PREMIÈRE PARTIE
pourrons-nous compter sur vingt unions indissolubles, deux unions exemptes d’amers repen-
tirs. Rien de plus chimérique d’ailleurs chez la
plupart des hommes que cette maturité durant les préparatiis d’un mariage, et cette circonspection trop contraire à l'assurance des liaisons naissantes, ou à l’aveuglement des désirs.
Il n’est pas étonnant qu’au milieu des diffi-
cultés que présentait la première civilisation
des peuples on ait cru suffisant d’accorder quelques voluptés dans un lien déclaré seul légitime. Cependant ce ne serait pas assez quand même ces plaisirs contribueraient plus souvent au bonheur domestique. Pourquoi n’admettrait-on, en général, durant toute l'existence d’un individu, qu’une seule progression des sentimens de l’amour? La nature n’avait pas resserré entre ces limites la liberté du cœur, et les dons de l’avenir.
On apprend dès l’enfance que le mariage, étant d'institution divine, a commencé à la naissance des siècles, et on se figure que s’il pouvait être aboli, indubitablement l'édifice des sociétés humaines s’écroulerait. On parvient ainsi à se persuader que tous les individus seront accomplis aussitôt qu’on les aura liés deux à deux, que les plus ineptes comme les plus ingénieux, et les fous comme les justes, que tous, raisonnables ou non, généreux ou vils, passionnés ou désabusés, resteront en bonne intelligence au milieu de tant d’occa-
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sions de refroidissement, au milieu de l’oppo À sition des goûts et des projets. ;
Si le magistrat pouvait connaître les divers membres de la cité, s’il pouvait les rapprocher” à son gré, on aurait, il est vrai, quelques unions très-belles; mais cette harmonie seraits encore difficile. Que doit-il arriver quand des“ convenances extérieures décident qui on pren: dra dans le nombre fort restreint de ceux qu’on rencontre? Le prestige théocratique aura pum seul faire recevoir cette loi; sans lui elle aurait paru étrange dans sa rigueur. De nos jours on n’oserait commencer rien de semblable; si les esprits n’y étaient pas accoutumés, nulle” autorité ñne serait assez forte pour enchaîner sans retour, et presque indistinctement, pour. : appareiller ainsi tous les hommes, pour sacri-* fier à des convenances imaginaires leurs années déjà soumises à tant de besoins. Une telle con-M trainte serait seulement bizarre ou importune, * si les hommes étaient mieux unis, et s’ils diffé-" raient moins entre eux par l’effet général de“ leurs usages ; mais elle devient funeste lorsque, * sous les dehors du repos, on ne peut prévenir de perpétuelles inimitiés, lorsque les uns, tout” intelligence, paraissent n’avoir reçu un corps que pour embarrasser leur ame, et que less autres, tout matière, n’ont une ame que pour imprimer à leur corps un peu de mouvement.»
Il serait déraisonnable d’alléguer en faveur. du mariage indissoluble un certain accord”