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ferait pas sans dessein : ce qui est à observer jurtout, c’est que jamais la nudité de certaines arties du corps ne leur paraîtrait à propos, excepté dans une nudité entière ou presque ntière. On doit sentir qu’un simple dérangeent des habits conviendrait trop à des acaons furtives, aux fautes irréfléchies de gens ui s’écartent de leurs principes, ou qui manquent à leurs promesses. L’entière nudité ist plus indépendante, ou plus franche; elle nontre qu’on a le choix des instans, et cette écurité suppose qu’on reste exempt de reprothes. C’est ainsi que les goûts les plus secrets luivent les degrés de l’aptitude morale, et.
emblent même inspirés par les convenances lu devoir. Si, le pinceau à la main, vous voulez nettre en opposition le puissant amour et e triste péché, celui-ci sera vêtu indécemment, It le premier sera nu.
Ce n’est pas d’abord sans étonnement que on rencontre des hommes auxquels déplairait resque toujours la nudité des femmes. En y bensant davantage, on pourra néanmoins conlevoir les sensations importunes qu’elle occaione quelquefois chez ceux même dont elle ne Hhoque pas les préjugés. Quand des jouissances mmodérées ou ignobles ont détruit dans les ffections naturelles ce gracieux entraînement fui naissait de l’harmonie de l’ame et des sens, ‘amour n'offre plus en perspective que les frossièretés dont on a pris l’habitude. On né
songe plus à l’énergie des désirs long-temps{ réprimés, à l’heureux accord de deux volontés] sans contrainte, et de l'abandon sans désordre: On méconnaît ce qu’il y avait de satisfaisan| dans la forcé morale qui ne cessait point dé commander aux sens lors même que rien ne paraissait leur résister, et qui s’applaudissail| de n’avoir aucun besoin d’autres chaînes (33)1] Ainsi quand rien ne subsiste entre la sensation produite par la présence d’une femme, et les] dernières jouissances auxquelles on est réduit|| quand la volupté dégénère en un sens, ei devient toute positive, quand elle reste tror] visiblement matérielle, quand l’imagination né sait plus trouver le voile idéal, la nudité la plus heureuse ne peut faire l’impression qu’en attendrait un cœur resté jeune. Des gens ainsi affaiblis sont portés à la croire inutile, si elle
n’est point désordonnée : ils n’imaginent pas] | |
comment on peut rester honnête en devenant libre.
Sans doute ils pourraient aimer, ou plutôt vouloir les plaisirs informes que cherchent des organes irrités par l’abus même. L'instinct se ferait encore entendre; mais comme ik n’ont pas conservé la vraie pudeur, les dégoût se mêlent à des jouissances d’ailleurs si impar faites. N’ayant pas su distinguer dans le besoins primitifs ce qui restait convenable, d ce qui ne l'était plus, ils ont fréquenté ces: femmes qui corrompent les mœurs en favori
ant l’oubli de tout principe, et qui sont mépribles, non pas précisément parce qu’elles ont leu de retenue, mais parce qu’elles avilissent plaisir, parce qu’elles le dénaturent, autant ue cela est possible, en y mêlant la licence. es hommes coupables et encore plus malheuux, ont perdu toutes les illusions du cœur; n se permettant ce qui répugne à l’amour 1ême, ils se sont exposés à confondre avec la olupté quelque moyen de rendre inhabile à jouir. Leurs fautes ont eu peut-être des hites odieuses, et désormais ils ne seront butenus ni par l’espoir même de la j jouissance,
i par le consentement de la raison. Leur magination ne s'arrête plus qu'aux objets u’ils devraient à peine connaître, et leurs bnsations déréglées, ou refroidies, en les conruisant au mépris pour les femn es, indiquent mépris qu'ils méritent eux-mêmes. Le arme de l’amour, ce qu’il a de grand ou Paimable s’est éloigné d’eux. Ils sentent à uoi se réduit leur partage; ils voudraient ne encontrer que des êtres qu'ils pussent traiter vec dédain, selon l’habitude née de leurs cès, ou bien des femmes dont la sévérité, en cartant toute idée d’amour mutuel, ne rappe- Ât jamais de nobles désirs, auxquels les regrets ‘attacheraient inévitablement.
SE
Il est des heures très-importantes dans || vie d’une femme. Le pouvoir qu’elle doit obt |
ra l’ambitionner autant par amour-propre qu | par attachement. Pour faire naître cetl occasion de régner, ou pour la saisir, il fa des soins répétés : cette circonspection conti nuelle, cette prévoyance de la part des femme achève de les subjuguer elles-mêmes.
Dans ces momens de triomphe, dont le my tère ne diminue la vaine gloire qu’autant qu les femmes le jugent à propos, dans ces instart où la dernière espérance de l’homme le ren encore soumis devant elles, peut-être la m4 nière dont elles la répriment, ou l’autorisen: décide-t-elle, à leur insu, et pour toujours, d ce qu’elles doivent espérer elles-mêmes. Sou vent aussi la circonstance présente est la seul] dont elles s’occupent; il leur suffit alors d’êtr chéries comme si leurs bontés annonçaient de sacrifices, et d’être aimées éperdument lor que enfin elles veulent ce qu’elles avaient tou au plus daigné souffrir, quand elles reçoiven ces caresses qu’elles pourraient encore repous
ñ DE LA POSSESSION 137
ser, quand elles partagent cette impatience qu’à peine on avait osé leur laisser entrevoir.
