait en exiger moins, si on ne comptait pas pour trop j>eu de chose sur la terre leurs tins terrestres.
Cependant les plus mauvaises coutume*
doivent être observées toutes les fois qu'on risquerait de faire une victime en se permettant de les rectifier. Elles se changent en loisir quand les autres hommes nous croient disposés à les reconnaître pour telles , quand nous voyons qu'ils comptent sur notre exactitude à les suivre. Vous serez justement accusé de duplicité , si , après vous être conformé aux usages, ou à de certaines règles, tant que cela vous était favorable, vous venez ensuite alléguer l'imperfection de ces règles, la bizarrerie de ces usages , pour vous soustraire aux obligations que supposait votre conduite. Il est d ailleurs contraire au but de l'amour de sacrifier les droits de qui que ce soit, et surtout d'immoler la femme même pour qui on devrait tout faire, de qui on attend beaucoup, et qui peut-être ignore ces dangers.
Ilest, dit-on, des circonstances où on déguise la vérité par ménagement. Singulière discrétion qui prolonge 1 infidélité au moyen de l'imposture ! Est-ce réparer ses fautes que de les taire à ceux dont celte dissimulation com-
promet chaque jour les intérêts , et avec qui on a juré d'être lié saus réserve? Par quelle subversion d'idées une femme parviendral-elle à regarder comme une attention louable de ne pas détromper celui qui s'en rapporte k elle , ou de le réduire, s il est moins complaisant, à une perpétuelle défiance ? Les interprétations équivoques, les disputes, Fart insidieux des vaines confidences, ou des éclaircissemens éludés aussitôt que promis , sont à la fois un grand tort et un grand malheur : cet artifice s'accorde mal avec les libres mouvemcns de Kame, avec les épanchemens que toute liaison doit susciter chez l'espèce qui s'élève jusqu'au vrai.
Ou s'avilit de part et d'autre quand on a la faiblesse de recourir à ces expédiens qui, malgré de tristes succès momentanés, ne sont réellement que des causes de discorde. En parvenant à tromper, on détruit surtout ses propres avantages. Celui qu'on veut abuser Jans des rapports durables , perd aussi quelque chose de sa diguité ; il croit devoir sas-
su je tir à des précautions au milieu desquelles il est rare de se conserver pur. Cette fausse prudence n'inspirera que des soupçons et de l'inquiétude , dans les occasions mêmes où le cœur devrait trouver plus d'indépendance. Ceux qui , jeunes encore, se livrent avec franchise à des penchans qu'ils supposent mutuels , se verront bientôt dupes, et ne tarderont pas à 6e venger, en quelque sorte, dans d'autres rencontres. C'est l'équité des
petits esprits , l'équité de la multitude. Les caractères parfaitement droits ne sont pas nombreux , et on se persuade que leur exemple serait difficile à suivre. Beaucoup d'hommes se conduisent par passion; ils s'autoriseront de la prétendue justice des représailles , comme si le mal qu'on a éprouvé ne devait pas, en rendant tout mal plus sensible, détourner plus sûrement de contribuer au malheur des autres.
L'expérience ne suffira presque jamais à ceux qui sans elle ne seraient pas disposés à écouter la raison. L'expérience ne donne guère
que des avertissemens défectueux , qui même en frappant les têtes faibles, les égarent encore. Klle est d'ailleurs trop tardive , et ceux qui ne reçoivent de leçons que d'elle , n'apprennent rien en effet, ou semblent ne s'instruire que pour un autre monde. L'honnête homme ne se bornerait pas à n'avoir point d'intentions méprisables ; comme il craindrait de nuire, il songerait d'avance à l'issue de ses entreprises, et il saurait que le défaut de réflexions, la légèreté, 1 oubli des devoirs, produisent souvent autant de mal que la perversité même. Un homme de ce caractère ne suppose aucune circonstance où il soit permis de tromper : cette vile ressource lui étant interdite , il lui importe de ne pas trop s'engager , et de ne point s'imposer des obligations qu'il n'ait pas bien prévues.
Les suites de la mauvaise foi dans les relations de l'amour sont souvent irrémédiables. La plus odieuse perfidie restera inconnue ; il sera de 1 intérêt de l'opprimé de ne rien dévoiler. Le ressentiment peut aussi faire dégé-
nérer les premières hostilités en une guerre opiniâtre; les uns s affranchissent alors de tout devoir, et les autres, en se croyant moins coupables, profitent des abus qu'ils trouvent établis. Dans les relations d'intérêt, celui qui manquerait à sa parole pourrait être atteint par la loi , et tout homme puni étant déshonoré, l'opinion même condamnerait la plupart de ceux qui violeraient leurs engagemcns. Au contraire, dans ces communications des sexes , les intrigues les plus criminelles échappent aisément aux sévérités de la justice. Le plus fourbe des hommes pourra se soustraire à tout châtiment légal , et dès lors il n'aura guère à craindre dans le monde d'être déclaré, ou même d'être réputé infâme.
Voulez-vous une règle morale ? Vous la trouverez dans la nature des choses ; avec un cœur docile et une pensée impartiale , vous l'y découvrirez. Mais s il vous suffit de conserver des dehors au moyen desquels vous soyez reçu dans la société , ou , en d'autres termes, si vous aimez à vous couvrir d'appa-
rences dont vos penchans honteux puissent s'accommoder secrètement, vous vous abandonnerez à l'usage, vous en suivrez les écarts, vous partagerez la vaine excuse des gens qui entreprennent de justifier tout ce qui les passionne. Il serait utile de consulter l'opinion, et souvent il est à propos de ne point la braver; mais U conviendrait de ne pas suivre en aveugle les devoirs chimériques qu'elle adopte, et il faudrait ne se permettre jamais ce qu'elle tolère si complaisamment. Sera-t-elle plus sûre, plus juste, lorsqu'elle souffrira qu'on sacrifie le repos ou l'honneur d'une femme, que quand elle autorisera , quand elle prescrira le combat singulier? On obéit servilement à l'opinion du jour , lorsqu'on n'a pas cherché un soutien dans la raison même. Ainsi s'altère la beauté de l'ordre moral ; ainsi se perdent les consolations qui pouvaient affermir la vertu chez un grand nombre d'hommes.
NOTES
NOTES
t. (Page 30).
Parmi nous Tordre civil n'étant moral que très-imparfaite - , et pour suppléer à la force quand elle cesse de veiller , les affections particulières ont conserve une égoïste indépendance. Au milieu même de ce désordre, il faudrait songer à prévenir l'aveuglement des passions , afin de n'être pas réduit sans cesse à de vains efforts pour en arrêter les écarts. C'est principalement dans cet éMt de choses . dont le terme est Hoi-
gué , que nous avons à examiner les diverses convenances relatives a l'amour.
Ce point de vue , le plus frappant , n'exclura pas les idées relatives à ce que l'amour serait dans d'autres institutions , ou même à tant de maux que les passions produisent aujourd'hui. Il faudra donc , comme on l'a déjà fait observer , un peu d'attention pour entendre de certains passages , qui sans cela ne paraîtraient pas entièrement d'accord, et pour voir à quelle considération générale chaque chose se rapporte.
NOTE ». ( Pape 32 ).
La matière visible , et vraisemblablement inerte , se trouve unie à des substances dont les propriétés sont presque toutes impénétrables. La lumière elle-même ne resterait-elle pas inconnue de nous , si elle n'était jamais réfléchie %\on de certaines lois ? On a découvert des fluides ignorés de l'antiquité. Beaucoup d'autres peut-être servent d'intermédiaires entre la partie corruptible de l'être vivant , et la substance insaisissable qui l'anime. C'est une jouissance, chez les divers animaux, de contribuer à former ce lien , d'en déterminer le moment. Tout germe parait disposé de manière que, dans une situation donnée, de certaips fluides s'y introduisent. A la suite du
premier développement cause par eux , d'autres fluides seront appelés pour ainsi dire , en raison de l'analogie graduelle de ténuité ou d* énergie. Quand cette combinaison s'achève la vie est produite. Si l'organisation est plus compliquée, l'intelligence se manifeste , et ensuite le travail même de cette inteJligtocr peut contribuer en secret à maintenir l'harmonie. Sans doute chez l' homme la fatigue de la tète affaiblit promptement le corps ; mais le principe intelligent ne devant pas dinercr du principe de vie , l'exercice soutenu de la pensée , pourvu qu'il soit réglé , servira quelquefois à prolonger un peu la vie qu'il aura d'abord ébranlée.
KOTE 3. ( Ps«e 38 ).
a L'amour fondé sur l'estime, a dit M. Jay, avec une simplicité qui est fréquente chez lui , parce que c'est l'ornement naturel d'une gaande justesse, l'amour fondé sur l'estime élevé les gommes dans une région supérieure , et les rend capables des plus belles actions. Celui qui veut plaire à une femme vertueuse... ne trouve au fond de son cœur que des sentimens généreux... II voudra se distinguer, quelque carrière qu'il ait a parcourir , et la société retirera mille avantages de ce sentiment. » ( Glaneur ).
a Aimer , c'est être porte à prendre du plaisir dans la perfection , bien , ou bonheur de l'objet aime'. Nous n'aimons point proprement ce qui est incapable de plaisir ou de bonheur. L'amour de bienveillance nous fait avoir en vue le plaisir d'autrui, mais comme faisant, ou plutôt constituant le nôtre ; car s'il ne rejaillissait pas sur nous, en quelque façon , nous ne pourrions pas nous y intéresser , puisqu'il est impossible qu'on dise d'être détaché du bien propre. » Ce sont les expressions deLeibnitz, sur l'Entendement humain, ch. xx du Lit. II.
» Il y a dans l'ame une force qui, la portant hors d'elle vers l'idéal, tend à l'union; c'est l'amour pris dans le sens le plus étendu. » (Hemsterhuys. )
a Un homme d'esprit, quand il aime , sent mieux tout ce qu'il y a d'élevé , de riant et d'attendrissant dans la nature. » ( La Solitude, par Zimmerman. )
» Si vous voulez déployer l'amour, et le considérer un peu de près, à découvert, à peine trouverez-vous une autre affection qui ait ni les douleurs plus aiguës, ni les joies plus véhémentes , ni de plus grands extases et ravissement d'esprit. » (Plutarque, dans les Sjrmposiaques. )
Mademoiselle Scudéri dit que la mesure du mérite se tire de l'étendue du cœur et de la capacité d'aimer. ( Réflexions sur les femmes , par madame de Lamdert. ) On peut beaucoup abuser de ce passage qui exprime pourtant une vérité. On a été jusqu'à prétendre , soit dans l'ordre profane , soit dans les doctrines mystiques, qu'aimer était la première loi.
