‹ De l'amourChapitre 27 sur 67 · SI TOUT L'HONNEUR DES FEMMES, ETC · texte numérisé non relu

SI TOUT L'HONNEUR DES FEMMES, ETC

fidèle à ses engagemens. Si le mariage devenail pour la plupart des hommes un état très-fél cheux, ils l’éviteraient, et un grand nombn de femmes vivraient plus malheureuses, juk qu’à d’autres changemens dont l’époque mn peut être prochaine. Mais n’exigeons pas qu le plaisir ait constamment pour but direct I procréation, puisque cette première fin dÎ l'amour n’en est pas la seule fin connue. Poux} sée à l’extrême, et néanmoins prescrite al vulgaire, une certaine pureté devient aride si elle est conforme à la raison à quelquél égards, elle n’en laisse pas écouter tous lé conseils avec une même attention. Les faculté] reçues de la nature étant beaucoup plu étendues pour le plaisir que pour la matei| nité, ne condamnons pas indistinctement- un] femme qui attachée d’ailleurs au devoir, reço}] un homme dans ses bras, sans que ce soil avec l'intention de devenir mère. Ayons plul de rectitude, et moins de sévérité. Une règll importune, des préceptes déraisonnables sd raient souvent éludés; préférons des maxime!

moins chagrines, moins scrupuleuses pou] être, mais plus naturelles et observées plu] sincèrement.

Les lois morales ne sont pas seulement d’accord sur la terre avec les lois physiques, elles Sont les mêmes sous une autre acception. Il Haut les considérer, ou comme la cause générale, ou comme la conséquence perpétuelle, et en quelque sorte préétablie des mouvemens du monde visible.

S'1l est une force naturelle qui semble trop grande pour les effets qu’elle est destinée à produire, c’est qu’il faut toujours le réaliser en partie. Souvent le but paraîtra passé de beaucoup; mais sans cela on y fût rarement arrivé au milieu de la diversité des choses. Par une suite de ces vastes dispositions notre curiosité, nos fantaisies, nos désirs du moment s'étendent au-delà de nos vrais besoins; c’est ainsi que nous sommes entraînés à suivre des convenances essentielles que la préoccupation, lapathie, ou même une opiniâtreté systématique auraient pu faire négliger.

… Beaucoup d’animaux sont jaloux; ils se battent, ils s’exposent à la mort pour écarter

des rivaux. L’homme est excité d’abord par!

même instinct; mais la raison, cette combi naison réfléchie des différentes impulsions doit les modifier selon les circonstances. Que avantage l’homme retirera-t-il de la réunioi de ces mobiles divers s’il ne sait pas, en lei opposant l’un à l’autre dans l’occasion, faire ui choix qui serve à le perfectionner lui-même?

C’est une partie essentielle de la destinatiot de chaque homme de contribuer à la perpé tuité de la race humaine; 1l a reçu pour ains dire cette mission. Non-seulement en général et comme appartenant à l’espèce, 1l voudri être un des agens de cette procréation, mail il prétendra l’être à sa manière, et mainteni ce qui le caractérise. Ce n’est pas assez dani ce dessein que des enfans naissent en nombr suffisant; sous ce dernier rapport un homm!

répondrait aux besoins de cent femmes. Mail chaque homme demande momentanément uni femme réservée pour lui seul, afin qu’un où plusieurs enfans reproduisent son organisatiot individuelle, combinée avec le tempéramen de cette femme à qui une secrète sympathil lui fait désirer de s’unir. De ces actes particu liers dépendra dans les différentes régions maintien de l’espèce, avec ses nombreuse!

variétés. Ainsi l’instinct jaloux s’explique aisé ment comme loi de la nature; mais quand li réflexion, ou la retenue, modifient à propos: ou corrigent cet instinct, cela est égalemen:

Conforme aux lois naturelles, à l’ordre général et nécessaire.

Si Pamour raisonnable peut aussi demander la possession exclusive que veulent quelquefois avec fureur ceux qui aiment passionnément, nous ne devons pas en conclure que ce Soit un droit dans toutes les rencontres : lorsqu'il nous est Ôôté, il ne faut plus y mettre d'importance. Si ce privilège n’est pas confirmé par une promesse positive, il cesse d’être précieux dès qu’il cesse de subsister naturellement. Les liens réguliers ont leurs lois; l’amour libre en pourrait admettre de fort différentes, et le plaisir sans attachement extrême a aussi les siennes.

La jalousie convient à la plupart des animaux, parce qu'ils n’ont pas d’autre garantie. Mais chez l’homme, si la jalousie annonce quelque force, c’est la force d’un amour insensé. Les soupçons, les vaines démarches, tant de bruit, d’erreurs ou de trouble sont d’un cœur faible, et d’une raison infirme.

Dans un véritable amour mutuel, on est à l'abri de ces perplexités ; on n’a rien à craindre, à observer, à découvrir. Lorsqu'on aime en conservant la raison, nécessairement on estime ce qu’on aime, et l’estime doit exclure toute idée de perfidie.

- Si une femme qui se donnait à vous, se donne aussi à quelque autre, ce n’est plus un Sentiment tout particulier que vous atiendrez

d'elle; pourquoi ne pas savoir renoncer à 4 posséder exclusivement? Et si elle s’ättache äl vous tromper, vous qu’elle paraissait chérir! mérite-t-elle que vous regrettiez amèremen:

une liaison qu’il serait honteux de ne pa rompre?

