‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 20 sur 43 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

chant subsiste après la possession , il doit être regardé comme une yéritable prëférencc. Un simple goât serait afiaibli par lati Yolupté passagère qu'il aurait eue pour nnicpie objet ; tous verriez naître alors les premiers symptômes de cette inooostanoe qui s'accorde surtout avec l'organisation des hommes quand ils n'ont pas fait un choix formel.

Lorsque Timpëtuosite' du sang est ralentie , l'amour ne se soutient que s'il est introduit dans la pensée comme un lien durable, auquel on attache sincèrement quelques idées de paternité y d'union suivie , d'aimables habitudes. Undiomme qui aurait faussement annonce des intentions convenables , ou qui seulement aurait exprimé des scntimens exagérés, cesserait après cet instant décisif de vouloir en imposer, ou il cesserait presque de le pouvoir. Il en sera de même chez les femmes . mais à un degré beaucoup moins visible. Cette différence provient en partie de ce que les fcnmies ne peuvent guère se défendre, comme nous l'avons remarqué , de voir dans le plaisir un lien sérieux , et dans leur propre condescendance le gage d*un mutuel engagement.

Est-ce aux belles femmes qu*on reste le plus attaché ? Cette question a dû être souvent reproduite.

Il serait curieux peut-être de l'examiner à Tégard des divers peuples; mais outre qu'il faudrait s'y arrêter trop longtemps , plusieurs données manqueraient , et on fera ici quelques remarques relativement aux habitudes, ou aux mœurs de nos contrées occidentales.

Des beautés régulières ont pu obtenir un grand ascendant ,

.v>it durant les siècles héroïques , soit lorque des cheralien choisissaient une dame de leurs pensées, bien plus pour soutcDÎr partout, lés armes à la main , qu'elle n'avait pas d'égale, que dans le dessein de vivre intimement auprès d'elle.

Une femme qu'on ne remarque pas d'abord, mais qui , sans paraître jolie , n'est point dépourvue d'agrëmens essentiels , peut en avoir beaucoup aux yeux des hommes disposes à s'attacher sincèrement. Elle découvrira , en Csiveur de celui avec qur elle sera unie , de continuels moyens de se rendre aimable. Elle fera valoir naturellement ces grâces inépuisables , parce qu'elle ne sera pas abusée par de fréquens hommages , par de bruyantes démonstrations : c'est en elle , et en elle seule qu'on trouvera autant , ou plus qu'un n'espérait.

Ayant connu des sa première jeunesse cette défiance de soimême qui donne à l'ame un utile exercice , elle a beaucoup de physionomie et de délicatesse : elle est facilement émue. Vraie 't ^ns prétentions , elle n'est nullement dépourvue de cet art de plaire qui est si constant chez les femmes, si^oux qiund ^llcs n'en abusent point , si adroit chez celle qui ne se croit pas sûre d'être toujours l'objet d'empressemens flatteurs.

Sans autre expression habituelle , son œil annonce le genre dr finesse qui se concilie avec U bonté. Ce regard voile ordiruirement, vient-il à s'élever, on se persuade que c'est avec «ne intention affcrtiicusc , tandis qur des yeux frès-ouvrrls et dénué» de tout charme mystérieux , sor.iirnt plus br.iux pour les études d'un artiste que dans des oonvenanres vcrt'tos. l-ne bouche ronde, rt des lèvres peu dessiné«*s ajoutent à la don-

ceur de la yoîx , en y mêlant une sorte d'accent impréTu , particulier, original , une expression timide, et facilement voluptueuse. Ce visage, tu peut-être avec indifllnrencc par beaucoup d'hommes , conserve quelque chose de naïf, quelque chose d'enfantin qui doit prolonger le charme d'un premier amour, et donner même aux joies nutemelles une candeur inappréciable.

Que manque-t-il à cette jeune femme, bonne, ingénieuse, tranquille dans ses goûts, et pleinement satisfiite si die est une fois aimée comme elle le mérite , que lui manque-t-il pour répondre, durant un certain nombre d'années , à la plus heureuse attente d'un homme raisonnable? Au contraire, cette attente sera très-difficilement remplie par les femmes qui aspirent à être regardées comme supérieures à toute autre. Avant que leur raison achève de se former, et qu'elles reviennent des illusions suscitées ou entretenues par leur fierté même, elles auront perdu en général leur fraîcheur, elles n'auront pi A les agrémens de leur sexe. Jamais , comme compagnes de l'homme , elles ne seront aussi près de la perfection que peut l'être , en son genre , une femme dont la sensibilité est réelle , dont les formes et les manières sont attachantfs . mais dont le visage n'a point d'éclat.

