‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 16 sur 43 · SI · texte numérisé non relu

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lorsqa^on les verra supérieurs à tous les obstacles , on tombera dans cette autre erreur de les déclarer indépendans de notre assentiment , et on s*efforcera d'établir que des penchans capables de fiiire oublier la pudeur étaient irrésistibles. Cependant Tattente de la volupté suffit généralement pour vaincre en un sens toute pudeur. Celle qui est acquise parait s*opposer tout-à-fait au plaisir; mais le prestige des jeunes amours la fait surmonter, et plus tard on s écarte avec moins de difficultés encore de ces maximes de résistance lorsqu'on juge le moment convenable.

Dans les premières tentatives inspirées par Tamour j le doute du succès , l'incertitude quant aux soins à prendre , Tigiiorance à Tégard des suites de ce qu'on éprouve , ces différentes causes , en rendant les vœux timides , donnent aux paroles , aux mouvemens , aux démarches, une grâce dont il restera toujours quelque chose , à moins que le sentiment des convenances ne sVteigne totalement. On avait une façon uniforme d être habillé , d agir , de

se prétenter ; il £siudra un langage différent , des manières , des attitudes nouyelles , et on craindra de surprendre ou d'être curieusement obsenré. Est-on certain, si on croit déplaire un seul inslant , de ne pas rester ccmfus , de ne pas paraître ridicule? Comment s^assurer de rap[Krobation dans cette circonstance où les pensées peuvent être , les unes secrètes , les autres déguisées? L'amour sans expérience lera plein de circonspection. Alors la pudeur, rigoureuse et prompte è 8*alarmer, ne négligera aucun expédient ; mais ensuite elle se réduite aux précautions non moins voluptueuses que naturelles qui la constituent essentiellement. Celte ingénieuse délicatesse convient toujours k rhonune aimant : on la respectera dans les différens âges du monde. Souvent le peu de durée de nos attachemens provient de ce que la pudeur réelle n'est pas assez vigilante; souvent une fiEuniliarité déplacée dans le mariage mémet une liberté indiscrète y introduit des dégoûts irrémédiables (29). Ainsi s affaiblissent les plus douces inclinations , avant le total af-

ÊiibliMemenl -xles désirs, ou avant que les besoins d^une fiimille naissante nous engagent à porter Tattention sur les objets plus arides de nos longues sollicitudes •

Le trouble qui précède le plaisir n*en est pas une ocmdamnation , c^est plutôt une suite de la rapide diversité de9 impressions. H semble qu^eli cela on se trompe d^Eln commun accord. On écoute de certaines insinua tiims de Famourpropre ; on se laisse séduire Mt point de regarder tout avertissement de la pudeur comme le cri d*une vertu surnaturelle que le ciel même prendrait soin d'opposer k incontinence, conmie un témoignage en fr veur des rèffiM imaginaires qui , en eiuiltent quelques esj^ts , ont valu à la chasteté , ainsi qu'à la virginité , de si pompeux éloges.

Les effets si multipliés de la pudeur ne parai traient pas contradictoires , si on ne perdait point de vue qu'elle est généralement suscitée par plusieurs causes dont riniluence inégale dépendra de nos coulumes ou de notre oi^anisation. Quelquefois une jeune femme n'as-

pire qtt^àaalîdGEUureses iaclinalîoiis matemeUes ; mais pcMor jouir da oe8 wntiiiieiis, îl faudra en ayoir connu d^autres/ et il fiindra même ({ne des carèmeé afieetuenset defiennent lafl<»?es* Lm penaée de ces asinjéiiatement humilie celle aaM iMBorée : par une pudeur qui lui est pro* pre« peuA^élre prë£érerai^^lfe qoe les besoins da eostir n ezijjeassent pas le concours deasens. ÀTec leamémes opinions « elle cessera d^éproù** ver eeregral^ loesqnedes attachemens, qui ne laraienl pas subjuguée d^abord, lui aurool fiât négUgfii^ ridée qu'elle se formait de sa propre dignilé; le silence de celle sorte de pudeur sera donc mu signe fiuieste. Mais si au coiitmire celte même lemme désabusée, en aimanl lQU)Ours la pudeur ne la trouyail plue incompalible a? ec le plaisir , peut-être dédaipierait-'eUe » dans une circonstance avouée par la raison , notre pudeur arbitraire , et ce serait an trimnphe de la pensée , une force particu • liere de la volonté. Cette sage indépendance peut élever Tame , tandis que des faiblesses cxmpables, ou seulement irréfléchies, la dé-

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gi-aderaient : il &ut que la pudeur commande aux sens, mais que notre raison commande à notre pudeur même .

L^alliance des désirs et de la pudeur distingue Tamour chez la race humaine , dont quelquefois les perceptions et les idées semblent tenir de Tinfini. La raison,, qui est le fruit de ces fiuîultés étendues, se refuse à tout plaisir blAmable , et , quand elle est dans sa force , elle fait receToir avec discernement, avec candeur, les plaisirs modérés. En les admettant comme un bien, le sage préférerait néanmoins de grandes privations à Tamour dénué de pudeur. Les jouissances immorales sont odieuses à rhomme juste , et ses principes le prémunissent contre ce qui pourrait captiver d*autres caractères : la pureté de Tordre intellectuel doit être présente a Tesprit, au milieu mdme des nécessités de la vie animale.

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