Il est de sages précautions, ou de justes sol: hcitudes, et souvent le désir de s’assurer dul vrai n’est point de la jalousie, mais de la pré: voyance. Lorsqu'on n’est pas lié par des affec: tions profondes, la possession exclusive de! vient une simple convenance ee | approuvée de la raison : les soins qu’on pren 1 à cet égard, ressemblent à ceux qu’exige ld succès de toutes les entreprises, ou seulemen| l’ordre dans la vie domestique. |

On ne peut regarder la jalousie comme url sentiment noble et mâle. Faire toujours con!| sister l’honneur à posséder seul une femme!

n’est-ce pas supposer sans exception, et dèi| lors très-faussement, qu’un homme qui lais!

serait à la sienne beaucoup de liberté, n« souffrirait ce partage que par faiblesse, où d’après des calculs ignobles? C’est ainsi qué les opinions les plus dénuées de fondemen:

influent sur les mœurs d’une partie du genré humain. La droiture et le bon sens d’un homme marié ne le préservaient pas toujours du mépris; on lui reprochait les fautes qu’il n’avait pas partagées, ou qu’il n’avait pu pré! voir, et il était compromis lorsque des homme:

[Ve Le, à e n ‘« ë à ; j V 44 À

ou

sans mœurs venaient compromettre, ou soup- Çonner, ou calomnier sa femme. On consacrait d’aveugles coutumes qui paraissaient introduites par l’honneur même, et l’honneur avait alors trop d’écarts pour que la jalousie fût exempte de fureur, ou même de folie. Ce qui est à la fois sévère et inconsidéré ne peut être juste. Sans doute les préjugés servent quelquefois à maintenir les mœurs, le calme, la bonne intelligence. C’est un moyen, comme d’autres moyens qu’on peut vanter aussi, comme la sécurité qu’on obtient dans les harems, en faisant des eunuques, comme le déshonneur des fils pour le crime de leur père dont la conduite leur était apparemment soumise, comme les tortures qni ne laissent pas de faire découvrir quelques délits, enfin

comme les avantages que l’anatomie peut retirer de nos exécutions sanglantes (24).

Surprenante. On cesse de désirer et d’aimer ce!

lois qu’il faut chercher surtout la cause de ce “qu’on nomme légèreté, bizarrerie, ou méchan-

On se plaint trop des mauvaises dispositions du cœur. Ne sachant presque rien faire pou établir l’accord entre les hommes, on se plaîl à leur attribuer une perversité indélébile. C’esi dans l’opposition de tant d’usages, c’est dans les effets d’une industrie recommandable, mais trop variée, c’est dans la confusion des

ceté. En y regardant mieux, on avouerait que souvent chacun de nous est à peu près ce qu’il peut être, au milieu du monde tel qu’il va On trouverait la raison de tout ce qui se passe dans le cœur humain, qu’on a dit impénétrable; on reconnaîtrait que nos penchans très-| légitimes dans le principe, et indépendam-!

ment des conventions accidentelles, ne cesse-: raient pas d’être bons, ou pourraient être: rectifiés aussitôt, dans une société qui n’aurait! pas imaginé de les proscrire.

L’inconstance des sentimens n’est point:

a. DE LA CONSTANCE 107

“qu’on cesse de poursuivre; la pensée ne peut guère s'occuper avidemment de ce qui est obtenu, puisque l’imagination n’a plus d’efforts à conseiller. Dès qu’un besoin s’apaise, la nature affaiblit les goûts qui s’y rapportaient, et elle y substitue bientôt un sentiment plus vif des autres besoins qu’il faudra satisfaire. L’habitude aura, il est vrai, beaucoup de pouvoir; mais quand les inclinations qu’elle entretiendra, et dont l’ordre social pourrait tirer de grands avantages, ne seront pas fortifiées par la réflexion, ne pouvant nous préserver de quelques impressions subites, elles laisseront aux tempéramens les moins froids une sorte de tranquillité qui seule ferait place à de nouveaux désirs.

. Supposons la constance plus rare chez les hommes que dans le sexe pour qui elle devient un soutien, ce contraste sera l’ouvrage de la nature même. Dès qu’une femme cesse d’être féconde, ou, dès sa jeunesse, lorsqu'elle est enceinte, les facultés de l’homme qui ne s’en éloigne pas deviennent stériles. L’ordre social, en modifiant les suites des lois premières, ne peut pas, et ne doit pas en effacer toutes les traces.

Au milieu des devoirs qui nous sont impo-

sés maintenant, la constance est honorable, et elle semble indiquer d’ailleurs le repos d’une ame saine. Mais les événemens ne la prescri-

vent pas toujours; souvent nécessaire, ou seu-

vf

lement utile, elle est aussi quelquefois indiffé rente, ou même déplacée. Les affection] prolongées seront plus chères à l’homme justé et cette disposition générale influera toujour sur sa conduite; mais la force des engagemen: peut seule changer en devoirs absolus de sim ples convenances. Néanmoins, dans ces relæ tions, comme dans toutes les autres, une pra messe tacite deviendrait obligatoire : quand o! n’a pas l’intention d’agir comme si on pro mettait ce qui peut être naturellement sup} posé, on doit faire entendre qu’on ne s’y eni gage pas. |

