FRAGMENT
SUR L'AMIÏIE
Il n^existe peut-être aucune loi positive qui ait un rapport direct avec l^amitic j mais presque en tous lieux on a des aïdes pour i^gler expressément une partie des objets que i-énnirait un traité de 1 union des sexes. LV nioor est un sujet d^autant plus vaste, qu il embrasse les lois relatives à la paternité : la
manière dont les sociétés humaines sont établies n'est pas moins fondée sur la famille que sur la propriété.
L'amitié seule est restée indépendante des lois parce qu^elle n*a pas de conséquences qui intéressent visiblement la chose publique. C'est une forte raison pour que Tamitié con vienne au sage , et pour qu'elle ne convienne réellement qu'à lui. Les lois des hommes ne la supposant pas, il n^est besoin que de consulter la nature des choses ; il n'y a pas d'oppositions à concilier, ou de difficultés à résoudre. Aussi les anciens ont-ils traité cette matière, tandis que nul , ce semble , n'avait généralement examiné les questions qui naissent des suites de l'amour.
Ce ne sont pas les seuls rapports sous lesquels ont ait moins à dire relativement à Tamitié. Ne résultant pas impérieusement des lois premières, elle devient une simple couvenance; et de plus, elle n'appartient réellement qu'à un petit nombre d'hommes, tandis
(|ue presque tous sont destinés ù connaître les fins principales de Tamour. Celles de ramitië sont plus exclusivement morales ; la pureté des intentions et la justesse d^esprit peuvent tout décider à son égard, puisqu elle est surtout réservée aux hommes droits.
Mais si on voit peu d'obscurités dans la théorie , c est en quelque sorte dans la pratique que sont les entraves. 11 est moins diflirile à de certains hommes d'être amis que de trouver Toccasion de Tétre. On rencontrera plusrarementencoreun ami qui suffise qu*une femme à peu près telle qu*on la désirerait. Souvent un homme et une femme se hâtent mutuellement de céder quelque chose pour se convenir , parce qu ils s*aiment , ne fut-ce c|u à de certaines heures : Tamour les réforme. Mais des amis ne se choisissent que quand déjà ils se conviennent moralement et paraissent tout formés Tun ]K>ur Tautre. SMl faut que Thomme et la femme qui saiment ne soient engagés dans aucun autre lien
analogue, il faut aussi que les amis soient libres : il faudrait même, pour que cette intimité n^eùt rien de trivial, qu'ils vécussent dans une gi^ande indépendance politique et civile.