Que ceux qui seraient trop faibles de caractère pour ne pas chercher une sorte de force dans quelque penchant impérieux, préfèrent du moins celui auquel l’ame n’est pas étrangère, et qu'ils comparent au goût de divers lamusemens nés de nos caprices, ou à la profusion même des plaisirs du luxe, les premières journées d’un attachement mutuel. Mais s’il vous arrive d’hésiter, ne prononcez plus le mot d'amour. Ce n’est pas vous qui trouveriez dans les bras d’une amie lheureux délire des émotions les plus timides quelquefois, et pourtant les plus impétueuses. Renoncez surtout, renoncez pour jamais à une volupté qui est plus calme que le plaisir, sans être Imoins séduisante, au pressentiment de l’union domestique, vers l’instant du réveil, auprès de celle qui vient de se donner avec sincérité (34). | |
| Un Espagnol, résidant à Cumana, écrivait Ice qui suit à une créole qu’il venait d’épouser, let avec laquelle il devait passer plusieurs se- Imaines dans une retraite préparée à une grande distance des établissemens de la côte (35).
« Depuis qu’il m’a été permis de t'aimer, j’ai Cru au bonheur, mais aujourd’hui je n’en
vois plus les bornes. Toute autre situation me
mable pourraient entraîner ma pensée dans
semblerait pénible, et le passé n'offre plus de souvenir qui me suffise. $’il existait un engagement contraire, non, je ne t’aimerais pas ainsi, et je serais moins heureux même si ce n’était pas un devoir pour moi. Elle est inappréciable cette sécurité qui nous environne enfin, cette liberté d'aimer. Ainsi délivrée de. sollicitudes, la raison même se livre aux désirs. L’honneur, la réflexion, l’espérance sont. d'accord pour donner aux droits de l’amour une étendue que je ne connaissais pas. Tous les’ biens ordinairement répartis dans le cours de! nos ans, je les trouve rassemblés dans ces!
joies irréprochables. Tu es parfaitement belle, au milieu de cette harmonie dont l’amour semble multiplier encore les inspirations va-! riées. En te contemplant, j’admire ce qu’il y a de divin, au jugement des hommes, dans la beauté de la nature : ces liens voluptueux sont destinés sans doute à nous faire pressentir un autre univers, et à développer, sur ce globe. même, les nobles facultés d’une ame satisfaite. «Il est vrai, ton sourire et ce regard inexpri-
PSE TR
les régions peu connues, dans l’espace qui.
nous est interdit; mais ce que tu sais si bien
aimer, les suaves odeurs, le calme d’une eau pure, le mouvement des brises, tout me ra-« mène à toi. Non, il ne sera pas à craindre que! des pensées plus sévères parviennent à m’éloigner; mes idées sont trop jeunes encore, ou
es sensations trop fortes, et l’amour a chez o1 trop d’impétuosité. La plus simple de ses aveurs est si précieuse, elle sera si bien sentie, et si promptement désirée ! Tu ne saurais parer, ou respirer, tu ne peux agir, tu ne peux vivre, sans que j’admire et cette grace que ien n’altère, et cette sensibilité qui la rend ñnchanteresse. Je retrouverai toutes les mereilles de l’imagination dans ce prestige d’aabilité que tu reproduis sans cesse. Durant les nuits de ces climats, au milieu des voix ue la fraîcheur du soir, à l’entrée du désert, uscite dans les savanes et dans l’épaisseur des forêts, je te verrai contente, mais secrètement agitée d’une peine qui embellit toutes hoses. Bientôt le souffle destiné à répandre au loin les parfums des vallons, déplacera les leurs dont j'aurai couvert ton sein, et te laisera nue auprès de ton ami. Tes bras seront Lans force; une mollesse involontaire en adouira les refus, et l'avenir nous apparaîtra omme une suite de la volupté même. Puislamment émus par un sentiment indéfinissable le paternité, nous chérirons le délire des lens. Tu applaudiras toi-même à l’énergie de a vie; tu voudras le plaisir que la nature a ait, et, dans un heureux trouble, seul charme ui puisse encore te manquer, tu recevras les imanations de cette activité mystérieuse qui lonne un but à l’être vivant, ou qui perpétue lans les siècles sa durée chancelante.»
Dans tous les délassemens auxquels la pen- -sée n’aurait qu’une faible part, on pourrait se! livrer à l’impulsion présente; l’amour au contraire se contente rarement de ce qui s’offre sans choix. Les plaisirs de l’amour ont trop de pouvoir sur l'imagination pour qu’il nous soit permis de les chercher sans autre prévoyance; il vaudrait mieux y renoncer que d'y. trouver de perpétuelles entraves, et on sentira même tôt ou tard que l’on gagne à s’en abstenir lorsqu'on ne peut en jouir délicieusement. De simples obstacles en nous éloignant du but, servent quelquefois à nous le rendre plus cher, mais il n’en est pas ainsi des dégoûts; ils altèrent les biens au moment où nous les obtenons, et ne leur laissent aucun prix. Dans les choses naturellement fâcheuses, de nouvelles peines ne nous feraient guère d’autre mal que de prolonger une situation d’esprit à laquelle nous serions déjà plus ou moins résignés ou.
habitués; mais quand les chagrins naissent des voluptés mêmes, cette amertume imprévue!
peut nous jeter dans le découragement.
