‹ De l'amour (volume 3)Chapitre 21 sur 43 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Vos sociétés , encore tres-împarfaîtes, sont «ises sur danciennes bases que la raison a ^^ligé d*affermir , et que le temps fatigue. Les f>éritëss*adoucissent, les maux diminuent; ^is |K>urquoi les biens se sont-ils évanouis? Kl retrouvait des momens d*une première ^clépendanoe ; ils ont vieilli , et de beaux

caractères de la langue antique s^'eflacenl. A Tordre , insuffisant peut-être y qui laissait agir par intervalles le génie ou la vraie force, succèdent, depuis des siècles, une stérile cootrainte, ' une sagacité défectueuse , une règle uniforme. Ave cdes principes moins vagues , mais moins libres , avec des conceptions plus timides , on porte le joug de Tusage : les peuples n^ont plus d idées qui leur soient propres, et riiommc parait oublier de toutes parts sa pensée primitive.

Des motifs assez puissans ont fait instituer le mariage qui , sans être partout indispensable , ainsi qu'on Ta trop affirmé , s accorde avec le système des propriétés particulières, avec l'industrie un peu désordonnée , avec les modifications actuelles de Tordre social. Selon la marcbe qu'une trop grande population invite à suivre, c'est udc sorte de nécessité de donner à chaque enfant des protecteurs qui lui transmettent un domaine , ou qui le rendent habile dans une profession. A la vérité cela pourrait être fait sans les parens; maison

trouve plus commode , et même il est plus simple aujourd'hui de tout faire par leur moyen. Quand on ne se propose pas d^avoir de Trais citoyens, mais seulement des hommes , on dit aux sujets : Faites-en naître que vous fimneres a votre manière ; nous les prendrons comme ils seront en sortant de vos mains , et ensuite , pour vous remplacer, notre sagesse égalera la vôtre.

Les engagemens du mariage sont beaucoup plus graves que les promesses de Tamour. ils embrassent d'autres objets, et ils subsisteront dans' TAge où le plaisir ne sera plus : cette convention civile, cette communauté d'intérêts, suppose ou établit des rapports plus compliqués et moins fîigitifs. Le principe de Ttnstitution du mariage n'a pas été Tamour , auquel lo mariage n'était nullement nécessaire; mais le besoin de donner aux femmes des moyens d'existence , mais Tintention de disséminer les hommes sur le sol qu'il fallait alors défricher, mais le soin de prévenir une inlluencedémocra tique, dans le lieu des délibéra-

lions, occupé par les sénateurs ou par les pontifes.

En fortifiant la fiimille au détriment de la cité j en consacrant Tégoïsme sous des formes captieuses y eu descendant jusqu'à fonder sur une séduction accidentelle un ordre positif, en instituant le mariage , armé de toutes ses rigueurs, on aurait pu considérer que , dans la procréation légale, la maternité seule est éyidente. On eut alors donné Tautorité aux femmes , et on parait Tavoir essayé dans quelques lieux , où c^est déciles encore que dépend Tordre de succession. C^était en un sens Tindication naturelle; mais la supériorité des forces deFhomme, etson besoin d^activi té extérieure, indiquaient aussi Tordre opposé. Dans les pays chauds particulièrement, il était presque impossible que la femme ne restât pas subordonnée. Ainsi la nature n'a pas prescrit un ordre simple et indubitable; mais elle a voulu que les uns le cherchassent toujours , sous peiuc d'ëlre opprimé par les autres, soit avec violence , soit indirectement. En vain nous nous

plaindrions de ces difficullés : la dépendance qui naii de nos vues contraires , de nos luttes interminables , de tout ce mouvement des esprits , ne devient un vrai malheur que quand la fiàiblesse patiente est soumise aveuglément à la fiûblesse altière.

Effrayé des obstacles que rencontrait la première civilisation des peuples, et fieûsant consister dans la force de la discipline presque toute prudence sociale , on a pu se fig««rer , à cette époque, qu'il suffisait d accorder au désir 9 comme au besoin y quelques momens de possession obligatoire , seule volupté légitime. Ce ne serait pas assez pourtant, si même ces plaisirs contribuaient plus souvent au bonheur domestique. Pourquoi n*admetti*ait-ou, durant le cours de la vie, qu'une seule progression <ies sentimens de Tamour ? La nature n^avaît pas resserré dans des limites aussi étroites la liberté du cœur , et les dons de 1 avenir.

