DE LA LIBERTÉ SANS LICENCE
Si les hommes que des femmes subjuguent se couvrent de ridicule , ceux qui oppriment des femmes deyienuent justement odieux. Le bon sens et la droiture suffiraient pour éviter cette alternative , mais on se laisse entraîner par les seuls mots d^amour et de plaisir. On n'agit avec prévoyance que dans des intérêts
dont le calcul semble plus positif; on affecte d'oublier que les diyerses suites séridUses des plaisirs ne permettent pas de s'y livrer indisci*ètement, que Tesprit d'ordre esttoujoursindispensable , puisque Tordre est le fondement des sociétés , et qu'enfin la grande affaire de la vie est la conduite morale.
Sans y avoir assez réfléchi, on se trouve engagé. On s'est livré d'abord aux capricieuses illusions d'un attachement qui ne doit produire rien d'heureux j et quand il est dans sa force y n'ayant pas celle de le vaincre , on se figure qu'il conviendrait peu de ne point saisir quelque occasion favorable. Mais, commençant à voir les inconvéniens de ce lien dès qu'il n'est plus nouveau , promptement fatigué d'une femme qu'on avait promptement aimée y on découvre en elle des défauts dont on suppute avec soin les progrès vraisemblables , et on l'abandonne lorsqu'on lui est devenu nécessaire.
Il existe rarement un véritable accord entre les sensations de deux personnes qui se choi*
«iMenl matuellement. Si néanmoins chacun ^Kacrifieun peu de samanièrci on parvient quel- ^nefiMs à concilier ces oppositions. Les conyewnofts dans le plaisir perfectionneraient les liomines. L'harmonie des sentimens élève Famé ou la sijtisfiadt , ce qui sera souvent une même chose. Mais pour obtenir un avantage qu*il semblerait si naturel de se promettre , il fiiudni peul-étre un bonheur particulier : le sort contribuera plus qu'on ne le pense , à décider si nous vivrons bien avec ceux qu'il rapprochera de nous, et même si nous rencontrerons précisément le mérite dont Tidée nous séduit dans nos suppositions d^une vie fortunée.
& quelque habitude voluptueuse chez une femme qui auparavant ne manquait pas de force pour gaixler la continence , si ce changement ches celle qui ne dépend que d^elleméme, influe sur son cai*actère , et commence à la dégrader, c'est qu'elle est encore prévenue lie ridée , qu'en cédant à ses désii^ sans y être obligée, ellecommet une faute En iontgeui^e.
des actions indifférentes, et même des actions louables y corrompraient par degrés ceux qui, les regardant comme injustes et honteuses, se les permettraient pourtant. Si à Tépoque où des femmes s*écartent d*une retenue séyère , elles cessent de paraître aimer généralement ce qui est honnête , c'est qu elles étaient disposées à cet oubli; sans doute elles avaient toujours eu le malheur de ne reconnaître d autres principes que les rigueurs d'une pureté imaginaire , et d'autre fondement du devoir que le souvenir des leçons du premier âge. C'est par les suites d*un mauvais choix que Tame achève de se dépraver , ou par des vices dont l'amour et le plaisir ne sont que Toccasion accidentelle : quand on n'est pas ferme dans le bien , tout sert de prétexte pour le mal. Un esprit juste n'a guère à craindre ces dangers ; il est ennemi du désordre plus encore que de la contrainte. Il peut dire hautement que , dans nos contrées, et presque partout, de simples libertés sont indépendantes des lois; mais il reconnaît aussi qu'il ne serait
l^Hitis excusable s'il manquait à ses engage-
