‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 18 sur 43 · DE LA POSSESSION · texte numérisé non relu

DE LA POSSESSION

Il est des heures très-importantes dans la vie d*iuie femme. Le pouvoir qu*elle doit obtenir alors sera précaire , et néanmoins elle peat Tambitionner autant par amour-pix>pre cjbe par attachement. Pour faire naître cette occasion de régner , ou pour la saisir, il fisiut des soins continuels : cette circonspection ani-

mée , celte prévoyance de la part des femmes achève de les subjuguer elles-mêmes.

Dans ces momens dont le secret ne diminue la gloire jalouse qu*autant que les femmes le jugent à propos, lorsque la dernière espérance de r homme le rend encore soumis devant elles , Tart qu'elles mettent à la réprimer ou à Tautoriser , décide souvent à leur insu, et pour toujours , de ce qu elles doivent espérer elles-mêmes . Souvent aussi la circonstance présente est la seule dont elles s'occupent ; il leur sufEt alors d*étre chéries comme si leurs bontés annonçaient des sacrifices, et d*étre aimées éperdument lorsque enfin elles veulent ce qu'elles daignaient tout au plus souffrir, quand elles reçoivent ces caresses qu'elles pourraient encore repousser, quand elles partagent cette impatience qu*à peine on osait leur laisser entrevoir, quand il leur arrive d'écarter ellesmêmes les voiles qu auparavant elles ne permettaient pas de déranger.

Ltes-vous d'un caractère trop faible pour ue pas chercher une sorte de force dans quelque

penchant impérieux , préférez du moins l'affeelion à laquelle Tame ne sera pas étrangère. Comparez à nos divers amusemens , à la profosion même des plaisirs , les premières journées d'un attachement mutuel , et , s*il tous arrive d'hésiter , ne prononces plus le mot d^amonr. Ce n'est pas vous qui trouTeries dans les bras d'une amie Theureux délire des émotionslesplus timides peutrétre,maislesplus désirables. Renoncez surtout à une idée très^ douce, très-séduisante, au pressentiment d'une longue union domestique, à cette joie qui se présente , vers l'instant du réveil , auprès de la femme qui vient de se donner avec sincérité (34).

Un Espagnol, résidant à Cumana, écrivait ce qui suit à une créole qu^il venait d'épouser, et avec laquelle il devait passer plusieurs

semaines dans une retraite préparée à une grande distance des étaUissemens de la côte (35).

a Depuis qu'il m*a été permis de t'aimer , j'ai cru au bonheur, mais aujourd'hui je n^eo Tois plus les homes. Toute autre situation me semblerait pénible, et le passé n*offre plus de souvenir qui me suffise. S'il existait un engagement contraire , non , je ne t'aimerais pas ainsi, et je serais moins heureux si ce n^était pas un devoir pour moi. Elle est inappréciable cette sécurité qui nous environne enfin, cette liberté d'aimer. Ainsi délivrée de sollicitudes, la raison même se livre aux désirs. L'honneur, la réflexion, l'espérance sont d'accord pour donner aux droits de l'amour une étendue que je ne connaissais pas. Tous les biens quelquefois répartis dans le cours de nos ans , je les trouve rassemblés dans ces biens irréprochables. Tu es parfaitement belle au milieu de cette harmonie que Tamour rend plus sensible. En te contemplant, j*admira ce

qu^il y a de dWin, au jugemcnl des hommes, dans la beauté de la nature : ces liens yoluptaeux sont destinés sans doute à nous faire pressentir un autre univers, et à développer, sur ce globe même, les nobles facultés d'une ame satisfiiite.

» n est Trai, ton sourire et ce regard inexprimable pourraient entraîner ma pensée dans les r^ous peu connues, dans Tespace qui nous est interdit ; mais ce que tu sais si bien aimer , les suaves odeurs , le calme d'une eau pure, le mouvement des brises, tout me ramène à loi. Mon, il ne sera pas à craindre que des pensées plus sévères parviennent à m'éloigner ; met idées sont trop jeunes encore , ou mea sensatîonB trop fortes, et Tamour a chez moi trop d'impétuosité. La plus simple de ses fiiveimi est si précieuse, elle sera si bien sentie, et si promptement désirée ! Tu ne saurais parler, ou respirer, tu ne peux agir, tu ne peux vivre, sans que j*admire et celte grâce €]ue rien n*altère, et cette mobilité qui la rend enchanteresse. Je retrouverai des merveilles

inépuisables dans ce prestige d'amabilité que tu reproduis sans cesse. Durant les nuits de ces climats, au milieu des voix que la fraîcheur du soir^ à Tentrée du désert, suscite dans les savanes et dans Tépaisseur des forets, je te verrai contente, mais secrètement agitée d*nne peine qui embellit toutes choses. Bien tôt le souffle destiné à répandre au loin les parfums des vallons, déplacera les fleurs dont j'aurai couvert ton sein^ et te laissera nue auprès de ton ami. Tes bras seront sans fi3rce ; une mollesse involontaire en adoucira les refus, et Tavenir nous apparaîtra comme une suite de la volupté même. Puisamment émus par un sentiment indéfinissable de paternité ^ nous chérirons le trouble des sens. Tu applaudiras toi-même à Ténergie de la vie, tu voudras le plaisir que la nature a fsiit. Dans cet heureux Rarement, seul charme qui puisse enoore te manquer, tu recevras les émanations de Tactivité mystérieuse qui donne un but à réire vivant, et qui perpétue dans les siècles sa durée chancelante. »

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