Une idée exagérée des avantages de Tesprit de fiimille aura séduit aussi les anciens législateurs. Le signal une fois donné , le chemin se

fraie , et les générations s y traînent docilement. Sans doute des nouTeautés, fdssent^lles imprudentesou même absurdes , plaisent beaucoup à la multitude ; mais ce n'est que par instans, et eUe retombe bientôt sous le joug du passé. On aura imaginé autrefois la £BLmille dans toute sa force patriarcale : le songe était séduisant. On prétendit le réaliser , comme» un homme et une femme y qui croient se convenir, devaient garder toujours le même ca* ractère ou les mêmes agrémens , et rester amis jusqu^au déclin de Tàge; comme si toujours ils pouvaient s^attacber à propager leur race dans ce repos; comme si les en&ns libres, affectueux , et bien d^accord , devaient se grou* per à jamais autour de Tbabitation paternelle.

Ou assure maintenant que le mariage ne pouvant être que d'institution divine , a commencé partout à la naissance des siècles. On se figure dès lors que s il était aboli un jour par la témérité des modernes , indubitablement rédiiice des sociétés s'écroulerait ^ et

OD fiarvienl à se persuader que les morlek seront accomplis aussitôt qu^on les aura liés deux â deux. Ou veut que les plus ineptes comme les plus ingénieux , et les méchans comme les justes , que tous , prévoyans ou non t passionnés ou désabusés, généreux ou TÎls, se maintiennent en bonne intelligence au milieu de cette incompatibilité des goûts et des projets.

Si le magistrat pouvait connaître parfaitement, et rappi*ocher à son gré les difTérens membres de la cité , on aurait , il est vrai , quelques unions très-belles; mais cette Ion- ^e harmonie serait encore assez rare. Que doit- il arriver quand des considérations d^un ordre inférieur décident qui on prendi*a dans le nombre fort restreint de ceux qu\>n rencontre. Le prestige théocratique aura pu seul faire recevoir une loi aussi étrange dans sa rigueur : de nos joui^s, on nVscrait la pro|x>ser pour la première fois.

Dans Toixlre temporel, nulle autorité ne serait assez forte |K>ur encliainer sans i*etour,

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et presque indislinctement , pour appareiller ainsi tous les humains, pour livrer à des conyenances imaginaires nos années déjà soumises à tant de besoins. Une telle contrainte serait seulement importune , si les hommes différaient moins entre eux par reflfetméme de leurs vieux usages ; mais elle devient funeste lorsque» sous les dehors du repos, on ne peut prévenir de perpétuelles inimitiés, lorsque les uns, tout intelligence, paraissent avoir reçu un corps seulement pour embarrasser leur ame , et que les autres , tout matière , n^ont une ame que pour imprimer à leur corps un peu de mouvement.

Sous celte ancienne loi. les intérêts de lavie présente se trouvent subordonnés à des considérations que nul ne saurait expliquer, mais qu'on suppose relatives à une vie future regardée trop expressément en cela comme seule importante. Si les réglemens du mariage n^avaient pas eu toute l'inflexibilité qui caractérise les lois sacerdotales, ils auraient pu s'accorder mieux avec la plupart de nos usages ;

c'est rirrévocabililé de cette union qui la remplit d^amertume.

Il serait déraisonnable d'alléguer en faveur du mariage indissoluble la facile patience de quelques êtres privilégiés qui firent un cboix heureux , et qui eurent ensuite assez de lumières pour connaître leurs vrais intérêts. Ce n*esl pas aux sages seulement qu^on destine œ lien , mais à tous les caractères. Sans doute il est a croire qu^avec une humeur équitable et douce, plusieurs personnes parviendi*ont à s^aimer, ou à se supporter long-temps ; mais qu espère-t-on pour toute une multitude qui ne concevra pas même qu une telle humeur puisse exister et se soutenir? Dans le nombre il se trouvera de bons cœui^ , mais pas une tête juste. On dira que la bonté du coeur suffit , et cette assertion n^aura rien qui surprenne ; ils doivent approuver le mariage irrévocable ceux qui connaissent si bieu les hommes (i). G>mmunément on l'approuve, €Hi plutôt on cix>it rapprouver : une habitude invétérée déguise ainsi la nature des choses.

Qu^y a-t-il de douteux dans Tobjet principal de nos institutions? Ne disent-elles pas aasez haut que de nos jours encore y on sacrifie les hommes à la perpétuité d'un système , et qu^on ne voit guère en eux que des fractions numériques bonnes à multiplier pour les travaux ou pour les contributions ? Les peuples semblent persuadés ou résignés; msds comment oublieraient-ils les sentimens qui renaissent dans chacun de nous ? Par une dissimulation presque inévitable on se soustrait à des lois trop exigeantes , et le temps arrive où les maximes licencieuses ont aussi pour elles la force de la coutume. On échappe en souriant à ce que le bon sens ferait blâmer sans même qu'on y eut réfléchi ; on avilit ce qu^on affecte d adopter , et tout devient illégal ou arbitraire.