NOTE 35. ( Paee S36 ).

On a essaye de traduire cette lettre , parce que la raison et la volupté s*y trouyeot réunies ; mais cet accord est difficile a cipriiner dans notre langue , et dans plusieurs autres.

Cette lettre n'était pas inédite. Elle a été insérée , avec quelques autres passages du livre auquel elle appartient, dans un

chuii lait pr madame Duiresnoy en i8ti3, et intitulées Femnus,

NOTE 36. ( PaG« 242 ).

Dans cet esprit sans doute , non moins que pour la bonne runstitution des i^fdn.s, TctoIo Je P)tliagore recommandait de <• nr pa.s procéder dans Tivrcssc à l'acte saint de la gàiéralion. »

NOTE 37. (Page S43).

Les actions dont il s'agit ici sont irréguliëres , et non pas criminelles.

Brueys se trompait beaucoup lorsqu'il disait : Nous ne nuDquerions jamais a nos devoirs si la connaissance que nous en avons était toujours suivie de la volonté de les remplir. On ne saurait même regarder conmie rigoureusement vrai le mot attribue à Solon : « Il ne se commettrait plus d'injustices , si chacun en e'tait aussi indigné que celui qu'elle offense. »

Dès les premiers temps de la philosophie en Occident , on a prétendu que si on ne séparait pas l'honnctc de l'utile , on no serait pas embarrassé à l'égard des devoirs. Sans doute vn considérant l'honnête et l'utile comme une même chose , on évite beaucoup de confusion , parce qu'on est sur les traces de la vérité ; mais il reste encore , pour l'application du principe, des difficultés nombreuses. On lit dans de OJJiciis^ liv. I : Hoc quidem effectum sit , in officiis diligcrulis id genus ofjicionim excellerez quod teneatur hominttm societnte. ... itt non sit difficile , in exquirendo officio^ quid cuique sit prœponendum videre. Ensuite 'liv. 111^ une rcj;Usûre est annoncée, [^t sine uUo crrore dijudicare posstmu> .

il quando cum iUo quod hoiiestum intMigimus , pugnare id videbitur quod appellamus utile, formula quœdam constituenda est. Cette formule, qui ne laisserait point de doutes, était une promesse très-difficile à remplir, et en effet Cicéron l'a oubliée , si ce n*esl peut-être dans le paragraphe i3 : Non licet^ $m commodi causa, nocere alteri j principe ordinaire d'équité qui laisse les choses dans le vague où elles étaient aTaot la prétendue formule. Au reste CicéroD, qui n'admet en cela aucune incertitude, et qui ajoute, arec bien plus de raison •* Eîenim , non modo pluris putare quod utile videatur quàm quod honestum , sed hœc etiam inter se comparare, et in his addubitnre , turpissimum est. Cicéron , placé entre Pompée et César, ne suivait plus de quel coté se trouvait llKKméCe, on ne croyait pas devoir le préférer à l'utile. I«e père de la patrie^ après avoir flatté César, dont il désirait la mort , après avoir vanté publiquement la douceur de celui qor, dans ses lettres particulières, il comparait aux plus cruels tjrans , ne masque pas d'approuver comme généreuse la conduite des conjurés qui l'immolent : leur perfidie lui parait ex omnibus prœclaris factis , pulcherrimum. Mais voyant ensuite la prospérité d*Octave, il abandonne les vengeurs de Rome , et il recherche la bienveillance de rc nouveau maître.

NOTE 38. ( Page S45 ).

Il est dit| dans Emile, que plusieurs causes Toot dépeupler l'Europe. Une des principales j c'est que les femmes « aiment à fiaire un ouvrage inutile, afin de le reconmiencer toujours. » Mais pounru que beaucoup de femmes continuent j ce qui est probable, à faire souvent un ouvrage utile, et que la plupart des autres continuent à le faire quelquefois , les meilleures parties de TËurope conserveront de six cents à mille individu par lieue carrée , ce qui parait suffisant pour le maintien de notre sage activité.

L'Europe ne sera pas dépeuplée par cette irrégularité , qoi est excusable quelquefois , parce qu'elle ne nuit à personne. La nature n'exige pas , et même elle ne permet pas en géncral que le poisson qui fait un million d'oeufs , fasse un million de poissons vivans , et que sa race multiplie selon nnr semblable progression. L'Europe ne sera pas dépeuplée, l'Europe ne sera pas subjuguée par les Tatars indcpendans : ces deux prédictions ne se réaliseront point. Quand Rousseau s'attachait à une idée, elle l'occupait un peu exclusivement, et , bien que son esprit eût de l'étendue , rarement il considérait à la fois les diverses parties d'une (jueslion. L'espèce d'cr-

riur la plus fréquente chei Rousseau était l'eiagérâtioD dans les conséquences ; c'est ce qui a le plus foorni de prétextes an reproche qu'on lui a trop fait de se contredire.