Ce qui diminue le respect dû à ces pro) messes, c’est la témérité même avec laquelli on affirme qu’on voudra, qu’on désirera de»

main, ce qu’on désire, ce qu’on veut aujour’ d’hui, et qu’on ne pourra changer de vue dans une situation différente, ou même dani un autre âge. Sans doute il est naturel dé se figurer qu’on aimera long-temps ce qu’on aime beaucoup; mais ce n’est pas assez pou jurer qu’il n’en sera pas autrement. On peut attester une sensation actuelle, on peut auss: déclarer une résolution que le devoir fera suivre; mais on ignore si le cœur jouirg plus tard de ce charme qui actuellement paraît propre à le subjuguer sans retour:

Bien que la force du sentiment qu’on éprouvé persuade que la mort seule pourra léteindre:

la raison ne permet pas d'y compter sans

quelque doute, et nul homme n’étant parfaitement sûr des impressions qu’il recevra, les sermens à cet égard sont absurdes, quand ils ne sont point perfides.

Indépendamment de ces protestations, dont les plus ardentes sont les plus trompeuses, tout lien entre des personnes honnêtes devient un engagement de veiller à la satisfaction mutuelle tant que ce lien durera. Il n’a plus de force quand les dispositions intérieures changent de part ou d’autre; on doit avouer ce changement. Peut-être même serait-il mieux de promettre d’avance une semblable franchise; l’entière sécurité dont on jouirait alors rendrait l'intimité plus heureuse (25). Dans les occasions où ces rapports se réduisent absolument à la satisfaction des sens, ils restent encore soumis aux convenances morales. Trop libre, le plaisir s’éloignerait bientôt; mais la délicatesse le règle et le retient. Elle subsiste jusque dans la possession la plus sensuelle; en distinguant des appétits grossiers, les sensations réservées à la race des hommes, l’honneur suppose l’estime, ou la bonne foi, lors même qu’on n’éprouve pas un attachement sérieux.

Si vous êtes doué de quelque prévoyance, vous préférerez à d’amusans caprices une affection profonde, et vous désirerez qu’elle ait quelque chose de solennel. Les jouissances du cœur reçoivent de leur durée leur garantie; elles sont augmentées par la con-

naissance des caractères. L’âge avancé qui regretterait les autres plaisirs de l’amour; jouira encore de ceux-ci; l’ancienne amitié, l'amitié douce qui aura lentement remplacé d’autres émotions, rendra moins sensible læ perte des désirs, puisqu’elle fera tout subsister, excepté ce dont le besoin ne subsistera plus. Cependant, si l’amabilité a cessé plus tôt, etl s’il se trouve que vous ayez manqué de prudence, ou de pénétration, dans votre choix.

votre refroidissement ne doit pas être attribué à l’inconstance. Chez l’homme même, la véritable inconstance est moins commune qu’on!

ne l’a prétendu. Quant à celle qui dans le:

mariage peut résulter de l’habitude, c’est-à-dire de l’expérience, et d’un peu de satiété, oni a moins à la craindre qu’une certaine préoccu-: pation d’esprit, un secret mécontentement,, suite naturelle de tant de démêlés, ou de solli-} citudes, que reproduisent chaque jour des:

intérêts de famille.

Sans doute les mauvais choix, l’amour-:

propre, une affectation de légèreté, d’autres: vices moins excusables encore peuvent faire:

songer à des plaisirs nouveaux, et la conduite! des hommes à cet égard n’est pas toujours le: fruit de leurs réflexions. Il faut avouer aussi! que le changement offrirait des avantages réels, si la constance n’en préparait pas de plus solides. Ceux-ci deviendront tous les!

jours plus assurés. Si notre faiblesse et les!

wicissitudes de notre destinée s’opposent à ce que la persévérance soit prescrite indistinctement, elle n’en donne pas moins des biens précieux toutes les fois qu’elle est un peu favorisée par les circonstances. Ce qu’on pourrait surtout se promettre dans le changement, ce serait le renouvellement d’une agitation séduisante, d’une sorte de vertige qu’il est naturel, mais non pas toujours raisonnable de préférer à la paix des liaisons établies. Ainsi les gens passionnés seront les plus inconstans : au lieu de félicité, leur organisation leur procurera des joies vives, mais ceux qu’ils aiment verront leur propre triomphe suivi de longs chagrins.

Des inadvertances qui laissent le prestige se dissiper quand les difficultés cessent, donnent plus de force au désir d’éprouver une affection nouvelle. La douceur du passé devrait entretenir l’amour, lorsqu'il ne peut plus s’accroître, lorsque l’espérance ne le nourrit plus; mais trop d’occasions d’acquérir semblent diminuer la valeur de ce qu’on possède. Après le succès, on ne s’attache guère dans les villes à se montrer tel qu’on était d’abord. Dans la solitude l'amour serait moins passager : on conserve attentivemeut ce dont la perte deviendrait irréparable. Sans doute le temps affaiblira malgré nous-mêmes les affections de la jeunesse; mais que ce soit lentement et insensiblement. Si on luttait contre le pouvoir

du temps, on verrait plus d’unions parmi ces liens nombreux qu’on s’efforce d’ennoblir, ou du moins de perpétuer, au moyen d’une sanction que l'antiquité paraît avoir accueillie comme mystérieuse et imposante.

