DES PRETENTIONS EXCLUSIVES
L ordre uKHral ne peut cire (>piK)soà lorilre physique ; cVst nue uiéme cliobc sous une autre aceeptiou. Il faut considérer les lois morales ou comme la cause ou connue la conséquence |)erpéluelle , et eu quelque sorte |iréélaliiie , des mouvemcnsdn monde visible.
S*il vbi une force nalurcUe (pii semble trop
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grande pour Teffet qu^elle est destinée à pi^duire , c^est qu*il faut toujoursi le réaliser en partie. Souvent le but paraîtra passé de beaucoup ; mais sans cela on y fût rarement arrivé au milieu de la diversité des temps. Par une suite de ces vastes dispositions , notre curiosité , nos fantaisies , nos désirs enfin s^étendent au-delà du vrai besoin : c^est ainsi que nous serons entraînés à les suivre infailliblement , malgré des doctrines timorées qui les combattront.
Beaucoup d^animaux sont jaloux ; ils se battent , ils s'exposent à la mort pour écarter des rivaux. Nous sommes excités d'abord par le même instinct ; mais la raison , cette combinaison rcilécliie des différentes impulsions , doit les modifier selon les circonstances. Quel avantage 1 homme retire-t-il de la réunion de ces mobiles quand il ne sait pas , en les op- )x>sant Tuu à Tautre dans Toccasiou , Êdre un choix qui serve à le perfectionner lui-même ?
C est une parlic essentielle Je la destination <lc rh«u|uo lioiiiino dv (MiiilrihucM* à la durée
^'^ la race humaine ; il a reçi) celle mission, |H>^|. niiisi Ji|.^, Non-seulemenl en général , <^t oomme apparlenanl à l'espèc'c , il voudra ^^^^e un des agens de celle procréaiion , mais " fsnétendra Tétre à sa manière , ei |x;rpélucr ^"^ qui lecarâclërise. Ce n'esl jmis assez pour ^i que des enfans naissent en nombre suffi- *^lit. Sous ce rapport un bomme répondrait ^^1 besoins de cent femmes ; mais cbaque ^T>mme demande momentanément une ou l^lusieurs femmes réservées pour lui seul , ^fin de reproduire son organisation person- Nielle combinée avec celle des femmes à qui une secrète analogie lui fait désirer des unir, tk! ces actes particuliers dé|>endra, dans les (lifRrentes régions, le maintien de Tespéce , avec ses nombreuses variétés. Ainsi rinstinct jaloux s^explique aisément comme loi de la nature; mais quand la réflexion , ou la retenue y modifient à propos , ou corrigent cet instinct, cela est plus confoi*mc encore aux Ifiis naturelles , à Tordre* compris dans son «'tendue
Si Tamour naisonnablè peut aussi demander la possession exclusive que veulent quelquefois avec fureur ceux qui aiment passionnément , nous ne devons pas en conclure que ce soit un droit dans toutes les rencontres : lorsqu*il nous est ôté , il ne faut plus y mettre d'importance. Si ce privilège n'est pas confirmé par une promesse positive , et s*il reste étranger aux liens de famille , il cesse d^étre précieux aussitôt qu'on n*aime plus à nous en faire jouir. Les unions légales ont leurs convenances; Tamour libre en pourrait reconnaître de fort diiTérentes.
Ce qui est à la fois sévère et inconsidéré s^éloigue toujours de la justice. Néanmoins des préjugés ]>euvent de lemps à autre contribuer à maintenir Thonnéteté des moeurs , le calme, la bonne intelligence. C est un moyen condamnable , mais il peut réussir comme d'autres expédions que Ton vante aussi, comme la sécurité qu^ou obtient dans les harems en faisant des eunuques, comme le déshonneur (les fils , j)our le crime de leur jxrre.
dont la conduite leur était apparemment soumise , cn6n , comme les tortures qui ne laissent pas d^aider à découvrir quelques malfaiteurs (24).