■ Non, l'amour n'est point ce fantôme théâtral qui se nourrit de ses propres éclats, se complaît dans une vainc représentation C'est encore moins cette froide galanterie qui se
joue d'elle-même et de son objet... ou cette métaphysique subtile qui , née de l'impuissance du coeur et de l'imagination , a trouve le moyen de rendre fastidieux les intérêts les plus chers aux âmes véritablement sensibles. Non , ce n'est rien de tout cela. Les anciens, sortis à peine de l'enfance sociale , avaient , ce semble, bien mieux senti ce que doit être, ce qu'est véritablement... ce pcnehafll impt-i n u\ (l,in> un cl.it de choses îutnreJ : ils l'avaient peint dans des tableaux... plus simples et plus vrais.» (Rapports du physique et du moral de l'homme. ( einsjaièmc mém. Cabanis.)
« Encore que le mariage fasse un bon usage de la concupiscence , elle est néanmoins en soi toujours mauvaise et déréglée, et il n'est pas permis de l'exciter ni dans soi-même oi dans les autres. On doit toujours la regarder comme le honteux dkt^bi péché , comme une source de poison capable de nous mlortfr à tout moment, si Dieu n'en arrêtait les mauvais effets. » Nicole, dans le traité de la Comédie , tome 111 des Essais. Ainsi ce qu'il serait impossible de retrancher de l'ordre social Je plus pur, ce qui est indispensable pour le propager, se trouve pourtant mauvais en soi , et vous avez un sacrement institué pour tirer parti d'un dérèglement , pour consacrer un potsou ! U embarras de Nicole se fait sentir surtout dans « tt< phrase : « Le mariage règle la concupiscence , mais il ne U rend jus réglée. »
C'est par erreur qu'on allègue contre l'amour l'autorité de Bacon. Ils ne dit point que les grands hommes n'ont pas connu l'amour; mais il observe que chez les anciens, l'amour n'a pas subjugué les hommes illustres, à l'exception de Marc- Antoine. Ce soldat fameux n'était pas un grand homme. Bacon ajoute , il est vrai , que l'amour corrompt et deshonore l'espèce humaine ; mais cela ne petit s'entendre que des crimes ou des folies qui deviennent les abus de l'amour. Bacon n'a pu regarder comme déshonorante une inclination qu'il serait impossible de ne suivre jamais. Des hommes de génie ne se laisseront pas dégrader , mais ils seront quelquefois ranimes par ces senti mens que la raison doit régler avec vigilance. C'est l'homme vulgaire qui se livre en esclave, sans examiner même quel est le degré de sa servitude, et sans comprendre que le charme dégénère en folie quand on le subit sans réserve , quand la raison en est accablée.
On lit dans les Études de la nature : « Toute maîtresse
fut adorée, tout amant fut idolâtre Ils ne voient rJhisli
mort. L'amour les transporte dans les siècles infinis , et la mort ne leur paraît que le moyen d'une réunion éternelle. » Nous éprouvons en effet dans l'amour un sentiment de perpétuité , parce que 1' amour renouvelle les générations. Nous nous attribuons confusément quelque chose de cette longue durée , quand nous rencontrons les individus qui , d'après nos penchans , doivent contribuer avec nous à cette prolongation indéfinie.
M)TB 6. (PaCc 39).
I*es hommes s'attachent moins , dit-on , à la réalite de l'objet qu'à l'image arbitraire que la prévention y substitue, a Ainsi, ajoute-t-on dans Y Encyclopédie ( article Amour ), l'objet des passions n'est pas ce qui les dégrade , ou ce qui les ennoblit , mais la manière dont on envisage cet objet. » Cela peut être jofte quant aux premiers mouvemens du cœur ; mais ensuite, l'illusion s'affaiblissent, on aperçoit des choses qui devraient déplaire, et auxquelles il faudrait ne prendre aucune part. Cependant elles ne semblent pas de nature à forcer de rompre, et insensiblement on s'y habitue; c'est ainsi que se commit- ■îquent les goûts, les manières, et jusqu'aux inclinations principales de ceux qu'il ne convenait pas d'aimer.
Éprouve ton cœur , avant de permettre à l'amour d'y séjourner s disait l'école de Pythagorc; le miel le plus doux s'aigrit dans un vase qui n'est pas net. »
IUOTB !• ( Page 44 ).
Il est plus important pour l'individu de se conserver que de se reproduire; mais, dans l'ordre universel, la régénération de l'espèce est la première loi. Mous ne sommes a rot rg.inl
que les agens du développement successif des germes; ce ministère une fois rempli , nous devenons assez inutiles dans le monde vivant.
Sans doute ces sortes d'aperçus ne sont pas rigoureusement exacts; cependant quel contraste dans le mouvement de notre existence. D'abord toutes les séductions se présentent ; vous entrevoyez des biens inexprimables , et la vie qui vous a été proposée est si belle que vous vous hâtez de la communiquer. C'était là votre destination , vous étiez venus pour continuer la chaîne. Cela fait, vous êtes oubliés , ou repousses de toutes parts. Les heures, plus fécondes jadis , se pressent et vous poursuivent. Vous ne marchez plus , vous ne faites que passer, et les choses n'ont qu'une voix pour vous dire : Rangez-vous , retirez-vous !
NOTE 6. (Page 66).
« Par la suite l'expérience lui apprit, dit madame de Genlis (dans mademoiselle de Clermont), que pour les femmes , le véritable amour n'est autre chose qu'une amitié exaltée , et que celui-là seul est durable : c'est pourquoi l'on peut citer tant de femmes qui ont eu de grandes passions pour des boui- • mes avances en âge. »
Madame de Genlis semble avoir parfaitement compris que
l'amour m? peut être le même dans les deux sexes. Sous les diverses latitudes , les femmes ont surtout besoin de se sentir mère* , tandis que le plaisir est plus ou moins vivement l'objet des hommes, et qu'ils ne savent s'ils sont pères que par U grâce qu'on met à le leur persuader.
NOTE 7. (Pige 97).
Des naturalistes et des médecins observent qne dans quelques pays de l'Amérique et de l'Asie , l'évacuation périodique , regardée parmi nous comme indispensable chez les femmes, paraît n'être pas même connue. Ce ne serait donc qu'une sorte de nécessité factice produite le plus souvent par une nourriture surabondante.
Dans plusieurs lieux on encourait un blâme assez naturel si on se donnait à un homme pendant cette incommodité; mais les auteurs, quels qu'ils soient , du Pentateuque semblent être les seuls législateurs qui aient imaginé de punir de mort les deux conjoints.
NOTE H. (Pafîc H3).
h l^i continence est, chez beaucoup d'Européens, la vertu p.ir e\erllcnce; en quoi je ne les comprend»» pas, dit le Persan
Usbec , ne sachant ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien. »
La petite île de Sain , près des côtes les plus occidentales de l'ancienne Armorique , était gardée , dit-on , par des vierges , et elles ne furent par les seules que la doctrine sacerdotale condamnât alors à un célibat perpétuel. Cette île était peuplée exclusivement de femmes qui obéissaient à une sorte de règle religieuse ; mais sans doute il y avait pour la plupart des interruptions , quant à la chasteté , puisque divers auteurs ajoutent qu'elles se rendaient de temps à autre sur le continent. Les prêtres de la Syrie se mutilaient ; ceux de TÉgyptc , ainsi que les gymnosophistes, et, d'après eux sans doute, beaucoup d'autres sectaires orientaux devaient garder la continence. On prétend que la Thébaïdc , à l'époque de la plus grande ferveur, rassemblait quarante mille anachorètes.
Des millions de mortels des deux sexes , méprisant tout ce que la terre contient, voulurent y vivre en passagers. En effet, tout n'est que passage, et il se peut même que le trajet ne soit pour nous qu'une affliction. Mais , en suivant cette route incertaine, ne préférez pas, sans quelque motif très-sérieux, d'arides escarpemens à des sentiers moins incommodes ; la tempête du soir éclatera sur le front chargé de sueur, comme sur le front tranquille.
Quand on cessera de vanter une vertu chimérique , et de faire consister le mérite dans la difficulté , les rigueurs d'une juste continence différeront encore selon les sexes , mais en s'eloignant un peu des idée? actuelles. Sous de certains rap-
ports il Uni que les femmes s'imposent une règle plus sévère, plus absolue. Leur choix sera plus fixe, et leur retenue plus exacte , puisque c'est de leur conduite que dépendra la véri table légitimité' des enfans. Mais lorsque ces suites des plaisirs d ont point lieu, la loi redevient égale pour les deux sexes; elle n'est plus fondée que sur la force des engagemens , et sur d'autres convenances moins expresses. Renfermes dans ce cercle, les deux sexes ehangent de situation respective. Alors la continence devient plutôt un conseil qu'un précepte , et c'est iho* les femmes que les penchans voluptueux seront vus avec beaucoup d'indulgence. L'homme est surtout forme pour les travaux ; il doit seulement rencontrer le plaisir , et il doit trouver bon que la femme s'en occupe davantage. Ce sont les hommes qu'il fatigue , ce sont eux qui dans tous les temps devraient réprimer en |>artic leurs désirs. Quelquefois on prétend que les hommes sont tout-à-fait maîtrisés par leur passion iLni les premières années de la jeunesse. Mais ils sont tontines ainsi dans la servitude, parce que ayant trouvé agréable cet usage des forces de la vie, ils les ont laissées se porter de ce côté, au détriment des forces intellectuelles, et en risquant de déranger toute l'harmonie qui constitue l'entière vigueur. Ils u rdent à éprouver de la fatigue , mais c'est à cause de cette exaltation déréglée. Lorsque enfin l'abus les refroidit , ils se figurent que du moins il a fallu accorder une saison à la fougue de l'Age. Des années d'incontinence chez l'homme seront toujours punies ou par quelque mal visible, ou par quelque affai-
blissemcnt moral : peut-être même ne formera-t-on plus d'antre vœu que de continuer le rôle avilissant d'homme à bonnes fortunes.
NOTE 9. (Page t<5).
On se hâte de conclure de la découverte de M. Champol lion , relative aux hiéroglyphes phonétiques , que la plupart des monumens égyptiens appartiennent aux époques grecques et romaines , et que TÉgypte n'en contient pas un dont la con structura remonte à plus de trente-six siècles. Mais est-il bien certain que les monumens d'Ësné, de Phila», de Denderah aient été construits sous les princes dont ils portent les noms ? Les temples africains avaient-ils des inscriptions dans le principe ? N'aurait-on pas mis ensuite , sur un grand nombre dr ces édifices, les noms des Alexandre, des Ptolémée, des Ad riens , à l'occasion de quelque simple restauration , ou d'après des prétextes plus faibles encore. Si ces monumens t surtout ceux de la Haute-Égypte , étaient si modernes, comment se ferait-il que celte imposante architecture eût été particulière à la vallée du Nil , et que ni dans Athènes ou Corintbc , ni dans Alexandrie ou dans Rome on n'eût rien fait qui en approchât ?
