DES LIENS
nEGAMlÉS COMME INCESTUEUX.
Les législateurs auraient pu se borner à prohiber quelques unions , ))ar un motif tiré <les autres coutumes du pays ; mais en cela surtout ils ont prétendu que ce qui n*était pas conforme a leurs plans indignait la nature. Ces liens y devenus odieux, avaient été vus aTec indifférence chez plusieurs grandes na-
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tions. Il en est un que les Druses admettent encore , dit-on , et qui a été recommandé de tout temps chez les Parsis , que des musulmans, entourés de femmes esclaves , appellent Guèbrs y ou inËLmes.
Des réformateurs pouvaient avoir raison d'exclure • certains degrés parenté. Il parait que l'union de la mère et du (ils n*avait pas toujours été interdite; cependant les motiÊ que Montesquieu a fait valoir contre cette sorte de liberté , s opposaient à ce qu'elle devînt universelle. Le besoin général de soumettre les peuples à quelque discipline , a pu faire songer à d'autres prohibitions. Il ne faut condamner sans réserve que l'audace des impos-r teurs , Taveugle docilité de ceux qui souffrent qu'on établisse frauduleusement des réglemens convenables sous d'autres rapports, enfin les grands mots qui perpétuent la confusion , et qui feraient croire à des esprits superficiels que les bonnes mœurs sont une suite des préjugés (lo).
Il en est de ce cri de la nature contre les
unions réputées incestueuses , comme de la préoccupation de quelques Américaines de race blanche , qui trouvent très-simple qu'un nègre paraisse devant elles entièrement nu, parce qu un nègre est à leurs yeux un être d'une autre espèce. Elles n ignorent pas précisément que des rapports avec les noirs seraient aussi dangereux pour elles qu'avec des créoles ou des Européens ; mais il en coûte à la fisiiblesse d'esprit d'abandonner même les préventions qui ne sont pas soutejQues par des apparences plausibles. Ou se résoudra difficilement à séparer des lois de la nature les fantaisies humaines, et à ne plus chercher pour des règles précaires une perpétuelle garantie dans des phrases qui toutefois n'abusent sans retour que ceux dont la souplesse égale Tincapacité . Rien n'est plus déraisonnable que de persévérer dans ces assertions, quoiqu'elles aient reçu parmi nous la tiompeuse sanction des siècles. Ailleurs la nature a d autres volontés aussi sagement reconnues. Quelque infi^riorité dans le nombre des femmes suBil,
aux jeux des Thnbëtains , pour les justifier d'en doDuer une seule à plusieurs homines très-soiirent frères les mis des aalies. Les pères étant de la même fiunille, tons les enfims en font partie , sans autre règle que de supposer le premier-né appartenant à Tainé des maris.
On prétend que le crcHsement perpétuel entre les différentes Tariétés d*une espèce est nécessaire pour Tempécher de s*abàtardir. Mais si cette disposition de la nature semble yraie quelquefois , du moins elle n^est pas unirerselle ; on ne voit pas les cheyreuils dégénérer. On assure que les Arabes $*attacbent k conserver sans mélange les belles races de leurs chevaux. Quelques voyageurs parlent de la vigueur des babitans du Saterland , dans le ducbé d'Oldenbourg , et ajoutent qu'ils ne se marient qu'entre eux. Sans attribuer à une semblable occurrence la beauté de cette peu- ])la(le , on peut penser que le manque de divers! te dans le mélange des familles ne nuit pas essentiellement aux générations nouvelles.
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U est possible qu après une suite de siècles , et dans quelques climats , une tribu s'affaiblisse en ne se mêlant pas avec d autres. On cite des faits assez propres à confirmer cette idée. Souvent aussi ce qu'on ncHnme inceste ne peut avoir aucune part à ces vicissitudes : ce sont d'autres causes qui empêchent, diton, les races du Caucase de se perpétuer vers le Nil. L*inconvénient que Ton redoute ne saurait - il être prévenu par les lois , sans qu'oubliant Texemple du reste du genre humain f on regardât comme abominables ceux qui suivraient , dans des circonstances particulières , les lois naturelles connues d'eux , et non cette autre nature invoquée aussi mal à propos qu'obstinément.
Si le marin Selkirk eût eu sa sœur à Juan- Fernandes, où il se croyait abandonné pour toujours , ils auraient pu sans remords unir leurs destinées séparées de toute autre , et indépendantes de nos conventions. Cette soli- Itide belle , mais triste , serait ainsi devenue
un asile fortuné. En préparant des appuis à u. 8
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leur vieillesse, ils eussent fait naître pour une vie paisible un petit nombre d*bommes, aussi innocemment que presque partout on en hasarde une multitude. Mais, si nous supposons dans cette même situation , un homme et une femme qui aient d^autres engagemens, nous appellerons vertu leur continence , et nous leur en ferons même un devoir s^ils croient que leur exil cessera.
On observe que sans une sorte d'horreur pour toute liaison trop libre entre des parens qui ordinairement demeurent ensemble, des oncles ou des frères pourraient subjuguer leurs sœurs ou leurs nièces. Il est bon sans doute que ceux qui auraient tant d'autres facilités pour tromper une jeune personne dénuée d'expérience , ne puissent pas l'abuser au moyen d'une promesse de mariage. S'ensuit-il qu'il faille sanctionner de sages précautions par une imposture ridicule aux yeux de quiconque ne se livre pas à la crédulité la plus grossière? La loi peut rejeter toute alliance entre le frère et la sœur; mais
6t on n'a pas recourt k des traditions d'une origine inconnue , a qui pourra-t-on persuader qu'une telle union serait illégitime sans que les lois Teussent interdite , ou serait contraire à la nature même ?
Sous prétexte d'entretenir des prëTentioos salutaires , vous fondez sur elles TOtre autorité. Où seront alors les limites de ce pouToir dont TOUS ne rendrei jamais compte * puisque Texpliquer ce serait le détruire? Il est permis, dites-vous, de tromper un peuple pour son bien ; mais quel peuple saura jamais si ceux qui le circonviennent de leurs mensonges j n'agissent point d'après des passions particulières, ou d'après de vieilles erreurs dans lesquelles ils seront tombés eux-mêmes? Si les hommes ne doivent rien examiner , comment distingueront-ils quelques préjugés respectables, selon vous , de tant de préjugés qui ne peuvent Tétre ? Dans ces voies suspectes , comment obtenir cet ensemble de vues, ce concours de volontés sans lequel il n'y aura ni véritable morale , ni politique tutélaire ?
La fausseté des principes conduit au désordre général des idées ; aussi porte-t-on Fabus des termes jusqu*à nommer dépravation Tattrait du plaisir, jusqu*à se persuader qu'il y a toujours dans les jouissances une sorte d'impureté indélébile. Rousseau, qui, s'étant fait de la partie des mœurs relative à Tamourune idée trop vague , devait tomber dans plusieurs inadvertances à cet égard , n*a pas évité celleci. Des docteurs révérés ont été plus loin ; d'après eux la possession conjugale même ne doit être que tolérée , pour ainsi dire , et à condition qu'elle ne deviendra pas trop voluptueuse. Suivant cette doctrine épurée à l'envi, la continence seule est tout-à-fait irréprochable; d^où il résulte que si le genre humain existe encore , c'est parce qu'il en est indigne, et parce que la plupart des mortels sont cor rompus , ou fort enclins à la corruption.