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DES PRÉVENTIONS CONTRE L'AMOUR

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mettre la vie; mais qu’y a-t-il de déraisonnable que l'enthousiasme n’entreprenne? On se figura que des contrées entières devaient se rapprocher des règles cénobitiques. Cependant la plupart de ceux qui, dans des temps reculés, s’étaient séparés de la terre, et qu’on prenait pour modèles, n’avaient cherché d’abord qu’un moyen d’attirer les regards; loin de prétendre indiquer par leur exemple les vraies lois des sociétés humaines, ils ne s’étaient promis que d’étonner le peuple, et sans doute ils avaient pensé qu’on les imiterait rarement.

Dans aucun siècle connu, on ne s’occupa de tout ce que les inspirations de l’amour devaient produire pour l’avantage de la cité. Jamais aussi, peut-être, on n’a pris le parti de ne déterminer que les points essentiels, et d'admettre ensuite ce qui conviendrait à chaque individu, afin que de toutes parts on fût libre sans désordre.

Ce serait une entreprise assez vaine d’indiquer maintenant d’autres maximes, ou d’autres institutions. Ces idées ne seraient à leur place que dans un livre destiné à paraître, dix siècles après nous, parmi des hommes qui désireraient le contentement général, et qui le préféreraient à nos prospérités pénibles.

Déjà des erreurs sont ébranlées; plusieurs peuples se rapprochent, se connaissent et commencent à s’observer, ou à juger le passé. L’Asie et l’Europe ont eu l'éclat qui suit, dans

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les premiers âges de la vie sociale, l'amour del prestiges. Des côtes de Formose jusqu’à celle] de l’Irlande, la vanité a parcouru les région! diverses, et le malheur les a illustrées. La va nité retarde ou détruit le bien; elle s’annonci| comme suffisant au bonheur, mais elle noull tromperait toujours. Le Nouveau-Mondel effrayé de notre gloire, obtiendra peut-être dans sa force, des destinées plus simples ei plus favorables : la raison y est peut-êtr!| attendue. Quelque part enfin, des génération! véritablement instruites rejetteront cette allé: gresse discordante, qui se fait entendre a milieu des gémissemens; elles sentiront qu Pavantage du plus grand nombre devient l4 loi suprême, et que la première condition d’une vie heureuse n’est pas de rencontrer desl jouissances passionnées, mais d’éviter là douleur, ainsi que les privations inutiles. Che: ces générations nouvelles la volupté sera puis! sante, et elle sera paisible; les écarts, les atten!

tats que des moralistes encore abusés lui |

reprochent, seront regardés comme un resté des siècles d’ignorance. Si alors quelques pages de cet écrit subsistent, on dira : L’auteurl a laissé pressentir dans son temps ce quil devait convenir au nôtre. |

Depuis long-temps l’homme primitif semble n'être plus. On aperçoit l’empreinte, mais seulement parce qu’elle est ineffaçable; on lai discerne avec peine sous une sorte de grace:

importune, et dénuée de toute originalité. De jour en jour une main dangereusement adroïite multiplie les entraves autour de nous; sans cesse elle prétend réformer ce qu’embellissait la nature, et le sein de Vénus s’est flétri sous le poids de ces ornemens disparates.

Non-seulement tout ce qui est en nous appartient d’abord à nos intérêts personnels, mais ces intérêts, quelque modification qu’ils subissent dans l’ordre de choses où nous vivons, continuent à se rapporter en un sens aux besoins du corps. Dans nos affections les plus indirectes, dans les désirs variés d’un cœur que l’on suppose inexplicable, dans lagitation de l’ame la plus vaste, d’une ame:

toujours occupée du monde moral, on ne trouvera pas un mouvement étranger à l’impulsion des organes visibles (20). Si au lieu de soumettre les sens à une règle prudente, on les refroïdit, on diminuera le génie et la sensibilité. L'intelligence ne doit jamais renoncer à l'empire; mais elle ne peut se soustraire aux lois de l’ordre matériel, aux pa de la vie terrestre.