\OTB 10. (P^eHH ).
Des sectes gnostiques ou theosophiques , nées dans l'Orient , vinrent , au temps de Carpocrate , mêler leurs idées aux mystères , sur le sens et l'expression desquels les chrétiens paraissaient encore indécis dans leurs principales écoles, en Égyptc. Tout en prétendant se ranger sous l'étendard que Paul avai* vivement soutenu, quelques-uns de ces théosophes vains, et impatiens de se distinguer par quelque doctrine nouvelle, s'avisèrent de prendre en horreur toute retenue des sens. Les jours de leurs dévotions étaient des jours de festin; on était nu dans ces assemblées, et les femmes appartenaient indistinctement à ceux d'entre les assis tans qu'elles voulaient admettre .
On assure qu'à une autre époque les adamistes , disciplo> de Prodicus , prétendirent concilier une continence sévère avec une nudité absolue, proje *an» doute apparent , à l'exception des adeptes les plus naïfs. Dans le douzième et le treiueme siècles , Taurnicdc et Tauchelin employèrent encore ce moyen de popularité. Pour mieux persuader les femmes , Taurmède avait armé trois mille hommes.
Picard l'imita en Flandre , en Bohême , puis en Pologne, l e principal asile de ces nouveaux sectaires fut détruit en
1 5io , par les hussites; mais on pense qu'il existe encore des picards en Pologne, et même que les herautes ont fait alliance avec eux. Les picards ne furent pas de parfaits adamistes; désespérant de changer le monde, ils renoncèrent à être nus dans les places publiques , et leur ferveur ne se soutint que dans l'enceinte de leurs assemblées. Ils se conformaient scrupuleusement au précepte de la communauté des femmes : celle qu'on initiait se donnait indistinctement ou à son frère , ou à quelque homme qu'elle voyait pour la première fois. L'idée de la communauté des femmes n'a pas été particulière à ces diverses sectes , et n'avait pas été approuvée autrefois , seulement par quelques disciples du Portique. Les anciens ont attribué cet usage à plusieurs tribus scytiques ou arabes. De nos jours même, on s'en éloigne peu dans l'Abyssinie , et dans d'autres contrées africaines.
Sans choisir les autorités avec un soin scrupuleux , sans attacher beaucoup d'importance à des faits particuliers, à ces sortes de preuves dont on a rarement besoin dans le but qu'on se propose ici , on allègue ce qui rappellera que beaucoup de choses éloignées de nos usages se réalisèrent. Le souvenir même d'innovations bizarres serait propre à faire sentir que d'autres changemens plus justes, plus utiles, et moins faciles sans doute , ne sont pas absolument impraticables.
\OTK 11. ( P»Re ).
11 est peut-être des régions où les bonzes , les iojes et les talapoins ne pénètrent guère; mais le monachisme n'est pas le seul résultat de I* esprit d'austérité.
Ce fut vraisemblablement après de grandes catastrophes que plusieurs législateurs entreprirent de substituer à des sociétés frappées d'anathème, des sociétés soumises , plus saintes, plus pures devant le Dieu des vengeances. Ce système d'expiation prévalut à une époque reculée ; il n'en fallut pas davantage pour qu'un renoncement systématique parût ensuite légitime et véritable. On voudrait encore que les générations modernes, sur le globe enfin tranquille , conservassent l'ignorance et les terreurs des siècles où apparemment des peuplades entières luttaient , au milieu des débris , contre de grands périls , eu éprouvant d'extrêmes privations.
NOTE 12. (P«gr 113).
On a dit :
San» }>ro|>rt u l'atiioui I* plu» licurmi KVtt plu» l'amour , r>»t un brtnin hnnU-ui.
Toutefois la propreté , convenance réelle en cela , mais secondaire , ne change rien au fond des choses. Sans la fécondité', au contraire , si l'amour n'était pas un besoin honteux, il serait du moins prive* de toute dignité : il perdrait son charme le plus entraînant.
NOTE 13. (Page. 438).
Actuellement encore, le serment fait sur le membre viril paraît plus solennel que tout autre chez les Arabes du désert. U est dit, dans une relation du séjour des Français en Égypte, qu'un Arabe ne pouvant parvenir à persuader de sa sincérité, « prit à la main son phallus , et portant l'autre main vers le ciel a , attesta ainsi la vérité de ses paroles d'une manière qu'il croyait propre à écarter toute défiance.
NOTE 4&. (Page 132).
Chez les anciens, la plupart des hommes éclairés ne connaissaient qu'une puissance , la force mystérieuse qui , en produisant par elle-même, anime la matière. Les druides en par-
ticulier nommèrent la matière ainsi fécondée, ou la nature, ta vierge qui enfante. Des juifs reçurent cette tradition orientale ; si on la leur reprocha , ce fut parce qu'on ne la comprenait plus , et surtout parce qu'ils ne la comprenaient pas eux-
Quelques èmdils ayant ensuite l'intention de réfuter ceux qui observaient que l'idée de la vierge-mère avait été connue avant le temps d'Hérode, établirent soigneusement que dans l'antiquité on ne disait pas : La vierge qui enfanta. Il leur fut répondu que la nature n'étant point passée , les anciens avaient dû dire : La vierge qui enfante.
Cette allégorie étant souvent prise a la lettre , on put compter enfin , au nombre des mères de famille de divers pays , dizaine de natures universelles , et par ce moyen plusieurs naquirent d'un habitant de l'eropyrée, ou d'un p ou d'un éclair.
NOTE 15. (Page 134).
Ceux qui ont fait des recherches particulières sur cet objet , assurent que le phallus était consacré dans les mystères d'Osi ris et d'Isis; que le Cteïs et le phallus l'étaient dans les sancd'Éleusis; que, plus loin de nous , le pulleiar (réunion parties sexuelles ) fut placé religieusement dans le temple
de Shiva , et qu'oo l'y trouve encore ; que les Espagnols virent en Amérique des traces du même culte (*) ; que ces emblèmes avaient été reçus, selon Ptoléraée, chez les Assyriens, ainsi que chez les Perses , et selon Diodore de Sicile , chez presque tous les peuples; qu'ils s'introduisirent généralement dans l'Europe, et qu'à latin du dernier siècle ils existaient encore en Italie. En rappelant les solennités phalliques de Thèbes et de Canope , on ajoute qu'aujourd'hui même , dans leurs montagnes, des Druses vénèrent le liogam (**). Cet usage s'accordait avec le culte du soleil , qui de nos jours même est adore' vers les rives de la Krishna. Des sectaires ont tort d'appeler infâmes ces rites pratiqués avec bonne foi jadis depuis le Gange jusque dans la Grèce , et auxquels on paraît avoir opposé une bienséance hypocrite plus souvent qu'une convenance réelle.
a On prétend que le symbole de la réparation du genre humain ne put obtenir un culte que dans l'enfance du peuple nouveau, qui habitait en petit nombre les ruines de la1 terre. Il est probable qu'on ne put exposer ces figures aux yeux ,
(*) On trouve seulement dans Garcilasso de la Vega , au liv. II , que les Mexicains avaient des dieux extrêmement sales et difformes.... tels que Tiazoluuti , dieu de la luxure, Omettchdi , dieu de l'ivrognerie, etc.
(**) Façonné en divinité portative , pour la commodité des dévots hindous , le lin^am ou pollciar s'éloigne heaucoop de la forme que sans doute on lui donnait dans l'origine : il serait difficile de deviner aujourd'hui quel emblème rappelle cette sorte de petite boite.
cl les révérer que dans les temps d'une simplicité innocente qui , loin de rougir des bienfaits des Dieux , osait les en remercier publiquement. » Volt air t.
Après Uni de variations dans la manière de consacrer un c*tïi^^ 1 i o { 1 c s ff&r^5^ s j^piî^^r^itï^^^?^ ii ï ^îiil (^sia^ur li^^u sol cil trop difficile à représenter , on conservait , il y a moins d'un siècle , des souvenirs irrécusables des anciennes dionysiaques , dan* les fîtes de quelques villes de l'Italie méridionale. Quatre mille ans peut-être se sont écoulés depuis que le phallus s'est introduit , sous un autre nom, dans les temples de l'Asie, et maintenant il est encore dans les Iwurgades de la Pouille , il
Stinto AJembm.
m Tout le mouvement du monde , dit Montaigne , se résout et rend en cet accouplagc.... Après tout, l'amour n'est autre chose que la soif de cette jouissance en un objet désire , ni Vénus autre chose que le plaisir a... Sommes-nous pas bien brutes de nommer brutale l'opération qui nous fait? Quel monstrueux anima) qui se fait horreur à soi-même , à qui ses plaisirs poisent ! Hé, pauvre homme, tu as des laideurs réelles et essentielles à suffisance, sans en forger d'imaginaires. » (Essais, ch. Vdu liv. III.)
Un catalan avait a donner une définition de l'amour. Hélas ! dit-il, elle sera exacte : l'amour est une.... comrzon.
Mais , denuwlei-vous , que nous resterait-il des douceurs de la vie , si nous réduisons à des opérations animales nos besoins dénués de prestige? Tout vous restera; vous serci .i U fois raisonnables et sensibles.
Maintenez le charme , mais en avouant que sans la raison , il vous affligerait , après vous avoir égares. Si vous savez dès la jeunesse éviter Terreur , vous vieillirez plus tard que les autres hommes, et vous recevrez des impressions agréables jusque dans un âge avancé.
Nous ne prétendons pas ignorer les dernières suites d'un repas : cette connaissance ne détruit point notre appétit, mais l'abus le détruirait. Qu'imaginer de plus rebutant que de mâcher, devant des témoins, trente ingrédiens, de les laisser fermenter au milieu du corps , d'exhaler une partie de cette masse infecte , et d'en déposer furtivement le dernier résidu ? Cependant le besoin de se nourrir subsiste , et dès lors la question est changée. L'amour ne sera pas exempt de la commune loi ; il restera immonde, et surtout voluptueux, redoutable peut-être , et certainement nécessaire.
NOTE 16. (Page 136).