Les hommes les moins bornés dans leur anière de sentir sont ceux qui éviteront le lus difficilement quelque atteinte des afflicons humaines : le moindre désordre en reprouira aussitôt pour eux les tristes images.
Ltes-vous doué d’une ame forte, et de quelque lénie, souvent ce qui échappe presque à autres regards devient pour vous un indice Île l’immensité qu’on apercevrait dans chaque ombinaison de la nature, si on pouvait en fuivre le développement. Des discordances que ‘autres soupçonnent à peine vous frappent ou ous importunent, et comme vous avez une dée plus juste de la volupté, les plaisirs ordihaires ne vous satisfont pas. Néanmoins vos bkoûts ne sont point recherchés; mais dans la implicité qui les caractérise, ils paraissent si peu vulgaires qu'ils supposent des circonslances réellement favorables. Cette délicatesse que n’excluent point les qualités mâles, cetto aptitude de la pensée doit plaire au sexe dont | ’amabilité se soutient jusque dans les mouve- 1ens involontaires, et paraît être une continuelle inspiration.
Ce serait réaliser cette impureté tant de fois ttribuée au plaisir, que de vouloir s’y livrer dans les occasions où loubli de nos misères deviendrait un nouveau signe d’abaissement.
Lorsqu'on ne peut espérer de faire naître des désirs, on ne doit pas prétendre à ce qui n’a de prix que dans la mutuelle ardeur des
sens (36). Rien n’est indifférent, ni la manière ou le lieu, ni la vérité des émotions, ou l’ac= cord des sentimens. Il ne faut pas sans doutes exiger des plaisirs absolument parfaits au milieu de la confusion où nous sommes; mais il convient de rejeter les jouissances qui ne pourraient pas laisser quelque souvenir toujours agréable, et, dans celles même qu’on approuve, il faut s’interdire scrupuleusement ce qu’on al
jugé imprudent lorsqu'on était de sang-froid. Le choix, la modération, la délicatesse sont! d’une grande importance dans l'intérêt même de la volupté. Sans ces entraves apparentes elle s’affaiblirait, ou se corromprait. Une femme qui se donnerait trop souvent, serait bientôt moins aimée. Chez les hommes c’est læ surabondance des forces, c’est l'extrême désir qui fait l’amour. Si d’ailleurs il cessait d’être! gracieux et timoré, il pourrait devenir cruels Le meurtre et la volupté ont une analogie.
indirecte, mais confirmée par de funestes exemples. On trouve une même licence danst ces situations aui, toutes deux extrêmes, con ‘trastent ensemble, et on peut y porter lai même audace. Quand la pensée est informe, ; OU quand elle est fatiguée, tout semble se réduire“ à la grande question de la vie ou de la mort : ens donnant à la fois l’une et l’autre, on croiral éprouver plus d'émotions. |
Si par l'effet d’une réserve ordinaire chez les! hommes qui sont instruits d’une partie des
nséquences de chaque chose, on ne suit pas ns exception toutes les indications de la nare, ce sera pour lui obéir dans les points sentiels. On ne fait pas précisément bien; ais c’est dans le dessein d’éviter des inconvéiens plus graves. L’irrégularité même de ces ins ne s’écarte pas autant des lois morales terprétées sans prévention, que les sacrifices iniâtres religieusement prescrits à des cénotes dans différentes contrées. La nature le-même a ses exceptions apparentes, qui oviennent de ce que chacune de ses lois n’est s l’unique loi. Des règles absolues et opiniâes ne seraient point selon la nature, qui, au ntraire, en multipliant les incidens, et en posant les circonstances, a rendu le discerment nécessaire dans la pratique de la vertu. uvent on paraît ne pouvoir éviter quelque ute; si alors, et dans la simplicité du cœur, fait un choix entre des actions défectueuses us de certains rapports, le mal qu’on juge le Qus léger deviendra sans doute excusable (37). Plusieurs moralistes soutiennent néanmoins on ne doit rien tolérer d’imparfait; ils vont squ'à dire qu’on est toujours coupable and on n’a que des vues sensuelles. Quel- Les-uns de ces hommes austères n’y ont pas gé sérieusement, et il est à craindre que les tres n’aient deux morales. Dans quel pays nnu peut-on, avec certitude, se conduire en à tous égards? Où pourra-t-on se confor-
mer en même temps et aux fins de la nature, et aux principes consacrés par les lois, ou adoptés par l'opinion, par la susceptibilité der hon 1
rique, mais il n’est autre que de faire le moi mal possible. |
Il doit arriver souvent qu’une femme ait de justes motifs de ne pas se marier. Comments restera-t-elle alors exempte de tout blâme® Une continence rigoureuse a ses périls, et sup pose des résolutions bien fermes; ce serait d’ailleurs un inconvénient de souffrir des pris vations gratuites, et perpétuelles. Si cette femme $? expose à devenir mère, son imprus dence peut avoir les suites les plus graves. Ses bornera-t-elle secrètement à quelques faibless ses qui apaisent le trouble des sens? De telles habitudes, se dira-t-elle, s’éloignent plus des lois naturelles que les situations ordinaires né peuvent l’autoriser. Peut-être croira-t-elle pras ticable d’exiger une précaution, une réserve qui, sans être bonne, lui paraîtra moins étran: gère à l’ordre universel que de froids soulage mens, et moins opposée à la raison qu’une conduite irréfléchie par laquelle on tromperait les autres, ou on se perdrait soi-même. 1
Entraînée par ses propres émotions, unê@ femme oublie quelquefois ses intérêts les plus durables; elle est même exposée à demander dans de tels momens, qu’on abandonne uné prudence dont ellé ne sent plus la nécessité:
Cette déraison chez des femmes libres, ne paraît pas absolument condamnable; elle peut plaire à l’homme, sans en être approuvée.