Ils ne se forment pas une idée juste du mariage , ils en méconnaissent les principales convenances, ceux qui s'y promettent le plaisir avant tout. Ce lien doit être plus pai'ticulièix:ment une association contre les {^leines, ou \in

ooQlre les passions; il trompera souvent avec amertume les hommes inconsidérés qui n^y auront cherché que des jouissances. Ce n^est pas que, sous ce rapport même , il n*ofire quelquefois des avantages durables , et qu^îl ne doive mêler une certaine douceur à nos diverses occupations. U pourra contenter surlotticeux qui, engénéral, aimeront à retrouver ce qulls auront déjà connu , dont le bonheur sera dans la répétition des travaux , ainsi que des plaisirs, et qui ne paraîtront jamais avides de ce qu'ils n'auront pas toujours désire.

Dans ce qui peut être obtenu par les hommes ordinaires , rien ne serait plus séduisant que Tunion conjugale , si c'était aussi une chose ordinaire qu'elle donnât tout ce qu'on aine à en atteudre. Lorsqu'elle semble parlaile on peut la préférer aux autres consolations que , dans 1 oubli du bonheur , on se dispute en tout pays. Les plaisirs qui naissent de l'entière confiance, ou de la conformité d'intérêU dans l'intimité , oui beaucoup de prix entre les amis dignes de ce nom ; mais ces

vrais plaisirs paraissent sans bom^ quand ils sont animés et multipliés par le sentiment de la différence des sexes. Alors ils conyiennent encore aux plus m&les caractères , et ils satisferont plus particulièrement ceux dont Toi^— nisation aura beaucoup de souplesse. Geseraiv rhabitude la plus heureuse durant une rie paisible d^ailleurs et bien réglée , d*étre équitable , d'être ind ulgent aux yeux d^une femme aimée , de la soutenir en lui rendant Tindépendance que savent ennoblir celles qui la reçoivent avec sincérité , de travailler au conlentement d'une amie incapable d^oublier que la raison , loin de s'opposer au bonheur, en est le plus sûr moyen. Telles sont, à la vérité, les promesses du mariage ; mais celles de Tarn* bition , par exemple, ne paraissent pas moins magnifiques , et nous ne voyons point qu^elles se réalisent , si ce n'^est seulement en partie , pour un ou deux hommes dans tout un siècle. En avouant qu'un semblable partage ne sera jamais universel, dira-t-on que des exceptions malheureuses ne doivent pas faire condamner

une înstiluiîon? Mais ici u*est-ce|)a6 le succès qui se trouve accidentel , ou même invraisemblable? Pour que le mariage réalisât ce qu^on a pu s^en promettre dans le principe , il faudrait que le but de ceux qui le contractent (ikl manqué aussi rarement qu^il est rare au contraire d*y atteindre. Si même nous supposons des choix réfléchis, à peine pourrons-nous compter , sur vingt unions indissolubles, deux engagemens exempts de repentirs amers. Rien de plus chimérique d*ailleurs chez la plupart des hommes que cette maturité durant les préparatife d*un mariage , et cette circonspection trop contraire à l'assurance que les désirs rendent presque inséparable des liaisons naissantes.

Quand on (ait de 1 union une servitude , on eu donne pour excuse le secret avantage d*une règle inflexible , d'une sorte de pureté dont on exagère Timportance. 11 faudrait du moins que cet ordre pût être accompli , et que ces rigueurs eussent quelque chose d*admirable. Bien qu'il convint même alors de ne

pas exiger une perfection si soutenue , elle se duirait naturellement les hommes droits ; mais il est évident que ce moyen de justification manque aux partisans du mariage irré- Yocable, et que même les docteurs en théologie se relâchaient beaucoup d*une entière régularite. La satisfaction des sens ne doit être regardée comme tout-à-£Eiit irréprochable que si l 'union étant sérieuse et consacrée, on a Tintcntiou, ainsi ([ue Tespoirdc remplir immédiatement , par la procréation , les fins naturelles de cette jouissance. Peut-être le sage aimeraitil à sMmposer une loi semblable dès la première jeunesse. Mais dans le mariage , tel que le suppose même le rigorisme , beaucoup de momens d'union appartiennent uniquement à 1 appétit sensuel ; autant valait ne pas prendre pour règle de mystiques subtilités.

