‹ De l'amourChapitre 25 sur 67 · NA · texte numérisé non relu

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hommes... Il est permis de croire que cett coutume leur venait d’Abyssinie, car dans € pays les femmes vivent comme si elles étaien: communes à tout le monde, et leurs plaisirs n’ont d’autres bornes que leurs volontés. »

Plusieurs nations puissantes paraissent auss avoir ignoré que l’abstinence fût la meilleure loi des mœurs. Quant aux disciples des sages souvent ils ont reconnu que la justice, que Is droiture devrait former l’unique assujettisse ment chez les hommes, puisque les autres chaî nes qu’on leur fait traîner leur donnent Patti tude incertaine des enfans qu’on a toujours conduits par la main. Il est d’ailleurs des ca ractères et des tempéramens auxquels on mt saurait, sans de grands dangers, interdiri toute diversion. Il ne faut pas demander di tous les mortels cette fermeté difficile, cetti invariable retenue qui ne conviendra jamai:

qu'à un petit nombre d'hommes; les autres éprouveraient, en de certaines rencontres, ur trouble à peu près semblable à l'effet des li: queurs fortes, et ils oublieraient leurs résolu: tions. | | Aux mœurs effrénées ou incultes ont suc:

cédé des mœurs déréglées avec élégance. Ur jour viendra peut-être où la vérité, l’ordre l’équité gouverneront les grandes familles, Les corps politiques auxquels des lois morales son tellement nécessaires que si on n’en procla:

mait pas du moins le simulacre, ces corps n«

“subsisteraient pas. Il ne faut point désespérer de ce perfectionnement, suite probable, ou effet possible de notre civilisation. Le désir “anime l’homme sauvage; le raisonnement dirige les hommes instruits (23). Lorsqu'il existe des lois et des lumières, les erreurs passionnées diminuent d'âge en âge, et la raison s’affermit. Ces progrès sont lents, mais ils paraissent naturels, et sans doute on les dis- -cernerait mieux sans la confusion, peut-être “inévitable, que ramènent les inimitiés des peuples. Déjà on observe dans la complexion .même des Européens un changement qui, sans paraître bon à tous égards, est analogue à ce progrès intellectuel : la puissance de l'esprit, selon l’expression d’Hufeland, commence à prendre le dessus (*).

La liberté en amour peut produire de vrais biens si elle est raisonnée, ou de grands maux si elle est irréfléchie. Sans doute on a beaucoup à craindre sous ce dernier rapport. La : diversité d’organisation expose les hommes à se jeter dans une licencieuse intempérance, plus souvent même que dans des privations austères. Ce qui sera voluptueux avec une sorte de dignité si on ne s’écarte pas de la droiture, dégénérerait en vice, en abrutissement, chez des gens sans caractère et sans délicatesse.

(*) Histoire de la santé, etc., 1812,

Une des qualités les plus rares est de savoir aimer l’ordre; cependant cette volonté inva-: riable de chercher l’ordre avant toute chose, détruit seule le danger des mouvemens du cœur. La raison n’est pas réduite à les pros-! crire lorsqu'elle est assez ferme pour les régler. C’est, dit Mallebranche, l’amour libre, habituel, et dominant de l’ordre immuable, qui fait la vertu; il n’y a point d’autre vertu! que lamour de l’ordre (*). ' ur

Nos idées s’enchaînent, et nos opinions se:

prêtent un mutuel appui; c’est d’après l’ensemble des lumières et des penchans d’une!

femme qu’on peut déterminer d’avance la con-| duite qu’elle suivra, tant que l’amour n’aura point perdu tout pouvoir sur elle. Si elle ne reçoit durant la première jeunesse que des notions exactes, ses sentimens sur les divers objets ne seront pas contradictoires, et sans doute il y aura toujours beaucoup d’accord entre sa manière d’agir et le but qu’elle se sera proposé. On peut laisser une grande autorité sur elles-mêmes aux femmes qui ne paraissent pas d’humeur à confondre la licence avec la liberté, aux femmes qui se distinguent par le sentiment de l’ordre. Ce sentiment ne leur permettra jamais d'oublier les lois que la raison avoue; comme elles auront envisagé de sang-

(*) Traité de morale. Voyez aussi Mably, Principes de morale, 2e année.