Toute prévention paraît sacrée durant le siècle qui, pour ainsi dire, lui est échu en partage. À quel peuple n’osera-t-on pas enselgner, à quel gouvernement ne persuadera-t-on jamais qu’il serait immoral d’attaquer des erreurs anciennes? On trouve peu d'hommes qui s’attachent avec indépendance à la recherche du vrai, et qui ne montrent n1 éloignement ni prédilection pour les choses .inusitées.

Si on n’a pu être d’accord sur l'utilité de la pudeur, c’est qu’on ne l’était pas sur la nature même de cette affection. Doit-elle être considérée comme une des lois auxquelles nous avons été soumis dès l’origine, ou seulement comme un produit accidentel de nos habitudes? Ces deux sentimens ne sont pas inconciliables ; mais il faut distinguer de la véritable pudeur, celle qui est acquise. Ce que nous nommons ainsi trop souvent, s’écarte de l’ordre réel, et on ne s’en écartera pas moins lorsqu'on n’aura nulle pudeur.

Si en général cette secrète émotion était

contraire au plaisir, elle n’appartiendrait pass particulièrement à la saison de l’amour. In-« connue des enfans, imparfaite chez les, vieil-4 lards, exacte lorsque les mœurs sont pures, ou quand la sensibilité est profonde, la pudeur & paraît surtout l'attribut du sexe qui fait le plus“ ; pour être aimé. Ceux qui n’auraient aucun dé-m sir, aucun pressentiment des jouissances, n’éprouveraient aucune pudeur. Mais quand les“ ; forces de l’amour sont dans leur plénitude, on ne saurait approcher du plaisir sans agitation. 1 et sans retenue. De vives impressions pour une fin trop passagère causent de la surprise; has bitué à séparer de l’ordre intellectuel le mouvement des sens, on aimait à considérer” comme inexplicables les joies du cœur, ou les inspirations poétiques attachées à un acte qui nous est commun avec tant d’espèces, toutes.

incapables selon nous de partager cet entraînement. 1 Cet embarras, ce trouble capable de sus-” pendre le principal effet des désirs, ne sera. jamais bien compris par ceux qui l’attribueront à une seule cause. La pudeur provient aussi de l’universalité même des mouvemens :

que l’amour occasione, et ils sont d’abord incertains, parce qu’ils seront extrêmes. On. hésite, parce qu’il faudra le concours de toutes : les facultés pour préparer le plaisir, pour interrompre une langueur qui affaiblirait les générations, pour déterminer le triomphe du

La

ph RES 2 a On nr né dé EE Lai

principe de vie, et propager hors de lindividu une portion des forces de l’espèce.

Bernardin de Saint-Pierre aperçoit dans cette sorte de honte le combat de deux puissances, de la vigueur physique et de l’énergie intellectuelle (*). Cette idée est ingénieuse peut-être; mais faut-il conclure de ce combat, que l’une des deux puissances s'élève contre l’autre, afin de régner seule? Il serait plus juste de voir dans la douce inquiétude de la pudeur les signes de la réunion, toujours inégale ou douteuse, de ces deux forces. Excitées à la fois, elles doivent se soutenir mutuellement; si elles étaient poussées toutes deux aussi loin que nous le croirions possible, on craindrait peu même d’avoir des témoins. Le sentiment de la pudeur tient à ces bornes morales, comme à cette prochaine débilité des sens; il rappelle ce qu’il y a d’insuffisant ou d’involontaire dans l’énergie des organes, ce qu’il y a de fugitif ou d’immodéré dans les transports du cœur.

Si tout ce qui appartient aux Jouissances de Pamour plaisait sans mélange, le plaisir serait plus grand, et on pourrait même le croire plus constant; mais il serait sans frein naturel, et amour occupant toutes nos heures, au lieu de les animer seulement, ne tarderait pas à nous détruire. Pour cette raison peut-être les or-

(*) Du sentiment de l'Amour dans Études de la Nature.

ganes consacrés à la plus grande des jouissances physiques, serviront plus fréquemment. à des sécrétions d’une autre nature. Ces dispositions nous paraîtraient indifférentes pour quelque autre race, privée, selon nous, de toute dignité; mais en s’étendant jusqu’au genre humain, elles ne contrarient pas moins nos . idées, que notre délicatesse. Ce rapprochement de ce qui plaît et de ce qui choque, cette suite toujours possible de sensations disparates doit quelquefois arrêter la fougue des sens (26). Lorsque ces contrastes sont plus remarquables la pudeur devient plus forte, et. c’est en partie d’après cela qu’elle ne se trouve pas égale entre les deux sexes. L’ascendant de la raison dépend des situations, des caractères, ou même des tempéramens; elle est assez puissante pour s’opposer aux excès chez plusieurs hommes civilisés dont l’imagination accrofîtrait dangereusement les désirs, mais ce n’est pas à elle à réprimer, en de certaines rencontres, l’ardeur de tant d’autres hommes qui vivent sans prévoyance. Pour arrêter celui qu’entrainerait une aveugle impétuosité des sens, il faut une autre impulsion de ces mêmes sens. Les voluptés animales, les seules qu’il connaisse seraient propres à le subjuguer entièrement; il paraît donc utile qu’une sorte de répugnance, se joignant chez lui au refroidissement momentané des organes, opère une prompte diversion.