On ne devrait point condamner même l'amour passionné, si toute passion n’était pas un trouble de l’âme, une servitude de la rai: son. Une sorte de délire occasioné par l’amour trouve donc son excuse dans les lieux où beaucoup de penchans mal réglés se concilient avec l'esprit général des lois. Quant aux plai-

sirs des sens, puisqu'ils sont inévitables, il n’ont rien de contraire au perfectionnemern des sociétés. Ces biens peuvent rester du moin| à tant d'hommes qui ne doivent pas avoi d’autres perspectives favorables. Dans ce qu est à la portée des esprits ordinaires, qu’y a-tde meilleur que l’amour? Ils ne sauraien| s'élever dans le monde intellectuel, ils n’et| sauraient assez aimer les devoirs ou les prol messes; laissez-leur la volupté, qui est pou eux la plus belle portion du domaine di homme. Le sentiment de l’honnête ou dt juste, et le besoin de l’ordre ou des conve nances morales doivent conduire au besoir d’aimer. L’amour a le beau pour objet; il égart quelquefois des gens privés de lumière, e!

disposés par leur situation à l’artifice ou à 1 violence, mais il soutient particulièrement les cœurs généreux. |

On paraît préférer aujourd’hui une conti:

nuelle agitation de la tête, une inquiétude sans bornes, aux volontés fortes, tranquilles et limitées de l’homme raisonnable. Les mou:

vemens nécessaires ne suffisant plus pour occuper les heures, de nombreuses combinaisons Suscitent des espérances qui du moins ne pourront guère manquer toutes à la fois. Vous: aurez Chaque jour quelque travail à terminer, et, même en vieillissant, vous pourrez vous} croire jeunes, à cause des puérilités qui vous! séduiront malgré votre fatigue, |

Cependant les vertus même ne sauraient avoir pour objet, dans cet ensemble des choses humaines dont il est impossible de séparer l'amour, que les convenances qui se rattachent au besoin de ne pas souffrir, et à là nécessité toute vulgaire de dormir, de digérer, de communiquer la vie. Moins fréquemment impérieux, mais non pas moins important, ce dernier besoin aura plus de pouvoir sur l’imagination. Comme il demande d’ailleurs que les intentions d’un autre être, sensible ainsi que nous, s'accordent avec les nôtres, un grand nombre de vœux s’y rapporteront, et le sentiment des analogies s’étendra dans lame avide d’aimer.

Des esprits chagrins que leurs préventions.

conduisent à mépriser les hommes, confondent les mouvemens naturels avec la licence.

Ils condamnent indistinctement les émotions de l’amour, parce que n'imaginant que des.

‘hommes abrutis, ils ne peuvent imaginer que des affections criminelles. Mais si quelquefois. lamour paraît avilir, c’est qu’il découvre la bassesse particulière et l’incapacité de l’ame : rien ne la prouve mieux que le mauvais usage d’une chose bonne en elle-même, ou l’abus d’une heureuse faculté. Si l'amour fait beaucoup de victimes, c’est que trop long-temps on n’a vu dans cette loi universelle qu’un moyen de population généralement nécessaire, au lieu d'y voir aussi la volupté non

moins convenable dans l'intérêt individuel Si en prétendant obéir à l’amour, on s’esi jeté dans des voies trompeuses, s’il est devenu un jeu de l’égoïsme, ou une occasion de plai: santeries immorales, c’est qu’il est très-difi: cile de respecter de mauvaises maximes, lors: que la prévention ne les déguise plus, et de né pas regarder comme futile ce que le législateur même a travesti d’une manière un peu burlesque.

L'amour pouvait prêter sa force à la mo:

rale même. Avant de chercher à le détruire, il fallait en étudier les conséquences. Les lois réelles sont indépendantes de nos systèmes ; la loi positive ne serait pas bonne, -si elle n’était pas une suite de la loi première. Que cette imitation varie selon les lieux, mais qu'elle ne s’éloigne pas du type indestructible; qu’elle soit libre, mais non défigurée. Faites des lois selon notre nature, notre na: ture est immuable; faites des lois justes pour! tous, la justice est éternelle (21).