L'ordre qu'on y établirait achèverait d'affaiblir la maladie qui s'est introduite en Europe dans les derniers siècles, et dont le seul souvenir chez ceux qui l'ont éprouvée doit nuire à la candeur de l'amour. Le charme de ses faveurs les plus entraînantes n'appartient plus peut-être à celui qui ne resta pas
cicmpt de ces profonds dégoûts. Sans doute cet homme ne
serait plus lui-même qu'un être lout-à-fait vulgaire aux yeux
Néanmoins l'équité demande qu'en méprisant ceux qui s'exposent à un mal généralement honteux , on ne condamne pas sans distinction quiconque en a pu recevoir les atteintes. Souvent des prisonniers, des soldats, de pauvres voyageurs subirent cette infortune , sans avoir même une imprudence à se reprocher. Il se peut aussi que plusieurs femmes soient trompées en cela par leurs maris. Ce qui est déshonorant , c'est de ne pas craindre un mal de ce genre, d'en prier comme d'un tribut qu'on paiera quelquefois, de s'accommoder enfin du vil mélange dfs turpitudes et des voluptés.
NOTE 17. (Page MO).
A l'époque de la seconde édition , un des rédacteurs d'une gazette a dit que la remarque dont il s'agit ici était d'une grande ignorance. Il avait appris qu'on ne trouve pas un nombre prodigieux d'habitans au milieu des déserts , et qu'ainsi les peuples ne sont pas trop multiplié*. Les savans regretteront de ne pas trouver ici le nom d'un critique si instruit ; mais que d'hommes aussi prodigieux ont passé sans gloire!
Un autre jour , mécontent de quelques mots dans l'article qui concerne les relations entre les pères et leurs enfans , on a dit. dans la même feuille je crois : « On voit bien que l'auteur est encore fils, et n'est point père. » Cette perspicacité' n'était pas heureuse. L'auteur se trouvait, sous les deux rapports, dans la situation contraire.
On ne fait mention de ces incidens si petits , et un peu anciens , que pour que chacun de nous ( car chacun de nous est expose à parler dans les journaux) se souvienne des bévues que la précipitation multiplierait , surtout si on prétendait deviner les motifs personnels des auteurs que peut-être l'esprit de parti engagerait à regarder comme des adversaires.
NOTE 18. (Page 140).
L'homme partage tous les besoins éprouvés par les animaux, et ces besoins qui lui ont été imposés n'avaient rien de vicieux dans le principe; mais quelques-uns de ces penchans naturels deviennent funestes au milieu de la société. Si on entreprend de les réprimer , sans les remplacer par quelque chose de satisfaisant, on ne parvient qu'à les irriter.
Ainsi le besoin de détendre un ressort trop comprimé , le besoin de piller, de frapper, de violer, de se livrer iiupu-
ncmcnt aux caprices de la force , cet instinct multiplie les guerres. 11 ne faut pas en chercher toutes les causes dans les longues difficultés de la politique; on eut souvent trouvé le moyen d'éviter la rupture , si les avantages de la victoire eussent dû dépendre d'un coup de dé , s'il n'y eût pas eu beaucoup d'appareil , si on n'eût pas offert en perspective, delà musique, de l'eau-de-vie , et tout le mouvement du carnage. On reproche, non sans raison, la guerre aux passions des princes; mais ils la feraient plus rarement, et très-rarement peut-être, si elle ne convenait point aux passions de la multitude. Quel peuple , en vantant la pureté , la douceur pacifique , la sainteté de sa loi , s'y conforme dans tous ses penchans . et ne continue pas à vénérer avec
guerre, une Minerve farouche, suprême divinité des Barbares ? Le poète de 1* Allemagne qui passe pour avoir le mieux chanté le printemps et les douceurs de la vie paisible , retournait volontiers à la guerre dès que l'occasion s'en présentait : il y est mort misérablement.
NOTE 19. ( i»tCo 144 ).
Peut-on quelquefois reformer les peuples? Un auteur des derniers temps s'est déclaré pour la négative. Dans une phrase peu réfléchie, il a dit, en parlant de Pépin : « Son système
politique ne consistait point à prétendre sottement changer les hommes , car cette mante ridicule a toujours trompe l'attente des plus grands génies. » Pourquoi nommer de grands génies
ceia qui se livrent à des manies sottes et ridicules ?
NOTE 20. (Pige <47 ).
Les affections passionnées auxquelles la beauté morale paraît avoir le plus de part , dépendent encore des sens , et on ne voit pas que la sympathie des ames ait lieu quand les corps sont absolument prives de grâce. Ce qui détermine chez une femme un penchant subit, c'est la secrète supposition que l'homme qu'elle rencontre ayant avec elle des conformités particulières , leurs enfans seront bien constitués. Si la durée de ces liens a pour effet d'attacher davantage cette même personne, c'est qu'elle se sent confirmée dans l'idée qu'avec l'appui de cet homme, elle remplira convenablement sa destination maternelle.
Sans doute les enfans ne peuvent avoir une organisation parfaite , que quand il existe de certains rapports entre celle du père et celle de la mère. On obtiendra peut-être un jour , à cet égard , des données propres à justifier des choix inopinés , et jusqu'à présent inexplicables.
Diqitized
C'est d'après des analogies de cette nature qu'on croit si utile pour les enfans le lait de leurs mères. Il doit être bon que ce qui produira les premiers développemens des organes , s'accorde avec ce qui les a formes.
NOTE 2i. (Pige 154 ).
On serait coupable en négligeant ce que veut l'équité ; mais il doit être permis de faire ce qu'elle n'interdit pas. Tout ce que l'équité demande avec tant de modifications, est rigoureux dans le principe, parce que l'équité est mathématique; il n'est pas plus en notre pouvoir d'en altérer les lois , que de supposer pour des arts nouveaux , un angle de cent quatre-vingts uegres.
Chez cet .iDcicn neunle. oui durant dv lonrrues années d'oDj^ress&on et ^le mér^ris , a cc^nse r v e , comn^c les Israélites , st-^t institutions , chez les Parsis , la parole , l'expression des clioscs, était reconnue antérieure à l'existence du monde visible. Les rapports invariables , les premiers modèles des êtres, les feroert, furent établis , disait-*», par Ormusd , ou Tordre,
La convention, la parole solennelle, décide de tous les droits. En ce sens , la convention est toujours juste; nuis elle peut être
sage , ou ne l'être pas. Elle le sera lorsqu'elle dérivera exactement des rapports essentiels , lorsqu'elle en deviendra une heureuse conséquence.
NOTE 22. (Paye t61 ).
Les voyageurs modernes , comme les anciens historiens, allèguent de très-nombreux exemples d'une grande liberté de mœurs accordée ou même prescrite aux femmes , du moins â quelques égards , ou dans de certaines Misons de la vie.
a Dans la petite île de Portland (pris de la Nouvelle Guinée) les jeunes filles ne se marient pas avant d'être enceintes, et cet usage n'a pas encore été détruit par l'influence de la religion. Lorsqu'un jeune homme et une fille ont entretenu pendant quelque temps un commerce stérile , on croit que la Providence ne les a pas destinés l'un à l'autre. La femme conserve sa réputation, et elle peut agréer plusieurs prétendans , jusqu'au moment où devenue mère, elle contracte enfin un mariage solide et indissoluble. » ( Décade phil. , an xn , n. 350
Cette habitude ? si différente de celles qui dominent dans l'Europe, se retrouve néanmoins cher quelques Suisses, à l'entrée des montaçmes , sur les limites des cantons de Fribourg et de Berne. Malgré la proximité des deux polîtes capitales, cet
usage *'cst maintenu jusqu'à nos jours. Dans la Styrie , qui est également catholique , les femmes sont aussi dérotes , et on assure que leur conduite est aussi libre.
Voyez le chapitre VI du liv. I du Voyage aux îles Malouines, en 1^63 et 1764, par Pernetty. « De sorte, y estil dit, que pas une de ces femmes peut-être n'entre vierge dans l'état de mariage. » Il en est de même dans la Guinée , ainsi que dans plusieurs autres parties de l'Afrique.
Mais ici on est tellement habitué a supposer étemelles les lois du mariage que sans cet engagement , on croirait volontiei > contraire à la nature l'impulsion naturelle des sexes. On trouve dans l'Encyclopédie cette définition un peu burlesque du m<t pollution, effusion... hors de V usage du mariage.
SOTE 23. (Page 164 ).
Nicole avoue que la raison suffisait pour conduire l'homme « Pour réformer entièrement le monde , dit-il, pour rendre les hommes heureux des cette vie même , il ne faudrait, au défaut de la charité, que l*ur donnera tous un amour-propre éclaiié, qui sût discerner ses vrais intérêts , et y tendre par l< > voies que la droite raison lui découvrirait... Dans les états 0.1
elle ( la charité) n'a point d'entrée , parce que la vraie religion en est bannie, on ne laisse pas de vivre avec autant de paix, de sûreté', de commodité , que si on était dans une république de saints. » Ch. II et ch. III du Traité de la charité, etc. ; Essais de Morale.
La morale la plus élevée , celle qui sera parfaitement utile quand la manie de l'austérité n'y mêlera pas ses erreurs , la vraie morale fut connue de l'antiquité. Dans un des monumens les plus anciens , dans le Bfcaguat-Geeta , traduit du samscht par Wilkins , Kreeshna (divinité sous une forme humaine) prescrit à son disciple de faire le bien, sans espoir , sans autre vue que le bien , sans autre but que la rcnfbrmité à l'ordre perpétuel.
NOTE 26. (Page m).
On lisait dans une ancienne brochure, que les maladies v. . . . devaient être mises au nombre des avantages des temps modernes « parce que la crainte des suites servait à retenir ceux que la crainte de Dieu ne retenait pas. » C'est à peu près ainsi que les incendies ont été présentés quelquefois comme des événeraens favorables . parce qu'ils occasionaient le prompt embellissement de villes. II est, dans le désordre de la tête, un de-
gré qui ferait désespérer de l'homme : mais aussi cela pourra l'avertit de se méfier de certains principes dont les conséquences auront été quelquefois d'une absurdité palpable.
NOTE 2&. ( m ).
On alléguera sans doute qu'en amour cette exactitude déplacée , que les femmes surtout veulent de l'entraînement , que ce serait s'exposer à rompre avec une jolie personne, que de lui dire : Je cesserai un jour de vous adorer, et aussitôt vous en serez avertie. Mais il est d'autres manières d'exprimer
liaison , quelques minutes pour parler raisonnablement.