Les traces de pudeur que nous croyons apercevoir dans l’instinct de quelques animaux, ont donné lieu à des interprétations peu vraisemblables. S'ils préfèrent pour leurs amours des lieux écartés, c’est parce que dans les momens où ils ne sont pas en état de se défendre, ils veulent n’avoir rien à redouter du dehors : ils n’ont pas honte de dormir, et néanmoins ils cherchent une retraite afin de reposer sans inquiétude. Jusqu’à ce qu’on ait lobservé avec attention les habitudes de l’élé- {phant, et d’un petit nombre d’autres espèces, on peut ne reconnaître dans ces apparences de pudeur que le besoin d’un asile pour un acte qui, en absorbant les forces, suspendra la vigilance.

La pudeur n’a pas pour destination de faire éviter l’amour, puisque l’amour est indispensable, mais elle doit le modifier. Elle prévient l'abus des désirs, sans les atteindre, sans pouvoir jamais empêcher qu’on ne les suive généralement. Elle les prolonge en leur donnant à la fois et un frein nécessaire, et un charme plus particulier. Si elle ne préserve pas.entièrement du mélange des choses importunes avec les choses séduisantes, elle permet l’oubli de ce rapprochement, et si elle semble d’abord réprimer les plaisirs, c’est par elle qu’on jouit davantage dans la jouissance même (27). Loin d’être austère, la pudeur doit avertir de ce qui altérerait l'amour. C’est

un soin scrupuleux qui, sans refuser la vo-

lupté, la suspend; c’est une défiance qui tient. à l’éténdue des sensations, et une crainte, non pas de satisfaire ses désirs, mais de ne pas!

les satisfaire assez bien; c’est de l’éloignement pour ce qui profanerait des émotions peu or-

dinaires; c’est enfin un choix rapide entre.

des amusemens convenables, ou d’humilians

écarts.

Ainsi la pudeur n’est point l'effet de quelque dessein particulier. Cette inclination difficile à surmonter, et dès lors agréable à suivre, est une sorte de mouvement irréfléchi que la raison peut ensuite approuver, ou rectifier, mais qui dans le principe ne dépend d’aucun système, d’aucun raisonnement. Elle provient en grande partie du mutuel penchant des sexes, et s’il n’en existait qu’un seul, elle aurait peu d'importance. Si nous supposons que les jouissances de l’amour cessent d’exister pour lespèce humaine, et si nous retranchons aussi Phabitude prise dès l’enfance de se vêtir avec attention, nous ne verrons pas pourquoi la femme regardée aujourd’hui comme la moins immodeste, refuserait de paraître nue en public.

La pudeur qui, chez une femme, peut se confondre avec la crainte de ne pas rester constamment aimable, sera souvent chez l’homme la honte de n’être pas tout ce qu’il voudrait être, de ne pouvoir pas accomplir

tout ce qu’admet son imagination, et peutêtre celle de la personne qu’il voudrait ne pas mécontenter.

La pudeur réelle subsiste chez quiconque n’est pas dégradé par des habitudes vicieuses. Les femmes sont avilies quand elles ont perdu la véritable pudeur, parce qu’elles ne peuvent pas la perdre tant qu’elles ne sont pas viles. La pudeur a beaucoup d’analogie avec cet autre sentiment vague que nous nommons honneur; la susceptibilité du plus louable amour de soi épure, ou fortifie ces deux affections.

| La pudeur naissante se rattache aussi au pressentiment d’un penchant exclusif, plus ou moins durable. On se réserve en quelque sorte pour l'individu, séduisant d’ailleurs, avec lequel on aura beaucoup d’analogie dans les fins de la procréation. L'instinct de préférence se fortifie quand toutes les facultés de l’amour se développent. Ce choix scrupuleux, ou capricieux de la manière, de la personne et de l’occasion se remarque surtout dans la saison de la vie où l’amour se nourrit d’espérances 1llusoires, et cette pudique retenue caractérise ordinairement le sexe dont les diverses suites. de l’amour occupent le plus la pensée.

Parmi nous le plaisir aveugle ne serait point légitime. On a dit que la délicatesse du goût, ‘et la pudeur étaient absolument factices, que rien n’était honteux, que la nature n’avait rien

fait de mauvais; mais cette honte, cette pu deur n'est-elle pas aussi dans la nature (28) La Métrie soutenait qu’en se cachant poul jouir, l’homme descendait au-dessous des qua drupèdes. Cependant on ne peut affirmer qui cette disposition soit particulière à l’homme’ et, de plus, nous ne voyons pas comment l’é tendue de l'instinct serait une marque d’infé! riorité. Helvétius ne découvre en cela qu’uné invention à mettre au nombre des raffinemens d’une société trop vieille. S’il en était ainsi, a lieu de se manifester généralement, cette rete! nue ne serait qu’une ruse de beaucoup d femmes, un soin adroitement calculé. Mais ur semblable artifice en amour deviendrait-il principalement le partage des êtres de l’un et de l’autre sexe, chez lesquels la sensibilité es plus exercée, ou dont l’organisation est sn | pesante, et le caractère plus sûr, plus franc plus généreux?