On assure que chez quelques peuples (22) ^ {liiticulièrement chez des tribus brésiliennes, les filles se donnent sans aucun scrupule , et sont souvent offertes par les chefs de la £1miUe^ non-seulement aux étrangers , mais auL jeunes gens du pays, tandis que la femme qni manque à ses promesses est punie avec sévérité. Cette distinction serait conforme à la nature des choses. U parait aussi que , malgré le peu de vétemens de ces Indiens , la pudeur n*est pas inconnue chez eux; ils en savent bien Tesprit, s'il est vrai qu'on y parvienne à laisser ignorer le moment des incommodités périodiques. Chez une partie des peuplades Madecasses , on regarde comme sacrés les eugagfmens du mariage; mais on voit avec indifférence de jeunes personnes encore libres se donner, quand il leur plait, à des étrangei*s
Vers la rivière de Sierra-Léone , dit Matr
ihevrs, les filles doivent être cliastes; mais ce I. Il
serait une impolitesse de la part des femmes mariées de se refuser aux désirs d*un amant. « Si pourtant, ajoute-t-il, le mari désire trouver son tour pour avoir un en&ntde sa femme, il l'oblige de jurer qu'elle sera sage quelque temps; si dans cet intervalle, soit violence , soit pei*suasion de sou amant, elle c^ède à ses désirs, elle le confesse sur-le-cbamp à son mari : les deux amans subissent une punition honteuse, et sont pour toujours voués au mépris et à rinfamie. » Il y aurait du moins quelque droiture dans ces mœurs; mais, en supposant qu^elles aient été observées avec exactitude , elles sont plus défectueuses que les coutumes attribuées aux Brésiliens et aux .Madecasses. Le mariage admet difficilement une liberté si générale : il semblerait alors n'avoir plus d*objet. D'ailleurs, les femmes fX)upables auront- elles le courage de se vouer à la bonté? La plupart d'entr'elles ne préiereront-elles pas se taire, et , sans s exposer au. mépris dont on |>arle , le mériter doublement? *< On prétend , dit Bruce , qu autrefois les
^^QE^mes ëg}'plicunes |>assaieut k leur choix des '^'^cis d*un homme dans ceux d'un autre.... " Wlpermisde croire que cet usage leur venait ^^^Abyssinie; cardans ce pays les femmes vi- Teiit comme si elles étaient communes à tout le monde , et leurs plaisirs n'ont d^autres bornes que leurs volontés. >»
Que de nations n^avaient pas deviné que rabstinenoe f&t la meilleure loi des moeurs ! Dans les lieux où peut prévaloir cette fausse doctrine 9« il appartient du moins aux disciples des sages d*en rejeter les rigueurs habituelles, comme aussi imprudentes qu'inutiles. La justice, ladroituredevraicnt former Tunique assujétissement chez Thomme , puisque les autres rhatnesqu^onluiiait traîner lui donnent Tattitude incertaine de 1 eufantqu*on atoujoursconduitpar la main. Il estd'ailleurs des caractères €ldes tempéramens auxquels on ne pourrait , MQsde grands dangers, interdire quelque di- '^«sîoD. 11 ne &ut pas demander de tous les '>H>rtek cette fermeté diflicile , œtte invariable '^tenoe qui ne conviendra jamais i\\iii un )h*-
lit nombre : les autres hommes éprouyeraient, en de cerUiines rencontres , un yertige à peu près semblable à Teffet desliqueurs fortes, et ils oublieraient leurs résolutions.
Aux mœurs eOrénées ou incultes ont succédé des mœurs déréglées ayec élégance. Un jour viendra peut-être où la vérité , Tordre , Téquité gouverneront les corps politiques auxquels des lois morales sont tellement nécessaires que si on n*en proclamait pas du moins le simulaci*e , ces grandes familles ne subsisteraient pas. Il ne faut point désespérer de cette réforme , suite probable ou possible de notre civilisation. Le désir anime Thomme sauvage ; le raisonnement dirige les hommes instruits (23). Lorsqu*il existe des lois et des lumières , les erreurs passionnées diminuent d*àge en âge , et la raison s'affermit. Ces progrès sont lents, mais ils paraissent naturels, et sans doute on les distinguerait mieux sans la confusion, peut-être inévitable, que ramènent les inimitiés des peuples. Déjà on observe dans la complexion même des Européens un
changement qui , sans paraître bon à tous igsurdê^ est analogue à ce perfectionnement : la puissance de Tesprit, selon lexpression d^Hufeland , commence k prendre le dessus.
