PREMIÈRE PARTIE
et peut-être celle de prévenir une affluence démocratique au lieu des délibérations, occupé par les sénateurs, ou par les pontifes.
On ne se forme pas une idée juste du mariage, on en méconnaît les principales convenances quand on s’y promet le plaisir avant tout. Ce lien est plus particulièrement une association contre les peines, ou un asile contre les passions; il trompera souvent avec amertume les hommes inconsidérés qui n’y auront cherché que des jouissances. Ce n’est pas que, sous ce rapport même, il n'offre quelquefois un avantage durable; il peut mêler une certaine douceur à nos diverses habitudes. Il conviendra surtout à ceux qui aimeront généralement à retrouver ce qu’ils auront déjà connu, dont le bonheur sera dans la répétition des travaux, ainsi que des plaisirs, et qui ne parattront jamais avides de ce qu’ils n’ont pas toujours désiré.
Dans ce qui peut être obtenu par les hommes ordinaires, rien ne serait plus séduisant que Punion conjugale, ‘si c'était aussi une chose
ordinaire qu’elle donnât tout ce qu’on aime à en attendre. Lorsqu’elle semble parfaite on
peut la préférer aux autres consolations que, dans l’absence et l’oubli du bonheur, on se dispute en tout pays. Les plaisirs qui naissent de l’entière confiance, ou de la conformité d'intérêts dans l’intimité, ont beaucoup de prix entre des amis dignes de ce nom; mais ces vrais
plaisirs paraissent sans bornes quand ils sontk animés et multipliés par le sentiment de la différence des sexes. Alors ils conviennents encore aux plus mâles caractères, et ils satis-“ feront plus particulièrement ceux dont l’orga=« nisation aura beaucoup de délicatesse. Ce serait la plus heureuse des habitudes, dans une vie paisible d’ailleurs et bien réglée, d’êtrem équitable, d’être indulgent aux yeux d’une“ femme aimée, de la soutenir en lui rendant* l'indépendance qu’on sait toujours ennoblirs quand on la reçoit avec sincérité, de travailler“ enfin au contentement d’une amie incapables d'oublier que la raison, loin de s'opposer au bonheur, devient le plus sûr moyen de ne* connaître que des désirs satisfaits. Telles sont à la vérité les promesses du mariage; mais.
celles de l’ambition’ne paraissent pas moins magnifiques, et nous ne voyons pas qu’elles 4 se réalisent pour un homme sur huit cent mille.4 En avouant qu’un semblable partage n’est” pas universel, direz-vous que des exceptionsé malheureuses ne doivent pas faire condamner une institution? Mais au contraire c’est dans le succès que se trouve ici la singularité, ou même” l’invraisemblance. Pour que le mariage réalisât ce qu’on a pu s’en promettre dans le prin-« cipe, il faudrait que le but de ceux qui les contractent iût manqué aussi rarement qu’il est rare en effet d’y atteindre. Si même nous. Supposons des choix très-réfléchis, à peine