PREMIÈRE PARTIE
Nos sociétés, encore très-imparfaites, sont assises sur d'anciennes bases que le temps a fatiguées. Les aspérités s’adoucissent, les maux diminuent, mais pourquoi les biens se sontils évanouis? On retrouvait des monumens d’une première indépendance; ils ont vieilli, et de beaux caractères de la langue antique s’effacent. À l’ordre défectueux qui laissait ‘agir par intervalles le génie ou la vraie force, succèdent dès long-temps une règle vicieuse, une stérile sagacité. De longues habitudes ayant rendu les principes moins vagues, mais les conceptions plus timides, on s’est placé sous le joug de l’usage : les peuples n’ont plus de formes qui leur soient propres, et l’homme paraît oublier de toute part sa pensée primitive.
Des motifs assez puissans ont fait instituer
le mariage, qui sans être partout indispen-
sable, ainsi qu’on l’a trop affirmé, s ’accordeavec la propriété personnelle, avec l’industrie è indéfinie, avec ces modifications de l’ordre À général qui ont prévalu dans nos siècles. Selon le système qu’une trop grande Dopulatioli d engage à suivre, c’est une espèce de nécessité è de donner aux enfans des protecteurs particuliers pour le premier âge, et ensuite un état ou un domaine. Tout pourrait être fait sans les parens; mais on trouve plus commode, et même il est plus simple aujourd’hui de tout faire par leur moyen. Quand on ne se propose# pas d’avoir de certains hommes, mais seule-4 ment des hommes, on dit aux sujets : Faites-en naître, et formez-les à votre idée; on prendra ces enfans comme ils seront en sortant de vos mains, et ensuite pour vous remplacer notre M sagesse égalera la vôtre.
Les engagemens du mariage sont beaucoup plus graves que les promesses de l’amour; ilsw embrassent d’autres objets, et ils subsisterontu dans l’âge où le plaisir ne sera plus. Cette con-« vention civile, cette communauté d’intérêtsM . suppose, ou établit des rapports plus compli-* qués et moins fugitifs que ceux de la volupté. Le principe de l'institution du mariage n’a pas# été l’amour, auquel le mariage n’était nulle-M ment nécessaire, mais la maternité, mais le” besoin de donner aux femmes des moyens’ d'existence, mais l'intention de disséminer les" hommes sur le sol qu’il fallait alors défricher,