‹ De l'amour (volume 2)Chapitre 9 sur 34 · QUELQUES PEUPLES ANCIENS · texte numérisé non relu

QUELQUES PEUPLES ANCIENS

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Dans Tordre universel, nous sommes ap|>clés à voir des effets; les moyens sont

a nos yeux. Même après plusieurs siècles de civilisation, peu d esprits

de cette ignorance générale; mais, de IVte de la i;énér;ihon . il en aura

été autrement peut-être dès le second âge des tribus. Le besoin de la défense aura fait désirer de multiplier principalement le sexe valeureux; c'est surtout ainsi qu'on aura été amené , soit à des vues hasardées, soit à des idées religieuses , sur ces secrets de la reproduction.

En attachant aux diverses parties du mécanisme du monde les êtres puissans , mais subordonnés , les nombreux agens imaginés entre nous et l'ordonnateur suprême , on supposa aussitôt que plusieurs déités présidaient aux mystères de l'amour , à ces fonctions indispensables toujours présentes à la pensée , toujours curieuses pour notre avide intelligence. Ces déesses subalternes aidaient à l'accomplissement de la grande loi que Vénus a désignée ; mais leurs noms récens apprennent peu de chose sur les traditions des premiers âges.

On n'estimait guère alors l'apparente retenue , la décence uniforme qui , sans rendre nos mœurs plus exactes, les vieillit en quelque sorte. 11 faut pourtant avouer que si l'affectation de déguiser, dans notre conduite

extérieure , les souvenirs d'un acte qu on ne saurait toujours éviter lui-même , n'a pas commencé chez des hommes non éclairés, quelques hommes adroits ont pu s'en promettre de spécieux, avantages. Us ont pu se dire qu'une morale servile conviendrait à la multitude qu'ils achèveraient d'avilir par d'auu-es maximes , et ce système n'est pas inconnu aujourd'hui dans les lieux les plus vantés.

Le dogme de deux causes générales produisant tous les phénomènes, quelque erroné qu'il paraisse quand on l'interprète mal , quand on n'admet pas en même temps une autre cause première, ce dogme était du moins une conception vaste. En se rapprochant de cette hypothèse , on a dû adopter quelque symbole de la force active , ainsi que des propriétés mobiles dont les combinaisons maintiennent le monde. Comme on ue s efforçait pas alors de découvrir dans presque toute chose un coté plaisant ou défavorable , l'organe de la génération, loiu de |>araître rappeler de honteux besoins, devint le signe reli-

pieusement consacré des faveurs célestes. Ou l'a même choisi comme un emblème de la nature universelle, dont la fécondité est le caractère le plus visible , et dont c'est l'attribut de conserver au moyen du renouvellement (i3). Le lingam et le pulleiar parmi les Hindous, le phallus dans le culte isiaquc , et , dit-on , dans les mystères d'Eleusis, furent l'objet de la vénération publique. Les Assyriens, les Phéniciens, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs, ou même les Romains , et les peuples du Mexique et du Congo parurent d'accord en cela. Dans la plupart de ces contrées de jeunes vierges portaient un phallus de forte dimension au milieu des processions , ou des pompes, et on croit que ce fut d'abord en mémoire du grand taureau , l'ancêtre des espèces vivantes.

Il n'était pas étonnant que Ton eût pris pour une ligure de la force générale ce qui rappelait assez bien les impénétrables opérations de la nature (i4)- Cet emblème n'était pas noble à tous égards ; mais on a prouvé

depuis qu'un choix plus ridicule u'avail rien d'impossible. Ceux qui ont préféré ce dernier simulacre qu'on arbore plus hautement , et dont il faut déguiser le véritable nom, devraient ne pas sourire avec mépris lorsqu'ils rencontrent dans les cabinets des curieux les petites idoles que de certains ressorts achevaient de rendre vénérables pour les gens supersl) lieux de cette époque.

La nature même indique comme la plus importante faculté de l'être animé, celle qui lui procure les émotions les plus douces qu'il connaisse dans la vie ordinaire , et les plus folles qu'on ait jamais éprouvées sans soufTrir. Quelques législateurs ont su trouver dans ce qui appartient à l'union des sexes un des principaux mobiles de la vie humaine. Par une suite de ces idées , dans des temps si différeos du nôtre , l'organe viril n'a plus été l'instrument d'une fonction brute et aveugle; on y voyait une expression énergique de toute force vivante. Au milieu des choses terrestres, il était, en ce sens, ce que paraît être

le soleil dans la partie de l'univers où nous sommes placés. Ces deux signes, les plus caractéristiques qu'on pût choisir, ont été admis en même temps, soit chez les Orientaux , soit dans leurs colonies du Nouveau-Monde.

Les brahmes avaient une statue qui représentait l'ensemble des choses, et qui réunissait les deux organes. L'un se rapportait au soleil , et désiguait les principes de fécondité qui descendent des régions supérieures ; l'autre était la lune , et le monde sublunaire qui est perpétué ou vivifié par cette communication. Dans le Bhaguat-Geeta, Kreeshna dit à Arjoon : Le grand Brahm ( la nature perpétuellement féconde ) csl la matière où je place les foetus; je suis le père qui distribue toute semence (i5).

On objectera que ces idées occasionaient jusques dans des temples de pieuses pratiques qui, même alors, ne paraissaient pas sans inconvénient , et qu'il serait difficile de justifier aujourd'hui. Mais du moins les effets d'une sorte de prostitution que les er-

rcurs du culte avaient établie, ou faisaient tolérer dans plusieurs pays, n'étaient pas avilissans comme le sera toujours le désordre. Le mal sur lequel on s'abuse dégrade beaucoup' moins que celui qu'on fait en le connaissant, en sachant qu on se livre à la bassesse, et qu'il faudra désormais en prendre l'habitude. Quelquefois même des fautes héroïques, des fautes nuisibles sans doute à la société , agrandiront pourtant sous un rapport le caractère de l'individu. On ne peut être perverti que par une suite d'actions contraires aux devoirs dont on ue saurait se dissimuler la réalité. Ce qui est immoral c'est surtout ce que nous croyons illicite. Quant à ce qui désbouore extérieurement , c'est ce qui est regardé comme déshonorant à l'époque même , et non ce qui passera pour tel dans un autre siècle.

Si, d'ailleurs, les maximes d'une morale passagère peuvent jeter quelquefois un peuple dans de grands écarts , c'est parce que les lumières lui manqueut pour sortir d'une situation qu'il blâme lui-même , et qui lui ih-

spire peu de coniiauce. S'a perce vaut qu'où ne fait pas bien, et ue sachant pas comment on pourrait micux'faire , chacun prend le parti de céder à sa passiou. Aiusi se trouveraient peut-être disculpés des auteurs , nos contemporains, qui n'ont pas exclus de leurs plans une prostitution légale : ils ont surtout cousidéré la secrète dépravation , ou les autres travers dont cet établissement leur paraissait le terme naturel (16).

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