Si d'ailleurs des femmes on ne peut plus agréables veulent que tout soit délire, ce ne sera pas k des femmes si agréables qu'il sera bon de s'adresser. Comprenons aussi que
uité, sans avenir , y mettre une sérieuse importance, vivre et mourir pour sa maiin-sse, est une exagération d'un extrême ridicule. La règle la plus générale sera de ne pas suivre aveuclément les insolations de la nature • souvent elles nous érarde la nature même sous des rapports plus
Si elle invite l'homme des forêts à prendre pour unique loi la sensation dominante, elle commande à l'homme instruit de concilier des sentimens divers , et de se souvenir toujours de plusieurs devoirs.
Au milieu de la dissimulation qui semble inévitable dans la société', mais qui la rend fatigante pour les hommes droits, supposons vrais sans réserve ceux qui s'aiment. Alors la conGancc subsistera jusque dans les derniers temps de l'union, et le jour même où il faudra se quitter , on s'estimera mutuellement. Fundamentum est justitiœ , fides ; id est dictorum , conventorumque constantia , et veritas. (De of* ficiis.)
Sans incertitude , la jalousie aurait peu de durée. C'est le trouble même de l'homme jaloux qui l'attache à sa passion ; il trouverait moins de motifs pour s'occuper de ce qu'il aurait certainement perdu , que de ce qu'il craint de perdre , foute de vigilance. Ce serait donc un grand bien d'être à peu près à l'abri du doute et de l'anxiété, a Si nous avions de tous les maux à choisir duquel nous voudrions être exempts , il n'y en a point que nous dussions tant éviter , parce que la jalousie se forme indifféremment de ce qui est , de ce qui n'est pas , et de ce qui peut-être ne sera pas. » Delà maladie d'amour, etc.
L'auteur du Système physique et moral de la femme la croyait naturellement moins constante que les hommes. Il semble avoir oublié l'appui que , généralement du moins , la femme désire , et pour elle-même , et par une suite de l'amour maternel. Ce docteur, allègue que les femmes ne sauraient man-
que* de vainqueurs , ce qui est les supposer presque universellement agréables. De plus , si un sexe ne manque pas à l'autre, comment celui-ci manquerait-il au premier? Lorsqu'un homme est avec une femme, on peut se permettre de dire qu'une femme est avec un homme. Quoi qu'il en soit, les remarques d'un observateur si estimable doivent être citées, pieusement parce qu'elles contredisent ce qui est ici dans le texte. « La nature , dit Roussel au ebap. IV , s'était contentée de Caire les femmes aimables et légères, parce que cela suffisait à ses vues. 11 (allait bien que l'amour fût vif chez les femmes; mais il n'était pas nécessaire qu'il fût en elles constant dans son objet. L'homme qui attaque a besoin d'une certaine persévérance pour ne pas perdre le fruit de sa poursuite. I* femme , toujours maîtresse de se rendre , est sûre de ne pas manquer de vainqueurs , au lieu que l'homme incertain de vaincre, en courant d'un objet à un autre.... courrait risque de se trouver sans conquête. »
Il est facile d'assigner , surtout dans l'ordre physique , plusieurs causes d'une inconstance particulière aux femmes, en les supposant dans l' indépendance d'une vie entièrement sauvage ; mais, dès que la civilisation est seulement aussi avancée que chez les Huroos et les Kirguis, les femmes ont intérêt à faire prévaloir le système de la durée des eogagemens , et elles adoptent des maximes de persévérance et de fidélité. Il leur convient plus qu'aux hommes que telle soit alors l'impulsion générale des esprits. Cependant lorsque le mariage est signé, le but se trouve rempli , et quelques-unes d'entre elles | courront bientôt ir 40
songer plus ou moins secrètement aux avantages d'une inconstance désormais presque exempte de péril.
Au temps de Louis XII 1 , il avait déjà clé décidé par un moraliste que naturellement l' inconstance est particulière à la femme. Il observait qu'étant humide elle doit toujours être mobile , légère et in Adèle. Il y a joint quelques autres dpitbètes ; mais , sans doute aûn que les femmes prissent aisément leur parti sur le jugement qu'il prononçait, il a ajouté dans le même livre, VAri de connaître les hommes, que c'est an soleil a gouverner le cœur , que la lune ne régit que le cerveau, et que la France est Tunique pays de la beauté , les autres peuples étant barbares à tout jamais.
La fidélité dans le mariage a pour principal fondement , sous le rapport du devoir , la procréation ; c'est ce qui rend inadmissible cette prétention de plusieurs personnes, que les fautes soient considérées comme égales chez les deux sexes , et que l'exemple donne par l'homme suffise pour rendre à la femme sa liberté. Mais en supposant que cette liberté n'eût pas de suites, . les caprices des sens chez les femmes altéreraient beaucoup moins l'union conjugale que les fantaisies du cœur. Si Julie d'Etange n'avait pu devenir mère de famille , Wolmar , qui n'eût pas appris avec indifférence qu'elle fût de nouveau dans l'intimité avec Saint-Preux, eût pu consentir au contraire à ce que, dans des circonstances particulières , elle se donnât sans éprouver aucun attachement sérieux.
« Considérant bien la qualité de l'outrage que reçoit un mari quand la femme lui fausse la foi , je n'y trouve rien de
plus poignant que le mépris qu'elle fait de lui en lui préférant un autre qu'elle estime plus digne de ses affections. Or, est-il que, quand elle s'abandonne à un valet, elle (ait assez voir qu'elle n'y entend autre finesse.... et par conséquent l'affront en doit être moins sensible. . . . 1 /injure au contraire est bien plus atroce quand elle prostitue son honneur et le vôtre entre les mains d'un homme qui se sentant par là préféré à vous , en prend avantage , et vous méprise. »
La motoi le vayer. Dialogues.
NOTE 26. (Pae* «06).
Souvent le sexe chez lequel la pudeur a le plus de délicate soustrait aux regards des hommes, bien moins par retenue que pour garder l'empire.
C'est surtout en ce sens que la pudeur conseille à tant de de préférer, dans le moment de l'accouchement, les ls des personnes de leur sexe. Ce n'est guère pour conser- . comme on l'a dit .ivsez mal a pn-pns .J.m> le S\ sterne de ta femme , les bonnes mœurs , pour éviter que « le sanctuaire du mariage ne soit menace4 , ou que les ressorts de l'état ne soient attaques. » Ce doit être au contraire dans les intérêts de l'amour ; la vue des opérations naturelles qui terminent la
gestation diminuerait, chez plusieurs hommes, cette sorte d'heureuse ignorance, ou de prestige, dont les désirs ont un si grand besoin pour s'élever au-dessus de l'appétit le plus matériel. %
« L'usage nécessaire, mais désagréable aux sens, pour lequel la nature a disposé les conduits inférieurs du corps humain , les changemens involontaires auxquels les parties du sexe sont assujéties, la facilité de les blesser en dedans ou en dehors lorsqu'on habite tout nu au milieu des bois , a porté les hommes à les couvrir les premières, tant pour les cacher que pour les garantir. Parce que ces parties étaient la sentine du corps humain , et qu'elles étaient par préférence dérobées à la vue , on y a attaché une idée de turpitude, et on les a nommes honteuses.... Si on y prend garde, pudor ne signifiait dans son origine que ce qu'il devait réellement signifier. Les latins définissent ce mot , ob aliquam rem sordidam timor. Ainsi le mot pudeur , si l'on s'en fût tenu à son origine , n'aurait jamais été employé que pour exprimer une certaine espèce de sensations désagréables. » Traité de la formation des langues. Desbrosses, ch. n.
Cicéron avait dit : Quœ autem partes corporis adspectum déforment habiturœ atque turpem , eas (natura) conterit atque abdidit... Quai enim occultavit, eadem omnes qui sand mente sunt remwent ab oculis. ( De officiis , 117. )
XOTE 27. (Pir* 208).
Jeune épouse ! aie soin que le lit conjugal ne conserve pendant le jour aucune trace de ce qui s'y est passé la nuit. N . 'liXS des Lois , à la suite des Fojages de Pfthagore.
NOTE 28. ( P.6e «10 ).
On trouve dans la lettre de Rousseau à d'Alembert : «N'est -il pas plaisant qu'il (aille dire pourquoi j'ai honte d'un sentiment naturel , si cette honte ne m'est pas moins naturelle que ce sen f jmrnt même ? »
A cette occasion j'observerai qu'on peut souvent paraître imiter ce dont on n'a du moins aucun souvenir distinct. Quand, par exemple , le plan d'une nouvelle pièce dramatique a du rapport avec quelque autre ouvrage qu'un journaliste parvient à découvrir, on est accuse d'avoir voulu tromper le public; mais que de fois les auteurs de cette classe auront pris dans l'article même du critique le titre du drame dont ils semblaient convaincus d'avoir frauduleusement reproduit l'intrigue, et en
auront fait chercher partout un exemplaire afin de le lire pour
la première fois !
11 doit arriver souvent à ceux qui écrivent sur des objets sérieux de retrouver avec surprise leurs idées, soit dans Séncquc, Montaigne, ou Leibnitz , soit même dans Mallebranche ou Swedenborg. Ce n'est pas toujours une raison de supprimer ces passages trop analogues à d'autres passages anciens. Que]que soin qu'on pût prendre à cet égard, jamais on ne serait sur de n'avoir rien emprunté, rien imité, ou par hasard, ou par de vagues réminiscences. Et d'ailleurs qu'importent ers détails, pourvu que nus feuilles, ébauchées avec trop de découragement peut être , obtiennent assez d'estime dans leur ensemble pour produire quelque bien?
NOTE 29. {Pa,;r 217).
Avant de regarder comme une soi te de nécessité conjugale de coucher journellement ensemble, il ne serait pas mal à proj>os de songer à quelque famille du Labrador étendue au hasard dans sa hutte enfumée. Ce à quoi nous la voyons réduite est à peu près sans inconvénient chez elle; mais quelle excuse donneront ceux qui dans une vie moins simple ou moins gros sicre, peuvent cv qu'ils veulent . et dès lors déviaient con
mitre ce qu'il convient de vouloir ? C'est dans un appartement vi bien distribue à d'autres égards qu'ils placent un seul lit pour deux. Avec de la sagacité , de la délicatesse peut-être , et au> milieu de tant de commodités rassemblées par des siècles de recherches, on se réunit huit heures par jour entre les mêmes draps, comme si on craignait de se plaire long-temps ensemble , comme si on ignorait que l'intimité en ce genre est altérée dès qu'on l'a trouvée importune , ou même inutile , et que c'est presque y renoncer que de la rendre quelquefois indifférente.
In usage contraire a souvent prévalu dans les villes; mais eette séparation trop marquée est peut-être plus mauvaise «neorc.
Au reste, dans toute observation semblable, on ne blimc qu'un certain nombre de personnes : la plupart des hommes se voient interdit ce qu'ils préféreraient, et beaucoup d'autres ne croient pas avoir le temps d'y songer. Nous ne paraissons presque jamais d'accord avec nous-mêmes, parce que le rôle que nous faisons n'est presque jamais de notre choix à tous égards.