En: ce qui pourrait les flatter le plus, elles

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sauront se déterminer selon les temps, et si. elles paraissent faciles dans quelques circons- “tances choisies, dans toutes les autres elles resteront inébranlables.

Quelque méthode particulière qu’on adopte pour réprimer ou pour diriger le vulgaire, on mn’évitera jamais tous les inconvéniens qui naissent de la différence des goûts et des situaktions. C’est parce qu’on trouve partout des obstacles et des périls, que tant de gens craiu -g#nent de suivre une route peu battue. Dans “le chemin de la foule les faux pas ne sont attri- | bués qu’à la fortune; mais quand celui’ qui -s’avance seul en fait un, on déclare que c’est la suite de ses erreurs, et le juste fruit de “la manie d'innover. Que dans de certaines classes dix filles élevées selon l’usage reçoi-. “vent leurs amis en secret, ou disparaissent “avec eux, c’est pure fatalité sans doute; mais

qu’une seule, dirigée dans des principes diffé- .rens, commette néanmoins une faute, on dira aussitôt : Voilà ce que produisent de tels systèmes ! Asservis par leurs habitudes, les -hommes ordinaires n’observent point que si jadis on avait ainsi condamné toute innovation, cet usage qu'ils estiment, cet ordre de choses auquel on ne saurait toucher, disent-ils, -sans profanation, n’aurait jamais pu s'établir. -I1 faut avouer toutefois qu’en s’écartant des idées les plus générales, on hasarde d’abord

quelque chose. Ces règles étant très-connues de tout le peuple, s’il vous y voit attaché, il ne se méprend point sur vos intentions; mais si vous y substituez une autre conduite, il vous: juge avec la précipitation qui le caractérise.| Ne vous comprenant pas, et néanmoins:

s’obstinant à interpréter ce que vous faites, ill tire de vos opinions, de vos démarches, de vos: maximes plusieurs conséquences très-différentes de ce que vous vous proposiez.

En effet, se dira-t-on peut-être, pourquoi!

désirer de rendre légitimes ou raisonnables, ‘les consolations de nos heures passagères?| Nest-il pas plus naturel de s’asservir doucement à la coutume des lieux où on se trouve?

Rien de sérieux dans les études, rien de loyal. dans les plaisirs, l’apparente soumission du cœur, l'oubli ordinaire de la raison, un docile mépris pour ce qui n’est pas approuvé dans le voisinage, voilà de quoi se compose une vie commode et sûre. Hommes présomptueux, et difficilement satisfaits, à quelle fin une autre ambition vous fut-elle suggérée? Est-ce une voix qu’il faille écouter, ou peut-être une prérogative qu’on fasse trop valoir? Exposés à prendre vos vœux pour des droits, vous cherchez à vous établir dans la vie qui s’écoule, et-vous voulez vous maintenir entourés des ombres que vous ne reverrez pas. Est-il vrai que vous éprouviez le besoin d’un bonheur suivi, d’un lien constant, d’une joie idéale?

Dans les maisons consacrées au traitement ‘des insensés, n’en voit-on pas à qui il paraît nécessaire d’avoir un diadème sur le front, ou un bras d’airain? Nos désirs sont-ils généralement destinés à modifier les incidens qui nous concernent dans le cours du monde?

“Quand un homme est livré à des maux dont il ne peut concevoir le but, quand il périt avec -d’extrêmes douleurs, il s’indigne contre la nature, et 1l voudrait apprendre à toute une génération de quelle manière sont agitées des fibres qu’il croit importantes. Cependant une “enveloppe étroite cache et contient ces peines infinies. Le monde peut les ignorer, tandis -qu’on se prétend accablé sous le poids du -monde. Ces angoisses sont renfermées dans le “cerveau peut-être, dans un organe peu connu, et,chacun, entraîné sur une pente où nul ne ‘remontera, se consume en désirs, OU en re- .grets, sans pouvoir troubler le silence de l’ordre inexorable.

à LC

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