GNnme si ces idées de dépopulation avaient dû être l'écueil de plusieurs écrivains célèbres , Montesquieu s'est aussi trompé à cet égard , et même il s'est ^ré davantage. A la vérité , ce n'est pas dans le plus important de ses écrits , mais dans les Lettres persanes. 11 cherche à y prouver la dépopulation de U terre, sans s'apercevoir qu'il choisit pour chaque contrée Fépoque ancienne de la plus forte population , ce qui donne un résoltat nécessairement illusoire.

Nos faiblesses ou nos vices peuvent contribuer à dépeupler quelque pays ; mais sans doute les choses sont disposées de manière qu'il serait impossible de dévaster en même temps près* que toutes les régions. Il est à croire que la multiplication de Tespcoe ne dépend que faiblement des entreprises , ou des systèmes de quelques hommes , et que , par exemple , le nombre de nos frères sur tout le globe ne sera jamais ni réduit de moitié, ni augmenté de moitié par des moyens humains.

Si on veut Caire une étude des irrégularités condamnables, ou des précautions licites , en ce qui concerne l'union des sexes, rc si on désire consulter pour cette distinction d'autres lumières que celles du simple bon sens , il faudra feuilleter le traité de Sanchez de Mairimonio , et celui de IWlIarmin qui porte le même titre. On pourrait y joindre PauU Zacchia Quœstio' nu m medico-legalium libri Ires. On trouvera daiis ces gros

Tolumes des ëclaircîssemeDs détailles , à la maoiëre des casuistes, sur de nombreuses questions. En voici quelques-unes.

Dans le traité du jésuite Sanchez: An possitfœmina se re-

trahere quando vir vuU seminare ? Numjas viro sit

co9Uinuare eoncubitum, ubi prias seminavit, ut Jœmina seminet? An volontaria seminis virilis.,. jusio extra vas sit mortalis {culpa) ? An vir possit immoderatas abstinentiasvovere absque uxoris consensu? An uxor excusetur a prœcepto jejunii , si vir ei prœcipitU ne jejunet? Quid si vir intromittat membrum in osfœminœ, vel in vas pr^tposterum. . . vel tangat membre superficiem illius vasis ? De delectationibus y tactibus confabulationibusque inter conjures , quando impediti sunt ne coïre possint ?

Dans le livre du docteur Zachias: Quandb, quantum, quomodo debitum conjugale sit reddendum? Mulier an teneatur , reddendo debito , semen et ipsa emittere ? Mulier an exigera ita debitum possit ut sola semen emittat , viro non se minante ? An teneatur reddere viro qui. . . longo penè dotetur? An possit uxor post coïtum surgere, et urinam reddere, ut semina excutiat? Si... jam excitata ad seminandum, semen non effundat, peccatum est mortale?

Le docteur J. Roileau a traite dans un esprit différent, de Tactibus impudicis , an sint paccata mortalia , t»e/ vt' nialia?

NOTE 89. (Paee 249).

)bs«rTatioDS auxquelles cette note se rapporte ne sont

ne contraires au système de populatiod accélérée qu'oDt

Kaot de publicistes.

iCDticl serait qu'on ne mecoooût pas ce qu'il y a de so-

lans les cogagemens du mariage , et qu*0D sentit com-

douceur de cette union importe à la douceur de toute

les mariages seraient moins souvent malheureux. Si, de

rs mariages malheureux n'étaient pas indissolubles , ils

Iraient beaucoup moins funestes. Dans ces deux sup-

is , il y aurait moins de célibataires. 11 est également

quelv nombre des enians , au milieu des grands états,

I être le même sans accabler une seule des familles qui

aujourd'hui surchargées.

n'examimTa pas ici d'une manière suivie \es lois

bus d'autres siècles ou on d'autres lieux , il faudrait

Ire établir. iMais de simples remarques analogues à ces

îratiuos |H)litiquiS ne s'écartciont pa% des bornes qu'on

aposées.