Mais abusera-t-il de ce plaisir qu’une femme consent à recevoir de lui; voudra-t-il qu’elle s’en repente le reste de sa vie, qu’elle en soit consternée dès le jour même? Une femme peut céder au plaisir qui ne lui est interdit par aucun engagement, elle peut être ainsi vaincue parce que les qualités aimables sont presque les seules qu’on exige toujours de son sexe; mais celles de l’homme sont plus mâles, et là où elle ne serait que faible, l’homme serait inexcusable. Quand on ne hasarde que sa propre tranquillité, l’imprudence n’est pas une faute grave; mais c’en est une d’immoler à notre peu de retenue la sûreté d’une personne qui doit nous être chère.
Ce n’est pas avec des soins équivoques, qu’on peut rendre indifférent un acte devenu si redoutable dans nos mœurs. Il est des situations et des temps où il faudrait se résoudre à la continence; mais lorsqu'on y substitue d’autres précautions, il est très-imprudent de n'avoir qu’une prudence incertaine. Pourquoi faire dépendre du sort ce qu’on pouvait rendre infaillible? Nul doute que cette réserve ne soit gênante pour l’homme. Cependant il ne doit jamais perdre de vue qu’elle lui est prescrite, que ce ne serait pas une simple inadvertance de manquer à ce qu’on aurait promis, et que
la légèreté s’accorderait mal avec des fonctions: viriles. Dans l'intimité le partage de Phommew est une sorte de protection; il serait révoltants que la perte d’une femme fût l’ouvrage de 4
celui à qui elle donne sa confiance. Que reste-
rait-il du caractère de l’homme, et comment # reconnaître alors celui qui sous l'épée de4 l'ennemi ne demande rien, ne dit rien de”
contraire à l’honneur, au moment même où
les ombres funèbres vont le séparer de cette réputation qu’il ambitionne encore? Partout 4 c’est une lâcheté d’accorder à l'intérêt du « moment ce que la raison condamne. S’il faut, 4 au milieu des transes de la mort, s'attacher 4 pour soi-même à ne pas déshonorer ce qu’on va 4
perdre, est-il moins juste, dans l’excès de la
volupté, est-il plus difficilement héroïque de «
songer à l’avenir pour l’amie qui nous reste? Quant à l’homme qui dirait : Elle ne me restera point, et je me soucie peu des suites, parce que je ne la possède qu'avec le secret dessein de l’abandonner, cet homme devien-
drait un véritable criminel; la seule réponse à :
lui faire, s’il était possible, serait celle dont les tribunaux sont chargés dans d’autres occasions.
Exempts d’inquiétude pour eux-mêmes, la plupart des hommes ne sentent pas assez quel mal on fait en s’oubliant ainsi avec une femme qui ne peut pas y consentir réellement (38)..On
ne saurait se dissimuler du moins que cet
DE QUELQUES DIFFICULTÉS ane
égoïsme n’a rien de louable; mais ce que semblent ignorer surtout les classes indigentes, c’est que, même dans les unions sanctionnées par les lois, il n’est pas bon de multiplier les enfans au gré du sort. IL est déraisonnable de les faire naître sans pouvoir espérer que la vie ne sera pas un fardeau pour eux, bien que peut-être ils ne doivent jamais en éprouver les plus profonds ennuis. Il est vrai que cette population nombreuse a été appelée l’orgueil des états (39). Elle est enfantée, comme elle vivra,
. comme elle pensera, comme elle agira, sans règle, sans utilité, sans convenance. Voilà l’homme, ont dit quelques publicistes. En effet. voilà ce que deviennent les hommes; c’est le fruit d’une politique immorale, d’une aveugle industrie, d’une prospérité frivole.
La crainte que la maternité hors du mariage inspire aux femmes, et un autre motif, aussi étranger au sentiment de l’amour que digne des recherches d’une imagination surannée, ont fait naître la fantaisie d’agir en quelque sorte avec une femme comme si elle n’en était pas.une. La première de ces raisons serait la seule qui parût mériter qu’on s’y arrêtât. Quelques femmes l’auront regardée comme une excuse suffisante, parce qu’elles ne pouvaient obtenir autant de sécurité, en s’écartant moins de ce qui est tout-à-fait naturel; leur tort, ou leur malheur, a été de céder à des hommes qui leur inspiraient peu de confiance.