La jalousie convient à la plupart des animaux, parce qu'ils n'ont pas d^autre garantie. Mais chez Thomme , si des transports jaloux annoncent quelque force , c^est celle d*un amour insensé. Les soupçons y les vaines démarches, tant de bruit, d'erreurs ou de disputes sont d'un cœur faible et d'une raison infirme. Dans un véritable attachement mutuel on est à Tabri de ces perplexités ; on n'a rien à craindre , à interpréter , à découvrir, l^rsqu^on aime en conservant la raison , nécessairement on estime ce qu'on aime , et l'estime exclut toute idée de perfidie.
On ne peut regarder les sollicitudes passionnées comme reflfet d'un sentiment noble et m&le. Faire toujours consister Ihonneui* à posséder seul une femme, n'est-ce pas supposer sans exception, et dès lors très -faussement , qu^un homme qui laisserait à la sienne
beaucoup (le liberté , ne s*y résoudrait que par faiblesse , ou d'après des calculs ignobles? C'est ainsi que les opinions les plus dénuées de fondement influent sur les mœui*s d'une partie du genre humain. La droiture et le bon sens d*un homme marié ne le présenraient pas toujours du mépris ; on lui reprochait les fautes qu'il n'avait pas partagées, ou qu'il n*avait pu prévoir, et il était compromis lorsque des hommes sans moeurs venaient compromettre j ou soupçonner , ou calomnier sa femme. On consacrait d'aveugles coutumes (|ui paraissaient inti^oduites par Thonneur même, et Thonneur avait alors trop d'écarts pour que la jalousie (ut exempte de fureur, ou même de folie.
Si une femme qui se donnait à vous par reifet de sa libre volonté , se donne aussi à quelque autre, pourquoi ne pas savoir renoncer au senliment plus délicat que vous ne devez plus attendre d'elle? lit si elle s'attache à vous lrom|>er , vous, (juVlle paraissait chérir, mérilc-t-cllo c|ue vous ivyrelliez amère-
mevii une liaison qu'il serait houleux de ne j»^ rompis?
Il esl de sages précautions , et souyeul le désir de s'assurer du vrai , n*est ]>oînl de la jalousie , mais de la prévoyance. IjOts même c|U*on n^est pas lié par des aiFeclions très-durmbies , la possession exclusive est ordinairement approuvée de la raison. Les soins à pren- <l>^ alors ressembleront à ceux qui assurent le succès de toutes les entreprises, ou qu'exige l^ordredans la vie domestique.
L^incertitude est un mal plus grand que ' événement même qu'on nous cache peut- «1.1^;, ou que peut-être nous supposons mal ;i P^'opos. Dès c|ue nous savons comment on se ^^^oduit à notre égard , nous voyons ce que ••^Us avons à faire nous-mêmes, et c'est ce que *'*^ esprits justes et droits demandent avant ^tit. A quelque genre de péril <[ue soit exé uu caractère courageux , il ue |>eut être
^Ofjncerté que par le doute, et il ne se plaint I^^ de la |)er(idie.
l'ilie alKiiidonné d'une femme, ce serait une
simple contrariété ; mais ignorer s*il convient de lui témoigner constamment la pins grande estime , ou s'il faut se hâter de rompre avec* elle , c^est la position la plus difficile où puisse tomber un homme dans le cours ordinaire des choses. On lit à ce sujet , dans le Spectateur d^Addison, une remarque qui n^est qu^une phrase de comédie . <( Etrange ardeur de chercher ce quW trouvera en frémissant , et de se désespérer tant qu^on ne parvient pas à s'assurer un motif de désespoir ! » Certainement le plus inepte esclave de la jalousie ne désire pas apprendre qu'on lui est infidèle ; mais il voudrait savoir enfin si cela est , ou n'est pas. Cette inquiétude ne devient vicieuse que chez ceux qu'elle préoccupe sans cesse , et dont elle trouble la pensée.