K|ue les arts étaient |>eii connu.%, lorM|ue les peuplades

étaient ëparses et faibles , on a cherché les moyens d'obtenir rapidement une population plus considérable. On voulait multiplier les hommes afin de défendre le pays , et augmenter les troupeaux afin de le nourrir. Les femmes stériles se prcscotaient devant le lingam, Temblëme sacré; on y conduisait même le bétail.

Dans des circonstances différentes , il aurait fallu prévenir une multiplication excessive. Aristote et Platon , ainsi que plusieurs législateurs, tek que Lycurgue et sans doute Minos, furent sévères à cet égard; mais chez les modernes , on s'en est rarement occupé. 11 est facile de placer sur un même point ub grand nombre d'hommes , et de les y faire travailler ; mais ks rendre heureux, c'est ce qui parait impossible.

Dans l'Europe , le quart de la population ne peut sortir de sa profonde misère. Il est vrai que cette détresse n'est pas directement produite par le défaut d'espace , et que les vivres of manquent pas ; mais l'accroissement de la population réformerait-il des usages qui proviennent en très- grande partie du nombre d'hommes rassemblés sous une même loi ?

Dans une note du livre IV d'Emile , l'absence de la foi , on, si on veut, Tirréligion est dcclarce plus funeste que le fanatisme, o Si l'irréligion , dit J.-J., ne tue pas les hommes, elle les empêche de naître. » Il n'est nullement prouvé que le man- (|iie de foi ait changé quelque pays en désert. Mais , à moins (|ue celle dcpopulatiou ne fût eu effet très-grande , et ne detruibil toute la force de l'État , il vaudrait mieux ne pas naître ([uc (l'ctie égor(;c on mutile pai des furieux : sous ce rapport .

k Térîtable irréligion même , quelque nyil qu'elle fit d'ailleurs , CD Cenit aoïss que le fanatisme.

« Multiplier les naissances , sans ennoblir la destînëe , c'est péparer seulement une Cête plus somptueuse à la mort. » (Madame de Staël.)

« Oa oublie que des homnKs épars Sur un terrain immense souffrent moins des imperfections de l'état social que quand la population est très-concentrée. » (M. W )

« Notre grand intérêt est que les bonmes qui existent soient beureux autant que la nature humaine et l'extrême disproportioQ entre les différens états de la vie le comportent ; mais si Dons n'avons pu encore procurer ce bonheur aux honunes, pourquoi tant souhaiter d*en augmenter le nombre ?... La pis* part des pères de famille craignent d'avoir trop d'enlans , et les goufeinemens désirent l'accroissement des peuples; mais si cbaque royaume acquiert proportionnellement de nouveaux sujets, nul n'acquerra de supériorité. » (Voltaibe, en 1764*^

NOTB 60. (P«(;« t^^)

La jooissance est le sentiment de la possession de l'objet désiré.

Le bosbior est produit par une suite de sensations agréables.

par des sentimens assez paisibles pour se proloDgec. La fiâidtc' est le bonheur qui parait complet , et (pii s'aimoiioe oombc permanent , pour ainsi dire.

Le devoir est d'étendre, de nfgnburiser les jouissances, de prévenir la douleur , et de perpétuer les émotions henreuses, afin de rapprocher de la félicité les autres et nous-mêmes.

NOTE /|i. (Page S5G).

Si un devoir fondé sur des promesses expresses , et souvent relatif aux plus chers intérêts de la vie , n'était pas un devoir sérieux, nul devoir ne saurait rétrc. On a été jusqu'à tourner en dérision les obligations morales qu'entraîne Tamour : par une erreur insigne, quand on voit qu'il s'agit du plaisir, on voudrait ne plus écouter la justice.

Cependant tout ce qui existe parmi les hommes a pour objet dans l'intérêt public , ou dans l'intérêt individuel, d'obtenir quelque plaisir ou d'éviter quelque douleur. Qui ne sait qu'ordinairement ce n'est pas pour l'or même qu'on cherche l'or , et que ce n'est pas précisément pour la gloire qu'on prend soin de s'illustrer ? Celui qui se fait tuer dans l'occasion veut éviter de vivre sans honnour; il ne peut pas s'écaiier du plan qu'il

suivait afiD de recueillir un jour le firoit de sou audace. On est laborieux , ou est intrépide , on est Tertueux pour rendre plus agréable la condition des autres ou la sienne. Ainsi la premier principe des obligations est toujours semblable , et elles sont toutes également sérieuses. Dans un sens plus élevé , veut-on considérer le devoir comme Faccomplissement de la loi suprême , on ne trouvera dans cette loi aucun précepte plus important pour régler la vie terrestre , que celui de se garantir ^ de se soulager , de se consoler mutuellement.

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