La liberté en amour peut produire de vrais biens si elle est raisonnée , ou de grands maux si elle est irréfléchie. La diversité d*organisation expose autant les hommes a se jeter dans une intempérance licencieuse, que dans d*auslères privations. Ces deux dangers ne sont pas toujours égaux : la différence dépend beaucoap des temps. Ce n'est pas dans le nôtre qu*on aura principalement à craindre les sévérités d*un entêtement fanatique , ou même d'aDUe exagération chevaleresque.
Ce qui sera sensuel avec une sorte de dignité si Ton ne s*é carte pas de la droiture , dégénérerait en vice, en abrutissement, chez des gens dénués de tact ou de caractère. Un mérite trop rare c'est d*aimer Tordre. La volonté ooDstante de le chercher avant tout détruirait le danger des mouvemens du coeui\ La raison n*est ]>as réduite à les proscrire lors-
qu*elle est assez ferme pour les régler. C'est , disait Mallebranohe , Tamour libre, habituel ^ dominant de Tordre immuable , qui fait la vertu, et il n'est pas d*aulre vertu que Tamour de Tordre.
Nos idées s'enchaînent ; nos opinions se prêtent un mutuel appui. C'est d'après Tensemble des lumières et des penchans d'une femme (pi'on peut connaître d'avance la conduite qu'elle suivra , tant que l'amour n'aura point perdu tout pouvoir sur elle. Si elle ne reçoit durant la première jeunesse que des notion» exactes sur les divers objets, sans doute ses inclinations ne deviendront pas contradictoires , et il y aura toujours de Taccord e|itre sa manière d'agir et le but qu'elle se proposera. On peut laisser une grande autorité sur elles-mêmes aux femmes qui ne paraissent pas disposées à confondre la licence avec la liberté, aux femmes qui ont en partage le sentiment de Tordre. Ce discernement ne leur permettra jamais de rejeter ce que la raison avoue: comme elles auront envisagé de sang-froid oe
1^ pourrait les llatter le plus, elles sauront ^^ délemimer selon les temps ; et si elles pa- ^^ittent fiiciles dans quelques circonstances ^(uMsîes, dans toutes les autres elles resteront ^^lëbranlables*
Quelque méthode qu*on adopte pour rëpri-
^ner on pour éclairer le vulgaire , on nVvilera
Jamais |ous les inconvéniens qui naissent de la
«lifféreoce des goûts et des situations. < iVst
|iaree ({a*on trouve partout des obstacles et
dea périls, que tant de gens craignent de sui-
vre une route })eu battue. Dans le chemin de
la ibule les fiiux pas ne sont attribués qu^à la
fiortune ; mais quand celui qui s'avance seul eu
fail un , OD déclare que c'est la suite de cette
erreur , et le juste fruit du désir d'innover.
Que dans de certaines classes dix filles élevées
seko Tusage reçoivent leui^ amis en secret,
on disparaissent avec eux , c'est pure fatalité
sans doute; mais qu une seule, dirigée dans
des principes différens , commette néanmoins
une faute , on dira aussitôt : Voilà ce que pro-
de tels systèmes ! Asservis par leurs
habitudes , les hommes ordinaires n'obsenrent point que si jadis on avait ainsi condamné toute réforme j oe principe auquel on ne saurait toucher, disent-ils j sans proCuiation, cet usage qu'ils respectent , n'aurait jamais pu s'établir.
Il faut avouer toutefois qu*en s'éoarlant des idées les plus générales , on hasarde d'abord quelque chose. Ces règles étant trèsconnues de tout le peuple , s'il vous y voit attaché , il ne se méprend pas sur vos intentions; mais si vous y substituez une autre conduite , il vous juge avec la précipitation qui le caractérise. Ne vous comprenant pas, et néanmoins s'obstinant à interpréter œ que vous faites , il tire de vos opinions , de vos démarches, de vos maximes plusieurs conséquences très-différenles de ce que vous vous proposiez.