Évitons le mal; c’est tout le secret du bon-* heur public, et du bonheur individuel. Puisque notre joie et nos vœux même n’ont points de stabilité, nos souvenirs seuls deviendront" importans. Craignons le désordre; craignons# la douleur irremédiable. Quelle que soit l’im-M patience des désirs, les erreurs seraient con-« traires à ces désirs même : l'illusion du présents
ne subjugue guère que le premier âge. Restonsw irréprochables; voilà le bien qui subsiste. Nex portons pas le trouble dans les impressions lesk plus intimes; prolongeons la candeur de l’es-4 pérance jusqu’à la fin de notre automne qu’un printemps inconnu suivra peut-être, et son-# geons à n’avoir en perspective aucune saisons menaçante. ; Mais pourrons-nous discérner ces voies na-h turelles, les seules où l’on jouisse du repos dus cœur? La règle dont on aurait le plus besoins est souvent défectueuse; plusieurs parties de” la morale sont encore dans le vague, et on!
s’occupe peu de terminer des incertitudes trop commodes à quelques égards. On aime d’ail-
ce
leurs à supposer assez connu ce qu’on ne peut ignorer tout-à-fait. Nul ne met en doute s’il a bien pénétré ce que chacun devrait être en état de comprendre, et nul, en particulier, n’examine ce qui étant d’une importance égale pour tous, sera toujours décidé sans lui. Les changemens qui se font dans les langues peu cultivées, donnent un exemple de cette altération que subissent les idées du vulgaire, quand on cesse d’en rappeler les principes, parce qu’on les regarde comme établis assez fortement pour être abandonnés à la direction ordinaire des esprits.
Ce qui semblait embarrassant, ou obscur, se distingue mieux quelquefois lorsque enfin on l’explique de la manière la plus simple. On pourrait obtenir cette simplicité en remontant aux notions naturelles ou primitives. IL n’est pas impossible que les hommes s’arrêtent un jour à ces premières notions, et que, las de tant d'efforts, ils prennent le parti de régler presque tout avec facilité.
La vraie science est la morale. Un homme absolument isolé. se livrerait sans choix à des impressions passagères; mais au milieu des rapports qui nous enchaînent, il faut réprimer beaucoup de mouvemens qui seraient irréguliers et indiscrets, ou qui même deviendraient criminels. L’entière connaissance des actes ou des vœux légitimes est la seule étude dont rien ne dispense l’homme sage.
La morale n’est que la justesse. Tout devoir est porportion et mesure. Platon appela celui qui règle toutes choses, l'Eternel géomètre.
Pythagore paraît avoir répété, d’après des !
Orientaux, que les vices et les crimes sont des #
erreurs de calcul. Il faut être bon, mais avant tout il faut être juste : on peut tolérer celui qui ne fait pas le bien, mais celui qui fait le mal est un ennemi de l’ordre. Comme nous avons, relativement à la société, des penchans bons et des penchans mauvais, les hommes qui s’abstiennent du mal sont beaucoup plus rares que ceux qui prennent quelque habitude de bien faire; c’est néanmoins à cette. première classe qu’appartiennent non-seulement le sage, mais aussi le véritable homme social. Le premier des préceptes doit être celui de ne jamais nuire. Assez de gens, paraît avoir dit Salomon, firent remarquer leur générosité, leur humanité, leur bienfaisance: mais où trouver un homme fidèle et vrai? Le point essentiel est de ne pas faire volontairement ce qu’on sait être mal: nous entreprendrons ensuite le bien que nous permettront et les cir- constances, et le développement plus ou moins heureux de nos facultés. À Le bien, c’est la jouissance; le mal, c’est la douleur (40). Mais le bien et le mal ne se trouvent pas en nous seuls. Nos devoirs sont peutêtre relatifs à tout ce qui est capable de souf-
frir, ou de jouir, et ils s’étendent expressément
4 Ye - dde
à ce qui compose notre espèce. Les rapports
dans l’ordre moral seront toujours plus directs, plus nombreux, plus compliqués entre les êtres dont l’organisation aura le plus d’analogie.
Le bonheur dépendra pour chacun de nous de l’élévation de lame, de la simplicité du cœur, de l’harmonie des forces, de la vérité des principes. La perfection du corps social consistera dans une juste proportion entre les sacrifices que les particuliers auront à faire légalement, et l'avantage qu’ils recevront en compensation, comme membres de la cité.
S'il n’y a point d'accord dans les lois et dans les usages, la dépravation, ou du moins linconséquence chez la plupart des hommes, devient inévitable. Des usages actuels d’une grande partie de l’Europe, les plus mal raisonnés peut-être sont ceux qui concernent l'amour; aussi n’est-il aucun ordre de choses où on ait porté si loin la duplicité, l'injustice, et même l'ignorance des devoirs. Ces infractions, sur lesquelles on semble toujours prêt à fermer les yeux, auront pourtant des suites très-graves, ne fût-ce qu’en accoutumant au désordre l’âge même où le caractère a besoin de se former.
