DU VIOL
Toute jouissance partagée doit I être librement : la violence serait un oubli de* loi* du l'amour. S'il était possible qu'un homme fut contraint en cela, certainement on serait coupable à son égard ; mai* , envers les femmes , c«t abus de la force ayaut des suites plus graves, a été puni avec raison comme un acte révoltant.
Cependant , lorsque l'adultère est comparé au viol, n'est-ce pas à tort que le viol semble plus odieux? Si des plaisirs partagés n'étaient jamais condamnables dans le principe , il n'en est plus ainsi. A la vérité une convention accidentelle ayant surtout donné lieu à l'adultère, ce nom ne conviendrait, dans le sens rigoureux , à nul acte d'inconstance chez un peuple régi par d'autres institutions , et Tinfidélité en amour n'y serait qu'un procédé peu obligeant. Toutefois, tant que des engagement positifs subsisteront , l'adultère sera la contravention la plus criminelle, puisqu'il attaquera les droits d'un tiers en son absence. La perfidie est-elle moins illégitime que la violence, et la justice a-t-elle moins de force naturelle que la liberté?
En supposant les suites les plus vraisemblables de l'adultère et du viol , ce dernier attentat fait souvent moins de victimes. D'ailleurs l'adultère est un crime certain, dont la volonté est plus responsable , qui corrompt davantage, et qui suppose la complicité, tandis
que , même dans le viol réel , il ne se trouve qu'un seul coupable , et que souvent il lest sans menées sourdes, sans mensonge , sans hypocrisie. Dans un commerce adultère où on trompe constamment , un de ceux qui transgressent ainsi la loi a recours à des précautions dégradantes , et souvent tous deux joignent à l'inexcusable oubli de la foi promise , une trahison réfléchie qui est l'iniquité même.
Il faut aussi ne pas perdre de vue cette remarque nécessairement fort ancienne , que le véritable viol doit être rare dans les pays civilisés. Nul doute que plusieurs femmes n'aient été réduites à céder sans l avoir projeté , sans même y avoir formellement consenti ; mais une entière résistance sera-t-elle surmontée par un homme qui n'aura fait aucun préparatif pour ajouter à la supériorité naturelle de ses forces? On repousse l'agresseur avec négligence; on laisse prendre sur soi des avantages , et lorsqu'on veut enfin résister sérieusement, il est trop tard. Quelque robuste que
paraisse r homme qui attaque une femme de constitution faible , si elle défend a lofs ses droits comme elle se défendrait contre un meurtrier , si elle proteste qu'elle ne gardera aucun ménagement, si elle entreprend tout ce quelle croit possible , elle parviendra bientôt à le blesser, ou à le dédoncei-tet* : à moins qu'elle ne perde l'usage de ses sens , il perdra lui-même ses forces , ou peut-être ses désire.