La prudence, la justice, l’indulgence dans:

les lois expresses relatives à l’amour formeront toujours une partie essentielle des insti-4 tutions, puisque l’amour procure les émotions: les plus vives, et surtout les plus générales. Siil on voulait entreprendre de rédiger des lois:

relatives à la volupté, il faudrait ne pas perdre:

de vue que toute justice exige la modération! |

du cœur et l’ascendant de la pensée. Il faudrait:

écrire cette partie de la législation du genre humain avec les caractères de la langue universelle, de cette langue qui n’est pas encore usitée, parce que les hommes n’ont pas trouvé, : jusqu’à présent, qu’il fût bon de s’entendre. Si cet ordre nouveau était proposé en Europe, on le jugerait hasardé ou romanesque; mais s’il était réalisé au loin, peut-être seraitce pour toujours. On verrait que la loi naturelle est exempte de tout inconvénient grave quand elle n’est pas faussement interprétée, que la race humaine n’est point dépravée, que ses erreurs sont accidentelles, et que l’expérience, si utile à consulter, n’est pas pourtant l'unique sagesse. R

Si les hommes que des femmes subjuguen!

se couvrent de ridicule, ceux qui opprimen!

des femmes deviennent odieux. Le bon sens el la droiture suffiraient pour éviter cette alter: native, mais on se laisse entraîner par les seuls mots d'amour et de plaisir. On ne dirigé avec prévoyance que les affaires d’intérêt, dont le calcul semble plus positif; on affecte même d’oublier que la grande affaire de la via est la conduite morale, que les diverses suites sérieuses des plaisirs ne permettent pas de s’y livrer indiscrètement, et que l’esprit d'ordre est toujours indispensable, puisque l’ordre est le fondement des sociétés. |

Sans y avoir assez réfléchi, on se trouve engagé. On s’est livré aux premières illusions d’un attachement, d’un caprice qui ne saurait produire rien d’heureux, et quand il est dans sa force, n’ayant pas celle de le vaincre, on se figure qu’il conviendrait peu de ne point saisir enfin quelques occasions favorables.

Mais, commençant à voir les inconvéniens de

ce lien dès qu’il n’est plus nouveau, on est promptement fatigué de cette femme qu’on avait promptement aimée : on découvre en Bille des défauts dont on suppute avec soin les progrès vraisemblables, et on l’abandonne lorsqu'on lui est devenu nécessaire.

Il existe rarement un véritable accord entre les sensations de deux personnes qui se Honnent l’une à l’autre. Cependant si chacun sacrifie un peu de sa manière, on parvient Huelquefois à concilier ces oppositions. Les

ettre, il faudra peut-être un bonheur parti- Éulier; le sort contribuera plus qu'on ne le bense communément, à décider si nous virrons bien avec ceux qu’il rapprochera de Lous, et même si nous rencontrerons les calactères dont l’idée nous séduit dans nos suppositions d’une vie fortunée.

| Si quelque habitude voluptueuse chez une mme qui auparavant ne manquait pas de horce pour observer la continence, si ce chanlement chez celle qui ne dépend que d’ellenême, influe sur son caractère, et commence l’asservir, c’est qu’elle est encore prévenue le l’idée qu’en cédant à de libres désirs on lommet une faute. Des hors indifférentes,

| 90 DE LA LIBERTÉ SANS LICENCE | et même des actions louables, corrompraient par degrés ceux qui, les regardant comme:

injustes et honteuses, se les permettraient.

néanmoins. Si à l’époque où des femmes s’écartent d’une retenue sévère, elles cessent de: paraître aimer généralement ce qui est honnête, c’est qu’elles étaient disposées à cette: dégradation de l’ame; sans doute elles avaient. toujours eu le malheur de ne reconnaitre!

d’autres principes que les rigueurs d’une pureté imaginaire, et d’autre fondement du devoir que le souvenir des leçons du premier âge. C’est par des vices étrangers à l’amour et au plaisir, ou par les suites d’un mauvais choix, que l’ame achève de se dépraver : quand on.

n’est pas ferme dans le bien, tout peut devenir l’occasion du mal. Mais ces dangers n’ont. pas lieu pour un esprit juste; toujours ennemi du désordre plus encore que de la contrainte, s’il dit hautement que, dans nos contrées, de simples fantaisies voluptueuses ne sont pas du ressort des lois, il sait très-bien aussi qu’on n’est jamais excusable quand on manque à ses engagemens.

On assure que chez quelques peuples (22), particulièrement chez des tribus brésiliennes, les filles se donnent sans aucun scrupule, et sont souvent offertes par le chef de la famille non-seulement aux étrangers, mais aux jeunes gens du pays, tandis que la femme qui manque à ses promesses est punie avec sévérité. Cette

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