En ne tolérant aucune vraie perpétuité d indépendance, le mariage fournit tant de prétextes pour des désordres , qu'on renonce bientôt à lutter contre la corruption produite par rinflexibilité même du prrceple

Mais oe serait une erreur presque aussi grande de tempérer cette loi par des restrictions inconciliables avec elle , et d'affaiblir les motifii de se marier, tout en continuant à consacrer le mariage. Tant qu il existe comme seul lien légal , il doit être en quelque sorte nécessaire. 11 faut se garder de légitimer des enCams dont la naissance n*a pas été régulière ; il fiiut établir à cet égard une différence positive, pour les deux sexes, entre une conduite qu'on punirait s^il était possible , et une conduite estimable dans le sens des principes politiquement reconnus.

Lorsque , |iar des dispositions contradictoires , il est permis d'éluder d^une certaine manière ce qui est impérieusement prescrit , ceux qui ont eu des mœurs ne trouvent pas le prix de leurs sacrifices , et il en résulte dans lopinion une incertitude qui conduit au mépris des véritables devoirs. Si le mariage n'offirait plus d^avantages formels , il n en restei-ait que les inconvéniens ; et comme on ne le désirerait plus, on l'éviterait bientôt.

Ce n*e8t pas qu^il conTienne en tout lieu de faire obseryer scrupuleusement chaque kk non abrogée. Si en général les insûtudoiis da pays ne supposent pas des mœurs rigides, m peut ne point mettre d^importance à de simples irrégularités ; mais décréditer par des mo* dificalions imprudentes une loi qui cependant est maintenue, c'est ouvrir une source de désordres. Le législateur peut souffirir qu^on néglige de certains réglemens , et quelquefi»s cette triste condescendance est inévitable. Mais il n'est pas naturel de la proclamei , et Userait dangereux de Fétendre à des objets essentiels : en détruisant ainsi le pouvoir moral des lois , on ne leur laisserait que l'autorité du glaive. Si au contraire elles sont conséquentes, malgré TafTaiblissement général des moeurs , on obéit encore pour ne pas troubler Tordre apparent, et pour éviter en partie ce qu'il condamne.

Comme ordinairement la loi, en menaçant, au lieu d'exhorter, s ai*me de force , et ne veut pas d'amour, comme elle ne parle que des dehors , et ne connaît que les faits , on n^est pss

oaupafale poiinra qa*cm $*interdiêe ce que la loi ne pourrait tdlërer sans s'abroger ellemime. Dans les lieux où il en est ainsi , les jouissanees non légales, que ne prohibe au* con engagement particulier, ne sont pas des crimes , et toutefois il serait bon que des liaisoiM qui ne sauraient être formellement ap* prouféat n*eussent guère de suites importantes.

Quand elles en ont , il est oonTenable , on plat6t il est nécessaire , que ces en£sns illégitimes restent toujours à part. Sous les autres rapports, leur destinée sera la même que celle des gens aussi dignes de protection qui remplissent les rangs inférieurs de la société. Dans cesdemiers rangs est-il beaucoup moinsd^hommes heureux 7 la satis&ction , la santé y sontelles nécessairement plus rares, et nul n*en peut-il sortir par ses propres moyens 7 Si d'ailleurs il était yrai que ces classes laborieuses fussent très-misérables , cela ne changiBFait rien à la question présente. Ceux dont Ja naissance n*eut rien d'illégal sont-ils a Ta-

bri de la pauvreté ? Ou les manouvriers doivent s^interdire le mariage , ou j dans toute autre classe , on peut se consoler d'avoir on enfant qui paraisse destine & leur condition; et quant aux privations domestiques des fils illégitimes, elles seraient celles de tantd^autres qui deviennent orphelins en bas âge. On a dû rendre aussi doux qu*il se pût le partage des artisans , et même celui des hommes de peine. S'il en est autrement, c'est cela qu'il faut blâmer, et qu'il faut réformer. Gîtte humble situation ne parait fort malheureuse que pour celui qui a pris dans Tenfance des habitudes contraires, et chez qui on entretenait de brillantes espérances. La difficulté se réduirait, ce semble , à empêcher qu'un enfant illégitime ne fut élevé par sa mère (2) , à moins qu'il ne commençât à exercer un métier. Les femmes qui trouveraient cette mesure rigoureuse, ne sauraient pourtant s'en plaindre : il serait en leur pouvoir de s'y soustraire, excepté dans la sup|)Osition du viol , circonstance qui nVst pas fréquente dans les pays

SI

dont il 8*agil , et qui formerait d'ailleurs une exception naturelle.