Ce sujet rappelle une réflexion de Plutarquc. « Or, faut-il que la femme fuie toute occasion de querelles avec son mari , et le mari semblablement avec sa femme; mais principalement faut -il bien qu'ils s'en donnent de garde lorsqu'ils sont couches ensemble dedans le lit : car les querelles , injures, courroux et colères qui s'y engendrent , il est mal-aisé de trouvei jutrr temps et autre lieu qui les puisse jamais apaiser et guérir. » Moralts, trad. d'\m>ut.
NOTE 30. (Ptfie SSS).
A l'occasion d'une famine , sous Louis X , on fit des processions , où , selon la chronique de Godefroy de Paris , les femmes sans chaussures, et les hommes vraiment nus marchaient à la suite du clergé. Vers la fin du treizième siècle, il y eut encore en France , dans les campagnes , et même dans la capitale , des processions que les flagellans, ou d'autres dévots suivaient demi nus, ou entièrement nus.
« Dans les bains publics ( au nord de l'Asie les deux sexes sont communément séparés par des cloisons de planches ; mais sortant des bains, tout nus, les deux sexes se voient dans cet état , et s'entretiennent souvent des choses les plus indifférentes ; ils se jettent ensuite confusément dans l'eau , ou dans la neige. Dans les hameaux pauvres et éloignes, ils sont souvent tous ensemble dans le même bain. J'ai vu , dans les
qui y prenaient les bains:
ils venaient de temps en temps à la porte pour s'y rafraîchir, et y causaient tout nus avec des femmes qui la plupart apportaient aux ouvriers de l'eau-de-vie et de la quouas. » ( V oyage en Sibérie , fait par ordre, eh 1761, par Chappe d'Auteroche, t. I, ch. Ier. )
« En i5oo,... d'après une remarque très-curieuse du ce-
lèbre Pogge , les deux sexes se baignaient pêle-mêle (*) aux eaux de Baden ( en Suisse). On voyait nager dans les bains
des femmes aussi enjouées, aussi libères, aussi lielles , et aussi peu vêtues ijuc les nymphes de la mythologie; les étrangers contemplaient ce spectacle du haut d'une galerie circulaire . ou se mêlaient même a ces jeux innocens, si Um leur semblait. Aucun signe ne trahissait ehe/. 1rs parens, chez, les maris, un sentiment de désapprobation , ou de jalousie. Tes rédacteurs du Muséum allemand, <pii ont reproduit cette relation de Pogge, il y a une trentaine d'années, affirment, dans Us notes qu'ils y ont ajoutées . cpi'îl régnait encore , â cette époque si rapprocher «le nos temps, une très-grande Illicite dans les bains de Baden... n ( Journal de l'Empire , 1 "» avril i.Si'ji. '
Chez les Romains on avait paru [dus sévère; mais aussitôt que le bruit des armes s'éloigna de la capitale, la licence devint extrême. Elle a commence avant 1 1 conquête de la Macc-
(*) Ce n'est pu en <500f mai» un peu plu» tard , et étant auprès do roortfe de Confiance , que Pogge «lia visiter le* bain* de Baden II ne dh pu» précisément que le* deux «exe» fussent réuni»; mai» il a vu que le* communication» étaient des pin» facile», et il s'est a#»ore par luim^rae que nul voile ne gênait le» simplet spectateurs. Il ajoutait, dan» m tertre à Nicolas Nicoll t qu'ayant devant le» yeux Unt de nudité» et Qnr liberté *i |7,én<fraleT il croyait assiste? am jeu* floraux de Rome, i>q *trr dant la république de Platon, et que, san» contester K * autre» vertu» de ce» eau» , il b • croyait surtout très-efficace» contre la stér i ni*
doine; il a suffi des conseils d'un devin pour introduire dans la ville du Tibre les abus nocturnes des bacchanales.
«Lorsqu'on se souvient, dit Winkelman, que dans les premiers siècles de l'Église on baptisait les personnes de F un et de l'autre sexe en les plongeant indistinctement dans les mêmes eaux , on n'est pas surpris que la jeunesse d'Athènes ait danse toute nue sur le théâtre durant les fêtes de Cérès , et qu'à de certains jours les jeunes filles de Lacédémone aient aussi danse' toutes nues devant les jeunes gens. »
Supposons un pays où , dans de certaines fêtes générales , les femmes soient absolument libres d'être peu vêtues , ou même de ne l'être point. En nageant , en valsant , en se promenant , celles qui le jugeraient à propos, resteraient nues au milieu des hommes. Sans doute l'illusion de l'amour serait alors peu connue, et les passions n'auraient plus de transports, ou plutôt les passions n'existeraient plus : c'est précisément ce qu'on désirerait dans ce pays imaginaire. Ëst-ce la passion qui doit ennoblir généralement les choses humaines? Sommesnous abrutis , ou avilis par des besoins , par des appétits , par des plaisirs auxquels nous n'avons pas encore su joindre quelque passion sublime? Il faut d'honnêtes attachemens , et des voluptés délicates , mais on peut les obtenir en conservant le bon sens. Nul ne proposera l'usage d'une telle nudité chez les peuples où la bienveillance naturelle est beaucoup affaiblie par la misère, ou par le désordre. Peut-être les hommes n'y seraient-ils émus que par des désirs dénués d'un prestige qui n'est point la passion , et qui vaut mieux qu'elle ; peut-être
aussi , en devenant assez indifférais à l'égard des femmes , écouteraient-ils des caprices plus grossiers, ou ne désireraientils plus même d'être excités par aucune sympathie, par la présence d'aucun être qui pût partager leur penchant. Quand on suppose un usage nouveau , on le considère comme faisant partie de mœurs nouvelles. Cette nudité demanderait d'autres institutions analogues, des institutions simples et fortes , et un grand respect pour celles d'entre les convenances morales qui appartiennent à tons les temps. Alors on s'occuperait tellement de la satisfaction de Famé, et de la rectitude des sentimens , que la vraie bonté n'aurait plus rien de chimérique. Malgré le silence des passions, on se formerait, en tout genre, une idée très -douce des jouissances partagées. Cet état de choses paraît éloigné, dira-t-on. Sans doute, mais il n'en faut rien conclure contre l'entière nudité momentanée , puisque la loi qui l'établirait n'existerait qu'au milieu d'institutions exemptes de disparates à cet égard. Cessons de ne voir l'homme que dans les hommes connus de nous. Ne disons plus que tout ce qui serait impraticable parmi nous est contraire à la nature humaine; ne déclarons ni absurde, ni monstrueux ce qui se trouve seulement inusité, et rappelons-nous enfin que, louables ou imparfaites, les institutions de Lycurgue ont été réalisées.
\OTB 3«. (PaCe 22.S ).
Chez les peuples où la nudité ne fait point partie des usages, cl n'est pas autorisée en public, elle exige beaucoup de choix, et elle tient à des convenances délicates. Le défaut de goût contribue à rendre obscènes la plupart des livres et des gravures erotiques , ou plutôt ce seul défaut , pris dans son étendue , les rend condamnables ; c'est ainsi qu'une nudité par tielle est souvent indécente , et qu'elle rappelle des plaisirs vifs ou illégitimes. Lorsque , dans des momens d'abandon , le corps n'est pas rendu à sa situation naturelle, avec cette liberté que la jouissance autorise, il y a quelque chose de desagréable dans le dérangement contraint des voiles qui le couvrent si mal à propos. Avec un sentiment exquis de la volupté, avec des goûts honnêtes, de la franchise, une imagination heureuse, et une ame élevée, adopterait-on de préférence, supporterailon ce qu'il y a de trivial , ce qu'il parait y avoir de bas , ou inême d'hypocrite dans de telles manières? Le plaisir aussi doit avoir sa candeur, ses mouvemens généreux, sa délicieuse impudence. Il faut savoir dire : Volontiers, puisque c'est sans inconvénient. Alors on est capable de dire aussi , et d*un ton qui ne laisse aucun doute : Non , j'ai promis le contraire.
Une reserve inutile, une fausse réserve, vient moins de ti-
nudité que d'ineptie. Bizarre pudeur qui de'truit le charme, et qui rend les besoins plus grossiers ! Quel rapport ont-elles a vit l'amour , ces étoffes importunes ? Est-ce à des vétemens qu'on s'unit? Si vous êtes labres, agissez librement; si vous n'êtes pas libres , n'écoutez pas vos désirs. On est trop près de se soustraire à toute surveillance, quand on renonce à de certaines facilités locales qu'on attendrait si on voulait seulement ce qui peut être avoué , ou justifié.
NOTE ZI (Pare 220 )
• Fœ m inarum convivia ineuntium in principio modestus est habitas ; dein summa quœtfue amicula exuunt , paulatimque pudorcm profanant ; ad ultimum ( honos aurîbus sii) ima corporum velamenta projiciunt : nec meretricum hoc dedecus est, sed matronarum virginumque , apud quas comttas hahetur vulgati corporis vilitas. » Fie d'Alex. Quinte-Curce , chap. i du liv. V. Et voici , dans la traduction de Reauzée , ce passage , modèle de bonhomie pour ceux qui voudront écrire sur les mœurs des nations. • Les femmes qui se trouvent à ces banquets y paraissent d'abord avec un maintien modeste ; ensuite elles se dépouillent de tout te qui les rouvre par le haut, et oubliant peu à peu ce qu'elles
doivent à la pudeur , à la On ( sauf le respect qui est dû aux. oreilles chastes ) elles rejettent encore les voiles destinés à cacher les parties inférieures de leurs corps : et ce ne sont pas les courtisanes qui s'abandonnent à cette infamie , ce sont les femmes et les filles les plus honorables , qui regardent cette prostitution avilissante comme un devoir de politesse.
NOTE 33. (Page 229).
« On assure que dans la partie méridiopale de la Virginie , dans les Deux-Carolines ou la Géorgie , et même dans la ville de Charlcstown , déjeunes noirs se présentent absolument nus devant leurs maîtresses et les servent à table sans qu'elles se doutent que cela soit indécent.... A la vérité, il serait difficile de faire entendre à une habitante qu'un nègre et son mari sopt deux êtres de la même espèce (*). »
« Des que le soleil a disparu de l'horizon , l'Almeida (**) se remplit de monde.... Dans le moment de la plus grande af-
(*) Voyait dans V intérieur des États- Unis, pendant Vete de 1791.