Eu effet, se dira-t-on peut-être, pourquoi désirer de rendre légitimes ou raisonnables les consolations de nos heures passagères? il semblerait plus opportun de s asservir douce-
meiil à la ooalume des lieux oùron se trouve. Rien de sérieux dans les études , rien de loyal dans les plaisirs , Fapparente soumission du coeur, Toubli ordinaire de la raison , un do* cile mépris pour ce qui n'&t nas approuvé de loQt le monde : voilà de cpioi se compose une ne oommode et sûre. Hommes présomptueux, et difficilement satisfiûts , à quelle fin une autre ambition tous fut-elle suggérée ? Est-ce une Toix qu*il fiiille écouter, ou peut-être une prérogative qu'on fiisse trop valoir? Exposés à prendre vos vœux pour des droits , vous cherchei à vous établir au milieu de ce qui s'écoule, et vous voulez rester entourés des ombres que vous ne reverrez pas. Est-il vrai que TOUS éprouviez le besoin d'un bonbeur suivi, d'un lien constant, d'une joie presque idéale? Duis les maisons consacrées au traitement des insensés, on en a vu à qui il paraissait nécessaire d'avoir un diadème sur le front , ou un bras d'airain. Nos désirs sont-ils généralement destinés à modifier les incidens qui iHHis concernent dans le mouvement général?
Quand un homme est livré à des maux dont il ne peut concevoir le but , quand il périt avec d*extrémes douleurs, il s'indigne contre la nature^ et il voudrait apprendre h toute une génération de quelle manière sont agitées des fibres qu*il croit importantes. Cependant une enveloppe étroite cache et contient ces peines infinies. Le monde peut les ignorer , tandis qu'on se prétend accablé sous le poids du monde. Ces angoisses sont renfermées dans la pensée 9 dont Torgane même ^ est incertain; et chacun , entraîné sur une pente où nul ne remontera, se consume en désirs, ou en regrets , sans pouvoir troubler le silence de Tordre inexorable.
^t TOUT L HONNEUR DES FEMMES DOIT œNSISTER DANS LA CHASTETÉ.
Dès que la société se foi*ma , i) fallut s*oc- ^per des désirs inconsidérés qui pouvaient la ^roubler journellement , et ce qui parut surent indispensable , ce (ut sans doute de soucroître à quelque discipline la rolupté , natu* rellement indocile, et déjà embarrassante dans ses suites diverses. I^e mal ne consista
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pas dans la loi de retenue , mais dans dMnutUes rigueurs , dans une exagération accablante qtii devait diminuer Fascendant de la vertu, u Pourquoi ce plaisir, si pardonnable en lui-même , demandait un écrivain du siècle dernier, a-t-il une influence si pernicieuse? (Test Tefiet du prix que nous y avons attaché. Lorsque rien ne pourra plus aggraver la honte, quel soutien les vertus trouveront-elles au fond de Tame? »
On ne se borna pas à recommander une réserve prudente sous plusieurs rapports , et une continence modérée; on se mit à préconiser toute privation. Par une double erreur, souvent on paraissait exiger des femmes la chasteté seule , et souvent on en exigeait trop de chasteté. Plusieurs fois elles ont été déshonorées sans s'être rendues coupables. Chez la plupart de celles qui ne murmuraient jamais , Tabstinence était moins une vertu qu*une superstition , et chez d^autres ce n éiait pas de la sagesse , mais de la vanité.