Si on permet de reconnaître des enfans nçs hors du mariage y qu'il soitdonc seulement Tobjet de quelque préférence légale , et qu^on se borne à le conseiller. On choquerait la raison si actuellement Tenfant illégitime devenait partie de la famille, comme Tenfant né sous les auspices de la loi ; ce serait faire en même temps du mariage une cérémonie y ai ne, et une stricte obligation. Alors, beaucoup de femmes chercheraient encore à se marier, soit potir trouYcr un appui, soit parce que rhonneur le voudrait: mais quel homme, surtout dans les classes dont Texemple entraine bientôt les autres, aurait la complaisance de secharger d'une famille, et des embari-asd^une maison? Si tous les enfans acquéraient les mêmes droits, ce seul changement en exigerait plusieurs autres. La plupart des hommes renonçant à Tunion conjugale, les enfans devraient rester à la charge de leui*s mères; or, <x*la ne se |K*ut de nos jours, puisque les

femmes, presque généralement dispensées des travaux des hommes, n*ont guère d'autres ressources indépendantes du mariage qiic la fiiculté d'hériter comme eux.

Le moyen le plus puissant parmi nous , et le sêful praticable, sans provoquer ThypocrisieY palliatif plus dangereux que tous les autres écarts^ le vrai moyen de maintenir le mariage, ce serait de le faire désirer par les hommes, presqu^autant que les femmes le désirent encore. C^est communément pour elles un établissement regardé comme indispensable ; il faut aussi, dans le but que nous admettons ici, que cet engagement soit pour les hommes le seul moyen possible d*avoir quelqu'enfant qui partage leur sort, qui porte leur nom, qui paraisse suivre leurs desseins.

La procréation des enfans , principal objet de Tunion régulière, suscite de grandes difficultés, qui, dans notre mariage, sous sa forme transmise des temps théocratiques, sont éludées seulement. Une des inconséquences qui le caractérisent consiste dans IVgale impor-

lance attachée, théologîqaemeiit surtout,^ la fidélité de8 homniea et des femmes. Cette dernière seule est réellement inséparable dn mariage. La fidélité chez l^homme se réduirait à une simple délicatesse , à de bons furooédés , s*il ne prenait pas» au moment de Fassodatiout cet engagement sur lequel le mariage ne repose que diaprés des lois accidentelles.

Par lacté légal, on déclare que les enfens qui naîtront de telle femme seront à la charge de tel homme ; mais on ne dit pas que les enfans proTCnant de cet homme dans d'autres liens seront imputés à sa femme. La fidélité des femmes mariées est donc essentielle , tant que ceux à qui elles sont unies réclament en cela leur droit ; mais de la part de ceux-ci la même obligation deyrait être ce qu^elle serait hors du mariage , si , librement et pour un temps, ils avaient promis cette constance.

Yous demande! plus d'amour de la justice dans les coeurs ; introduisez d'abord dans les institutions plus de justesse. Est41 un peuple

qui^ne prît l'heureuse habitude de respecter la règle, si elle se taisait par indulgence en beaucoup d'occàsionis, et si , dans les autres, on la voyait assez exacte pour la croire presque irrésistible ? On ne s'attacherait pas alors à inventer de continuels subterfuges, plus contraires à la morale que la licence même, et que Taudace du vice. Les lois paraîtraient vé^ nérables si elles réunissaient ainsi la douceur et la fermeté. Qu'elles restent sévères lorsqu'il s^agit de réprimer rintention de les enfreindre, mais qu^elles soient pleines de réserve dans leurs dispositions relatives à de simples feiblesses. La vraie justice admet tout ce qui doit plaire aux uns, sans compromettre en aucun temps le repos des autres, et elle reconnaît que la voix du plaisir a aussi quelque chose d'impérieux , ou même de solennel. Ne prescrivez pas, au nom de l'utilité générale, rinutile assujétissemeut des particuliers ; ce sonteux qui composent ce public invoqué trop $ouveut contre lui-même. Il importerait qu'on

Irouv^tdans la loi un moyen de bonheur ; pour qu^elle consery&t lout son pouvoir, il faudrait qu'elle devint , à Tégard du plus grand nombre, une chaîne forte, mais légère, que jamais on ne pût, et que jamais on ne voulût ix)mpre (*).

(*) Voyez b note 3 à la Gu de ce Tolumc. ( Du Divorce,)

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