(**) Promenade a Mendota , ville de vingt mille aines, au pied dei Ande*.
fluence , les femmes de tous les Ages , sans vétemens d'aucune ' sorte , se baigneot dans le courant qui borde l'Almeida..,. Le nnup^ct le soir , 4c beau sexe se baigne nu dans le Zio , dont l'eau dépasse rarement le genou ; les hommes et les femmes *y rencontrent péle-méle (*). »
Il était prescrit aux filles de Sparte de se montrer nues en public dans plusieurs occasions. Cet usage a été' regardé par <vu lunes auteurs comme la cause de l'indifférence injur 1rs femmes die* les Spartiates. Cependant le désordre qui peut suivre cette indifférence parait avoir été plus fréquent chez, d'autres Grecs. On pourrait l'attribuer surtout à la séparation ordinaire des sexes , à des exercices trop répétés, à des habitudes trop constamment guerrières , et peu naturelles en quelque sorte sous le soleil de la Grèce méridionale. Il serait dift<cilc de- penser , avec Kcrraod , que la nudité des jeunes irrames , autorisée par les lois , dût inspirer quelque éloignement à leur égard. « L'œil féroce du Spartiate , dit cet écrivain, dédaignait de s'arrêter sur celles qu'il avait vues dans l'état même des animaux, et sa fierté ne lui permettait pas de soupirer aux pieds d'un objet que la loi traitait avec tant de mérns. » Mais la loi avait-elle pour objet de traiter les femmes avec mépris , ou seulement de prévenir chez les hommes ce '|U il y a d'illusoire et de romanesque dans les passions ? Les sont -<*l le* déshonorées pour avoir été nues comme les
'M Hrmrr du âix-neui>timt Mt+cle . IftK. lome XV
animaux, dans les pays où il n'est pas reconnu que la dignité humaine dépende de nos hardes? Les Spartiates ne ▼oyaient-ils pas plus souvent encore des hommes nus cf féroces que* des femmes nues ? Se trouve-t-il enfin un sens plausible dans ce passage de la neuvième lettre de Y Esprit de l'histoire ?
Qu'une femme évite de faire naître des désirs qu'elle ne peut satisfaire , et que souvent même elle doit craindre d'exciter, rien de plus raisonnable. Mais qu'universellement, et dans toutes les suppositions , elle ait honte d'être nue , ce n'est plus qu'asservissement à la coutume , pudeur factice, ou faiblesse d'esprit.
Au frontispice de la Sagesse ( par Charron ) , la nature
est représentée sous l'emblème d'une belle femme nue sans que ses hontes paraissent ( quasi non essenl ). Supposons réalisée, sous d'autres rapports, cette condition imposée au dessinateur, le genre humain ne subsistera pas. Sera-t-il plus noble en périssant , et faut-il rougir d'exister ? Cette grande honte de ce qui appartient à l'amour peut être considérée tout à la fois comme une humilité extrême , ou comme un extrême orgueil j c'est donc une inconséquence extrême. L'inflexibilité des prétentions intellectuelles devient ridicule chez des êtres dont l'intelligence ne peut quitter la matière. Nous n'avons nul moyen de nous entendre sur le beau , nul moyen même de le connaître, si le beau n'est pas ce qui plaît généralement, du moins à ceux dont les facultés paraissent étendues. La belle femme de Charron , mutilée de la sorte , ne peut plus être une femme vraiment belle; et au contraire une belle
, sans avoir soin de se montrer quasi non es sent.
DttHement l'absence de la pudeur. La pudeur, ou le timide
dans diverses occasions , et souffre dans d'autres une nudité entière. Sur les bords de l'EuroUs, les filles , en quittant quelquefois leurs vêtemens , ne renonçaient ni à la chasteté, ni
dépouille la honte avec la dernière tunique. Nulle- Plutarquc; celle qui es!
la tunique de lin. C)
KOTE 3ft. I>.t^ 855 V
me noie dr b Nouvelle Heloïse t lettre lv ), dit : « Femmes trop faibles, voulez- vous «voir si ées ? Examinez votre araani sortant Je vos bras. » Les désirs auraient pu n'clrc excites que par l'attrait gequi porte un seie vers l'autre . Si , au contraire , le pen-
chant subsiste après la possession , il doit être regardé comme une véritable préférence. Un simple goût serait affaibli parla** volupté passagère qu'il aurait eue pour unique objet ; tous Terriez naître alors les premiers symptômes de cette inconstance qui s'accorde surtout aTec l'organisation des hommes quand ils n'ont pas fait un choix formel.
Lorsque l'impétuosité du sang est ralentie , l'amour ne se soutient que s'il est introduit dans la pensée comme un lien durable, auquel on attache sincèrement quelques idées de paternité, d'union survie, d'aimables habitudes. Umhomme qui aurait faussement annoncé des intentions convenables , ou qui seulement aurait exprimé des scntimens exagérés , cesserait après cet instant décisif de Touloir en imposer, ou il cesserait presque de le pouvoir. Il en sera de même chez les femmes , mais à un degré beaucoup moins visible. Cette différence provient en partie de ce que les femmes ne peuvent guère se défendre, comme nous l'avons remarqué, de voir dans le plaisir un lien sérieux, et dans leur propre condescendance le gage d'un mutuel engagement.
Est-ce aux belles femmes qu'on reste le plus attaché ? Cette question a dû être souvent reproduite.
Il serait curieux peut-être de l'examiner à l'égard des divers peuples ; mais outre qu'il faudrait s'y arrêter trop longtemps , plusieurs données manqueraient , et on fera ici quelques remarques relativement aux habitudes , ou aux mœurs de nos contrées occidentales.
Des beautés régulières ont pu obtenir un grand ascendant ,
soit durant les siècles héroïques , soit lorque des chevalier* ' choisissaient une dame de leurs pensées , bien plus pour sout<-oir partout , les armes à la main , qu'elle n'avait pas d'égale, que dans le dessein de vivre intimement auprès d'elle.
Une femme qu'un ne remarque pas d'abord, mais qui, sans paraître jolie , n'est point dépourvue d'agrémeos essentiels, peut en avoir beaucoup aux yeux des hommes disposés à s'attacher sincèrement. Elle découvrira, en faveur de celui avec qur elle sera unie , de continuels moyens de se rendre aimable. Elle fera valoir naturellement ces grâces inépuisables, parce qu'elle ne sera pas abusée par de fréquens hommages, par de bruyantes démonstrations : c'est en elle , et en elle seule qu'on trouvera autant , ou plus qu'on n'espérait.
Ayant connu dès sa première jeunesse cette défiance de sotqui donne à l'ame un utile exercice, elle a beaucoup de ie et de délicatesse : elle est facilement émue. Vraie et sans prétentions , elle n'est nullement dépourvue de cet art de plaire qui est si constant chci les femmes , si 4loux quand elles n'en abusent point , si adroit chez celle qui ne se croit pas sûre d'être toujours l'objet d'empressemens flatteurs.
Sans autre expression habituelle , son œil annonce le genre de finesse qui se concilie avec la bonté. Ce regard voilé ordinairement, vient-il à s'élever, on se persuade que c'est avec intention affectueuse, tandis que des yeux très-ouverts et de tout charme mystérieux , seraient plus beaux pour les éludes d'un artiste que dans des convenances secrètes. Une ronde , et des lèvres peu dessinées ajoutent à la dou-
ceur de la voix , en y mêlant une sorte d'accent imprévu , particulier, original, une expression timide, et facilement voluptueuse. Ce visage, vu peut-être avec indifférence par beaucoup d'hommes , conserve quelque chose de naïf, quelque chose d'enfantin qui doit prolonger le charme d'un premier amour, et donner même aux joies maternelles une candeur inappréciable.
Que manque-t-il à- cette jeune femme, bonne, ingénieuse, tranquille dans ses goûts, et pleinement satisfaite si elle' est une fois aimée comme elle le mérite , que lui manque-t-il pour répondre, durant un certain nombre d'années , à la plus heureuse attente d'un homme raisonnable? Au contraire, cette attente sera très-difficilement remplie par les femmes qui aspirent à être regardées comme supérieures à toute autre. Avant que leur raison achève de se former, et qu'elles reviennent des illusions suscitées ou entretenues par leur fierté même, elles auront perdu en général leur fraîcheur, elles n'auront plus les agrc'mens de leur sexe. Jamais , comme compagnes de l'homme , elles ne seront aussi près de la perfection que peut l'être, en son genre, une femme dont la sensibilité est réelle , dont les formes et les manières sont attachantes . mais dont le visage n'a point d'éclat.
NOTE 35. ( Ptçc «36 ).
On a essayé de traduire cette lettre, parce que la raison et la volupté s'y trouvent réunies ; mais cet accord est difficile a einrimrr dans notre laneuc . et dans ulusicurs autres.
Cette lettre n'était pas inédite. Elle a été insérée , avec quelques autres passages du livre auquel elJc appartient, dans un
choix (ait par madame Dufresnoy en i8?3, et intitulé Us Femmes.
NOTE 36. ( P.Ge 242 ).
Dans cet esprit sans doute , non moins que pour la bonne constitution des enfans, l'école de Pytbagorc recommandait
'ivresse à l'acte saint de la génération. »
NOTE 37. (Page 243).
Les actions dont il s'agit ici sont irrégulières, et non pas
\ji i m i ij c 1 1 •
Brueys se trompait beaucoup lorsqu'il disait : Nous ne manquerions jamais à nos devoirs si la connaissance que nous en avons était toujours suivie de la volonté' de les remplir. On ne saurait même regarder comme rigoureusement vrai le mot attribué à Solon : « Il ne se commettrait plus d'injustices, si chacun en était aussi indigne' que celui qu'elle offense. »
Dès les premiers temps de la philosophie en Occident , on a prétendu que si on ne séparait pas l'honnête de l'utile , on ne serait pas embarrassé à l'égard des devoirs. Sans doute en considérant l'honnête et l'utile comme une même chose , on évite beaucoup de confusion , parce qu'on est sur les traces de la vérité ; mais il reste encore , pour l'application du principe, des difficultés nombreuses. On lit dans de Officiis, liv. I : Hoc quidem effectum sit, in officiis diligendis id genus officiorum excellere, quod teneatur hominum so~ cietate. ...ut non sit difficile , in exquirendo officio, quid cuique sit prœponendum videre. Ensuite (liv. 111) une règle sûre est annoncée: Ut sine ullo errore dijudicare possimus.
si quando cum illo quod honestum intelligimus , pugnare
stituenda est. Cette formule, qui ne laisserait point de doutes, était une promesse très-difficile à remplir, et en effet Cicéron l'a oubliée , si ce n'est peut-être dans le paragraphe ?3 : iVo» Zic*f, iiu commodi causa, nocere alteri , principe ordinaire d'équité qui laisse les choses dans le vague où elles étaient avant la prétendue formule. Au reste Cicéron , qui n'admet en cela aucune incertitude, et qui ajoute, arec bien plus de raison : Etenim , non modo pluris putnre quod utile videatur quàtn quod honestum , sed hœc etiam inter se comparare, et in his addubitare , turpissimum est. Cicéron , placé entre Pompée et César, ne savait plus de quel côté se trouvait l'honnête, ou ne croyait pas devoir le préférer à l'utile. Le père de la patrie, après avoir flatté César, dont il désirait la mort, après avoir vanté publiquement la douceur de celui que, dans ses lettres particulières, il comparait aux plus cruels tyrans , ne manque pas d'approuver comme généreuse* la conduite des conjures qui l'immolent : leur perfidie lui paraît ex omnibus prœclaris factis , pulcherrimum. Mais voyant ensuite la prospérité d'Octave , il abandonne les vengeurs de Rome , et il recherche la bienveillance de ce nouveau maître.