Les devoirs sont plus évidens et plus étendus, parmi nous, en proportion de nos liens plus ou moins resserrés. Les devoirs deviennent plus grands entre des amis, entre des.
dj Poe ts (e
hommes d’un même pays, entre des parens; seront-ils sans force entre un homme et unes femme qu’unissent les relations de l’amour?* Si le plaisir et la douleur sont la cause, ou l’objet visible de toutes les obligations, qu manque-t- il à la force du devoir dans un 1 qui peut occasionner tant de jouissances, et tant d’amertumes (41)? 1
Ce qui n’est pas injuste, ou imprudent, cei qui n’est pas nuisible aux autrés, ou à nous-4 mêmes, ne paraît point contraire à notre na-M ture. Ce qui n’est point étranger aux besoinsA naturels des hommes associés, doit être avoués par la raison. Chercher au-delà une base indis-+ pensable pour la vertu, c’est se livrer à dest subtilités, ou se laisser égarer par le fanatisme Dans l’ordre ordinaire, l’homme le plus éloigné du mal sera peut-être celui qui cherchera# franchement, et sans honte, tout moyen de | jouir sans remords. 1
Les plaisirs que l'amour a pour but différants beaucoup selon les personnes et selon les cir# constances, les maximes relatives à des désirs ou secrets, ou impétueux, seront bientôt alté+ rées si chacun les interprète à son gré dans! ses propres déterminations. Que sera-ce si less règles qu’on établit fournissent contre elles= mêmes de nombreux prétextes, ou même dess motifs légitimes? Au lieu de concilier les diffi“ cultés, on a augmenté la confusion par d’inu# tiles rigueurs. Maladroitement sévère, cette
doctrine est tombée en désuétude; mais c’est un malheur aussi grand, puisque l’aveugle usage a prévalu dans ce qu’il fallait se garder surtout d’abandonner à l'usage.
Pour excuser, d’après une morale encore admise chez quelques peuples, pour justifier dans la société les écarts les plus coupables, il suffit de faire croire qu’on éprouve une vive passion. La perversité même n’eût rien imaginé de mieux : celui qui veut être faible n’a besoin que d’alléguer, en style burlesque, l’'ardeur de sa flamme. Mais comment la passion ferait-elle d’un crime une action indifférente, et comment, au contraire, le silence du cœur rendrait-il inexcusables tous les caprices des sens? Il est plus difficile en effet de résister quand on aime, mais ce n’est pas de la facilité que dépend lobligation. Un meurtrier osera-t-il dire qu’il haïssait trop sa victime pour qu’on doive lui reprocher de l’avoir poignardée? Surpris ou non par un sentiment passionné, nous avons les mêmes devoirs :
n’attaquons les droits de personne, et, quant à nous-mêmes, ne compromettons pas en une heure le repos des années qui nous restent, des années qu’il faudrait préférer au présent
par cette raison seule que le présent sera détruit quand l’avenir s’écoulera.
Il importerait de ne jamais former une liai-
son sans examiner, dès les premiers instans, si on pourra, si on devra la prolonger, et sans
reconnaître qu’elle conduira sans doute aux.
rapports intimes qu’on s’en promet d’abord:
plus ou moins ouvertement. Pourquoi tolérer:
en ceci la dissimulation, et faire sortir l'amour de la règle commune? N'est-ce pas une lois invariable d’être juste, d’être sincère; n’est-ce# plus la première condition du véritable’ homme? |
Le plaisir est certainement louable quand rien ne le dénature : mais, considéré dans toutes ses suites, souvent il cesse d’être bon,“ ou même il devient fatal. Sans droiture, les plaisir n’aurait ni valeur, ni durée. La justice au milieu des affections heureuses, est plus admirable que dans la discussion des affairest d'intérêt, et l’ordre dans le plaisir est le plus bel attribut de l’intelligence des mortels.
Dans les circonstances même où nos insti# tutions les autorisent, les jouissances ne sont pas toujours légitimes selon la nature. Elle! voulut en soustraire quelquefois les organes à notre intempérance; ils n’obéissent qu'aux vrais désirs, et notre volonté, qui doit les con# tenir souvent, ne peut pas constamment les animer. Ainsi les règles de convention se bor-4 neraient à empêcher, ou à permettre, elles’ peuvent défendre, mais il convient qu’elles“ n’ordonnent point, parce qu'avant tout il con vient que les désirs soient mutuels. Cependante les sacrifices rigoureux imposés par la fidélité, rendent le refus ou trop dur, ou même con-
damnable, dans des liens permanens ; on semble y être privé d’un droit que la délicatesse consacrerait ainsi que la raison, mais qui est peu compatible avec des engagemens illimités, avec les aveugles promesses qu’entraîne un mariage indissoluble. La perte de ce droit que l’amour ne saurait méconnaître paraît si odieuse, et néanmoins on abuserait à tel point de la faculté de refuser, qu’il est peut-être . impossible de prononcer à cet égard. Mais ces difficultés viennent d’une des plus mauvaises institutions qu’ait pu suggérer un système de régularité dont l’ordre naturel n’est point le fondement. Si le mariage n’était pas indissoluble, la difficulté s’évanouirait presque; le droit de refuser subsisterait, avec les restrictions indiquées par l’attentive condescendance que nous devons avoir les uns pour les autres dans nos rapports domestiques.