On prétendra que sans les effets de l’éduca tion, et sans l’habitude d’être couverts, nous ne connaîtrions pas la pudeur. On a vu, ajou+ tera-t-on, des peuplades qui ne faisaient usage d’aucun vêtement, excepté par luxe ou pan coquetterie. Mais cette coutume n’est pas précisément contraire à la pudeur. La difficulté de se vêtir, et une simplicité indolente justi fiaient ou perpétuaient la nudité, soit dans les climats stériles et brûlans, soit chez des tribus: peu exercées dans les arts. Quant à nous,

l'étendue de nos idées nous permettrait difficilement de vivre comme elles, et d’être nus perpétuellement. Avec l’humeur la plus indépendante, mais en pensant et en sentant, sinon comme nous, du moins autant que nous, ‘on trouverait souvent désagréable d’être nu, jau milieu des hordes sauvages. Au contraire il (est facile de supposer des circonstances où l’homme le plus avancé dans la civilisation imarcherait nu en public, sans autre embarras que celui qui résulte ordinairement d’une siituation opposée aux coutumes anciennes.

| D’autres moralistes n’ont pas craint d’avancer qu’une femme ne conservait aucune vertu Horsqu’elle n’était pas entièrement soumise à la (pudeur. Cela serait vrai peut-être si on parlait (de cette pudeur qui fait éviter les abus incon- (ciliables avec le plaisir; elle a sa source dans Île sentiment du beau, et lorsque ce sentiment is’éteint, l’homme moral périt presque entier. Mais on entend la pudeur dans un autre sens, Ice qui établirait des maximes étrangères à [ordre réel. On soutient qu’une femme qui agit avec quelque indépendance est toujours idépravée, toujours coupable. Il peut arriver isans doute que le plaisir conduise au vice:

sans doute, chez les esprits faibles, il en sera ‘du fanatisme de la chasteté comme du fanatisme des sectaires. Quiconque n’admet génélralement d’autre règle que les conséquences | de certaines opinions superstitieuses, est perdu

sous le rapport moral, s’il perd cette foi; mais! d’autres seraient vertueux indépendamment, de toute prévention. C’est ainsi que les femmes! dont les principes étaient fondés sur des pré jugés abandonnent tout en abandonnant la pudeur vulgaire, parce que c'était à leurs yeux le chaînon le plus fortement rivé; mais celles! qui cherchent et qui aiment la vérité, n’ont4 pas besoin d'illusions pour se conformer à l’ordre. :

__ Non-seulement ce sont les femmes qui con-# naissent le mieux la vraie pudeur, mais ellesd sont plus assujéties à la pudeur factice. Cepen-4 dant il ne faut pas attribuer uniquement à cette double impulsion la résistance, ou naturelle, ou équivoque, dont l’opiniâtreté leurs donne quelquefois tant d’ascendant sur les hommes. Beaucoup de femmes ont à redouter en amour les résultats que presque toutes dési-M reraient. D'ailleurs cette résistance est un effets de la loi qui oppose, dans plusieurs espèces, less lenteurs des femelles à l’impétuosité des mâles.« De tels retards servent au plaisir; en général: les femelles ne le refusent point, elles le diffè-n rent. Elles excitent par leur hésitation, ou même par des fantaisies, l’ardeur qu’elles!

aiment à produire, et elles paraissent ne pas“ vouloir qu’on se borne à employer une force } seulement suffisante. Il leur convient d’être poursuivies, non par désœuvrement, mais avec une sorte de passion : un simple caprice ne

rait-il pas interrompu trop facilement par caprice nouveau? Elles attendent que cette lonté, quelquefois passagère dans le mâle, pit devenue assez formelle chez lui pour être olongée presque autant qu’elles le prétenront elles- -mêmes, et ces obstacles sont des récautions indirectes, afin qu’on soit toujours. ïen préparé pour ce rôle qu’il faudra ne jaais remplir avec négligence.

La pudeur a aussi pour objet, du moins équemment, de faire éviter ce qui exciterait ans les autres des désirs qu’on ne voudrait oinmt satisfaire. On peut voir plus constament encore dans la pudeur un combat diverfié par l’opposition des caractères, entre une erté d’abord exclusive, et un autre amour ersonnel, mais qui fera subir la loi d’un mafre. Quelque délicieuse qu’elle paraisse, l’imlulsion de cet amour sensuel occasione un eu de honte, en montrant que non-seulement a besoin de ses semblables, mais particuèrement d’un d’entre eux. Il en coûte de se umettre ainsi par un choix toujours vulire sous quelque rapport, et de ne plus uvoir se préférer à tout autre, ce qu'avait nspiré habituellement l’amour de soi.

| Observée parmi nous, la pudeur, qui, bien:

tu’antérieure à toute règle politique, doit por- 2r l'empreinte de notre civilisation déjà anenne., ne peut conserver un caractère simple, don ne lui eût pas trouvé à tous égards dans.

8 Fa

les premiers siècles; elle varie d’ailleurs selo) les lieux, et même chaque tempérament a Il sienne. Toutefois ces sentimens mobiles cor

cet obstacle apparent, on les déclarera indé pendantes de notre assentiment, et on s’efio | cera même d’en consacrer l’abus comme u

ne aux soins

éprouve, en rendant les vœux timides, donner aux paroles, aux mouvemens, aux différente démarches, une grace dont il restera toujoun quelque chose, à moins que le sentiment d& convenances ne s’éteigne totalement. On avai une façon uniforme d’être habillé, d’agir, de & présenter; en amour, il faudra un langag différent, des manières, des attitudes. not velles, et on craindra de surprendre, ou d’êtn curieusement observé. Est-on certain, si à vient à déplaire un seul instant, de ne p& rester conîus, de ne pas paraître ridiculé Comment s’assurer de l'approbation dans ceti| circonstance où les pensées peuvent être d{l guisées, ou du moins secrètes? Le premié amour sera plein de circonspection, et alors | pudeur rassemblera tous ses scrupules; mail