NOTE 38. (Page 245).
Il est dit, dans Emile, que plusieurs causes vont dépeupler l'Europe. Une des principales , c'est que les femmes a aiment à foire un ouvrage inutile, afin de le recommencer toujours. » Mais pourvu que beaucoup de femmes continuent , ce qui est probable, à faire souvent un ouvrage utile, et que la plupart des autres continuent à le faire quelquefois , les meilleures parues de l'Europe conserveront de six cents à mille individus par lieue carrée, ce qui paraît suffisant pour le maintien de notre sage activité.
L'Europe ne sera pas dépeuplée par cette irrégularité , qui est excusable quelquefois , parce qu'elle ne nuit à personne. La nature n'exige pas , et même elle ne permet pas en général que le poisson qui fait un million d'oeufs , fasse un million de poissons vivans , et que sa race multiplie selon une semblable progression. L'Europe ne sera pas dépeuplée, l'Europe ne sera pas subjuguée par les Tatars indépendans : ces deux prédictions ne se réaliseront point. Quand Rousseau s'attachait à une idée, elle l'occupait un peu exclusivement, et , bien que son esprit eût de l'étendue , rarement il considérait à la fois les diverses parties d'une question. L'espèce d'er-
reur la plus fréquente chez Rousseau était l'exagération dans les conséquences ; c'est ce qui a le plus fourni de prétextes au reproche qu'on lui a trop fait de se contredire.
Gomme si ces idées de dépopulation avaient du être l'écuetl de plusieurs écrivains célèbres, Montesquieu s'est aussi trompé à cet égard, et même il s'est égaré davantage. A la vérité,
Lettres persanes. 11 cherche à y prouver la dépopulation de la terre, sans s'apercevoir qu'il choisit pour chaque contrée l'époque ancienne de la plus forte population , ce qui donne un résultat nécessairement illusoire.
Nos faiblesses ou nos vices peuvent contribuer à dépeupler quelque pays ; mais sans doute les choses sont disposées de manière qu'il serait impossible de dévaster en même temps presque toutes les régions. 11 est à croire que la multiplication de l'espèce ne dejwnd que faiblement des entreprises , ou des systèmes de quelques hommes, et que , par exemple, le nombre de dus frères sur tout le globe ne sera jamais ni réduit de moitié, ni augmenté de moitié par des moyens humains.
Si on veut faire une étude des irrégularités condamnables, ott des précautions licites , en ce qui concerne l'union des sexes, et si on désire consulter pour cette distinction d'autres lumières que celles du simple bon sens, il faudra feuilleter le traité de Sancbez de Malrimonio , et celui de Bellarmin qui porte le même titre. On pourrait y joindre Pauli Zacchia Quœsùonum medico-legalium libri très. Un trouvera dans ces gros
volumes des celai rcissemens détaillés , à la manière des casuistes, sur de nombreuses questions. En voici quelques-unes.
Dans le traité du jésuite Sanchez: An possit fœmina se ne-
trahere quand o vir vult seminare ? Num fas viro sit
continuare concubitum, ubi priùs seminavit, ut fœmina seminet? An volontaria seminis virilis... jusio extra vas sit mortalis (culpa)? An vir possit immoderatas obstinentiasvovere absque uxoris consensu? An uxor excusetur a prœcepto jejunii , si vir ei prœcipiat ne jejunet? Quid si vir intromittat membrum in os fœmina* , vel in vas prœposterum... vel tangat membro superficiem illius vasis? De delectationibus , tactibus confabulationibusque inter conjuges , quand o impediti sunt ne co'ire possint ?
Dans le livre du docteur Zachias : Quandb, quantum, quomodo debitum conjugale sit reddendum? Mulier an tenea tur, reddendo debito , semen et ipsa emittere? Mulier an exigere ita debitum possit ut sola semen emittat , viro non seminante? An teneatur redderc viro qui.,, longo pent dotetur? An possit uxor post coïtum surgere, et urinatn reddere, ut semina excutiat? Si... jam excitata ad seminandum, semen non effundat, peccatum est mortale?
Le docteur J. Boileau a traité dans un esprit différent, de Tactibus impudicis , an sint paccata mortalia , vel ve~ nialia ?
!\OTE 39 (P«e« «49).
Les observations auxquelles cette note se rapporte ne sont pas même contraires au système de population accélérée qu'ont adopte taot de publicistes.
L'essentiel serait qu'on ne méconnût pas ce qu'il y a de solennel dans les engagemens du mariage , et qu'on sentit combien la douceur de cette union importe à la douceur de toute La vie : les mariages seraient moins souvent malheureux. Si, de plus, les mariages malheureux n'étaient pas indissolubles, ils deviendraient beaucoup moins funestes. Dans ces deux suppositions , il y aurait moins de célibataires. 11 est également certain que le nombre des endos , au milieu des grands états , pourrait être le même sans accabler une seule des familles qui rn sont aujourd'hui surchargées.
On n'examinera pas ici d'une manière suivie le* lois que , dans d'autres siècles ou en d'autres lieux , il faudrait |*ui-£tre établir. Mais de simples remarques analogues à ces considérations politiques ne s'écarteront pas des bornes qu'on »'est imposées.
lorsque le* arts étaient peu connus, lorsque If» peuplades
étaient éparses et faibles , on a cherché les moyens d'obtenir rapidement une population plus considérable. On voulait multiplier les hommes afin de défendre le pays , et augmenter les troupeaux afin de le nourrir. Les femmes stériles se présentaient devant le Hngam, l'emblème sacré; on y conduisait même le bétail.
Dans des circonstances différentes, il aurait fallu prévenir une multiplication excessive. Aristote et Platon , ainsi que plusieurs législateurs, tels que Lycurgue et sans doute Minos, furent sévères à îet égard; mais chez les modernes , on s'en est rarement occupé. Il est facile de placer sur un même point un grand nombre d'hommes, et de les y faire travailler; mais les rendre heureux, c'est ce qui paraît impossible.
Dans l'Europe , le quart de la population ne peut sortir de sa profonde misère. Il est vrai que cette détresse n'est pas directement produite par le défaut d'espace, et que les vivres ne manquent pas ; mais l'accroissement de la population réformerait-il des usages qui proviennent en très-grande partie du nombre d'hommes rassemblés sous une même loi?
Dans une note du livre IVd'Émile, l'absence de la foi, ou, si on veut , l'irréligion est déclarée plus funeste que le fanatisme. « Si l'irréligion , dit J.-J., ne tue pas les hommes, elle les empêche de naître. » Il n'est nullement prouvé que le manque de foi ait changé quelque pays en désert. Mais , à moins que cette dépopulation ne fût en effet très-grande , et ne détruisit toute la force de l'État , il vaudrait mieux ne pas naître que d'être égorge ou mutilé par des furieux : sous ce rapport ,
la véritable irréligion même , quelque mal qu'elle fît d'ailleurs , en ferait moins que le fanatisme.
€ Multiplier les naissances , sans ennoblir la destinée , c'est préparer seulement une fête plus somptueuse à la mort. » (Madame de Staël.)
« On oubUe que des borarrfcs epars Sur un terrain immense souffrent moins des imperfections de l'état social que quand la population est très-concentrée. » (M. W )
« Notre grand intérêt est que les bommes qui existent soient heureux autant que la nature humaine et l'extrême dispropor-
tion entre les diflerens états do la vie le comportent ; mais st nous n'ayons pu encore procurer ce bonheur aux hommes, pourquoi tant souhaiter d'en augmenter le nombre?... La plupart des pères de famille craignent d'avoir trop d'en fans , et les gouvrrnomens désirent l'accroissement des peuples; mais si chaque royaume acquiert proportionnellement de nouveaux sujets , nul n'acquerra de supériorité. » (Voltaire, en 1764.Ï
f,0. (Page Î55)
La jouissance est le sentiment de la possession de l'objet dé-
% Le bonheur est produit par une suite de sensations agréables,
par des sentimens assez paisibles pour se prolonger. La félicite est le bonheur qui paraît complet , et qui s'annonce comme permanent , pour ainsi dire.
Le devoir est d'étendre , de régulariser les jouissances , de prévenir la douleur , et de perpétuer les émotions heureuses , afin de rapprocher de la félicité les autres et nous-mêmes.
NOTE 61. (Page 256).
Si un devoir fondé sur des promesses expresses , et souvent relatif aux plus chers intérêts de la vie , n'était pas un devoir sérieux , nul devoir ne saurait l'être. On a été jusqu'à tourner en dérision les obligations morales qu'entraîne l'amour : par une erreur insigne, quand on voit qu'il s'agit du plaisir, on voudrait ne plus écouter la justice.
Cependant tout ce qui existe parmi les hommes a pour objet dans l'intérêt public, ou dans l'intérêt individuel, d'obtenir quelque plaisir ou d'éviter quelque douleur. Qui ne sait qu'ordinairement ce n'est pas pour l'or même qu'on cherche l'or , et que ce n'est pas précisément pour la gloire qu'on prend soin de s'illustrer ? Celui qui se fait tuer dans l'occasion veut éviter de vivre sans honneur; il ne peut pas s'écarter du plan qu'il
suivait aûo de recueillir un jour le fruit de son audace. On est lalxwieux , on est intrépide, on est vertueux pour rendre plus agréable la condition des autres ou la sienne. Ainsi U premier principe des obligations est toujours semblable , et elles sont toute!» également sérieuses. Dans un sens plus élevé, veut-on considérer le devoir comme l'accomplissement de la loi suprême, on ne trouvera dans cette loi aucun précepte plus important pour régler la vie terrestre , que celui de se garantir , de se soulager , de se consoler mutuellement.