La modération est recommandable, ou plutôt nécessaire, jusque dans les plaisirs avoués par des lois expresses, et jusque dans ceux que procurent les sentimens les plus délicats. Des jouissances trop répétées altéreraient la santé intérieure, cet indéfinissable bien-être qui fait le contentement et la force de l’ame. ÆElles énerveraient le génie; elles arrêteraient les mouvemens courageux qui soutiennent le cours des heures, et on verrait bientôt qu’on a substitué à des avantages réels des amusemens fastidieux. La modération, au contraire,
ne sacrifie aucun avantage qui mérite quelque regret; les plaisirs indirects de l’intimité se multiplieront doucement au-delà des bornes de toute émotion extrême, et le simple bon!
sens préférera ce calme à la fatigue d’un amours jaloux qui désirerait sans cesse, parce qu’il douterait toujours. Dans lintimité établie” affermie et confiante, l’amour donne plus que cette fête, un peu rapide, si heureusement” nommée en Angleterre lune de miel ; il prouvé que l’agréable et l’honnête peuvent s’accorderm quand l’agitation du cœur n’est pas immo dérée.
C’est une imprudence trop commune, c’est presque un acte de folie, de changer en une source d’afflictions ce qui devait répandre su nos années une joie souvent très-vive, et plus souvent très-douce. L’amour soumis à la rai son distinguerait les véritables hommes dé tant d'êtres abrutis, ou insensés, qui paraissent conserver toutefois une figure humaine; las mour soumis à l’ordre est une partie difficile mais importante, de toute sagesse particulières et de toute vraie politique. Puisqu’il ne faub jamais se livrer à ses désirs, quand les conves nances morales ne les autorisent point, il sera juste et sage de les suivre dès qu’une raiso®
ment.
S'il est un sexe qui doive ou résister, ou cesser adroitement de résister, qui craigne en désirant, qui se défende pour ne point paraître céder, ou pour ne céder qu’avec choix, et si on ajoute d’inutiles contraintes à cette
réserve naturelle, ce sexe portera jusqu’à la ruse les précautions d’une conduite si cachée, si difficile. Mais quand on se servira de ces prétextes pour se permettre des artifices et des mensonges, quel nom faudra-t-il donner à cette ruse, si ce n’est celui de trahison? Estce à l’avantage de l’ordre moral dans les familles, est-ce pour leur sécurité, que lhabitude de recourir à des déguisemens est encouragée de diverses manières? Souvent les :
hommes y participent; bien que leur rôle soit moins contraint, ils pourront aussi devenir faux, soit par réciprocité, soit pour affecter des sentimens romanesques.
Nous ne rendrons aux mœurs quelque pureté qu’en ne laissant jamais à la perfidie les excuses qu’admet une société frivole. On remarque que dans un des principaux états de l’ancienne Grèce, le séducteur d’une femme mariée était puni avec plus de sévérité qu’un homme coupable de viol. Le législateur avait considéré apparemment que le premier de ces délits occasionait plus de dépravation.
Mais dans nos siècles il n’est point rare qu'avec des intentions honnêtes à d’autres égards, et ce qu’on appelle un bon cœur, on ne s’abs-
158 DES DEVOIRS à)
tienne pas de séduire une femme mariée, ou de tromper une jeune fille. Ce travers d'esprit. peut être attribué aux institutions même qui, en aggravant sans mesure les conséquences de. simples irrégularités, ont dérangé les proportions naturelles dans l’idée des désordres. Le moment viendrait où on obtiendrait presque tout de la plupart des hommes si on en exigeait moins, si on ne comptait pas pour trop peu de chose sur la terre leurs fins terrestres.
Cependant les plus mauvaises coutumes doivent être observées toutes les fois qu’on risquerait de faire une victime en se permet-| tant de les rectifier : elles deviennent en ce sens! légitimes quand les autres hommes Do croient disposés à les reconnaître pour telles, quand nous voyons qu’ils comptent sur notre exactitude à les suivre. Vous serez justement! accusé de duplicité si après vous être conformé aux usages, ou à de certaines lois, tant que cela vous était favorable, vous venez ensuite! alléguer l’imperfection de ces règles, la bizar-| rerie de ces usages, pour vous soustraire aux. obligations que votre propre conduite suppo-! sait. Il serait d’ailleurs contraire aux fins de! l'amour de sacrifier les droits de qui que ce fût,! et surtout d’immoler la femme même pour qui on devrait tout faire, de qui on attendrait;] beaucoup, et qui peut-être ignorerait ca dangers. |
Il est, dit-on, des circonstances où on tait;
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la vérité par délicatesse. Comme si jamais la trahison pouvait être obligeante? Singulière délicatesse, de perpétuer lPinfidélité par l’imposture! Est-ce réparer sa faute que de la taire à la personne dont cette dissimulation compromet chaque jour les intérêts, et avec qui on jura d’être lié sans réserve? Par quelle subversion d’idées une femme parviendra-telle à regarder comme un ménagement conve- - nable de tromper celui qui s’en rapporte à elle,
- ou de le réduire, s’il est moins aveugle, à une continuelle défiance? Les interprétations équivoques, les disputes, l’art insidieux des vaines confidences, ou des éclaircissemens éludés aussitôt que promis, sont à la fois un grand
tort, et un grand malheur : cet artifice s’accorde mal avec la loyauté que toute liaison exige, avec la sincérité sans laquelle on n’est pas digne d’appartenir à l’espèce qui peut s’élever jusqu’au vrai.