LE: | msuite, lorsqu'il n’y aura plus d’ignorance,

a pudeur se réduira aux précautions natuelles et voluptueuses qui la constituent esseniellement.

| La pudeur acquise paraît s’opposer aux fins le la nature; mais le prestige des jeunes mours la fait surmonter, et plus tard on s’éarte volontiers de ces maximes de résistance brsqu’on juge le moment convenable. C’est niquement la vraie pudeur, c’est la délicaesse dans les sensations qui doit appartenir à pus les individus aimans, et qui subsistera ans les différens âges du monde. L’incons- E nce provient souvent de ce que cette pudeur selle n’est pas assez vigilante. Souvent la fa- | Re habituelle, l’indiscrète liberté du maage aura pour effet d’y introduire de secrets écoûts. Ainsi s’affaiblissent les plus douces iclinations, même avant l’affaiblissement évitable des désirs, ou avant que les besoins tune famille naissante puissent porter l’attenon sur les autres objets de nos longues solliitudes (29). | Ainsi le trouble qui précède le plaisir n’en {it pas une condamnation; c’est plutôt une pnséquence de la rapide diversité de nos senmens. Il semble qu’en cela on se trompe parut d’un commun accord. On aime à écouter P certaines insinuations de l’amour-propre; se laisse séduire au point de les regarder mme des avertissemens d’une vertu innée

ae Ur

lascives. L'idée de ces assujétissemens l’humi:

d’éprouver ce regret, et pour ainsi dire cette]

ques esprits, ont valu à la chasteté, ainsi qu’à

dites sur la pudeur, il en est de tellemenfl différentes qu’on les croirait contradictoiresi si on oubliait qu’elle réunit les effets multipliés

que le ciel prendrait soin d’opposer à la concu piscence, comme un témoignage en faveur da ces règles imaginaires qui, en exaltant quel

la virginité, de si pompeux éloges.

Parmi les choses vraies qui pourraient êtrek

de plusieurs causes dont l'influence inégale dépend de nos habitudes, ou de notre orga: | nisation. Quelquefois une jeune femme n’asi} pire qu’à satisfaire ses inclinations mater nelles ; ; cependant pour jouir de ces sentimens;| 1l faut en avoir connu d’autres, et il faut même que des caresses affectueuses soient devoe ul

lie; par une pue qui lui est propre, peut

n’exigeassent aucune participation des sens!| Lorsqu’avec les mêmes opinions elle cessera

honte, c’est que des caprices sensuels qui n’a: vaient pu la subjuguer d’abord, lui feron j négliger l’idée qu’elle se formait de sa propré dignité; le silence de cette sorte de pudeur seré donc chez elle un signe funeste. Mais si aul contraire cette même femme était désabusée} en aimant toujours la pudeur, elle ne la trou] verait plus incompatible avec le plaisir. Ell]

agirait plus librement, et peut-être surmons

rait-elle, dans une circonstance avouée par la ason, notre pudeur arbitraire; ce serait un triomphe de la pensée, une force particulière e la volonté. Cette sage indépendance peut lever l’ame, tandis que des faiblesses coupables, ou seulement irréfléchies la dégraderaient ; il faut que la pudeur commande aux ens, mais que notre raison commande à notre pudeur même.

L’aimable accord des voluptés et de la pueur distingue l'amour chez les humains, chez es êtres dont les perceptions et les idées semlent tenir de l'infini. La raison, qui est le fruit de ces facultés étendues, se refuse à tout plaisir condamnable, et, quand elle est dans a force, elle fait recevoir avec discernement, avec candeur, les plaisirs réels. En admettant la volupté comme un bien, le sage préférerait néanmoins de grandes privations à des voluptés dénuées de pudeur. Les jouissances immorales sont odieuses à l’homme juste, et ses principes l’ont prémuni contre ce qui pourrait captiver d’autres caractères : les convenances de l’ordre intellectuel seront présentes à son esprit au milieu même des nécessités de la vie animale. |

ANRT se ns €

Chez les anciens on voyait presque partoul des esclaves, mais souvent l’homme désigné comme libre avait en effet de la liberté!

D’autres réglemens caractérisent notre âge; la coutume continue à se nommer la nature, el de plus tout est prévu, tout est décidé. Les divers peuples sont entraînés sur une même trace; notre activité étend des chaînes sur la partie du globe qui échappait aux effets de Pindolence des Orientaux. Ceux qui passent assez généralement pour de bons esprits, li:

raient peut-être avec moins de scandale le récit des plus odieuses trahisons que celui de lupercales de Rome, des rites du vieil Orient} de quelques cérémonies de l’Asie-Mineure, et de plusieurs institutions de la Crète ou de Lacédémone. |

Dès long-temps une croyance nouvelle æ fait proscrire les traditions qui, dans les fêtes publiques, avaient autorisé la nudité, ou qui même l’avaient exigée. Cependant on ren-} contre quelques exemples modernes de l’indif-

érence avec laquelle l’antiquité voyait ce qui surprendrait aujourd’hui (30). « Le 4€r mai, Paris, les courtisanes montaient nues sur e théâtre, et de là couraïent dans les rues avec des flambeaux.» Lorsque Louis XI fit son entrée, des filles toutes nues représentaient des sirènes. Dans le jugement de Pâris, du temps de Charles-le-Téméraire, les trois déesses

taient représentées par des femmes nues.