Les différences que la nature avait établies
entre les sexes, indiquaient des diiférenoes analogues entre Thonneurdes femmes et llumneur des hommes ; mais on a changé ce contraste en opposition. Gnnme si la Ter tu ne devait avoir qu^un mode pour chaque sexe, on a eût consister toute celle de la femme dans la continence, et toute celle de Thomme dans la bravoure : beaucoup de gens ont dû <at>ire que s*ik se Élisaient remarquer en cela, on les dispenserait du reste. Souvent abandonnée à des sectaires , la science des devoirs n*a pas été rectifiée avec autant de soin que d autres parties moins essentielles de la civilisation. De nos jours même, Tesprit de la morale , dans ce qu*on appelle le monde , n'est guère autre chose que Thonneur, tel que les Barbares Tentendaient quand ils se répandirent en Occident.
Les femmes , il est vrai , doivent joindre une circonspection particulière à la décence qui forme la loi commune. Il est aussi de leur intérêt, non moins que de celui des hommes, quen général le sexe qui a besoin d'appui soit
fidèle à Be$ engagemens. Si le mariage devenait )X)ur la plupart des hommes un état très-f&cheux, ils Téviteraient, et un grand nombre de femmes vivraient plus malheureuses , jusqu'à d'autres changemens dont Tépoque ne peut être prochaine.
Mais n^exigeons pas que le plaisir ait cous- Camment pour but direct la procréation, puisque cette première fin de lamour n'en est pas ta seule fin connue. En vain une grande pureté flatterait notre orgueil ; elle ne serait pas bonne si elle ne laissait pas écouter tous les conseils delà raison. Cette dignité trop systématique, que le vulgaire achèverait de corrompre , cette sévérité extrême proposée indistinctement à tous les caractères, substitueraient la haine de la contrainte au sentiment du devoir. Les &cultes reçues de la nature étant beaucoup plus étendues pour le plaisir que pour la materni té , ne condamnons pas toujours une femme indépendante , et sûre d'ailleurs de n^étre jamais entraînée au-delà de ce que sa raison excuse, ne la blâmons pas si Tidée lui vient
d'agir très-librement avec un homme , sans lui être attachée , sans prétendre même que ces momens doivent se renouveler avec lui.
Ne proscrivons pas ce qui n^enfireint aucun drmt , ce qui d ailleurs , ne dégénérant pas en excès, n^altère ni la fermeté de la tête, ni la vigueur de la santé. Seulement réservons notre approbation formelle pour les moyens d*atteindre réellement au but proposé par la nature. Sans cette perspective de paternité, redisons-*le en toute occasion , sans cet espoir et ce dessein , les jouissances seront toujours fort peu dignes que la pensée s*y arrête, et en prépare gravement le succès. Ce ne sera qu'un jeu; mais sera-t»il nécessairement criminel? Assez souvent, dit-on, les nègres de nos colonies s avisent d'avoir quelque chose a raconter dans ces iustans-là. Ils en estiment beaucoup la durée, parce qu'ils obtiennent rarement dans laservitude d'autres plaisirs. Cest en restant unis qu^ils commencent leur historiette. Chez les plus ingénieux elle est drama* ti(|uc, i*t elle sup}X>se des entractes. Ils ont
Tart y pui8C[ue Tart se mêle à tout , ils ont , ou, si Ton veut, elles out Tadresse de ménager ainsi deux dénouemens. Pauyres négresses ! irons-nous condamner à quelque peine particulière ces timides esclaves pour des passe temps semblables ?
Aimer ce serait faire un choix de la personne avec laquelle , d'après de certaines sympathies, on espérerait avoir des enfsins heureusement constitués , et doués au moral de &cultés précieuses. Aussi convient-il qu*avant d'aimer nous pensions avoir bien choisi; puisque le lien sera sérieux , et Tengag^ent exclusif. Mais il n'en est plus ainsi lorsqu^on est réduit à négliger les fins naturelles, lorsqu'il ne s*agit que de céder à l'invitation des sens d'une manière exempte de tout reproche, bien que dépourvue d'une régularité beaucoup trop difficile pour être expressément obligatoire. Sans doute il faut encore choisir; mais comme le choix est accidentel, c^est assez, sous ce rapport , de se plaire à peu de chose près, et pour le présent.