On s’avilit de part et d’autre quand on a la faiblesse de recourir à ces expédiens qui, malgré de tristes succès momentanés, ne sont réellement que des moyens de discorde. En parvenant à tromper, on parvient à détruire ses propres avantages. Celui qu’on veut abuser dans des rapports durables, perd aussi quelque chose de sa dignité; 1l croit devoir s’assujettir à des précautions au milieu desquelles il est rare de conserver de la droiture. Ainsi la prudence n’inspire plus que des soupçons et
de l'inquiétude, dans les occasions même 0!
le cœur devrait retrouver de généreux mouve mens. Ceux qui, jeunes encore, se livrent ave: franchise à des penchans qu’ils supposeni| mutuels, se verront bientôt dupes, et ne tarde] ront pas à se venger, pour ainsi dire, en d’au tres rencontres. C’est l'équité des petiti] esprits, l'équité de la multitude. Les caractère parfaitement droits ne sont pas nombreux et on se persuade que leur exemple serait diff cile à suivre. Beaucoup d'hommes se condui il sent par passion; ils s’autoriseront de la pré| tendue justice des représailles, comme si, al contraire, le mal qu’on a éprouvé ne devaiil pas, en nous rendant tout mal plus odieux | nous détourner plus sûrement de contribue| au malheur des autres.
L’expérience ne suffira presque jamais :
Ceux qui sans elle ne seraient pas disposés | écouter la raison. L'expérience ne donne guër"| que des secours équivoques, qui en frappant \ il est vrai, les têtes faibles, les abusent encore Elle est d’ailleurs trop tardive, e ceux q
rien en effet, ou semblent ne s ’instruire quil pour un autre monde. L’honnête homme nil se bornerait pas à n’avoir point d’intentionil perfides; comme il craindrait de nuire, il soni gerait d'avance à l’issue de ses entreprises, e| il saurait que le défaut de réflexions, la légè |
reté, l'oubli des devoirs produisent souven!|
autant de mal que la perversité même. Le véritable honnête homme ne connaît aucune circonstance où il soit permis de tromper; cette vile ressource lui étant interdite, il lui importe de ne pas trop s'engager, et de ne point s’imposer des obligations qu’il n’ait pas prévues expressément.
Les suites de la mauvaise foi dans les relations de l’amour sont souvent irremédiables.
La plus odieuse perfidie restera secrète, et il sera.de l’intérêt de l’opprimé de ne rien dévoiler. Le ressentiment peut faire dégénérer les premières hostilités en une guerre opiniâtre; les uns s’affranchissent alors de tout devoir, et les autres, en se croyant moins coupables, profitent des abus qu’ils trouvent établis.
Dans les relations d'intérêt, celui qui manquerait à sa parole pourrait être atteint par la loi, et tout homme puni étant déshonoré, l’opinion même condamnerait la plupart de ceux qui violeraient leurs engagemens. Au contraire, dans ces communications des sexes, les intrigues les plus criminelles échappant tous les jours aux sévérités de la justice, l'opinion a peu de pouvoir contre le fourbe : il prétendra, fût-il même connu, se soustraire à tout châtiment légal, et dès lors il n’aura guère à craindre dans le monde, ni d’être déclaré ni même d’être réputé infame.
Voulez-vous une règle morale? Vous la trot verez dans la nature des choses; avec un cœur
Se
docile, et une pensée impartiale, vous y dé-
couvrirez. Mais s’il vous suffit de conserver des
dehors au moyen desquels vous soyez reçu.
dans la société, ou, en d’autres termes, si vous aimez à vous couvrir d’apparences dont vos penchans honteux puissent s’accommoder secrètement, vous vous abandonnerez à l'usage : vous suivrez ainsi les écarts de l’opi-
nion, et vous partagerez la vaine excuse des,
gens qui entreprennent de justifier tout ce qui
les passionne. Il serait utile de consulter l’opinion, et souvent il est à propos de ne pas la | braver: mais il conviendrait de ne pas suivre |
aveuglément les devoirs chimériques qu elle | adopte, et il faudrait ne se permettre jamais ce |
qu’elle tolère avec une facilité si méprisable. L'opinion est-elle plus sûre, plus juste, lors-|
qu’elle souffre qu’on sacrifie le repos ou l’houneur d’une femme, que quand elle autorise,
quand elle prescrit même le combat singulier? | On n’obéit servilement à l’opinion du jour que lorsqu’on n’a pas cherché un soutien dans la. raison même; ainsi s’altère la beauté de l’ordre
moral, et se perdent ces consolations visibles
qui auraient affermi la vertu chez le commun des hommes.