| On lit dans des relations récentes qu’au port He Jackson, les naturels qui vivaient avec les Anglais depuis quinze ans, loin d’adopter leurs anières les regardaient comme des marques He servitude. Ces hommes d’un autre hémisphère usaient de quelques vêtemens dans la saison froide, mais ils ne mettaient jamais : rien

Dans les étuves en Laponie, et dans diverses provinces de la Russie septentrionale, les

fe couche sur la neige; c’est ainsi que l’on e rend propre à surmonter l’intempérie de Fes climats. Si la cabane du bain se trouve fur la route, et que des étrangers passent, es femmes s’en approchent pour regarder les fraîneaux, sans se mettre en peine de ce fw’elles n’ont aucun vêtement.

« On assure que dans la partie méridionale Île la Virginie, dans les Deux-Carolines, ou la Beorgie, et même dans la ville de Charles-

| : … D 22 f ‘ | ECRRET 2e

town, de jeunes noirs absolument nus se présentent devant leurs maîtresses, les servent à table, sans qu’elles se doutent que cela soit indécent.….. À la vérité, il serait difficile de faire entendre à une habrtante qu’un nègre ets son mari sont deux êtres de la même es4 pèce (*).» |

« Dès que le soleil a disparu de l'horizon’ l’Almeida (**) se remplit de monde... Dans!

le moment de la plus grande affluence, les femmes de tous les âges, sans vêtemens d’au+ cune sorte, se baignent dans le courant qui, borde l’ Almeida ie Le matin et le soir, le beau sexe se baigne nu dans le Zio, dont l’eau dé: - passe rarement le genou, et les hommes et les femmes s’y rencontrent pêle-mêle (***). »

On a prétendu que la nudité était prescrite dans l’île que les Européens ont nommée Formose, et on assure que dans une partie des Indes, au-delà du Burampouter, les femmes:

sont presque nues. On ne saurait l’attribuer entièrement au climat; si la décence parais* Sait le condamner, la chaleur ne le justifierait} point. La température est aussi élevée à Sen: naar, ou à Pondichery, cependant on n’y es pas nu : l’usage en décide, et cela n’a point

(*) Voyage dans l’intérieur des États-Unis, etc., pen dant l'été de 1791.

(**) Promenade à Mendoza, ville de vingt-mille âmes au pied des Andes.

:*#*#\ Mercure du dix-neuvième siècle, tome 15 (1826)

d'influence nécessaire sur la corruption, ou la sévérité des mœurs (31).

Pendant les jeux floraux, les filles publiques: archaient nues dans les rues de Rome. Du temps de Caton le peuple n’osa demander ces eux, mais les mœurs n’en étaient que plus dépravées, selon l’observation d’un contemporain. Dans les repas de luxe, et dans les festins hospitaliers, quelques peuples joilonaient aux amusemens de la table d’autres fantaisies dont sans doute on abusait, mais dont l'habitude, dans des capitales, montrait ue ces sortes de choses sont de nature à varier selon les temps et les lieux (32).

Ces usages se perpétuent difficilement lorsque les femmes, ayant beaucoup de liberté, prennent beaucoup d’ascendant. Elles comprennent que la nudité, épreuve souvent refdoutable, ne doit servir à leur triomphe qu’aclcidentellement, et que peut-être d’ailleurs elle ne suppose pas assez d’art. En un sens la plupart d’entre elles peuvent la craindre, et à d’autres égards elles la désirent peu. L’homme n’est pas séduisant de la même manière que la femme, et au moment où il la veut sans voile, plus volontiers elle lui laisserait retenir quelques parties de son manteau. Elle choisit : d’après les indices que peuvent fournir le visage, et plus encore la forme générale; les hommes au contraire demandent s’ils retrouveront partout l’attrait dont ils ont besoin.

Cette différence tient à la beauté de la poi-

trine dans un sexe, et provient aussi de ce» qu'il faut à l’autre des désirs impérieux.

Absolument parlant il suffit que l’homme soit; propre à rendre des femmes fécondes, tandis,

que leur moyen de captiver est de paraître très-agréables.

Il est une nudité qu’on doit presque en tout. pays éviter habituellement. On aurait tort d’en. conclure néanmoins qu’il y eût quelque chose

d’essentiellement déshonnête dans la vue des

organes consacrés à des plaisirs nécessaires. Cette nudité n’est jamais parmi nous sans quelque effet sur l'imagination, parce qu’elle est très-remarquable dans nos mœurs; il convient donc qu’elle ne soit pas involontaire pour ainsi dire, qu’elle ne soit pas une suite de notre négligence. Peut-être n’y a-t-il rien d’absolument frivole dans ce qui appartient à l'amour. Comme le contentement réel est sérieux (*), le vrai plaisir a aussi quelque chose de mâle et de raisonnable. Parmi nous, ceux à qui furent donnés un profond sentiment du plaisir, et cette justesse qui en saisit les principaux rapports, ne se trouveraient pas nus devant un témoin, sans que cela leur fût positivement ou agréable, ou désagréable. Ils

pourraient être dans cette situation avec une

indifférence apparente, et cependant ce ne

(*) Res severa, disait Sénèque.

Page 1