Itcaiicoap de caractèi^cs ne sont pas assez fermes pour dédaigner ces plaisirs d*un ordre très-inférieur, ou n^ont pas pris assez tôt cette forte résolution. Mais si Ton est doué d'une imagination élevée, si Tameest puissante, si on a conservé le pur sentiment de la convenance, on attache peu de prix à une volupté concertée de manière ({ue même en s'accomplissant elle restera stérile. Alors ce qui promet le plaisir sans le donner encore a plus de Taleilr^^rce que lê^ biens , pour nous qui passons sur la terre et n*y demeurons pas , ne sont jimais que des espérances^ Féconder le sein d*une femme, c^est lui promettre les joies maternelles , et souvent se préparer à N^i-méme les douceurs de la famille. Mais le plaisir dérangé par une prudence importune , cette prétendue possession qui n\i fioint d*avenir, ne suffit quà Timagination «iride et à Tesprit vulgaire , ou du moins »ie captive que faute de réflexion. Qu'une iemme que tous ne pouvez voir avec iudifTévence vous charge de lui ap|)rendrc a nager, I. 19
qu'elle soit un moment nue deyant tous , et qu'une autre fois elle se donne , mais en exigeant .que cette fantaisie . devienne infruc* tueuse y certainement c^est le premier dflpMp deui^ souvenirs qui , dix années après y ^is sera doux si vous consei*vez dans leur harmonie les dons naturels. Généralement, espérer , même sans jouir , c^est vivre ; mais jouir sans en rien espérer , c^est entendre de trop près les menaces âfi néant !
Ne cherchons jamain à détruireA^ sentimens résej^és, entrainans, inexprimables que peut «icconW Tamour. Laissons-lu^ dans tous les siècles, sans trop d^illusions néanmoins, les couletirs poétiques capables de répandre du charme sur des journées qu^à d^autres égards Tamour lui-même attristera. Mais cha* que chose a naturellement aussi une exprès si(m plus simple (|ui doit dé|)endredes instans. liCs convenances changent, et toutes , à des degrés divers , sont bonnes si elles sont observées iî 1%'opos, si Tesprit est juste et Tame indépendante. Four Tunion essentielle, atten-
i\ez ordinairement raflcction, en évitant toutefois le degrë <gii produit ravei^lement. Pour des annusemens au contraire , ^piéique grâce et quelque délicatesse suffiront. Affecter d'être subjugué, afind*avoir un prétexte pour se dispenser de la continence , ce serait un surcroit de fiûblesse, et quelquefois une humiliation de |das. Des maximes ii^Icxibles, des préceptes déraisonnables seraient souvent éludés; préférons une règle moins chagrine , moins scrupuleuse peul-étre , mais suivie plus sincèrement.
Ayons en toute chose plus de rectitude que de ri|prisme. Qu'il en soit ainsi de cette es- |ièce de protection que les ibmmes ont droit «le réclamer non-seulement de leurs pnx^hes parens , mais ue tout bomme d honneur. Qu'elles se y<wèt soutenuea^au besoin , non pas di|ns «nl^ivial esprit de galanterie dont il leur s^n^it si facile d abuser , mais selon la justice^ Ji donc elles se trouvent compromises * par Hi^^udent et volontaire effet d'une confiance qui ne peut jamais les justifier, cen'est pas une raison pour que leurs frères , par
exemple y nîllenl dire aux hommes dont elle seront mécontentes : Il conyifnt que non succombions , vous ou nous. Ceux mêmes qu cix>iraient permis de chercher et fiiire preuve de courage dans un combat singulier , pour raientattendre, ce semble, des occasions moin ridicules. Mais une femme irréprochable de ▼ient*elle victime d'un complot , a-t-on em ployé pour la tromper des moyens qu^elii n^ait pu connaître , voilif celle dont on se dé ciarera Tappui, k quelque sacrifice quMI failf se résoudre.