I1KZ QUELQUES PEUPLES ANCIENS
Dans l*ordrc universel, nous sommes «ippclc^s seulement à voir des effets ; les moyens sont tous inexplicables a nos \eux. Même après plusieurs siècles de civilisaticm, |>eu d*esprits sont frappés de cette ignorance gcnc^rale ; mais, à IVgard de Pacte de la gcnéralîoii , il en aura
été autrement peut-être dès le second âge des tribus. Le besoin de la défense aura fait désirer de multiplier principalement le sexe valeureux; c'est surtout ainsi qu'on aura été amené , soit à des vues hasardées, soit à des Tdées religieuses , sur ces secrets de la reproduction.
En attachant aux diverses parties du mécanisme du monde les êtres puissans , mais subordonnés , les nombreux agens imaginés entre nous et Tordounateur suprême y on supposa aussitôt que plusieurs déités présidaient aux mystères de Tamour , à ces fonctions indispensables toujours présentes à la pensée y toujours curieuses pour notre avide intelligence. Ces déesses subalternes aidaient à Taccomplissement de la grande loi que Vénus a désignée ; mais leurs noms récens apprennent peu de chose sur les traditions des premiers âges.
On n'estimait guère alors l'apparente r&* tenue , la décence uniforme qui , sans rendre nos moeurs plus exactes, les vieillit en quelque sorte. 11 faut |K>urtant avouer que si raffectation de déguiser, dans notix* conduite
extérieure , les souvenirs d'un acte qu'on ne «aurail toujours éviter lui-même , n*a pas cMimencé chez des hommes non éclairés, quelques hommes adroits ont pu s^en {hhd- ■lettre de spécieux avantages. Ils ont pu se dire qu'une morale servile conviendrait à la laultitude qu*ils achèveraient d'avilir par d'autres maximes , et ce système n'est pas inconnu sajourd'hui dans les lieux les [Jus vantés.
Le dogme de deux causes générales produis tant tous les phénomènes, quelque enx>né qu'il paraisse quand on l'interprète mal , quand on n admet pas en même temps une autre cause première^ ce dogme était du moins une ctmoeption vaste. En se rapprochant de celte hypothèse , on a du adopter quelque symbole de la force active y ainsi que des propriétés mobiles tlont les combinaisons maînlîemient le monde. Comme on ue s'eHbrcait pM alors de découvrir dans presque toute chose un coté plaisant ou défavorable , Tor^ gane de la génération, loin de {Miraitre rappeler de honteux besoins , devint le signe rali-
^euscment consacré des faveurs célestes. Ou l*a même choisi comme un emblème de la nature universelle, dont la fécondité est le caractère le plus visible , et dont c'est Tattributde conserver au moyen du renouvellement (i3). Le lingam et le puUeiar parmi les Hindous, le phallus dans le culte isiaque , et , dit-on , dans les mystères d*Eleusis, furent Tobjet de la vénération publique. Les Assyriens, les PhcnicienSy les Chaldceus, les Egyptiens, les Grecs, ou même les Romains , et les peuples du Mexique et du Ckingo parurent d*accord en cela. Dans la plupart de ces contrées de jeunes vielles portaient un phallus de forte dimension au milieu des processions , ou des pom« pes, et on croit que ce fut d'aboixl en mémoire du grand taureau , l'ancêtre des espèces vivaules.
Il nV'tait pas étonnant que 1 on eut pris pour une figure de la force générale ce qui rappelait assez bien les impénétrables opéralions de la nature (i4)' ^^^'t emblème n'était pas noble à tous égards ; mais on a pi*ouvé
depuis qu*un choix plus ridicule u'avail rien d'iiii|)08sible. Ceux qui ont prëféré ce dernier simulacre qu^on arbore plus hautement , et dont il £iul déguiser le véritable nom, deïraient ne pas sourire avec .mépris lorsqu'ils renconlrenl dans les cabinets des curieux les petites idoles que de certains ressorts nche- Taient de rendre vénérables pour les gens superstitietix de cette époque.
La nature même indi({ue comme la plus importante feculté de Tétre animé , celle qui lui procui^e les émotions les plus dcmces quil connaisse dans la vie ordinaire y et les plus foites qu'on ait jamais éprouvées sans souffrir. Quelques législateui's ont su trouver <lans ce qui appartient a Tunion des sexes un des principaux mobiles de la vie humaine. Par une suite de ces idées , dans des temps si difiëreos du nôtre , I organe viril n*a plus été rinstrument d*une fonction brute et aveugle; on y voyait une expression énergique de toute force vivante. Au milieu des choses terrestres, il était, en ce sens, ce que parait être
le scdeil dans la partie de TunWers où nous sommes placés. Ces deux signes, les plus caractéristiques qu'on pût choisir, ont été admis en même temps, soit chez leç Orientaux , soit dans leurs colonies du NouTcau-Monde.
Les brahmes avaient une statue qui repré- Rentait Tensemble des choses y et qui réunissait les deux organes. L*un se rapportait au soleil , et désignait les principes de fécondité qui descendent des régions supérieures ; Tautre était la lune , et le monde sublunaire qui est perpétué ou viyifié par cette communication. Dans le Bhaguat-Geeta, Kreeshna dit à Arjoon : Le grand Brahm ( la nature perpétuellement féconde) est la matière où je place les foetus ; je suis le père qui distribue toute semence (i5).
On objectera que ces idées occasiouaieni jusques dans des temples de pieuses praticpies qui, même alors, ne paraissaient pas sans inconvéniens , et qu^il serait difficile de justifier aujourd hui. Mais du moins les effets d^uue sorte de prostitution ({uc les cr-
rcars da culte avaient établie, ou faisaient tolérer dans plusieurs pays, n^étaient pas avilis^ sans comme le sera toujours le désordre. Le mal sur lequel on s*abuse dégrade heaucou])' moins que celui qu^on fait en le connaissant, en Mcbant qu'on se livre à la bassesse, et qu*il Ciudra désormais en prendre Thabitude. Quelquefois même des fautes héroïques, des fautes DuisiUes sans doute à la société , agrandiront pourtant sous un rapport le caractère de Tindividu. On ne peut être pei*verti que par une suite d'actions contraires aux devoirs dont ou Desaurait se dissimuler la réalité. Ce qui est immoral c'est surtout ce que nous croyons illicite. Quant à ce qui déshonore ei^térieurement , c^est ce qui est regardé comme dc&honorant à répoc{ue même , et non ce qui passera pour tel dans un autre siècle.
Si, d*ailleurs., les maximes d*une morale passagère peuvent jeter quelquefois un peuple dans de grands écarts , c'est }>arce que les lumières lui manquent |K)ur sortir d'une situation qu*il blâme lui-même , et qui lui in-
^pire peu de couiiance. S*apercevaat qu^on ne ^t pa$ bien , et ne sachant pas comment on pourrait mieux'faîre y chacun prend le parti de céder à sa passion. Ainsi se trouveraient peut-être disculpés des auteurs , nos contemporains , qui n^ont pas exclus de leurs plans une prostitution légale : ils ont surtout considéré la secrète dépravation , ou les autres travers dont cet établissement leur paraissait le terme naturel (16).